samedi 29 mai 2010

La bulle immobilière revient ?

Depuis quelques jours souffle un vent de folie immobilière dans les médias. C'est "la reprise de l'immobilier", les prix s'envolent à nouveau, + 3.8% sur le trimestre en île de France. Et le reste du pays suivrait. "C'est le moment d'acheter" dit le notaire.

Comment dire... Moi si un notaire, cerise à 7% sur la pièce montée, saveur banane, du bonneteau des blousés (composé pour mémoire de l'escroc banquier, de son parasite l'agent immobilier et de son indispensable farce le blousé) me répète sur toutes les chaînes que c'est le moment d'acheter : je me méfie.

En version décodée : Il y a eu méchante baisse des transactions et donc des prix en 2008 et 2009. Elle a déjà bénéficié en toute logique à ceux disposant, sur le champ, de blé : d'où "reprise".

Elle est visible à Paris, le cas me préoccupant, au fil d'une balade en son centre. On y constate depuis le début du printemps un total contraste avec la situation d'il y a un an :

- Les pancartes "A vendre" sont remplacées par "A été vendu par".

- L'explosion des ouvertures de commerces à la con, sans études de marché, et de bars "branchés" jusque dans des coins sans habitants (le quartier cher et désert étant une spécialité parisienne). Point positif : vu l'augmentation délirante de la concurrence des troquets, le cours intramuros de la chopine de Pelforth va baisser.

- Une multiplication des travaux de rénovation ou d'agrandissement de petites surfaces (investissements locatifs visant les étudiants dorés ou touristes thunés [1]) et de moyennes passant à grandes (jouissance personnelle du CSP+ ou golden-retraité requinqué et conquérant que la crise, le chômage ou même "la réforme des retraites" n'auront que marginalement affecté).
Alors qu'ils devraient être taxés pour interminable pollution sonore, ces chantiers bénéficient d'une réduction de TVA à 5.5% et leurs instigateurs, "La France des propriétaires", d'une ribambelle de défiscalisations carabinées. [2]

- Les investissements étrangers de type "pied à terre". Brésil, Russie, États-Unis. Avec la baisse de l'Euro, cette tendance devrait se renforcer.[3]

L'humilité des agents immobiliers aura donc été de courte durée. De novembre 2008 à juin 2009 pour être précis. Une époque durant laquelle, à peine le fangeux candidat à la location franchissait-il le seuil de l'officine bardée d'offres en souffrance que l'agent immobilier, surpris en plein solitaire sur son LCD ou comptant pour la troisième fois ses post-it à proximité des postes abandonnés de ses collègues licenciés, lui serrait la main avec un sourire niais avant de lui offrir un presnesso et d'ajouter :

"Je suis d’accord avec vous : On a vraiment abusé ces dernières années mais on n'y est pour rien, c'est le marché. "

Résumons...

Un gel des transactions l'année passée sur fond de crise puis le retour des investisseurs et des riches qui ont fait leur marché "à la baisse", puis celui du haut des classes moyennes qui ont investi dans l'immobilier "par sécurité" en bénéficiant d'une cascade d'exonérations fiscales (voir le schéma des investissements Scellier ci-dessous) et enfin une saupoudrée d'acheteurs étrangers : voilà donc sur quels fondements déconnectés de la réalité des revenus réels de l'écrasante majorité des français s'explique la "reprise" du marché de l'immobilier parisien[4] et, dans des dosages différents, national.

(Capture par Esprit-riche.)

Maintenant que les bonnes affaires sont faites, "la reprise" est aujourd'hui annoncée par des notaires dans une presse où l'on retrouve en tête des annonceurs banquiers et agents immobiliers bien décidés à ré-endetter, avec la carotte du "taux d'intérêt historiquement bas", leur fond de roulement traditionnel : les classes moyennes qui moulinent, assoiffées de standing.

Si 2009 fut effectivement une bonne période pour celui qui alignait le cash sans sourciller, celui qui en a un peu, voire beaucoup, moins en 2010 veut aussi en croquer, comprendre "acheter plus grand" (N.B et c'est important : cette histoire concerne essentiellement ceux qui possèdent déjà un logement dont le remboursement n'est pas terminé.)

D'après quelques observations de terrain, je constate que les barrières anti-baratin sont à nouveau grandes levées :

BARBACREDULE
- "tu te rends compte chéri c'est une bonne affaire"

BARBABOURGETTE
- "C'est clair."

Toutes ces pubs à la télé et Papamaman qui jouissent de leur(s) bien(s) immobilier(s) dont ils se sont acquittés sans douleur grâce à l'inflation des salaires dans les années 70 : ça stimule l'appât du luxe et d'émancipation (par le crédit sur fond de "PV garantie") de leurs enfants fauchés, désespérés, soumis et frustrés déclassés.

Les charges explosent ? Pas grave. L'inflation promise mais mon salaire qui stagne ? Sans Souci. Le chômage parti pour accélérer sa "tendance à la stabilisation" et son corollaire, le chantage à la productivité ? Don't worry. Ça va durer 10 ans, je m'endette sur 20 et je paye d'abord les intérêts ? Be happy. Les taux vont remonter (et donc.... les prix des biens baisser) ? No problemo. L'augmentation des impôts (on ne t'as pas dit, IL va mentir sur ça aussi). T'es négatif ! Les golden-retraités ne sont pas éternels et masses de biens vont se retrouver sur un marché des prochaines années dont j'ai du mal à concevoir qu'il s'oriente alors à la hausse. Peu importe...

les voisins sont à la fête : la bulle immobilière revient !


Articles connexes :
- Stiglitz, la crise et les bulles
- La triplette de belle-vie
- Elle avait les yeux revolving
- De plumeur à plumé



[1] De plus en plus d'agences immobilières organisent ce commerce en coulisses via une offre sur internet exclusivement tournée vers la clientèle étrangère. Ça réduit les frais : pas de visites. Ça réduit les risques : tout est payé à l'avance. Ça maintient la côte à la hausse : A 100 ou 150 euros la journée à tarif "hôtel", on explique mieux les 2000 euros / mensuels affichés à la location pour un 30m2 dans certains quartiers.

[2] Aucune pitié pour les gouvernements successifs qui ont laissé s’installer par clientélisme, les aides aux proprios renforçant les inégalités au détriment des revenus les plus modestes.

[3] pas étonnant dans une ville qui mise tout sur son rayonnement international en piétinant les réalités de ses habitants et de sa main d'œuvre qui vient quotidiennement, en RER tape-cul aromatisé à l'aisselle tiède, des coins de plus en plus reculés de l'Ile-de-France.

[4] J'espère que, dans cette période de taux bas, La Mairie de Paris aura massivement acheté de l'immeuble pour en faire du logement social. Ce n''est pas avec une piste cyclable sur les voies sur berges que l'on va faire revenir les familles et les classes moyennes dans la ville musée.

11 commentaires:

Le Yéti a dit…

"Comment dire... Moi si un notaire, [...] me répète sur toutes les chaînes que c'est le moment d'acheter..."

Oui, oui, tu as raison de te méfier. Leur campagne sur la reprise soudain de l'immobilier, commenbt dire, c'est comme le syndrome Ipad, ou le Kindle d'Amazon, ou un best-seller de littérature qui stagne dans les rayons mais dont on nous annonce des centaines de milliers de vente.

Personne peut vérifier, bien sûr. Plus personne ne vérifie d'ailleurs plus grand-chose. Surtout ces buzz commerciaux cousus de fil blanc.

La reprise de l'immobilier, c'est du bluff, bien sûr. Un stratagème de desesperados (notariaux) aux abois. Il n'y a rien qui se vend en ce moment. Peanuts. Ils vont nous sortir deux, trois succès ronflants. Mais l'immobilier, je le vois bien autour de chez moi, c'est toujours morne plaine.

Laissons ces idiots dégénérescents marner dans leur jus et offrons-nous un verre de vrai nectar bien gouleyant. [Rires]

Anonyme a dit…

Finement observé. Effectivement, "ils" sont incorrigibles. C'est reparti pour un tour de manège, mais je crains pour eux qu'il ne soit de courte durée, la crise étant, tout de même, systémique.
L'Occident erre désormais de crise en crise, ne sachant plus à crise se vouer. Crisons, mes frères, crisons!

Un autre Séb

Ana Maria a dit…

Excellent article Sébastien. Vous résumez bien la situation immobilière de merde (excusez ce mot, mais je n'en vois pas de meilleur pour qualifier la bulle immobilière) que nous subissons actuellement.
Vous aviez écrit, dans un autre article, qu'on devrait faire comparaître les banquiers, qui nous ont entraînés dans la crise économique, au "Nuremberg de la cupidité". Il faudrait aussi ajouter à ce tribunal de Nuremberg de la cupidité les agents immobiliers, les notaires et autres parasites de l'immobilier.
Si je peux me permettre je conseille la lecture du forum bulle immobiliere.org qui est une vrai mine de renseignements sur la bulle immo et ses profiteurs, et sur la crise éco, sociale, et humaine que nous subissons.
Bonne continuation pour vos articles Sébastien

cdg a dit…

La hausse de l immobilier actuelle, c est comme la hausse de la bourse apres une baisse, ca s appelle une reprise technique.
Ca baisse, ca remonte un peu (configuration actuelle), puis ca rebaisse de nouveau

comme le graphique le montre bien, le mouvement actuel est initie par les "investisseurs" en Scellier. A mon avis c est surtout des pigeons qui appâté par un avantage fiscal se rendent pas compte qu ils achetent trop cher et vont devoir faire face a une perte sur le capital.
On va vers un scenario a l espagnol: des gens endettes pour acheter de l immobilier et ne pouvant plus rembourser les credits. Les banques ne pouvant pas se refaire en vendant le bien (qui a perdu 50% de sa valeur) vont demander l aide de l etat pour ne pas faire faillite

Anonyme a dit…

Belle analyse, on voit surtout la comparaison et le décalage avec les USA et les propriétaires-revendeurs, ce qui a entre autre causé la crise du secteur dans le dit pays...

@++

Anonyme a dit…

Ana Maria me fait penser qu'il est aberrant qu'il existe "un marché" de l'immobilier comme il existe d'ailleurs "un marché" du travail. J'apparente ces termes au marché aux esclaves. Qu'on puisse spéculer sur ce qui fait la dignité humaine et représente ces besoins vitaux est absolument abject.
Prochainement sur vos écrans: le marché de l'air en boîte (merci les Verts!).

Un autre Séb

Sylvain a dit…

Si le marché immobilier se portait aussi bien que ça, on aurait pas besoin du battage médiatique des agents immobiliers, des promoteurs, des constructeurs, des banques, des notaires, etc.

Je partage 100% l'analyse faite dans cet article. Le secteur est sous perfusion. Combien de temps tiendra-t-il ?

Anonyme a dit…

Ce que vous dites de nombreux français le dénoncent, meme le ministre s'y est mis : http://www.le-buzz-immobilier.com/2010/05/immobilier-le-%e2%80%9cscellier%e2%80%9d-pourrait-etre-interdit-dans-170-villes-0031839

Ana Maria a bien résumé notre sentiment, et les français devraient lire les deux mines d'infos, bulle immmo et le buzz immobilier pour ENFIN ouvrir leurs yeux de pigeons. Ils croient acheter une retraite "en or" en achetant du béton baclé mal placé, et qui sera une source de coûts et pas de revenus de rentier qui se croit plus malin quele pauvre français qui rame et qui lui loue, car trop pauvre pour acheter en période de bulle. Salutations

BA a dit…

Combien d'actifs pourris les banques de la zone euro possèdent-elles ?

Selon la Banque Centrale Européenne, les banques de la zone euro ont dans leurs livres 195 milliards d'euros d'actifs pourris.

Vous avez bien lu : 195 milliards d'euros d'actifs pourris.

Ce sont de soi-disant "actifs", mais leur valeur réelle est égale à zéro.

Quand le patron d'une banque européenne vient frimer devant les caméras de télévision, quand il prétend que sa banque est saine, quand il raconte que sa banque est solide, ne le croyez pas.

Les patrons des banques de la zone euro sont des menteurs.

Les banques de la zone euro ne sont plus que des banques zombies.

Contribuables, préparez-vous à payer.

http://fr.reuters.com/article/businessNews/idFRPAE64U0Q520100531

Anonyme a dit…

seb
t'as rien à dire sur la flotille qui s'est fait dégommer par les déglingos?

recherche appartement a louer a dit…

Vous avez tous faire un tel grand travail à des concepts tels ... ne peux pas vous dire combien je, je tiens à vous remercier pour cette lecture instructive, j'apprécie vraiment le regards.