dimanche 3 juillet 2011

DSK : mystère et boule de cristal

Tout ça pour ça.

Tandis que notre Monarque tentait de faire oublier son bilan de boulet en ripolinant son image au bulletin gériatrique du Pernault à base de tripotage des poussins, je bouclai mon billet sur les candidats socialistes à la primaire quand (ayant vécu une semaine interminable, je prends certaines libertés avec la chronologie) patatras bim bam : tête-à-queue dans l'affaire DSK   là où ne l'attendait pas (en tous les cas pas si tôt).

Le témoignage de la plaignante dans l'affaire du Sofitel est remis en cause sur la base de mensonges passés et d'intrigantes conversations téléphoniques. L'affaire se dégonfle par le discrédit jeté sur le seul témoin.

C'est la meilleure sortie envisageable pour la défense puisque l'accusation s'en charge. Je n'ai pas jugé dans un sens, je ne le ferais pas dans l'autre. Parti pris ou incohérences, cette histoire n'a à aucun moment souffert la nuance. De BHL au vigile de ma superette, chacun a désormais son interprétation définitive, en y établissant son coupable et sa victime, avec son complot, sa révélation, sa théorie ou son message. On a tant écrit et tant imaginé sur "le mystère de la chambre 2806" que même si l'on savait un jour la vérité, cela ne changerait probablement rien à nos convictions et certitudes individuelles. Je me contenterais de savourer la mise à la poubelle de la moitié de la production annuelle d'une presse "sérieuse" se refaisant une santé en virant tabloïd, et d'apprécier à leur juste valeur les re-retournements de vestes et triple-lutz piqués à venir.
(La France sujette à une mystérieuse contagion depuis le 15 mai 2011 : la sherlockholmite.)

Car, et j'en viens enfin au sujet de mon billet initial : ce nouveau virage en épingle à cheveux du destin compromet l'équilibre de cette primaire socialiste qui effraye tant les spadassins d'une droite peu habituée aux débats internes, et encore moins avec les Français. 

Dans mon billet avorté, et dans la perspective de choisir le plus apte à dégager l'imposteur qui occupe l'Elysée depuis 4 ans 1 mois et 26 jours  (oui, quand j'ai des doutes je renoue avec mes fondamentaux), je m'interrogeais : "Quel candidat au PS pour 2012 ?". J'en tirai la conclusion, basée sur l'observation de mon semblable, que DSK avait au moins l'avantage de séduire une partie des électeurs de droite au moins aussi bien que Le Monarque avait su endormir une partie de l'électorat de gauche. 

Les demandeurs de plus de gauche, dont je suis, oublient trop souvent une donnée fondamentale de ce pays : il est à droite même parfois, et c'est vicieux, chez ceux qui se pensent de gauche. Pas à droite dans le sens d'une appartenance à un parti, une famille politique ou un courant, il est à droite sans le savoir, dans la pratique, parce que "c'est comme ça et pas autrement". C'est le premier mode d'emploi abordable sans trop d'effort[1]. D'ailleurs, ça ne se revendique pas, ou alors par la négative, en tapant systématiquement sur les socialistes ou en pointant du doigt les grévistes. Les raisons sont multiples : vieillissement, individualisme, consumérisme, venin libéral distillé dans les consciences, temps quotidien par habitant de réflexion consacré à la politique d'environ 42 secondes dont 41 via Direct Matin, appauvrissement au milieu de l'abondance et, conséquence aggravante, l'endettement privé...  Seulement voilà, Le monarque ayant contourné la droite pour la faire sienne en 2007 est en passe de la détruire en 2012 sur la simple (mais méritée) détestation générale de sa personne (il a même réussi à ecoeurer les encartés de la première heure bien mieux qu'un left-blogueur n'aurait pu le faire). Guigne supplémentaire, son camp ne peut se débarrasser de son indécrottable culte du chef. Il y a donc théoriquement une autoroute pour les socialistes. Notre Monarque a tout pour perdre et donc... de grandes chances de rempiler en 2012 pour un deuxième quinquennat où il aura enfin les coudées franches pour entamer ses nouveaux "chantiers" (mot UMP pour "destruction") comme par, exemple, le démantèlement final du Code du travail ou la fin des 35 heures.
(Ce soutien à un poussin sans-papiers, logé et nourri sans contreparties "citoyennes", est intolérable. 
C'est encourager la société de l'assistanat et la perte de la valeur travailTM.)

Basculons en mode supputation. Même si dans les semaines à venir, on se dirigeait vers un non-lieu, DSK ne pourra pas se présenter à la primaire socialiste à moins d'en changer les termes. Ils n'ont pas à l'être, d'autant que les intentions de vote à gauche n'ont pas souffert de son éviction précoce. En revanche, un ticket Elysée-Matignon avec un candidat déclaré, Martine Aubry par exemple, devient envisageable. Il n'a même plus à faire campagne. L'une ratisse à gauche, l'autre à droite. L'un est identifié comme ayant une expertise mais étant d'un autre monde. L'autre a les deux pieds sur terre mais ne fait pas rêver. L'un est un homme qui voulait y aller mais n'a pas pu. L'autre une femme qui ne voulait pas mais a dû. La présidentielle se gagne en rassemblant. L'équation compliquée du candidat socialiste pour simultanément séduire, en solo, les sympathisants de son camp sans être méprisant envers la gauche de la gauche ni effrayer les déçus d'un Monarque qui, lui, s'enferme dans un processus de bunkerisation (cf. le 11e remaniement des baltringues), se simplifierait avec une configuration en duo (officielle ou fortement suggérée). Là, le Monarque n'aurait plus qu'à s'exiler et ouvrir un élevage de poussins.

Sans compter qu'à la tête du FMI, alliant incompétence, morgue et sourire à la Colgate, Christine Lagarde[2] devrait, dans un délai Western Union, faire passer l'ancien boss de l'institution pour un  altermondialiste pro-décroissance.
(Ne l'innocentons pas si vite, l'homme a encore des casseroles.)

Soyons assurés que, même avec l'autre bouté hors du palais (ça c'est pour l'éphémère jouissance locale), ça va barder (parce qu'au fond l'Europe est là pour ça). Comme l'assénait en substance Jacques Attali en janvier dernier : DSK (ou plutôt ce qu'il représente) a gagné[3]. Soit en tant que chef du FMI en charge de dicter les hausses d’impôts au président français, soit en les appliquant en occupant directement le poste. La prochaine étape, quel que soit le nouveau président, est l'entrée prononcée de La France dans l'empire de la rigueur sans retour. Le degré de résistance du peuple à cette injonction de "la raison" sera décisif. Mais ceci est un autre épisode... 
*
A chaque jour suffit sa peine.
[1] Un pays à droite par défaut où la repolitisation des abstentionnistes se fait via le FN.

[2] Attendons-nous à de belles leçons de choses sur les biens faits pour la santé d'une consommation de cinq graviers et cailloux par jour.

[3] Au matin de l'arrestation de DSK, le même se répandra d'une radio à l'autre pour déclarer que DSK était politiquement cramé.

5 commentaires:

Valdo a dit…

Je ne crois pas à son retour. Même s’il est entièrement blanchi de l’accusation de viol,– ce qui est loin d’être le cas- ne serait ce que du point de vue cynique avant d’être moral, un type dans sa position qui sait qu’il est attendu au tournant dans ce genre d’affaires, qui l’a même dit, et qui est incapable de résister à une aventure, ça a de quoi inquiéter l’électeur. (sans parler du rapport au fric et du FMI,. POur moi ça corrobore même la thèse selon laquelle il n’a jamais vraiment voulu y aller.
Il se prendrait une taulée aux primaires.
depuis 2007, le degré de tolérance à l'oligarchie a à mon avis nettement baissé. Y compris chez les électeurs du centre et droite pas trop tarée.
Je pense que Aubry va subir les dommages collatéraux : pacte de Marrakech, risque d’en faire son premier ministre...
et que Hollande va surfer sur la vague "mec normal, loin de la foule déchainée des oligarques parisiens, n’aimant pas les riches". (pur faire en bout de course la même politique). Enthousiasmant comme un dimanche en famille, mais vraisemblable.

Claribelle a dit…

A propos de la photo "Ce soutien à un poussin sans-papiers, logé et nourri sans contreparties "citoyennes", est intolérable. C'est encourager la société de l'assistanat et la perte de la valeur travail", je m'inscris en faux.
Ces poussins ne sont pas destinés à jouir d'une retraite précoce ou tardive (comme ces feignants de français, de souche ou pas) mais d'être sacrifiés (au sens propre) au marché (ou supermarché) et à l'enrichissement de leur éleveur !

BA a dit…

Une fête entre amis de l'oligarchie sarkoziste.

Musée Albert Kahn, Boulogne-Billancourt, lundi 27 juin 2011 : à l'invitation d'Alain Minc, de nombreuses personnalités du monde politique, économique et médiatique s'étaient données rendez-vous.

Mediapart s'est rendu sur place pour voir qui étaient les invités d'Alain Minc.

L'oligarchie est ici, dans cette vidéo très révélatrice.

Si vous voulez savoir qui sont les quelques dizaines de personnes qui ont tous les pouvoirs en France, les voici.

Voici les oligarques :

http://www.dailymotion.com/video/xjmr7z_une-fete-entre-amis-de-l-oligarchie-sarkoziste_news

Jacques a dit…

Très belle analyse, notamment sur le côté désespérément "droitard" du peuple français. Merci.

pupuce (erhbd on twit) a dit…

le français pauvre n'est pas non plus destiné à jouir de sa quille (ni de quoi que ce soit en fait à part peut être de ses habilités sexuelles si jamais il en a, et encore, uniquement en format dorcel, merci)
un tout petit tour chez l'insee et on verra que le pauvre a la même fin que le poussin.
prématurée.
violente.
avec option vie de merde en cage aussi et gavage de saloperies aux hormones.
et si personne ne bouffe -encore- ses restes (à quand les farines humaines? rentabilisons, que diable!)pour le coup y'en a quand même que sa vie de merde fait bouffer.
certains se gavent, même (revoir actu sonacotra des derniers jours, tant de lol, tant de lol)

(je m'appelle honnêteté intellectuelle bonjour, je faisais que passer, je repars, hein)
(faudrait pas déranger)
(ouh la)

@seb: si le marteau piqueur d'en bas te les brise trop ramène ta famille chez moi, tu sais on est chez mon ex, on va pas se gêner.
lol