2 décembre 2010

Froid comme la pierre

par


Les flocons "paralysent" la France.  Couverture blanche immaculée vers 20h recouvrant les dossiers qui tachent et les infos qui fâchent. 17 minutes mercredi au JT du service public, avec duplex satellite devant la tour Eiffel à 250 mètres du studio (au bas mot 2000 euros la minute) pour te dire le temps qu'il fait. En France, on n'a pas de soleil l'hiver, mais on des journalistes d'investigation pour approfondir les causes et les conséquences de ce scandale.  

Décembre, c'est également la saison télévisée du clodo qui crève[1] avec sa cohorte de portraits de sans-logis refusant l'aumône de notre hébergement d'urgence. Quel scandale, ils veulent nous gâcher noël ou quoi ?

Mercredi soir, dans cette même parade télévisée de l'analyse pertinente et de la question décapante[2]

LA JOURNALISTE au SANS-TOIT par -10°.
- Vous avez froid ?

Mais pourquoi j'te parle de ça moi ? Ce n'est pas du tout mon sujet. Je voulais disserter sur ton inaltérable foi en l'accession à la propriété à crédit

Tu vois... 

Aucun rapport. 

Tellement pas.

Parfois, à la rubrique "éxotisme" du JT, s'échappe la ritournelle des peuples d'Europe auxquels les gouvernements déclarent la guerre en interne au nom de la paix pour la zone euro. Le blizzard des plans de rigueur, au nom de l'énième sauvetage bancaire, s'abat sur les pays pour, parait-il, "mieux les relever".

Les éditocrates cire-mocassins et les témoins de Jehovah du marché te cajolent au jingle-bells de "nos fondamentaux sont sains".  Jusqu'ici tout va bien. Biffe ta christmas-list tranquille, La France ne risque rien. Bon, tu n'es pas dupe. Tu sens bien que ça va mal tourner

C'est une des raisons pour laquelle tu as acheté à crédit, 10X son prix d'il y a 15 ans, cet appartement au salpêtre, mal isolé avec ruisseaux d'eaux usées sous le plancher à punaises, coincé entre deux voisins que tu détestes. Quand tout s'effondrera, toi au moins t'auras un toit


De retour dans ton palace des traites après ta pérégrination quotidienne au centre-co où tu t'es battu pour décrocher avec ta carte de crédit la moins dans le rouge de quoi bouffer pour le mois, tu grognes :  

- Ces SDF devant l'immeuble, ça donne le mauvais exemple aux enfants et, pis, ça va finir par faire baisser la côte du quartier  !" 

Encore 22 ans à payer, faut que ça continue à grimper. Pour l'instant ça va. L'argus se tient vu qu'ils sont beaucoup de revenus moyens (enfin... si passer à 1'heure à l'hyper pour départager quel paquet de coquillettes grèvera le moins ton budget scelle ton appartenance aux "revenus moyens" tels que tu les concevais en rentrant dans la vie active) à acheter comme toi. D'ici 3 ans, en revendant, tu comptes acheter plus grand. Moins craignos aussi. Parce que là, ce vis-a-vis avec un resto du coeur, pfff, comment dire...

Capitaine proprio à crédit, tu continues ta croisière idéologique sur les eaux calmes de l'émancipation à bas taux.  Bon, t'as vaguement entendu qu'aux Etats-Unis, en Irlande ou en Espagne, la criseTM a été précédée d'une bulle de la pierre. 

Figure-toi que les banques prêtaient à des gens qui comptaient rembourser avec la valeur qu'allait prendre leur bien...
Stupide hein ?

Mais n'allons pas blasphémer contre tes croyances. Dieu est mort et, en période de stagnation des salaires, de chômage de masse, d'augmentation des taxes, dans un pays où 65% des ménages français peuvent prétendre à un logement social, vive le patrimoine privé virtuel avec endettement aveugle à intérêts remboursables en priorité.

D'ailleurs, maintenant que tu t'y intéresses : s'il y a criseTM, c'est la faute aux "banksters". Point barre. Toi, tes ambitions sont nobles : acheter sans argent et revendre plus cher. Gagner plus sans rien faire avec ton logement en alignant au mieux le tiers du pognon pour acheter plus grand : rien à voir avec la spéculation des méchants banquiers.  Toi tu spécules avec ce qu'elles te prêtent, pas plus. 

C'est pas comme si se loger était un besoin fondamental, spécialement quand il fait - 10°, un genre de matière première vitale, et que la hausse des prix, en partie entrainée par ta terreur irrationnelle médiatiquement conditionnée de ne pas être proprio excluait, par ricochet, du logement de plus en plus de gens un peu moins bien placés dans l'échelle sociale (ou qui, hier encore, y occupaient la même place que toi, la tête enflée des mêmes certitudes publicitaires.) 

Je sais, tu vas me répondre avec ce bon sens de l'occident aux valeurs tourneboulées  :

- "Oui mais j'ai pas pu faire autrement. Avec mes revenus, personne ne voulait me louer. Et il faut bien que j'habite quelque part."

Comment t'en vouloir ? Effectivement, tout est fait en amont pour dégager les "revenus moyens"  du circuit de la location. Le préteur fait son métier. Prendre ton pognon sans que t'y réfléchisses trop en te bombardant de messages à la con.

Pire, l'administrateur du désastre qui te sert de gouvernement savonne la planche,  ne moralisant pas plus l'immobilier que le "capitalisme".  Si peu pour le logement social ou rien pour la réquisition des 2 millions de logements inoccupés et autres millions de m2 bureaux vides pour les 8.5 millions de mal-logés. Au contraire, il concocte des lois pour accélérer les expulsions. Rien pour encadrer les exubérantes conditions d'accès à la location ou plafonner les loyers.  Rien contre la sévère dégradation des conditions de vie des français non propriétaires qui vont bientôt devoir vendre un rein pour se loger. Rien non plus contre la spéculation immobilière des classes moyennes aisées ou (et les deux sont liés) le gigantesque mouvement touristique métamorphosant à vue d'œil la capitale en gigantesque hôtel à 150 euros la journée. (On comprend mieux ainsi les tarifs affichés au mois pour le moindre studio).

Il y a deux mois, j'ai interrogé Benoist Apparu, secrétaire d'Etat au logement, sur la pied-a-terrisation de Paris (dans ce cas précis, soyons honnêtes, la gauche est au moins aussi coupable)

(clique pour agrandir)

Tu noteras qu'à la différence du Rom, le touriste est invité à "s'imprégner de la vie de la cité". Dans un 25m2 pour 400 euros le week-end (moins cher qu'un palace) avec clodo en bas de l'immeuble (comme sur les cartes postales d'antan) : ça lui fera des souvenirs "so french". 

Mais je m'emporte.

Tout est donc fait pour que 1 / tu veuilles devenir propriétaire 2 /  tu le deviennes à crédit. Dans le domaine de ton endettement personnel, pas de "plan de rigueur" qui tienne. Chacun cherche son créancier.

Une grosse partie de l'électorat de droite étant propriétaire (mais pas à crédit), parfois de plusieurs logements (et oui la vie est dure pour tout le monde faut bien encaisser des loyers quand le travail ne rapporte pas) : cela implique que la valeur de leur patrimoine se maintienne un minimum. Si l'Etat se met à donner des logements aux pauvres et louer à tarif modéré aux "revenus moyens", la côte va baisser et la classe moyenne supérieure[3] n'encaissera plus autant de loyers.

Règle de base : pour soutenir la valeur immo, il faut toujours plus de croyants. 

Pour éviter de taper dans le hardware des lois à appliquer[4] pour contrer la violence des situations de mal-logement (actions radicales qui chiffonneraient l'électorat thuné et les préteurs), l'Etat compte sur l'asservissement du plus grand nombre d'entre toi à la logique de l'accession à la propriété (en deux décennies) comme garantie de ta sécurité individuelle. 

Il assure ainsi que les drames du sous-habitât et des loyers délirants perdurent, laissant gonfler un peu plus la bulle immobilière qui t'éclatera à la tête (et à celle des autres qui n'ont rien demandé par la même occasion).  

Ça ne devrait pas tarder. Dans un pays où le prix du mètre carré se déconnecte des réalités salariales de la majorité : les fondations de l'édifice sont en carton-pâte.

Oui je suis un peu old fashion à ce sujet : la folie financière commence aussi en bas, lorsque celui qui gagne 1 veut posséder 2 en croyant pouvoir payer 3, certain que cette acquisition vaudra 4. 

Si je ne suis pas fan du banquier[5], je n'oublie pas qu'il n'est rien sans ta complicité et ta soumission aux dogmes ambiants. Celui de "la propriété à tout prix" est, non seulement, d'une philosophie discutable mais d'un processus économique stupide[6] dont l'actualité, des secousses de Wall Street au type qui tombe au coin de ta rue, nous rappelle régulièrement les ravages. 

Du méchant bankster à ton innocent crédit[7] en passant par les files d'attentes des restos du cœur que tu observes  effrayé depuis ton patio en papier crépon : tout est lié.


[1] Il meurt aussi le reste de l'année mais on n'en parle pas, le marronnier ayant moins de cachet l'été.

[2] Il y a pire que TF1 : celui qui veut imiter TF1.

[3] Ah non, ne comptez pas sur moi pour dire qu'il s'agit là essentiellement d'enfants du baby boom qui ont  remboursé leurs baraques dès 1978 et qui viennent d'hériter, sans frais de succession, de celle(s) de leur(s)  parent(s). Pas de conflit de générations ici.

[4] suggestions d'action gouvernementale et municipale... 
- Une véritable action en matière de logements sociaux: c'est à dire construire  au lieu de vendre,  stopper les pièges marketing qui cachent le démantèlement minutieux du logement social.  
Supprimer les aides aux régions et communes ne respectant pas le minimum de 20% de logements sociaux.
- forte taxation des multi-propriétaires des biens inoccupés (existe déjà mais anecdotique) avec calcul à l'année.
Violent ?  C'est la situation actuelle qui est d'une violence sans nom (contre le peuple avec l'instrumentalisation idéologique d'une autre partie du peuple).

[5]  Pour l'endetté, la vraie révolution n'est pas de vider son compte mais de ne plus honorer ses dettes.

[6] Au passage, ça carbonise la consommation (à moins que celle-ci soit aussi à crédit, après tout plus on des fous) et ça augmente tes frais (charges foncières, frais de transport - et oui, pour avoir plus grand t'achètes plus loin -).
  
[7] "Celui en short qui veut s'offrir un costard entendant que les salopettes c'était moche, terminera par payer chaque mois 3X le prix d'un caleçon pour ne pas perdre son slip troué."
Nextcitus, philosophe hellène de la pierre, -2344 avant Century 21.

illustration : snoopy.com, LeMonde.fr, comic coverage, WB.

30 novembre 2010

Monarchie et mensonges #3 : L'auto-entreprise

par

"L'auto-entrepreneur [...] s'il n'encaisse rien, il ne paye rien. 
C'est du bon sens."
Le Monarque, 14 mai 2009, à l'Elysée devant des auto-entrepreneurs (3.20 sur cette vidéo).

Ami auto-entrepreneur, la dernière trouvaille fiscale de ton gouvernement, soucieux de cueillir large pour cause de poches trouées, signe, je l'espère, la fin de tes illusions 1 / sur la bienveillance des types en charge de ce genre d'arnaques  2 / sur ce statut bâtard conçu pour compresser encore un peu les salaires et modeler ton cerveau à l'individualisme tout terrain sur fond de de désespérance et de désir d'entreprendre.

Je te rappelle les 4 phases, assez révélatrices des méthodes du pouvoir en place : 

Décembre 2008
Phase I : une bonne accroche marketing.

Deux mois plutôt, krach boum à la bourse. L'état major sait que "la crise"TM va faire mal en Europe. Ça fait désordre surtout lorsque l'on a promis aux gens qu'ils allaient gagner plus en travaillant. Il faut vite pondre un bidule marketing pour occuper les masses et noyer dans le parfum "fleur d'émancipation" les catastropiques chiffres à venir. 

Hervé Novelli, alors secrétaire d'Etat en charge du commerce et des PME, lance "l'auto-entreprise", un truc qui était pensé pour compléter les revenus des retraités, mais te permettra toi, le jeune au chômage, de jouer au patron sans avancer les fonds en créant en 10 minutes une entreprise sur internet. Tu sautes sur ta chaise : "- Ouais super top cool, y a pas de charges car les charges c'est le mal !". Et oui, tu ne cotises ni pour le chômage, ni pour ta retraite. La grosse régression sociale dont tu es la victime directe passe comme dans du beurre. Te faire miroiter d'être le prochain Bernard Tapie en créant un site internet avec le logo "République française" et au passage te faire basculer avec ton plein consentement dans l'exploitation pure et simple : même eux n'avaient pas imaginé que cela fonctionnerait aussi bien. 

Extrait 1 : "la grande armée des auto-entrepreneurs"

La mesure trouve un large écho et  permet aux PME de mettre en concurrence d'anciens salariés devenus "auto-entrepreneurs" à base de "je t'engage si tu dégages". Elle facilite la "légalisation" de l'activité au noir, notamment sur les chantiers de décoration et les services aux particuliers thunés (gros vivier électoral UMP qui, pour satisfaire son besoin de se sentir riche, a besoin d'un petit personnel docile et pas trop cher).

A l'époque, faut surtout pas te rappeler que tu as déjà investi beaucoup financièrement (c'est bien, ça booste la consommation, d'autant que tu ne récupères pas la TVA) et moralement dans cette histoire, qu'il n'y aura aucun filet de sécurité pour toi : tu le prends mal.

Juin 2009
Phase II : tout le monde y va, venez !
C'est la parade de l'auto-entreprise : déclarations enchanteresses du Monarque "des symboles de résistance et d'optimisme", "un phénomène de société" et dans la foulée : kits, salons, formations dispendieuses reprenant les mêmes arguments et les mêmes éléments de langage.  

Exemple, c'est con mais j'aime bien la musique...

Au troisième trimestre 2009, sur les 263.400 personnes qui ont adhéré au régime de l'auto-entrepreneur depuis son lancement cette année-là, seuls 59.000 (17%) ont déclaré avoir encaissé un chiffre d'affaires, que le revenu moyen pour les autres est de moins de 1200 euros et que par définition, personne ne sait combien d'heures de travail furent accumulées pour cela et quels furent les frais engagés. "La liberté d'entreprendre" n'a pas de prix et 56% des créateurs d'auto-entreprise sont des demandeurs d'emploi, voila qui va encore contribuer à baisser les tarifs.

Janvier 2010
Phase III : nier l'évidence.
Un an d'auto-entreprenariat. Côté gouvernement : 



Le gouvernement se félicite : En 2009, "le nombre de créations d'entreprises a atteint le niveau record de 580.193, soit 75.0% de plus qu'en 2008.". Sondage Opinion way of the president à l'appui : "83% des auto-entrepreneurs sont satisfaits de leur statut" alors que la plupart d'entre eux ne gagnent rien ! Le gouvernement en oublierait presque la récession, le chômage qui pète les compteurs et que les faillites d'entreprises sont à +17% (53.000) cette année-là

Courant 2010, les chiffres sont encore pires. Sur les 45% d'auto-entrepreneurs ayant déclaré un chiffre d'affaire, le gain net est de 775 euros mensuels. Réparti entre les auto-entrepreneurs : cela fait 500 euros par mois. Le seuil de pauvreté est à 910. 


Novembre 2010
Phase IV : tonte et liquidation du cheptel.
Bon, le nombre de création d'AE baisse, et tout le monde commence à saisir la nature du cache-misère. Il s'agit maintenant de récupérer les derniers sous. Tandis qu'à Pôle emploi les annonces imposant d'avoir le statut d'auto-entrepreneur se multiplient, certains auto-entrepreneurs n'ayant généré aucun chiffre d'affaires reçoivent une feuille surprise des impôts leur demandant de régler la CET "cotisation économique territoriale", nouvelle version de la taxe professionnelle. Un truc qui peut aller de 200 à 2000 euros

" - Bouhou, on m'avait dit que je ne paierais pas d’impôts !"

Bienvenue dans le ultra-libéralisme pur jus, apprenti entrepreneur. Un état qui te coupe de tout, te fait croire aux vertus de l'individualisme forcené, te délaisse en chemin mais ne t'oublie jamais dès lors qu'il s'agit de te racketer. 

Côté formations, les factures sont payées. Côté particuliers thunés, les travaux de décoration sont terminés, la maison a encore gagné 10% à l'argus du spéculateur. Et avec tous ces auto-entrepreneurs a disposition, ça a été plutôt une bonne affaire pour tous... sauf pour toi. 

Face à la grogne des lésés, Hervé Novelli déclare à L'expansion :

"- Je ne laisserai pas tomber les auto-entrepreneurs qui se retrouvent dans cette situation inconfortable."

Problème. Novelli, encensé par Le Monarque un an plus tôta été débarqué de son poste de secrétaire d'Etat chargé aux PME quelques jours avant l'arrivée des feuilles d'imposition et n'a donc plus aucune "responsabilité" dans la magouille. 

C'est désormais Frédéric Lefebvre qui occupe son poste. Tu sais celui qui voulait faire travailler les malades.

Va-t-il t'aider à décrocher un micro crédit à taux préférentiel pour "t'épauler dans l'accomplissement de ton parcours de contribuable" ?

La suite dans un prochain épisode de "Monarchie et Mensonges".



[Update : 16h40.] Fréderic Lefebvre déclare à l'assemblée nationale que les auto-entrepreneurs ne réalisant pas de chiffre d'affaires ne paieraient "évidemment pas" la contribution foncière remplaçant la taxe professionnelle. C'est noté.


Illustration typo : Seb Lester. 

29 novembre 2010

Le roi se meurt et les blogs aussi ?

par

Une chaîne court sur les blogs et, comme l'atteste la couverture de mon dernier livre (en haut à droite, noël approche), j'adore les chaînes :

Que deviendront les blogs après 2012 ?

Intéressante interrogation liée à deux supputations tenant des domaines de l’heroic-fantasy-statistique et de la comic-book-idéologie :

1 / Que la gauche accède au pouvoir. 

2 / Que cette alternance ne soit pas le clone chloroformant de la clownerie réformatrice du moment.[1]

Question sous-tendant la conviction que les blogs politiques influencent le débat au-delà du cercle des convaincus comme en attestent les "télécharger the mentalist saison 2", "rachat de mon crédit immobilier" et autre "Laurence Ferrari en string" régulièrement tapés pour arriver ici.

Le passé.

Ce blog est né de l'isolement et du sentiment qu'un "autre discours" n'était pas assez répandu. S'il l'est, que nous sommes de plus en plus à aller dans le même sens, tant mieux, ça me permettra de ralentir la cadence. Mais là, c'est bizarre, même s'il y a de nets progrès en 3 ans (avec la contribution de la désastreuse mais si prévisible, et d'ailleurs prévue ici, politique du Monarque[2]), j'ai le sentiment que ce n'est pas encore tout à fait joué. D'autant que l'ennemi dispose d'une force de frappe en terme de communication et d'un sans-gêne un poil plus développés[3].

Le présent.

Des raisons d'être confiant. Le discours relatif à l'ennui salarié, aux fumisteries idéologiques Medefo-Umpesques, aux déséquilibres immobiliers et au démantèlement du service public qui, il y a peu, te cataloguait au rayon ultra-gauchiste bon à embastiller, est aujourd'hui écouté. Une volonté de "nouvelle voie" monte croissante dans le peuple. Le "banquier" a remplacé le cambrioleur au top 50 des malfaisants et les ignorés d'hier deviennent populaires.

Mieux, cette volonté de se réapproprier le destin collectif transcende les sensibilités et les âges. Combien ai-je croisé de gens se définissant avant "de droite" ou de retraités (non, c'est pas toujours les mêmes), rageant non seulement contre le héros d'hier mais qui ont une sévère dent contre le système dans son ensemble (là oui, on peut remercier Le Monarque, très bon représentant de commerce du désastre néo-cons)me tenant mot pour mot ce que je m'acharnais sans succès à leur expliquer en 2007 ! (bon de là à aller voter à gauche, c'est pas encore gagné) 

Le politique n'a pas l'air de prendre la mesure de cet upgrade du questionnement populaire et des aspirations dans la société, c'est pourtant là une opportunité unique de la faire progresser. Si le blogueur peut aider...

Le futur.

Quand je vois la tronche de l'information, le kaléidoscope des sensibilités à gauche et les quelques trentenaires et quadras croisés ce week-end de retour du centre co' avec trois salaires de cadeaux de noël estampillés Sofincon dans les bras (3 Heil-pad pour leur gueule et une boite de crayon de couleurs Mac Bouffe pour le môme) et qui crient "tous pourris" dès que j'aborde la thématique politique, je suis convaincu que nos blogs, "politique" ou "société", ainsi que ceux à naître parce que là aussi faut qu'il y ait alternance, auront encore du grain à moudre après 2012. 

Ne pas confondre cause et conséquence.  Le Monarque est comme "la crise". Avant d'être la cause de nos aigreurs, il est la conséquence de nos aveuglements. 

* * *

[1] Le kleenex de la branlette ultra-libérale est souillé. A moins que Le Monarque nous sorte une mesure bien démago qui lui permettra de doubler les socialistes sur le social dans le sprint final, sa crédibilité a du plomb dans l'aile. Les « élites », la « grande finance », (appelle-les comme tu veux) vont finir par le voir d’un mauvais œil. Tu noteras qu'il s'est débattu comme un diable pour leur montrer qu'il est capable de réformer les retraites et que son Premier Ministre est envoyé en première ligne pour continuer "la réforme" jusqu'au dernier jour du quinquennat malgré la "pause" annoncée quelques semaines plus tôt.

[2] Rappelons-nous de cette période des mamours avec la presse précédant et suivant son élection, alors que nous "les gueux de l'analyse" tirions des boulets face au vent en annonçant la couleur des mois à venir. 
X
[3] L'intégralité des connexions annuelles des 20 premiers blogs politiques devant atteindre le cumul audience de 2 secondes d'une rediffusion d'"Histoires Naturelles" sur TF1 à 4 heures du matin. 

26 novembre 2010

L’escroquerie institutionnalisée

par
Définir l’époque en un mot ?

Cherchons... inégalité, souffrance, boulimie, vacuité, ignorance, égoïsme… chacun ne reflète qu'une facette du drame. « Escroquerie » : en voilà un qui traverse les classes sociales et les continents, que chacun du plus pauvre au plus riche reconnaîtra à sa façon, et qui synthétise la situation.

Sentiment personnellement éprouvé depuis le début du millénaire, avec accélération depuis ses trois dernières années. De l'Euro au Monarque, en passant par ta facture de téléphone mobile dont l'augmentation n'a d'équivalent que l’opacité des raisons de cette hausse à laquelle, vraiment, tu n'as pas "tout compris" : l'air du temps est à l'arnaque. Trop plein d’abjecte, de l’intime au global : il devient impossible de hiérarchiser, d'emmagasiner même, le flot quotidien d'injustices te submergeant. L'époque est un hold-up généralisé.  Tous veulent se goinfrer avant le dépôt de bilan définitif de nos maigres certitudes.


Étage intermédiaire avant les gros braquages des "politiques de rigueur" pour réapprovisionner en jetons les joueurs de poker, j'évoquais dans le précédent article sur la sécurité que, s'ajoutant à la dégradation des conditions de travail et à la désespérance planifiée du « non-emploi » (sur laquelle il va quand même bien falloir que tu arrêtes de culpabiliser un jour),  l'un des facteurs de violence ignoré dans la société est l'exponentielle escroquerie de sa sphère commerciale[1]. D'autant plus fâcheux qu'au nom du "progrès" et de "l'alignement sur les autres pays"[2], elle empiète peu à peu sur les secteurs jadis sanctuarisés.

Au hit-parade de l'escroquerie "à échelle humaine" : le royal-cheese with cornichons du vol auto-infligé,  aux redoutables effets sur le reste de la société (tu remarqueras que les pays où l'économie s’effondre furent préalablement le théâtre d'une belle bulle de la pierre où les individus ont joué à la spéculation les uns contre les autres avant de se retrouver tous à la rue), je veux bien entendu parler du crédit immobilier.[3] Là dessus, ma position est simple. Elle te préservera des déconvenues et te conférera le minimum de crédibilité requise pour critiquer à longueur de forums les méchants banksters qui t'ont entubé : si t'as pas l'argent, et bien t'achètes pas. 

 .(4 minutes qu'elle vient de signer.
 Babette est pour le moment satisfaite par son modèle longue durée : 27 ans minimum.)
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Mais, niquer les béats embobinés à l'hameçon de la plus-value ne suffit plus. Il a été décidé par nos mafieux pontes, gestionnaires de ressources humaines en période de contraction économique, que tous sans exception, du plus fauché à l'objecteur de croissance, nous passerions à la caisse.

Quelques spécialités sont prévues à cet effet :

Le piège des crédits à la consommation aux clauses insaisissables dont la victime ne peut se dépêtrer (il sera alors soumis à une batterie de chasseurs de dette aux méthodes plus ou moins légales.) 

- L’engrenage sans fin des agios et des frais bancaires (avec ajout d'un interlocuteur jeune, volontaire et en stage d'assimilation escroc, que l'on fait régulièrement tourner d'une succursale à l'autre pour éviter qu'il s'attendrisse sur l'endetté.)

Les augmentations régulières des dépenses contraintes aux justifications les plus abracadabrantes (exemple type : les hausses régulières d'EDF pour rembourser ses errances spéculatives).

L’augmentation du coût de la consommation courante. (Ce qui nous ramène au piège des crédits à la consommation puisqu'il dévient clair qu'au rythme de la hausse de tous les prix sauf des salaires, surviendra plus vite que tu ne le penses cette paroxysmique période, aboutissement logiques des démocraties molles et maquerelles de la libre concurrence totalement faussée et complètement déloyale, où tu patienteras, sous le regard inquisiteur de 15 vigiles armés, à la caisse automatique de ton Lideule pour t'acquitter du prix d'un paquet de nouilles de l'unique marque en rayon, avec un crédit au taux dépassant l'usure.)

Autant de situations ressenties comme injustes et sans issue. Car, oui, il est compliqué d’en sortir si tu suis leur schéma : c’est conçu pour. Pour traiter les causes, pas de secret, on en a déjà parlé. L'heure n'est plus au nettoyage à l'eau précieuse et au coton-tige. Par la loi et une forte détermination politique, il convient dans certains domaines (habitation, nourriture...) de briser les déséquilibres et les spéculations, d'empêcher la propagation aux zones jusque-là préservées (éducation, santé...) d'un ultra-libéralisme qui, sous alibi d'améliorer tout de suite le confort de chacun ou de combler au plus vite l'"insoutenable" dette de l'état, saccage à perpétuité l'existence de tous en les endettant à titre privé sur trois générations.
(Il y a deux escroqueries sur cette publicité pour le crédit immobilier. 
Sauras-tu les débusquer ? J'attends tes réponses dans les commentaires.)

Dans l’immédiat, une République attachée au bien-être et à l'apaisement de ses citoyens, pourrait légiférer pour les protéger de ces « petits désagréments » qui ne font jamais les grands sujets de campagne et qui constituent pourtant l’essentiel de ta vie et le gros de tes découverts mensuels.  Mais non. L'inverse se passe. Avec un implacable aplomb, au lieu de t’épauler dans tes vicissitudes de consommateur lésé, l'État assure un cadre législatif garantissant que tu seras dupé, deep and constantly. Primes, concessions et bonus aux voleurs de grand chemin. Taxes, crédits à la conso, vigiles, caméras de surveillance et police de la pensée pour les autres.

Politiques de rigueur ou consommation intérieure, le citoyen n'a désormais de valeur qu'en fonction de son potentiel de dépenses. Volontaire asservi depuis un demi-siècle à la machine à consommer, maintenant que le moteur économique européen court vers l'explosion en pièces détachées pour cause de notice de montage en allemand, le citoyen n’a qu’un seul droit : celui de la boucler et de se serrer la ceinture en attendant le crash suivant (car, comme dirait mon conseiller financier, Enzo 3 ans, en assemblant ses legos  : - un moment, quand y a pu de briques le château y s'écroule.)

Alors que les parachutes dorés sont de retour (avec la bénédiction du Sénat), que les banques renouent avec les bénéfices et les bonus, que certains empochent 1400 années de SMIC en un week-end de glande et qu'est lancée une nouvelle chaîne boursière pour faire triquer du gros cadre[4],  toi, le dommage collatéral de la grande mue occidentale[5], tu as la sensation d’avoir raté un épisode. Ton loyer augmente, ton salaire stagne et cinq fruits ou légumes par jour, ce n'est pas un conseil santé, mais un investissement compliqué. 

Le problème pour nos gouvernants : une partie non négligeable d'entre toi, exclue  de tout (travail décent-logement potable-espoir crédible) et  mal-aimée du monde d’avant qui fait encore sa loi, a le temps de s’intéresser au mécanisme qui a conduit à cette situation pourrie. Tu  pointes ses dysfonctionnements, sa logique pyramidale, son aberration répétée[6]. Tu commences même à le remettre en cause, toi le déviant du "meilleur système qui vaille" (pour eux). Voilà que ce discours qui, 10 ans plus tôt, t'aurait fait passer pour un timbré de la secte de Wacho, commence à avoir de l'écho. Certains d'entre toi appellent même les autres à vider leurs comptes en banque le 7 décembre prochain! Vraiment, tu ne respectes rien[7].

Pour contrer ces indésirables, l’Etat contribue à t’enfoncer dans une nouvelle ère européenne (à moins que ce ne soit l’inverse) de "l'escroquerie institutionnalisée": une étape supplémentaire dans la, plus si lente,  agonie des  démocraties occidentales

Si, à condition de s'intéresser un tant soit peu à la question, au niveau de la dette des états et des crises financières à répétition, l’escroquerie est bien visible. Dans la consommation, c’est moins spectaculaire. Quand l'Etat ne ferme pas les yeux sur les abus, il les encourage:

- En toile de fond du quinquennat, nous avons déjà le refus des class-actions régulièrement défendu par Christine Lagarde. Les class-actions (procédures judiciaires collectives contre une marque ou une institution) permettraient, à moindre frais, de venir à bout, avec jurisprudence et fortes indemnités, des abus des banques ou des opérateurs téléphoniques… A la trappe sur demande du Medef.

- Toujours par la même Christine, nous avons également eu le refus de taxer les banques (ça handicaperait leur compétitivité) puis les souplesses octroyées à ces dernières dans le cadre de l’endettement des particuliers. Pour la championne de brasse coulée, empêcher le revolving chez les pauvres freinerait la reprise de l'activité économique. Comme l'a signalé en juin dernier un rapport de l'UFC-Que choisir, nous sommes de plus en plus nombreux (spécialement les plus fauchés) à être victimes d'irrégularité de surfacturation de nos banques. Et ?  Rien. Elles continuent.

- En toute discrétion, la DGCCRF est dynamitée (là encore on retrouve Christine au service bonnes excuses). C'est vrai, pourquoi s'embarrasser d'un organisme public à même de signaler les dérives et les abus des marchands surtout quand t'es marchand ?
Mais encore. Le magistrat B.Hurel nous rappelait en début de semaine dans Libération  qu'en février dernier, dans la foulée des appels à ne pas acheter de produits israéliens, l'ex-garde des Sceaux, Michèle Alliot-Marie a, en quelques lignes, criminalisé  les appels au boycott de marques sur le critère de l'origine[8].  Cette décision est particulièrement inquiétante en matière de liberté publique et le texte enclenche une logique facilement extensible à d'autres domaines : le devoir de consommer passe avant le droit de s’abstenir de consommer. Tremblez décroissants. 
Après le refus du salariat qui, revendiqué haut et fort, te fait encore passer pour un "marginal bon à enfermer" (même si les évènements te donnent raison), l'appel à ne pas consommer est en passe de devenir un délit.

L'autre jour, j'écrivais en blaguant que viendrait le jour où serait répréhensible par la loi le fait de ne pas regarder la télévision. Je m'aperçois au fil des dépêches que cette perspective n'est plus si folle, que la réalité sera probablement encore plus vicieuse et imaginative. Je suis même persuadé que les appels à vider les comptes des banques seront punis d'une amende bien avant qu'un texte de loi ne marque le début d'un encadrement sérieux de ces établissements de haut vol.
Sur une note positive : on peut prendre le problème à l’inverse. S’il y a besoin de passer en catimini ce genre de textes, c’est qu’il y a inquiétude en haut-lieu. La crise aura au moins ce mérite de forcer l'individu à réfléchir et, je l’espère, à comprendre que les désordres présents ne sont pas le seul fait d’un « pire », ni d'un « empire », d'une « oligarchie », pas plus que d'un « ordre » nouveau ou ancien, mais bien de sa soumission continue aux sirènes et aux dogmes au nom de son confort physique et de sa tranquillité mentale (l'expérience prouvant pourtant qu'agissant ainsi, il rate souvent les deux).
Ils te veulent aveuglé, avide de consommer, désintéressé de l'économie (hormis celle liée à la spéculation personnelle et à ce plan d'épargne retraite individualisée te rendant complice de leurs turpitudes) désabusé du débat politique (hormis un cadre restreint à un catalogue rabâché d'idées "sécurisantes", garanties sans remise en cause des paradigmes actuels) et effrayé par le reste.

Pour son profit électoral et celui financier de ses camarades de classe, l'excitation, le buzz et l'apparente incohérence de ce gouvernement recouvrent une logique continue de son action  : nous rendre esclaves, de gré ou de force, à la consommation sans fin. 

Si tu fais un pas de côté et ne rentres plus dans les formules toutes faites, tu repenses la situation au lieu de la subir : le danger commence. Pour eux.

Ceux, celles en l’occurrence, qui sont capables de passer ce type de lois, de tenir ce type de propos contre le citoyen, ont les aptitudes requises pour te rouler sur le crâne en tank, Terminator style. Très vite, si rien n’est fait en haut pour relâcher la pression et remettre de l'ordre dans cette escroquerie institutionnalisée contaminant toutes les parcelles de nos vies quotidiennes, l'intenable équation entre voleur et volé se résoudra ainsi : un des deux détruira l'autre.


* * * 
  [1] Lorsque tu viens de te prendre une 20eme fois "la tête" avec ta banque qui t'a aspiré 200 euros pour un découvert de 14, après une journée de pression au taf passée tête baissée, que tu en es est à ton 43eme appel surtaxé dans l’hydre aux langues hétéroclites des call-centers (où des types aussi mal traités que toi sont rémunérés trois fois moins à te faire tourner en bourrique) pour tenter sans succès de te désabonner d’un service surfacturé que tu n’as pas demandé : tu ne seras pas d’humeur bienveillante. En fait, t’aurais même tendance à sombrer dans la démence ou à en vouloir au premier type que tu croises et dont la tête ne te revient pas. Ce qui facilitera les discours sécuritaires des candidats en campagne.
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  [2] UMP et "identité nationale" = on est les plus beaux.  Sauf en économie où, les autres pays ayant étrangement à chaque fois raison, c'est à nous de nous assimiler à leur cadence réformatrice.

  [3] pour une étude plus approfondie, je te renvoie à l'excellent ouvrage "Les endettés". 357 pages de rires et de pleurs, dans la joie et l'irrespect le plus complet de la hiérarchie actuelle des valeurs.
 a
  [4] J'espère que ma signature à la pétition pour enfin avoir un CNBC local avec un vrai tout schuss de l'ultra-over-libéralisme francophone en 24 /24 va porter ses fruits ! 

  [5]  Ah oui, je ne sais pas si je t'en ai déjà parlé : tu es le grand perdant de la mutation occidentale en cours depuis 30 ans qui voit (ou plutôt feint de ne pas voir) le passage d’une classe moyenne "confortable", vivant sur ses acquis financiers et sociaux (legs d’une période de croissance qui bat encore, pour ton plus grand malheur, la mesure des médias et des éditorialistes non renouvelés dans ce laps de temps, des principaux partis politiques et des aspirations populaires), à une classe moyenne, redéfinie par le bas, une nébuleuse instable sans sécurité aucune (d'où ta frénésie d'achat immobilier, légende urbaine de l'investissement "sûr"). Cette nouvelle répartition des richesses entre pauvres et riches cachée par le terme "moyen" (signifiant juste le plus nombreux) n’est que l’aboutissement des désordres s'accumulant depuis 40 ans. En pure logique, il ne semble donc pas souhaitable de renouer avec l'économie de ces "30 glorieuses" mythifiées. 

  [6] En Irlande, les salaires sont baissés, les impôts augmentent sauf les impôts sur les sociétés qui ne sont pas relevés au prétexte que ces "merveilleuses" iraient ailleurs. Stupide spirale qui provoquera encore plus de misère. Mais rien n'y fait, Rue 89  nous apprend que les grandes entreprises préfèrent engager des non-natifs. Parlant plusieurs langues, ils assurent à un le boulot de trois. 

  [7] Même si, pour les raisons exposées, les comptes vides ne sont plus pour beaucoup une motivation mais une réalité. 

  [8] "D'autant que si l'on commence à boycotter les produits fabriqués ailleurs, on va vite ne plus rien consommer en France"  a dû se dire MAM. Il est cocasse qu'un pouvoir appelant régulièrement à plus de fermeté sur l'immigration soit si prompt à défendre l'ouverture sur les importations.

Illustrations : Radiohead, "Hail to the Thief", flickr : rjseg1, affiche de " Family business"  de S.Lumet (1989), capture d'écran de "T2 - Judgement day" de J.Cameron (1992), diverses publicités pour le crédit à la consommation.

18 novembre 2010

[video] Une sécurité socialiste ?

par
"Le politique a pour but d’empêcher la société de sombrer, pas d'accompagner le mouvement."
Jean-Jacques Urvoas (PS) à propos du Monarque, 9/11/2010.

Une fois n'est pas coutume. Le PS la (re)découvrant, nous allons parler "sécurité".

Avant de laisser la parole à un de ses représentants, précisons ici que la première des insécurités est sociale. Constatons que plus l'Etat délaisse ses prérogatives, abandonnant l'individu sans arme (sans toit parfois) sur le champ de bataille néolibéral, plus cet Etat lui ressasse, au premier fait-divers dramatique et médiatique, un discours sécuritaire guidant son angoisse "des lendemains aussi sombres qu'incertains" vers les rivages sans nuance de la peur immédiate (parfaitement saisissable, si possible articulée autour de menaces en kit et de groupes d'ennemis à étiquettes).[1]

Face à la mise en breloque de l'Etat providence, face à l'augmentation de la tension intime générée par les souffrances d'un chômage sans fin, d'un monde du travail qui vire médiéval, ou l'étau du  surendettement des ménages, face à la précarité croissante de la population : la soif de "sécurité" serait la médecine miracle des désordres sociaux. Constatons qu'avant le moindre scrutin, avant le travail, un toit ou un salaire décent, la quête éternelle de la tranquillité publique est survendue par ceux qui n'ont de cesse, une fois élus, de renforcer le chaos. Le pire ? Ça marche.

La peur de l'autre est l'air que l'on respire dans les démocraties en décomposition[2]. La grande force de la droite est marketing. Va savoir pourquoi, elle représente encore l'ordre. C'est d'autant plus stupide que, malgré sa parade des gros bras aux paroles de fer, elle échoue sur le terrain, dans le cadre de cette "action" qu'elle a elle-même définie (instrumentalisant au passage la police dont elle réduit les effectifs, dégrade les conditions de travail et qu'elle pousse à faire du chiffre).

(illustration : une affiche plutôt efficace du PS 
publiée peu après "le discours de Grenoble" et qui annonçait la couleur.)

D'un côté, il y a ceux comme moi qui ne se sentent pas immédiatement concernés par "l'insécurité", et de l'autre ceux qui sont affectés par le sujet (victimes comme police) qui n'ont absolument pas vu leur situation s'arranger en huit années de "traitement de choc". Le reste vit globalement dans le fantasme, redoutant en tâche de fond ce qui, le plus souvent, ne lui arrive jamais. 

La peur contamine le peuple et il est encré dans les perceptions de celui-ci que la droite est plus apte que la gauche à mater cette angoisse[3].  

Partant de ces deux postulats, et d'une montée effective d'un certain type de violences physiques dans la société[4], le PS s'empare à son tour de la thématique chouchoutée par notre GI Joe de contrefaçon national.

Forum "musclé" sur la sécurité à Créteil et déclarations Hortefesques de Martine Aubry, cette "reconquête" de la sécurité par les socialistes marque à gauche une ligne, non de fracture (les premières victimes des vols et des violences sont les jeunes et les couches sociales les moins favorisées) mais de divergence de vue dans les priorités "ce que devrait d'abord être" la proposition d'alternance à 18 mois des élections présidentielles.[5] 

(Idée déco : le commissariat de Bienne a peint quatre cellules préventives en rose)

Pour aller un peu plus loin que les effets de tribune, au début du mois, accompagné des blogueurs Zeyesnidzeno et Vogelsong, j'ai rencontré Jean-Jacques Urvoas, universitaire et député, en charge de cogiter sur la thématique sécuritaire pour proposer des pistes et des "outils chiffrés" au futur candidat socialiste.

Connaissant bien son sujet, plus nuancé qu'un Rebsamen ou un Valls, j'en avais entendu parler en octobre dernier lors de la publication de son rapport, "le baiser de judas" : un diagnostic cinglant sur la contre-productivité de la politique sécuritaire du Monarque, où il mettait en avant que les premiers "trahis" étaient les policiers eux-mêmes (ce qui corroborait des conversations récentes avec des gardiens de la paix au sujet de leurs cadences, de leurs heures supplémentaires non payées, du manque de matériel et d'un dialogue désastreux avec le monde de la justice sur fond de mépris dans la population...).

L'entretien d'une heure ayant abordé pas mal de thèmes, je vous renvoie aux autres analyses de mes camarades et à l'intégralité de l'entretien.

Voici une sélection d'extraits autour des rapports entre socialistes et sécurité.

Extrait n1 : - La sécurité... "j'y vais sans dogme et sans tabou." (3.00)

J-J Urvoas nous a évoqué plus tôt la possibilité de faire appel à des entreprises privées pour accomplir une partie des "charges indues" incombant actuellement aux policiers (transfèrement, garde de personnalités ou de bâtiments administratifs...) au nom d'un redéploiement plus efficace des forces de l'ordre envers la population. Si les syndicats policiers sont d'accord (et que l'on constate que c'est déjà le cas pour les transferts de fonds ou la sécurité des entreprises privées), cette prise de position entérine la doctrine de "réduction des coûts" actuelle. 


Extrait n2 : - "Pas de droit à la sécurité".  J-J Urvoas contredit ici les propos que tiendra Martine Aubry quelques jours après cet entretien. (3.00)


Extrait n3 :  - The Question :  "En se plaçant sur le terrain sécuritaire, le PS ne tend-il pas une perche à la droite qui va en faire , comme à son habitude, un thème de prédilection ?" (9.00)


extrait n4 :  - Les divergences de la droite et du PS sur les réponses sécuritaires. (Avec confirmation en creux qu'il n'y aura aucune augmentation de budget pour la police.) (4.00)


Extrait n5 : - Question :  "Les élus de terrain craignent-ils un nouvel "octobre 2005" ?"  (avec élargissement sur le niveau de violence dans ce pays, hors "physique" : violence financière, violence des rapports...) (3.00)


Au début des années 80, la gauche avait un complexe économique vis-à-vis de la droite qui l'a poussée à faire parfois pire. En 2010, les socialistes ont le désir de se montrer "décomplexés"  sur la sécurité. Soit. Vu la donne idéologique actuelle exposée en préambule, ça se comprend. Etant exposé qu'à ses questions "décomplexées", les réponses sont, elles, comme le précise Urvoas, complexes et non immédiates, et qu'elles débordent le seul cadre "policier" :  j'attends avec impatience, de la part du PS, une réflexion et des propositions aussi poussées et sans aucun tabou sur les banques, la finance, le logement, le travail et la monnaie.

A lire :

[1] fais-ton choix : musulmans, mineurs, mineurs musulmans, roms, ultra-gauchistes chasseurs de TGV, internautes, blogueurs, journalistes d'investigation...
[2] L'autre composante étant le culte du signe extérieur de richesse dans toutes les classes sociales.
[3] Si l'on déplace le curseur de l'analyse, dans les rapports humains, dans les mots, dans son apologie continue du fric roi et ses flagrants délits répétés de mensonges et de mépris du peuple : on réalise que le pouvoir actuel est un exercice continu de la violence.
[4] notamment la violence faite aux personnes (dont la majorité des cas sont dans la cellule familiale : toute la police du monde ne pourra rien contre cela).
[5] Une partie du PS compte d'abord séduire un électorat de droite désappointé avant de soucier de ces réserves à gauche, supposant qu'elles lui sont automatiquement acquises : dangereux.

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