mercredi 29 juillet 2009

Le cake carbone

Les recettes de Maestro KubotaAujourd’hui : Le cake carbone

Un plat presque bio, typiquement familial, pour 60 millions de consommateurs.


Ingrédients : Une terrine, de la pâte à tartes, une truffe, de la verdure, un os à ronger.

1 / Tapissez le fond du plat de beurre bio médiatique et préchauffez la terrine à bonne conscience.

2 / Se saisir de la pâte à tartes (On la débusque souvent en hypermarché, pas loin de son 4X4, les bras pleins de saloperies en plastique, à l’étiquette opinion publique). La travailler pendant 3 ans à l’idée qu’elle est coupable, qu’il lui faut sauver les petits enfants de ses petits enfants (par contre Marcel le SDF qui crève là maintenant tout de suite en bas de l’immeuble, c’est pas un soucis.)

2 / Incorporez des épices vertes de Grenelle, indispensables à la saveur du plat et facilitant sa digestion.

3 / Juste avant la cuisson, sortir une figure socialiste pour l’émulsion chimique sur fond d’inconscient populaire de droite : Socialistes = impôts. Détournez ainsi le palais d'un éventuel arrière-goût d’iniquité.

4 / Passez au four, thermostat calé sur consensus. Grâce au modelage préalable des points 1 et 2, les étapes législative et sénatoriale ne seront qu'une formalité.

5 / Avant de servir ajoutez une pincée de cynisme pour l’amertume. Après tout, à la longueur de journée vous répétez à ceux qui vont se mettre à table que c'est bien de consommer plus.

6 / Pour le régal des yeux et couper court à toute tentative d'opposition, accompagnez le plat de sa garniture : Un DVD de Home.

7 / Si vraiment les convives font la fine bouche, ressortez la saucière socialiste ou autre succédané de condiments et dites que ce plat fait un tabac en Finlande. Personne n’ira vérifier.

8 / Voila. Les Français sont servis. Ils voulaient de l'écologie, qu'ils la payent. Récoltez la thune et dite : « la nature vous le rendra. »

9 / Comblez les manques à gagner divers de votre budget dus aux rabais et exonérations que vous avez consentis aux riches, aux lobbys et autres gros pollueurs.

Attention : Pour plus de succès, servir en période creuse : congés payés, jours fériés, dimanche en famille.

Ne pas servir en même temps qu'un cake à la croissance.

[Pour éviter ce genre d'usines à gaz, la rédaction limitée à moi-même préconise un régime hypocalorique, sans sucres saturés ni matières grasses.]

mardi 28 juillet 2009

Zone interdite du futur : spécial Hadopi

Lorsque deux de mes sujets favoris M6 et Hadopi fusionnent, cela donne ceci :

Bravo aux concepteurs pour cette exclusivité des programmes de la rentrée de la petite chaine immonde.

lundi 27 juillet 2009

[video] la revanche des quinquas


Suite de la vidéo de Vendredi. Si l'insurrection vient, ce n'est ni sur twitter ni sur Friendfeed. Concrètement, elle est pour le moment l'affaire de ceux que l'on aurait pu penser les plus pantouflards et les moins connectés.

A coup d'ultimatums aux bonbonnes de butane dans les camps retranchés de cette république roulant lumières éteintes, qu'ils continuent de donner une leçon de choses sociales aux éléphants et montrer à la baronnie gouvernementale écrêtant à 28% des suffrages exprimés (sondage opinion way of ceux qui sont pas président) de quel bois se chauffe la résistance.
Que ceux qui le peuvent, profitent de leurs vacances. Avec ses gros sabots médiatiques, l'offensive néolibérale de rentrée sera violente. L'arsenal est imposant : Mines anti-personnel, arrivée massive de nouveaux trouffions surdiplômés, recrudescence de mercenaires endoctrinés, rafales de préretraités, poursuite des napalmisations aux contrats précaires, contamination bactériologique au travail le dimanche, mise sous quarantaine policière des dissidents.

Monarque en surmenage ou plus,
le carnage tranquille continue. Avec ce genre de loustic et son état-major déconnecté des réalités sociales à moins de 10 KE / mois (subtil panachage de vendus, de barbares et de benêts ou les trois à la fois), les atermoiements et la demi-mesure ne sont pas de mise.

Tu ne sais pas où est ta gauche ? Lui sait tenir sa droite.

Thèmes également abordés dans la vidéo : la culture d'entreprise du gouvernement, le remodelage des ambitions occidentales...



Mes excuses à l'intéressé pour le "U" de trop. C'est bien Pierre Larrouturou qui explique en crobard, le processus de tiers-mondialisation sociale actuellement en œuvre en Europe.

vendredi 24 juillet 2009

[video] Refuser ou périr

Attention, billet deux tons sur le même thème : La soumission coupable des salariés (et surtout des plus jeunes). Vidéo pour les pressés et texte pour les autres.



Même quand j'ai décidé de prendre un peu de recul et de ne plus m'en occuper, les échos des désordres salariaux viennent me provoquer.

Le temps d'un week-end, Loralie me rend visite dans ma retraite forestière.

Loralie "manage" sa boutique parisienne en juillet selon les échéanciers et les indicateurs de performance de sa direction, en abusant d'employés dits contrats sparadraps, avec horaires abracadabrants tirés au minimum suivant les estimations de fréquentation.

LORALIE LA RESPONSABLE
Oh Seb Musset, c'est affreux : Les jeunes ne veulent plus travailler !


Loralie, pas bien âgée, 28 ans tout au plus, est elle aussi payée au plancher de sa tranche salariale. Elle table mensuellement sur ce complément illusoire : Cette fameuse prime sur résultats calculée au plus juste par quelque mathématicien des hautes sphères pour qu'elle la rate à chaque fois, mais d’un cheveu c’est trop bête, histoire de ne pas perdre l'espoir de la décrocher le mois suivant.

LORALIE LA RESPONSABLE
Mes jeunes me claquent entre les mains, les uns après les autres. Ils ne se présentent plus à leur poste de travail et sans me prévenir en plus. Depuis trois mois c’est l’hémorragie. Ils sont découragés.

SEB MUSSET
Sans blague ! Les loyers dans ta ville sont de 1000 euros en moyenne et tu les payes 800 pour du temps partiel avec des horaires pourris. Ajoute à ça les frais de transport et la formule du midi au troquet du coin à 12.50 - TVA à 5.5 incluse -, faut être sacrément con, idéologiquement lessivé par la doctrine de "La France qui se lève tôt" ou avoir le couteau sous la gorge pour accepter un boulot dans ces conditions.


LORALIE LA RESPONSABLE
Oui mais que faire ?

SEB MUSSET
Toi tu fais ce que tu veux, moi je brosse régulièrement les profiteurs avec mon karcher à dire non. Sors la tête de tes indicateurs et de tes taux de rendements et fais pression sur ta direction pour qu'ils embauchent des gens pour te seconder. Arrête de stresser pour rien. C'est tout ce stress que tu gardes pour toi qui engraisse chaque jour un peu plus celui qui t'exploite. (N.D.L.R Une entreprise cotée au CAC 40)


Elle y pense et puis oublie. Avec les prix qui se cassent la gueule, elle espère enfin pouvoir acheter. Sa banque est de nouveau prête à prêter. Youpi ! Bien malin celui qui pourra dire au fond, quel est le plus coupable des deux ? Le patron qui abuse ou le salarié qui se laisse abuser chaque jour un peu plus, sans moufeter.

Quelques heures plus tard.

Suite à l'invitation d'une amie d'enfance, je me faufile incognito avec carnet et appétit dans un barbecue de sexagénaires CSP+ en villégiature dans leur résidence secondaire, voire tertiaire, de l’arrière-pays. J'y contemple un festin des générations de 7 à 77 ans aveuglées, comme tout bon beauf de base, par les pipoles et le pognon. Entre deux résumés du dernier épisode de
Fringe, la question du travail en France est timidement abordée.

SYLVANIE, LA FIFILLE A SA MAMAN
(24 ans, Bac +36 en école de commerce, deux pièces à Paris et voiture payés par papa, sirotant à la paille son coke light lemon lime)
Trop dure la crise. Je ne trouve rien.
..

LA MAMAN A SA FIFILLE
(60 ans, au foyer depuis 24 ans)
Tu pourrais faire des efforts Sylvanie. On t'a proposé un stage d'été à la "Broud"
et tu l'as refusé !

SEB MUSSET
(qui ne peut s'empêcher de l'ouvrir en milieu hostile)
Grand bien lui fasse. Ne pas vouloir travailler pour rien est une preuve de bonne santé mentale.

Peine perdue. Une de perdue pour le marché, 350 de récoltées. Trop nombreuses sont encore les Sylvanie de ce pays qui acceptent de bosser pour des clopinettes l'été parce que papa et maman les nantis, les ont persuadées qu'il fallait privilégier la valeur travail. Croyez bien que si ces courageuses devaient compter sur le seul revenu de leur turbin estival pour croûter, elle ne s'activerait pas aussi guillerette en stage recommandé dans ces grosses entreprises qui, pour les mêmes fonctions cumulées, auraient les moyens d'embaucher trois CDI (ceux qui se présentent au guichet de leur banque ou de leur assureur durant les vacances d'été savent de quoi je parle.)

Avant d'être touché par cette crise qui permet de niveler les critères communs à la baisse et de remodeler fingers in the nose la législation du travail, le salariat a largement été sapé par cette nouvelle génération de salariés de l'humanitaire : Ces fils et filles de classes moyennes, euphorisés aux diplômes et trépanés au sarkozysme de leur parents qui pouvaient se permettre de bosser pour rien d'un stage à l'autre tout en croyant selon les termes de l’évangile libérale que cela leur ferait une expérience, qu’ils pourraient faire leur preuve voir qu’ils auraient un pied dans l’entreprise. Depuis 20 ans c'est la même chanson et pour quel résultat : Chômage des jeunes comme jamais et stagnation des salaires comme toujours.

Et toi le clodo, quinqua licencié parce que tu coutais trop cher, garde-toi bien de leur demander une piécette :
Ces Sylvanie et leurs parents te sortiront qu'"il ne faut pas encourager les feignants !"

Je ne dis rien et reprends du roti bio aux épices exotiques issues d'un commerce équitable à 32 jours de cargo. On bouffe bien chez les rupins. Dans ce genre d'environnement où personne n'est disposé à vous écouter, il vaut mieux ne rien dire, se goinfrer et noter. L'équilibre social de la collectivité étant le cadet des soucis de mes hôtes qui se flattent d'être les courageux fer de lance d'une nation triomphante alors qu'ils contribuent activement à son naufrage social et libertaire, d'autres sujets sont abordés.

Et dans ces cas d'urgence, on ne cherche pas bien loin : Le conducteur du JT de Chazal ou la une du Fig Mag feront l'affaire.


LA FIFILLE A SA MAMAN
Michael Jackson était quand même le plus grand.


LA MAMAN A SA FIFILLE
Vous avez vu ces crashes d'avion... Ça fait peur. On est bien tous ensemble... en famille.

La maman à sa fifille lance un regard perçant à Seb Musset. Toi l'outrecuidant, tu ne seras plus jamais invité au banquet des bienheureux.


Références citées dans la vidéo :
Camille Peugny : http://www.dailymotion.com/bookmarks/sebmusset/video/x9th7s_camille-peugny-franceinfo-09-07-200_news

Francis Veber, Le jouet (inédit en DVD, un film a forgé ma vision de l'entreprise !) : http://www.youtube.com/watch?v=pFeS1ne3XpY&feature=PlayList&p=32F6BFCFAD1D437D&playnext=1&playnext_from=PL&index=3

British Airways et le travail gratuit
. (A ce propos j'ai été un peu généreux - ou en avance - sur le nombre de salariés bénévoles dans la vidéo.)

mardi 21 juillet 2009

La lune dans le caniveau


La lune ? Mais tout le monde s'en fout mon brave.

Survolant hier soir les émissions télévisées commémorant les premiers pas de l'homme sur la lune, 40 ans plus tôt, me viennent à l'esprit quelques considérations.

Dans les années 80, les émissions type "L'avenir du futur" m'assuraient qu'avant la fin du siècle l'homme retournerait sur la lune. En 1995, version talk-show, on me repoussait l'échéance à 2005. En 2005, version libre-antenne, on évoquait 2015. Et bingo, hier soir chez les Bogdanoff, version experts en plateau, on me le jure : La colonie lunaire, c'est pour 2020 !

Seule certitude : En 2019, nous aurons une belle émission en 3D-HD sur les 50 ans de l'évènement.

Moi qui, gamin, espérait un jour orbiter autour de la terre comme l'on prend aujourd'hui le RER, je sais qu'il n'en sera rien.

Excusez-moi d'être un peu sceptique dans ce concert de louanges à la gloire du génie humain mais nous ne reverrons nous pas de si tôt un homme là haut.

Déjà, et c'est beaucoup, en 1969 Microsoft n'existait pas. C'est tout bête mais si l'on compte sur la fiabilité de ce Fenêtres qui équipe encore la majorité des ordinateurs de ce monde, on court au désastre. Pour la plupart, nous disposons à domicile d'une puissance informatique 1000 fois supérieure à ce qu'avait la NASA pour lancer et diriger Apollo et personne n'a réitéré l'exploit. Un silence qui en dit long non ?

Ensuite, replaçons les exploits dans leur contexte. En 1969, après 20 années de terreur atomique, il fallait faire rêver les masses et leur redonner confiance dans la technologie. Aujourd'hui, on nous bassine que l'ennemi de la planète c'est l'homme pollueur, pédophile, populiste ou pire, pauvre. Quand ce n'est pas les quatre à la fois. Quant aux pays hors point G, leur grand projet n'est pas de marcher sur la lune mais de posséder cette arme atomique qui impose le respect parce qu'elle permet de pulvériser la terre.

Guerre froide, bourbier vietnamien, il fallait pour l'Amérique détourner les regards et asseoir définitivement sa mythologie. Rien a changé de ce côté là : Cinéma, Obama, rêve américain des présidents européens et célébration de la marche lunaire avec force drapeau étoilé. A qui cela servirait de cramer des milliards de dollars pour refaire ce que l'on peut se contenter de fêter ? Laissons Ron Howard s'en occuper.

A la rigueur, constaterons-nous dans les années à venir l'essor du tourisme spatial pour quelques collecteurs de parachutes dorés qui, lassés de leurs orgies terrestres ou apeurés par les conflits des miséreux affamés et grippés, se regrouperont entre membres du club dans quelques bases géostationnaires à la Moonraker.

Joueurs d'X-Box 360 Elite et autres PS machin chose, déplorez avec moi la pauvreté de la réalité spatiale face aux ingrates virtualités terrestres qu'elle a engendrées. La conquête de l'espace a généré un monde d'images plaçant la barre bien haut : Star Wars, quatre décennies de cinéma de science-fiction aux effets toujours plus crédibles, des jeux vidéos plus vrais que nature et des univers de substitution qui endorment des générations. A moins de crashs spectaculaires, ces trompe l'oeil picturaux en haute définition rendent iconographiquement caduque toute conquête de l'infini, à moins d'y envoyer du très terre à terre : Des people nus, Jean Sarkozy et un transsexuel nymphomane.

Ce qui m'amène à la raison majeure pour laquelle nos regards ne se tourneront pas de si tôt vers les étoiles : De la base au sommet de la pyramide nous sommes obnubilés par nos baskets. Le délire spéculatif des happy-fews de la stratosphère financière n'a d'egal que l'individualisme à œillères de chacun des maillons de la chaine des soumis. En haut, on ne rêve pas de triste satellite gris mais d'indécents bonus toujours plus juteux. En bas, ma voisine, vendeuse en cosmétique assignée en studette, préfère sacrifier ses vacances juste pour avoir de quoi s'acheter des lunettes Dolce Gabbana afin impressionner ses collègues de mine à la rentrée. Si je lui parle de décrocher la lune elle me répondra surement : - "Oui d'accord mais en combien de mensualités ?"

Ne soyons pas si négatifs. Pour certaines des raisons mentionnées au-dessus nous verrons peut-être un homme sur la lune d'ici peu. Il aura probablement les yeux bridés et à défaut de révolution technologique, il signifiera que l'humanité entre dans un nouvel ordre économique sous un nouvel équilibre géopolitique, celui du far-east.

Durant les heures de célébration et de prospective observées la nuit dernière sur les ondes françaises, cette éventualité inconcevable pour l'occidental auto-satisfait n'aura pas été évoquée.

lundi 20 juillet 2009

Purple smoke on the water


Sache lecteur que la musique occupe une grande partie de ma vie et qu'elle seule depuis un quart de siècle me fait oublier le reste...

Par ces temps, j'en ai grand besoin.

Samedi 18 juillet, 10h.
Le wagon du TGV Paris-Montreux regorge de fans à moitié réveillés. Nous arrivons à midi en pleine tempête dans la station suisse et luxueuse au bord du lac Leman. 14 degrés maximum.

De toute l'Europe, ils convergent pour les deux shows exceptionnels que donne ce soir Prince en conclusion du festival de Jazz de Montreux. Fixant dubitatifs les cimes enneigées des alpes, la poignée d'adeptes de la première heure s'interroge sur le pourquoi et le comment de ces concerts sortant de nulle part interrompant deux années sans tournée. Les billets furent discrètement mis en vente il y a quelques jours, presque uniquement auprès des fans, et depuis rien ou presque n’a filtré.

Seule hypothèse économiquement crédible : Les prestations seront filmées pour l’édition d’un dvd.

Sam, compagnon de concert de longue date, nous rejoint. Je me dirige avec lui chez Johnny, fan helvète, qui nous héberge pour la nuit dans son magasin de musique. Direction l’auditorium Stravinsky en milieu d'après-midi où s’entassent depuis l'aube les plus acharnés.

Torture inutile que s’infligent ceux désespérant d’être au plus près de l’événement : Attendre est de ce genre de comportements dont je suis physiquement incapable sauf pour ce type de concerts.

Patience. Nous discutons entre autres sujets du manque de recul de l'artiste sur sa propre musique du à un ego surdimensionné. A l’inverse d’un Michael Jackson, conscient de ses lacunes musicales et qui savait s’entourer des bons producteurs, Prince, musicien hors pair mais à la poursuite de sa popularité passée, n'écoute personne, refuse les collaborations et sort des albums fourre-tout où il ratisse large, survolant trop de genres musicaux sans en approfondir vraiment aucun et, globalement, les ratant tous. Durant ce temps, d'autres producteurs, Pharell Williams, Neptunes et autres piochent allègrement dans son "son" pour concocter les tubes du moment.

Les exceptions notables de sa discographie en 10 ans furent ses albums concept, rock ou jazz, tous mal distribués : The Vault, Chaos and Disorder, l’excellent Rainbow Children, l’instrumental News (enregistré en une prise) et les désormais légalement introuvables Xpectation et C-Note inspirés par Miles Davis.

Pour le reste, Prince réserve ses fulgurances pour la scène : Du Bataclan en 2002 à sa série de shows à l’O2 de Londres suivis de concerts à l’Indigo Club durant l’été 2007 (40 performances en un mois, prouesse qui influencera Bambi à réitérer « ce coup » pour sa tournée "This is it !" annulée pour cause d’infarctus).

Seul problème, à l'image des 2 concerts suisses : La promotion reste confidentielle. Bien loin des annonces de ses collègues stars des années 80, Prince joue à guichets fermés mais pour une poignée de conquis, se coupant des nouvelles générations.

19 h. Les portes de l'auditorium s’ouvrent. Ruée des fans. Dans la mêlée, un suisse en costard se prend les pieds dans les miens et se banane sur une vingtaine de mètres devant sa belle qui pouffe. Rien à faire, dans ces cas avérés de fanatisme aveugle : C’est chacun pour soi. Confiture de timbrés dont je fais partie ! Bien que nous soyons enflammés par une passion positive, ce genre d'excitation collective donne un bon aperçu de ce qui se passerait avec les mêmes en cas d’incendie ou de contamination massive à la grippe A.

Deux méduses géantes, une moto, un écran circulaire et des caméras. Notre impression est confirmée. Ce soir, c’est un film qui sera tourné.

Extinction des lumières. Introduction psychédélique, Prince de rouge vêtu entre sur scène, stratocaster en bandoullière. La formation est minimaliste : John Blackwell à la batterie, Renato Neto aux claviers et Rhonda Smith à la basse. Il entame When I lay my hands on U, morceau enregistré avec Carlos Santana il y a une dizaine d’années. S’en suit un show d’une heure trente orientée jazz où s’additionnent des titres rarement joués sur scène : When the light go down, willing and able, I love but I don’t trust you anymore, she spoke 2 me, Love like jazz, Elixer, In a large room with no light (morceau inédit ressorti de ses archives pour le festival)…


A 51 ans, Prince abandonne les prestations physiques risquées qui contribuèrent à sa notoriété et réoriente sa carrière direction "crooner" privilégiant sa voix et les solos de guitare à tomber par terre. Ainsi la version d'Empty Room (titre confidentiel à la puissance équivalente à Purple Rain) est sublime. Il en va ainsi de chaque chanson de ce show plutôt court mais dont il n’y a pas un seul moment à jeter. Même les quelques hits interprétés sont retravaillés de fond en comble (Little Red corvette, Beautiful Ones et Nothing compares 2 U…)

Fin du premier show. Nous venons d’assister à quelque chose d’unique et sortons de là lessivés. Direction la ballade sur le bord du lac Leman pour se restaurer. Au pied du palace des rupins, j’ai un aperçu immobilier de la lutte des classes à la Suisse : Sous l’étage des limousines et du casino s’entassent façon barrios, les paillotes à kebab au graillon pour les sans thunes du pays. On y parle pas beaucoup musique, par contre on y fume et l’on fume de la substance illicite allègrement de 15 à 75 ans (forte présence de vieux babas). J’imaginais la suisse aseptisée, j’y découvre une liberté de la défonce à ciel ouvert inédite même dans les quartiers les plus interlopes de la banlieue parisienne : Distribution quasi gratuite d’alcool, Redbull en self-service et Jazz Café, night club ouvert à tous.

Nous nous posons dans un parc avec nos bières (j'en suis déjà à 7) et nous refaisons le match.

23h00. Retour dans la file d’attente pour le 2e set de la soirée. Cette fois, nous évitons la cohue, nous placant sagement devant la console d’enregistrement. J’y retrouve un ami qui lui aussi se console de ne pas être au premier rang en enregistrant le show.

Deuxième entrée de la star du soir, habillé comme pour le premier concert. Il entame à nouveau When my I lay my hands on U. Tous comprennent ici que nous aurons une deuxième version de la set-list initiale, pas si unique que ça finalement. Ne boudons pas le plaisir. Les versions sont plus carrées et sortant de la redite, il revisite d’autres morceaux comme le Stratus de Billy Cobham, le Spanish castle magic de Jimi Hendrix et le All Shook up d’Elvis Presley.

Prince livre enfin ce qui sera le clou du deuxième show : De furieuses versions de Peach, When U were mine et All the critics love U in New-York (rebaptisée All the critics love U in Montreux) et surligne ici, cela n'engage que moi, le fait qu’il est bien plus crédible lorsqu’il laisse s’exprimer son côté rock que son côté jazz.

Pour contenter les non-fans désappointés par ce concert hors des hits, il conclut tout en lyrisme avec un bon vieux Purple Rain. La version, qui figurera à n’en point douter sur le dvd, fera date.


2h00 du matin. Me voilà donc avec 3 heures de concert dans les pattes et j’en redemande. Nous nous dirigeons donc avec Sam et Phil vers le Jazz café que Prince a réservé jusqu’à 4 heures pour, peut-être, y livrer un de ces aftershows mythiques. La salle souterraine du palais de la débauche est sursaturée de monde. C’est samedi soir et toute la suisse adolescente est venue se fracasser la tête ici. Mes semelles collent sur un lino tapissé à la bière et au vomi. Il y a plus de monde dans ce pandémonium que dans l’auditorium. Nous mettons 15 minutes pour descendre au dance floor, 25 minutes pour en remonter. A l’évidence, Prince ne viendra pas jouer les prolongations ici, en tous les cas pas avant 2 bonnes heures.

Retour dehors pour une Xème bière. Heineken est un sponsor du festival et ça se sent. Nous recroisons les fans de la mi journée qui nous confirment, après discussion avec le staff, l'annulation de l'aftershow.

It’s time to drink. Nous poursuvons la soirée au bord du lac avec bières, vin rouge offert par le tenancier de la paillote (les commerçants suisses savent y faire), en échangeant des considérations sur les tailles des poitrines des protégées successives de Prince.

5h du matin. Je marche avec Sam et Phil le long de la promenade bien moins peuplée vers le magasin de Johnny. Passablement imbibés, nous nous remémorons hilares nos pires souvenirs de concert à la tête desquels figure la tragique expérience du groupe Mother’s Finest au festival d’Issy les Moulineaux remplaçant au pied levé un James Brown privé de concert à la dernière minute pour cause de prison, le tout devant 20.000 personnes déchaînées qui jetèrent alors tout ce qu'il est possible de jeter sur une scène.

SAM
Ce soir là, Mother’s Finest ils ont mangé de la pastèque !

Devant le magasin, nous croisons Johnny sapé en beau gosse se dirigeant vers le Jazz café, encore confiant dans la possibilité d'un after. Défait par nos informations, Johnny me propose de noyer son chagrin avec une bière : Cela ne se refuse pas. Prévoyant et pour ne gêner personne vu que mon train est dans deux heures, je m’étends devant la porte des chiottes pas loin de la sortie. Scannant les ondes suisses sur mon Heil-pod, je ne trouve à me mettre sous l'oreille qu’une interview de Laurent Joffrin nous expliquant comment à 16 ans il a fait, à lui seul, mai 68.

Même ici, même à cette heure là !

Contre toute attente sa belle histoire m’endort.

Sam qui a carburé à la Bison Rouge, face aux ronflements et flatulences de la dizaine de fans entassés, ne trouve pas le sommeil et me réveille au bout d'une demi-heure. A l'aube, nous titubons vers la gare de Montreux. Nous y croisons des revenants du Jazz Café aux looks de zombie qui tentent en vain de nous faire croire un instant qu'un troisième concert a eu lieu.

Mais non, n’ayant pas collecté les confidences de Morris Hayes à temps, ils ont poireauté 3 heures supplémentaires dans la boite bondée.

Dans le train régional de la CFF qui file le long du lac, nous discutons entre affranchis des arnaques de sa majesté pourpre, notamment de son dernier site payant, ainsi que de la crédulité assumée des fans de divers horizons qui, abasourdis par ses prestations scéniques et à jamais nostalgiques de leur ouverture aux autres genres musicaux provoquée par son prolifique éclectisme, crachent avec bonheur au bassinet et le suivent dans ce genre de délires nocturnes.

Cette aventure s'achève en terrasse de la gare de Lausanne autour d’un Fernet-Branca réparateur, à lire le compte-rendu des concerts dans l’édition du Matin.

Notre train est enfin là et moi déjà un peu ailleurs.

Dimanche 19 juillet, 10 heures. Au pays des rêves funky teintés de jazz, j’ai encore pris ma princière mandale.

crédit photo : des spectateurs mieux équipés que moi.


jeudi 16 juillet 2009

Tu pètes trop pour être honnête


De la conduite des véhicules aux rapports sociaux, constatons qu’à partir de la première semaine de juillet, et pour peu qu’il y ait un petit coup de chaud, plus qu'à tout autre moment de l'année, les cerveaux sont à ranger dans la pochette poubelle.

L'état qui est un malin profite généralement de ce grand relâchement du slip national pour faire passer dérégulations sauvages, hausse des tarifs, lois liberticides et autres augmentations de taxe pour les pauvres.

Et pis, si y sont pas contents, on leur sortira (avec leur thune) Johnny Halliday aux Champs de Mars : Ça les calmera. Probablement que Louis XVI aurait gardé toute sa tête s'il avait placé l'idole des jeunes (quinquas en préretraites forcées) chantant allumez le feu ! en showcase gratuit devant la Bastille ce 14 crucial du mois de juillet 1789 avec possibilité d'orage en fin de journée.

Les bronches prises par la pollution au carbone et à l'air du monarque omniprésent, j'avais grand besoin d'une retraite forestière coupée du monde.

C'est ainsi que je me suis installé dans un petit village reculé où, tel David Carradine période Kung-Fu et pas Bangkok, je pouvais à moindre frais trouver recueillement et sérénité.
Ce fut le cas, quelques heures.

Ce 13 juillet à 22h20, je suis réveillé en sursaut* par une détonation dans le ciel, suivie d'une autre puis d'une pétarade pyrotechnique démesurée façon Bombing Bagdad by CNN. Effrayant feu d’artifices qui manque de me coller un infarctus.

Que célèbre t-on exactement ? La révolution ? Manip de nantis avec figuration de pauvres qui sont sortis de là taxés jusqu’au fion et encore plus pauvres. La république ? Triomphe des vermines. La démocratie ? Cosmétique du totalitarisme. Et les idiots du village qui applaudissent. Ah la belle Rouge ! T'as vu maman, c'est y pas beau comme un film d'Arthus-bertrand ! Et à l'aube, l'octogénaire d'à côté qui
se félicite :

JEAN-RENE L'OCTOGENAIRE
Ah la vache quel ramdam cette nuit ! Ça a tellement pété, ma maison a failli prendre feu !

Pour une fois qu’un bruit du dehors le faire sortir de son coma végétatif devant la première compagnie et qu'il ouvre sa porte aux autres, même au nom d'une liberté en papier mâché, c'est à signaler ! D'autant que ça lui fera un sujet de conversation pour les deux prochaines semaines au bistrot du bourg.

De la démesure obscène de Johnny en plein Paris à cette simulation de troisième guerre mondiale en plein cœur de nulle part engouffrant les trois quart du budget annuel de la micro-municipalité, comme pour les milliers d'autres comme elle, ce pays fait étalage de plus en plus d'efforts à chaque 14 juillet pour signifier qu'il est libre, égal et fraternel.

Si tel était le cas aurait-il vraiment besoin d'appuyer, avec flash et vacarme, la démonstration à ce point ?

La liberté, c'est souvent ceux qui la célèbrent le plus qui la tolèrent le moins.

Allez va, petit et cri vain. Continue ton chemin.




* oui, oui, c'est tôt pour un mois de juillet mais j'ai mes raisons...

vendredi 10 juillet 2009

L'exception dominicale selon Darcos

(Hey connard : Là où y a de la couleur, c'est une "exception au repos".)

Ce matin, notre bien aimé ministre (de la destruction) du travail, des Relations sociales, de la famille et de la Solidarité était l'invité du 7/10 de France Inter.

Il a briffé le bon peuple de France pourtant pas d'accord sur les bienfaits supposés de la proposition de loi rétrograde signée Richard Maillé sur le travail le dimanche qui "facilite la vie des consommateurs, libère la productivité et surtout protège les salariés !" (non, non je n'invente rien c'est à 2.00 dans la vidéo en fin de billet.)

Fort de l'expérience de ce gouvernement en média-training de l'extrême, notre ministre présente le barnum législatif ainsi :
" La loi rappelle le principe du repos dominical. [...] Elle veut encadrer un certain nombre de disposition permettant de déroger à ce principe et d’une manière relativement limitée. Il s’agit d’identifier 500 communes touristiques, il s'agit de repérer 30 périmètres particuliers touristiques et enfin de repérer 3 grandes agglomérations de plus d’1 millions d’habitants où l’on pourra trouver des périmètres d’usages de consommation particulière, exceptionnelle."

Avant d'ajouter à 1.32 : "C’est un petit peu complexe sans aucun doute."

Tu l'as dit bouffi ! (voir ma simulation de carte des zones d'exception au repos dominical ci-dessus).

Pour ce qui est du salaire par contre, tout tendra à se simplifier rapidement : Paye pourrie prévisible pour tous.

Darcos, tout tranquille, nous explique ensuite comment, il peut défendre une loi qui contredit son action au ministère de l'éducation : La suppression de l'école le Samedi matin.

Le travail le dimanche ? Puisque l'on vous dit que tout le monde y gagne :

Le riche va en week-end. Donc il lui faut pas d’école le samedi pour son môme et des esclaves le dimanche pour le servir. Et oui, réfléchissez un peu quoi...

Le pauvre, lui, travaille déjà le samedi. Il lui fallait trouver du pognon pour faire garder ses mômes (le fameux "travailler plus pour gagner plus" qui a motivé son vote de 2007). Désormais pour payer la nounou du Samedi, grâce aux progressistes, il pourra travailler le dimanche. CQFDUMP.

C'est pas la gauche qui penserait à ça, hein ?

Comme le dit si bien Darcos à 4.40, tout cela n'est qu'une question de présentation des choses. Si on leur explique aux cons, ils finissent par comprendre.

mercredi 8 juillet 2009

[film] la voleuse d'images


La voleuse d'images est un film sur l'anorexie mentale, articulé autour de trois personnages féminins.

Quel est le rapport avec ce blog ? Presque aucun si ce n'est que j'en fus le scénariste et le réalisateur, il y a un paquet d'années et sous un autre nom.


A en juger par les préoccupations pré-estivales à l'ombre des jeunes filles en fleur de mon entourage, cette petite histoire entre fiction et réalité est plus que jamais d'actualité.

Les lecteurs fidèles y reconnaitront des connexions avec mon premier livre. Quant aux futurs spectateurs de la maison qui sera diffusé ici à partir du 9 juillet, ils pourront toujours s'aventurer à établir un semblant d'homogénéité dans ma filmographie.

Les fans des Blérots de R.A.V.E.L reconnaitront le chanteur du groupe, Frédéric, dans le rôle de Tom. Les plus cinéphiles, eux, trouveront peut-être quel mythique réalisateur new-yorkais endossa pour un plan, la studieuse silhouette du père de Sarah.




mardi 7 juillet 2009

Extinction de parisiens


Paris délaissée, Paris sans kékés mais Paris apaisée.


Juillet 2009. Même si elles n'étaient réservées qu’aux autres, les vacances soulageaient ceux contraints à la capitale faute de budget : Ça en faisait toujours un bon paquet de dégagé.

Cette année pour cause de canicule avancée et de baisse de moral prononcée, la ruée vers l’eau eut lieu deux semaines plus tôt. A défaut de grande bleue, dès le début du mois, Syd Movet, trentenaire 2.0, forçat de l'info, du web et de la crèche parentale, s’apprêtait à vivre un été avec short et tatanes, presque seul tout, dans une capitale au macadam collant, timidement festive à la nuit tombée et désengorgée de ses stressés. Dans les émanations de CO2 et les échos des sirènes des ambulances sillonnant les rues à la récolte des petits vieux claquant sous l'imprévu cagnard, lui, à l'ombre d'un brumisateur, se délecterait de demis en terrasse entre deux plages d'écritures.

Manque de bol. Embrayant sur la périphérie des adorateurs du cocon, son quartier central virait à son tour victime du syndrome Leroy-Merlin / Comble de rêve / M6 Déco / Ma maison est une machine à thune. Partout, d’un appartement à l’autre dans sa rue ça retapait, ça scie sautait, ça marteau piquait, ça décapait, ça thermo-cloutait.

Syd grognait sur son silence perdu mais la crispante cacophonie des chantiers de particuliers couvrait sa colère. Le tout baignait dans les discordantes remontées des transistors d'ouvriers : Best-of estival de Rires ou Chansons ou Top of the Pops de Gdansk FM suivant la légalité du contrat de travail.

Le home familial de Movet s'orientait plein sud, sous les toits, climatisation façon coffrage à l’ardoise : Aux alentours de 54 degrés l’été et de Reykjavik l'hiver. Un vrai bonheur urbain mais bon, l'écrivain restant un humain comme les autres, il s’habituait à sa condition.

Son alvéole de logis ne le choquait finalement pas plus que la vision quotidienne de ces errants qui, des bourrasques givrées de décembre au coups de massues de juillet, tombaient avec régularité sur le pavé de la cité des lumières dans l'indifférence des locaux et la stupeur des touristes friqués, parfois incommodés par l'odeur.

Syd s'estimait même heureux lorsqu’il contemplait ses potes de fac, thésards, CDistes et pas cons, croupissant en squat à trois pâtés de maison de là sans une thune et menacés d’expulsion, à deux doigts de la clochardisation dans le mépris complet des institutions.


Alors avec un peu d'ingéniosité, Syd agrémentait sa vie domestique à moindre frais. Il construisait des meubles en carton, sur mesure.

Avec deux planches et des coussins de récupération, dans ce goulot d’étranglement entre les chiottes et le coin cuisine qui lui servait d’entrée, il construisit un lit douillet pour Révolution, son bébé. Pour contrer l’étuve, il se procura un deuxième ventilateur
chez camion-tombing-service, un Sarkozator à double rotation, recommandé dans les pages tendances du nouvel obs, brassant mieux l'air que la concurrence.

Pour la nuisance diurne des chantiers, il avait négocié sur brocante un casque d'insonorisation. Pratique pour écrire, chiant pour disserter autour d’un plat de nouilles Ligueule avec Zoé à sa pause de mi-journée, sur la mystification du seppuku dans l'œuvre de Mishima période Pavillon d'or.

L’écran plat était le seul meuble qu’il avait pu monter et faire rentrer dans ce corridor aménagé en surface de collecte à loyer. Il restait allumé à la journée sur Tiji, dès fois qu'un scoop sur le karachigate tomberait. Pour le reste, en jetant tout par le fenêtre, le déménagement serait l’affaire d’une dizaine de minutes. Cette perspective lui semblait pourtant de plus en plus lointaine.

Maudite échéance mensuelle qui dévorait les deux tiers des revenus du ménage. Comprenez qu’avec le genre de pécule restant, le couple partait rarement en RTT à St-Barth. Syd se réconfortait donc en songeant aux autres plaisirs de la vie : Métro, changer bébé, le bruit des voisins, l'eau chaude en berne depuis mars, la traque aux cafards et le safari aux souris sur le balcon.

Syd Movet se résignait donc à la double peine d'un été standard de locataire parisien :

1 / Il endurerait la mauvaise ventilation de l'appartement merdeux qu’on lui avait craché à la face au sortir « privilégié » d’une liste de 200 prétendants n’ayant pas les connexions idoines pour se prévaloir de deux garants se portant caution à hauteur de trois fois le prix du loyer (et ce en toute illégalité).

2 / Il devait en plus, aux beaux jours de la transhumance des bienheureux, subir les assauts sonores des travaux engagés par ceux qui avaient, eux, les moyens de partir : Les bailleurs.

Syd avait cru comprendre au JT que l'immobilier s'enfonçait dans la mouise. Inflation du nombre d’annonces, chutes des prix, agences immobilières elles-mêmes en vente : Il avait constaté l'hécatombe lors d’une tournée en France profonde pour la promotion de son livre pour enfants "Nick et Carlita au pays des Rottweiler qui déchiquètent".

Pourtant à Paris, même si les pancartes "à vendre" se multipliaient aux façades des immeubles, le business de la petite surface locative, lui, resplendissait.


La raison était simple : Suppléant la carence de construction de logement sociaux dans une capitale professionnellement attractive même et surtout en temps de crise, ce marché s'abandonnait à la spéculation privée la plus débridée.

Le secteur de l'extrême location parisienne engraissait cette catégorie socioprofessionnelle plutôt âgée que, des actions Eurotunnel au grand emprunt d'état, on retrouvait dans les coups de pognon promis à juter. Ils s'appelaient eux-mêmes avec toute l'innocence du monde : Les petits propriétaires.

Encouragés par un gouvernement et des émissions de télé prônant l’enrichissement personnel et le 4X4 bio pour rouler sans heurts sur les crânes de pauvres, les petits proprios ne se gênaient pas pour louer à des tarifs prohibitifs aux plus jeunes et plus démunis, leurs placements fonciers aux allures de taudis.


Ces appartements, si tels pouvaient être leur nom, se résumaient à quatre murs autour d’une surface d'une poignée de mètres carrés. Autrefois, on y logeait le petit personnel. Depuis le boum de l'immobilier, on y faisait cracher leurs salaires aux esclaves. Ces infamies immobilières étaient discrètes, situées au cimes inaccessibles d’immeubles vétustes. Elles se louaient à des prix défiant la raison : 700, 800, 1000, 1200, la limite se fixant d'elle-même suivant la crédulité des locataires. Et, quand à la moindre annonce, ces derniers se présentaient à 50 dans l’escalier pour décrocher le nano-xanadu avec sous le bras des dossiers de candidature en trois tomes, le plus motivé d'entre eux ne regardait ni à la dépense ni à la soumission. Celui prêt à payer de sa poche pour les travaux de réhabilitation du cloaque inhabitable, l'emportait.

Régulièrement, d’un point à l’autre de la capitale mais le plus souvent à son centre (là où l'amplitude insalubrité / prix restait la plus élevée), ces bombes foncières, où de l'électricité à la plomberie au mercure rien n'était aux normes, explosaient. Ces combustions spontanées sans victime, sans heurts, sans cri étaient l’occasion d’un peu d'animation dans le village à bobos. L'assurance habitation couvrait systématiquement le manque à gagner du proprio. Côté connard de locataire, quels biens de valeur pouvait-on entasser dans une cellule ?

Jusqu’à l’apparition de la crise fin 2008, en mettant de côté les marchands de sommeil (louant du méga vétuste à prix d’or à ceux rejetés de partout) et les banquiers (disposant de pâtés de maison complets vacants) le 3P, Petit Proprio Parisien (tenant des deux catégories susmentionnées) jonglait entre 3 marchés :

Son premier marché : La pépinière des étudiants venant de loin.
L’argent des bourgeois de province passait ainsi dans les poches des bourgeois parisiens via la confiance qu’ont traditionnellement les premiers dans les cursus universitaro-foireux de leurs enfants prodiges qui (c'est écrit dans Challenges) avec un Bac+7 en anthologie du polygone finiraient maître du monde dans le semestre. Indépendance, folles nights de Paris et argent de poche : Les enfants gâtés n'iraient évidemment pas contredire leurs machines à sous favorites. Non contents de doper les prix de l’immobilier grâce à leurs subventions parentales, les jeunes wannabees de La France des winners contribuaient également au dumping social ambiant en acceptant l'été des stages non rémunérés où ils cumulaient, convaincus de se faire embaucher, le boulot de 2 CDI qui ne le seraient pas plus qu'eux.

Charles-Edouard, voisin étudiant de Syd se vantait ainsi de turbiner gratuitement jusqu'à la rentrée en agence immobilière. Il visait une carrière chez un banquier parce que "tu comprends, tout disparaîtra sauf l'économie."


Le second marché du 3P : Le célibataire.
Il se subdivisait en deux catégories.
Syd y retrouvait, avec quelques années au compteur, la plupart de ses amis : Des miséreux affectifs de la catégorie précédente qui, les illusions perdues, végétaient manutentionnaires ou chieurs de sandwich à temps partiel chez Mac Bouze mais disposaient toujours de parents pour allonger la caution de l’appartement et se porter garant. Ses potes s’enfonçaient tranquillement vers la quarantaine sans épargne, ni métier sérieux, sans aucun autre business plan que celui, un jour ou l’autre, de finir sous les ponts, une fois que leurs géniteurs arrêteraient de les arroser pour se consacrer à ce qui allait vraiment finir par leur tenir à cœur : Rester en vie.

Dans cette catégorie de plumés, Syd retrouvait également beaucoup de divorcés. Charles-Edouard lui confirmait : "- Rien de tel que des familles éclatées pour stimuler la demande et faire monter les prix !" C’était d’ailleurs applicable à tous les autres pans de la vie économique. La famille éclatée en province avec 2 enfants étudiants à Paris restant le gisement de pétrole de l'agent immobilier.

Le troisième marché : Celui de l'exception ou de la famille normale.
Par mégarde,
Syd Movet s’y était fourvoyé.
Il s’agissait de familles moyennes[1] officiant sur Paris, soit qu'elles n’avaient pas trouvé à se loger ailleurs, soit qu'elles refusaient de s'endetter sur une vie pour s'acheter une crotte en Lego dans un ghetto à crétins en trentième banlieue, avec à la clé trois heures de transport quotidien en bétaillère pour rallier le camp de sommeil au camp de travail.
Ces familles, selon leurs revenus (pas loin du seuil de pauvreté) et le nombre d’habitants au mètre carré (pas loin du seuil de promiscuité), devaient être prioritairement dirigées vers des logements sociaux. Comme au million d'autres, la mairie leur avait dit d'attendre patiemment leur tour. Ça finirait par tomber. Sur la base des 25 logements construits cette année pour une demande de 800
dans le quartier, Syd déterminait que le délais théorique pour qu'il obtienne un appartement dépassait les 13 ans.

A défaut d'appartements propres et de loyers décents, immobilièrement parlant Paris s’aseptisait à vitesse grand V. Voulant du riche ou du fils de riche pour habiter chez les riches, les maitres de la capitale chassaient non seulement les bas revenus mais aussi les moyens.

Une autre mutation s'opérait depuis peu : La spéculation des petits proprios, pour cause de crise et de manque de liquidités en interne s'orientait désormais à l'export.


Syd le constatait à la teneur des dialectes parlés dans son quartier, sa rue et son immeuble : Le marché de la location à la journée pour les étrangers friqués se développait en toute décontraction, tirant les tarifs à la hausse. Permettant de s’affranchir des contraintes locatives, des réglementations nationales, des cautions et autres mois d’avance dont de moins en moins de français pouvaient s’acquitter, c’était une solution totalement décentralisée, garantie 100% sans impayés, sans risque d’occupation abusive et qui, le top, permettait au 3P de doubler ou tripler les revenus de sa surface d’exploitation.

Pourquoi les 3P s'embarasseraient-ils plus longtemps de locataires précaires et procéduriers de type Syd Movet quand des night-clubbers brésiliens ou des greluches de nababillons russes pouvaient aligner de 200 à 400 euros pour une nuit avant de partir défoncés au petit matin en ne se souvenant plus de rien ?

Les quatre étages de l'immeuble du bagnard se métamorphosaient progressivement en une auberge locative pour nantis en transit (pas plus soumis aux codes nationaux de l’hôtellerie qu'à ceux de location et ne générant aucun emploi au niveau local.)

A cette adresse, Syd et Charles-Edouard, n'étaient plus que les deux seuls habitants officiels, ingrats
résidus d'anciens baux. L’immeuble se peuplait du vendredi au dimanche de l'internationale pochetronne d'un soir, peu scrupuleuse quant à ses nuisances sonores et, à en juger par la présence de sacs translucides le lundi matin dans la cage d'escalier, non informée de la présence d'un local à poubelle au rez-de-chaussée.

Côté client : 200 euros la soirée à se diviser à 4 pour une chambre très bien située. Côté 3P : A peine un petit coup de ménage à faire et en deux week-end, l'innocent proprio empochait l’équivalent d’un mois de loyer de pauvre fauché français. 1000 euros mensuel pour 25m2 ce n’était pas assez rentable pour nos Maddoff du PAP dont certain avaient encore l’outrecuidance de se dire de gôche. D'où la multiplication des travaux cet été dans ces appartements : A la rentrée les cellules insalubres transformées en pieds à terre parisiens se loueraient encore plus chers. La force vive du coin n'aurait, elle, plus qu'à s'expatrier à Dubaï selon les conseils d'M6.

Travaux spéculatifs la journée, riches fêtards importés le soir, le tout servi par des larbins transbahutés chaque matin par RER pour jouer, contre un sous-salaire, le rôle de parisiens. Au milieu : Des gens qui crèvent à petit feu. Paris devenant une capitale comme les autres : Sa démographie sentait le pognon.

De sa chambre avec vue avec la rapacité, Syd Movet ne voyait pas vraiment la différence entre Banksters ou petits proprios parisiens. Si la comptabilité différait, les motivations lui semblaient rigoureusement les mêmes. Aux uns et aux autres, il n'aurait pu parler de solidarité sans que cela finisse en coup de boule dans la minute. Dans cette extension populaire du capitalisme inique que symbolisait la spéculation locative des particuliers, sans volonté politique nationale et locale encadrée d'une réglementation rigoureuse, la moralisation lui apparaissait illusoire.

Dans sa cellule, rêvant d'ailleurs, Syd brancha le ventilateur. Il mit son casque qui le coupait du barouf extérieur et entama la rédaction d'un nouvel article, espérant naivement qu'il contribuerait à la dénonciation du scandale du logement dans Paris. Sujet riche et bien plus étendu que son petit cas particulier. Pour le titre, il avait une bien une idée :

"Extinction de parisiens."



[1] "classe moyenne". Terme d'ancien français désignant une catégorie de la population pouvant vivre dignement des revenus de son travail

dimanche 5 juillet 2009

[video] C'est dimanche et je ne travaillerai pas

L'actualité bégayant, les neurones grillant, il me semblait bon de publier à nouveau cette vidéo datant d'octobre 2008 au sujet de la proposition de loi sur le travail dominical. Texte ressorti de derrière les fagots ces jours ci puisque jugé trop chaud pour être voté en hiver.




L'UMP a ouvert un blog sur le sujet : Il est important de le pourrir d'y laisser son avis.

P.S : Nos libertés valent plus que les colifichets souvenirs de Michelle Obama.
P.S new age : Si le nouvel obs était de gauche, ça se saurait.

vendredi 3 juillet 2009

L'insurrection qui vient (aux USA)

J'interromps cette (petite) trêve estivale pour publier une critique vidéo-littéraire signée... Fox News :

"The coming insurrection", l'édition américaine de "l'insurrection qu vient".




7 minutes de critique sur "l'insurrection qui vient" du Comité invisible sur le média US le plus conservateur : Croyez-le ou non, c'est bien plus que sur TF1 !

mercredi 1 juillet 2009

TF1 : Laurence Ferrari montre tout


Aujourd'hui dans la vie des médias par Seb Musset : Comment reconnaitre un empire télévisuel en plein déclin ?

Le soir où il passe de l'information à l'infomercial.

Lundi. Accablé par un reportage en une du JT de France 2 sur les pauvres victimes de l'escroc Maddoff qui ne cherchaient qu'à faire un petit +10% à l'année avec leurs tonnes de pognon en trop, je fais une chose rare mais souvent instructive lorsqu'elle s'en tient au troisième degré : Je zappe sur l'édition de 20 heures de TF1.

Et là, choc.

Fini le farandole habituelle des reportages formatés et à l'idéologie légère comme du plomb qui, entrecoupés d'apnées et de regards sensuels de blonde platine, amenaient pépère aux marronniers de fin d'édition.

Prétextant les 60 ans du premier journal télévisé français, Laurence Ferrari animatrice dans la tourmente, se lève de son pupitre et nous annonce que ce soir elle va tout nous montrer.

Le révolution de la télé 2.0 se déroule à 20'16'' sur ce lien.

Pour que la première compagnie en vienne à casser le sacrosaint code guindé du JT, c'est qu'un rapport armageddonesque sur sa côte d'amour a du atterrir sur le burlingue du dirlo en crise. Après son spot publicitaire, à l'ambiance d'institut médico-légal, qui appuie sur fond de faux Boléro sur le côté "vous c’est nous et nous c’est vous on est tous dans la même barque" (triste contre-coup du ensemble tout devient possible : Une France moralement karchérisée, avachie devant son écran à regretter le bon vieux temps), TF1, à défaut de consacrer son temps d’antenne dédié à l'information à enquêter sur les dessous du karachigate, se fend d’un reportage de 20 minutes sur... TF1.

Ni une ni deux, je sors mon carnet pour ne pas perdre une miette de ce festival de flatterie fatale .

Dans le viseur : Laurence Ferrari qui marche dans les couloirs et lance un premier sujet au look d'épisode de 24 heures (compte à rebours, effets speciaux, sound-shaping et split-screen) sur la fabrication des reportages du JT.

(Cette gerbe d'images vous est offerte par le 20h.)

Nous y suivons un jeune journaliste et ses deux esclaves de la technique dans les coulisses d’un sujet sur… le remaniement de l’UMP et l’entrée de deux nouvelles têtes féminines dans le gouvernement. No comment. Ou plutôt si, j’aurais bien voulu avoir un sujet sur le choix du sujet à suivre dans ce sujet.

Les conditions de travail sont pénibles à TF1. Le cameraman se plaint :

LE CAMERAMAN (reconstitution)
" - Merde quoi, y a trop de cameramen, on est bousculé !"

Fâcheux cette concurrence. Sur un "common" du journaliste, l'homme à la caméra d'or repart en coup de "speed". Oui, on parle anglais à TF1. C'est in, super cool et over-hype.

LE CAMERAMAN (reconstitution)
"- Laissez-moi passer, ma Béta est plus grosse que la vôtre !"

Avec la tristesse d'un compte-rendu de Tsunami qui se serait étalé sur Boulogne-Bilancourt, le commentaire de la voix-off se morfond :

« - ...Et même en y mettant les formes difficile aujourd’hui d’obtenir une petite exclusivité. »

Le journaliste part sans son interview du nouveau ministre. Coco est malheureux. Sur qu'on était plus à l'aise pour poser son pied de caméra dans la cour de L'Élysée au temps de L’ORTF. (En fait, c'était l'Élysée qui posait son pied sur la caméra.)

TF1 boycotté par le gouvernement ? On peut faire de l'auto-promo et garder un minimum de déontologie, non ?

Non.

Suite du parcours : Montage, mixage, enregistrement des commentaires du sujet-cobaye. On explique à la France profonde qu’à TF1, on sait de quoi on parle. Le mot HD est répété en boucle et on sort la joncaille : Orgie d’écrans plats à l’image.

("- Le premier qui branche M6 est viré !" )

TF1, c'est le mouvement. Alors on court dans les couloirs, on sait pas trop pourquoi mais le président aimera. C’est au détour d'un sprint de porteur de cassette que le mot « satellite » est employé. C'est le prétexte pour lancer l'animation mappy de la mort qui tue Camion-régie / Tour TF1 et qui en mettra plein la vue à la France du dessous encore travaillée par cette question métaphysique :

" - Komenkifaizés pour bouger le Gros Bill dans le
Bigdil ?"

Mais pas trop de modernisme tout de même, le populo pourrait être déconcerté.

Vite un Tranksen. Enter Jean-Pierre Pernault.

(- Ça te dirait un Flunch ?
- Pas ce soir, j'ai crash d'airbus.)


JEAN-PIERRE PERNAULT (reconstitution)
" - Moi je suis un killer comme Mourousi, j’utilise pas de prompteur ! Parce que le 13 heures c’est pas un truc de blonde : c’est de l’info avec des burnes !"

Laurence Ferrari est au fond du sac. Dans une moue digne des grandes heures de voisin, voisine, tandis que le Frank Michael de la non-info de mi-journée s'admire les biscotos, en interne l'animatrice neurasthénique fait son mea-culpa :


LAURENCE FERRARI (reconstitution du plan de coupe du cerveau)
" - Pourquoi je suis pas restée à Canal au lieu de venir dans ce gourbis. En plus, on me jette des tomates dans la rue !"

Vite un peu soutien : Direction le plateau de Claire Chazal.


Les voir comme cela toutes les deux, côte à côte, copie-collée l'une de l'autre, ça me rend tout chose. Je n'avais pas ressenti un tel malaise depuis la vision des deux Van Damme dans Replicant de Ringo Lam. Chacun ses références, Pernault c'est les sabots moi c'est les tataneries de Jean-Claude (...et de Schoppenhauer aussi un peu).

Claire Chazal nous explique que la plus grosse révolution dans le monde de TF1 depuis les stock-options et la droite, c'est bien sur l’oreillette.

(- Ok d'accord pas Karachi...)

CLAIRE CHAZAL (reconstitution)
"- C’est tout petit. C’est bien pratique. Hi hi hi."

LAURENCE FERRARI (reconstitution)
" - Oh oui dis donc t'as raison, c’est rigolo... Et c'est quand que tu te casses ?"

CLAIRE CHAZAL (reconstitution)
" - Écoute beyatche, j'étais déjà dans la place que t'étais pas encore stagiaire à Imberbe Magazine. Alors, fuck off !"

Le montage est nerveux, constitué d'aller-retour avec la régie. Le dialogue est filmé en caméra portée. Grammaire TF1 : L’image bouge = vérité.

Retour sur ce qui était normalement le sujet de base : les 60 ans du JT. Succession d'images en noir et blanc et panégyrique des améliorations de l'information : Pierre Sabbagh > noir et blanc > journaliste > couleur > TF1 > animateur de non-actu > polémiques à deux balles > auto-flatulence en 3D. C'est sans appel, on capte bien le sens de l'histoire.

Après la télé de papy, retour sur un décor qualifié de "futuriste" et deuxième emploi du mot "satellite" qui "permettent d'émettre même depuis l'espace" (non, là c'est pas une reconstitution) mais aussi, et elle oublie de le préciser et ça c'est pas pro : De recevoir plein d'autres chaînes de la méchante concurrence.

Laurence Ferrari nous assure que "- Le monde de la télé a été bouleversé."

Tu m'étonnes : Tel que c'est parti, dans 2 ans Gulli va vous niquer.

Alors TF1 dégaine son arme favorite : "Les experts". Aujourd'hui "Les experts Boulogne" vous racontent comment sur TF1, à défaut de retranscrire fidèlement les réalités sociales basse-def de maintenant, on vous fera participer aux technologies Hi-tech de demain. C'est parti pour deux minutes de branlette geekoïde.

Un des experts précise tout fier : " - La télé de demain ce sera comme dans Minority Report."

Je veux bien le croire.

L'expert nous explique comment, grâce à une caméra installée chez le spectateur (j'aime !), celui-ci va pouvoir se passer de télécommande et que bientôt, pour changer les chaînes, il faudra qu'il bouge son corps. Moi j'appelle ça un retour en arrière mais bon, depuis mai 2007, à chacun sa définition du progrès.

Notons tout de même la prise de risque de TF1 : Parler d'activité physique à une audience composée aux deux tiers de grabataires.

Mais attention, le meilleur est pour la fin. Le commentaire souligne un point important pour mieux comprendre cet avenir à la Jules Verne dont TF1 est bien sur à l'avant-garde :

VOIX OFF DE L'EXPERT
"- Demain, le téléviseur sera connecté sur internet."

La vache ! Sans dec' ? Et tu crois qu'on pourra télécharger du Leforestier ?


VOIX OFF DE L'EXPERT
"- Pour le spectateur, cela permettra d'agir sur le programme lui-même."

Là l'expert touche juste : Depuis que je m'informe sur internet je regarde vachement moins les bouzaces orientées droite-tranquille de la une.

Un nouveau spécialiste nous promet :

LE NOUVEAU SPÉCIALISTE QUI PROMET
" - Cela va nous permettre de nous immerger dans l'information."

Au moins ça nous changera, parce que là depuis 20 minutes on est gavé de grosse propagande corporate.

On nous fait miroiter des fonctions tactiles, des écrans (et des programmes ?) toujours plus plats, des animateurs virtuels et grâce à la miniaturisation, on nous promet qu'un jour on aura enfin la télé avec soi partout, tout le temps.

Pour que, plus jamais, aucun bout de ton cerveau ne reste indisponible.

Pour finir, Laurence Ferrari nous raconte avec ses petits bras la différence entre le 4 /3 et le 16 / 9.

Peine perdue : Mon père ne comprendra jamais rien.

Comme pas mal de spectateurs de TF1, de peur qu'on lui fauche, il en est encore au stade où il enferme sa Téléfunken de 1973 sous clef dans le meuble prévu à cet effet. Alors le 1664 machin et la hache-blé, faut pas trop l'emmerder avec ça sinon il lâche le chien.

A trop vouloir étaler sa modernité, TF1 qui célébrait les 60 ans du JT a tout juste réussi à me confirmer qu'elle ne sait faire de l'info que pour les plus de 75.

Et encore... Toute cette agitation en 3D sur fond de canicule a du provoquer quelques infarctus chez les moins vaillants.

" - Alors M'sieur Bolloré, vous achetez ou pas ?"

" - Je sais pas.Je vais réfléchir encore un peu..."