vendredi 29 mai 2009

Banalités des bourreaux débonnaires

Illustration : Panorama de France.
Jeudi, 11h00 :

HAINE ès TV

- "Je refuse la dictature des bons sentiments."

Quand monarque pas content à 9 jours des élections, monarque brandir ainsi faits-divers et sortir canons pour fouiller cartables.

Est-ce pour s'épargner des bastons d’enfants ? Est-ce pour éviter des attentats ? Est-ce pour réduire la délinquance ? Bien sur que non. Vieil électeur, l’UMP a bien trop besoin de ta peur pour perpétuer son pouvoir. C'est pour cela qu'il te caresse dans le sens de la terreur : Plus ça va mal autour de toi, plus tu roules pour lui. Pourquoi s'en priverait-il ? Avec toi cette politique fait, dans tous les sens du terme, un vrai malheur.


Un cycle d'actualités commence, un autre s'achève. Au moment où le Kaiser Kinder lance tambour battant devant un parterre au garde-à-vous son programme européen (code name : Karcher 2) pour bouter les Ben-Laden-babies hors des cages d’escalier et transformer les collèges en décor de film Europa Corp, on apprend que Julien Coupat va être remis en liberté au terme de 7 mois de détention.

Des journalistes (hors Figaro) aux politiques (hors secte), on s’accordait à dire dès le second jour que cet emprisonnement était injustifié. Il fut prolongé par volonté politique de faire de "l'insurgé" un exemple.

Jeune, en démocratie antiterroriste, tu as le choix : Fais des études et tais-toi, bosses en contrat-pro ou alors ne sois pas d’accord mais tu finiras comme Coupat !

Contenter les uns avec de la rhétorique sécuritaire, soumettre les autres par la terreur. Suivant tes revenus : Flatter les fantasmes et générer de la soumission. Atomiser l'opposition grâce à un enfumage frénétique de polémiques, le tout sur fond de privatisation de la nation. Au fond, c'est simple un programme UMP.

14h39 : J’imaginai que la nouvelle de la libération déplacerait un peu plus les foules. Je fais un crochet par le charbonneux mausolée des peines. Une poignée de journalistes se grillent des roulées devant la porte en fer, sous la grisaille. C'est du discret. On est loin de la communication à gros sabots, avec équipe TV embedded, de l'arrestation de l'ennemi public numéro 1 qui ressemble tant à l'exploitation faite aujourd'hui de faits-divers servant de terreau à la campagne européenne d'un parti en peine de résultats et dont, dans les 2 cas (faits-divers et résultats), les dindons sont les jeunes.

14h40 : J’apprends au pied de la prison que personne ne sait vraiment quand Julien sera relâché. J’apprends que sa liberté sera au rabais, sous conditions, que le provincial ne pourra pas quitter l’île-de-France, qu'il ne devra pas rencontrer les autres mis en examen parmi lesquels je crois sa compagne et la mère de son enfant. Même en liberté, cassons l'innocent.


14h50 : Je repars sur le boulevard Arago. Une voiture de police ralentit à mon niveau. Quelques regards, elle part. Intimidation standard.

Là, il faudrait être plus exigeant que le monarque et refuser - seulement - la dictature, que ne constate-je autour en épiant les conversations des étudiants aux terrasses des cafés à 400 mètres de la prison de Julien ? Une totale résignation à la logique des oppresseurs. Ça sait à peine articuler une pensée plus longue qu'un texto que ça ne parle déjà que meilleur taux, bonnes affaires à faire et stage d'été pas payé mais tellement bénéfique pour "ma carrière dans le monde de la banque parce que y a que là qu'on peut faire grave du blé". A la terrasse du café des cons, en prison ou pas, Julien n'est pas une peur, pas même un sujet de conversation. Ici, à 21 ans, on est déjà comme ses parents : Inquiet pour ses points de retraite.

18h20 : La nouvelle de la libération est effective mais déjà promise à l'enfouissement sous la percée des français à Roland-Garros.

23h10 : Extrait du Grand Journal de Denisot et intervention de Michèle Alliot-Marie, ministre du décor de l’intérieur. En substance, au sujet de Julien elle ne regrette rien. Pis, c’est même pas sa faute. Denisot ne relance pas.

Disciplinée et au fait des dernières tendances vestimentaires, la centaine de jeunes sur le plateau applaudit le bourreau avant la pub, comme convenu avec le chauffeur de salle. La télé, c'est comme les mises en détention abusives, ça vient d'en haut et ça se respecte sans moufeter. Naïf que je suis, j'ai cru qu'ils siffleraient la ministre.

Comment dénoncer le sans-gêne du pouvoir dans un pays sans jeune ?

Il est tard. Sur le poste, tourne cette vidéo de Will.I.am :




'sont forts quand même ces 'ricains.

mercredi 27 mai 2009

Sauvons les riches (à peu près) chez Bruni et Bolloré




C'est grisé par le souvenir d'une bonne tranche de rigolade lors de la vision d'un brunch à la baguette au bar du Bristol que je rejoins Mardi après-midi le collectif "Sauvons les riches !*" pour sa nouvelle action ludo-revendicative en plein ghetto pour méga-thunés : Aller célébrer la fête des voisins à la villa Montmorency.

Villa Montmorency : Cité interdite au cœur de Paris regroupant les demeures de Carla Bruni, Vincent Bolloré, Arnaud Lagardère... injustement abandonnés à leur solitude en ce jour de liesse nationale.

Fort d'un gout prononcé pour la connaissance de l'autre et d'une armada de caméras, notre collectif se trouva pourtant dépourvu lorsqu'à l'angle de la Rue Poussin et de la Rue Isabey, il tomba nez à nez avec une escadrille de la milice privée (la police nationale) de nos amis aux poches pleines.

N'écoutant que sa bonne humeur et enivré par le bon gros son d'un Licence IV qui tache, notre collectif célébra la démocratie sur son bout de carrefour dans les fumées des berlines aux vitres teintées. Dans l'esprit des lumières, il improvisa une partie de boules entre les Porsche Cayenne suivie d'une dégustation de Kro discount sous l'œil attentif des RG, dans une ambiance vache-qui-rit / CRS des plus réjouissantes.

Ce n'est que fiesta remise.

* [Le Collectif « Sauvons les riches », dans le cadre de la campagne Europe-Ecologie, vise à instaurer un revenu maximal autorisé européen, de l’ordre de 30 fois le revenu médian, au-delà duquel les revenus seraient massivement imposés, sur le modèle de qu’avait instauré Franklin Roosevelt en 1942, qui a fait chuter les inégalités aux Etats-Unis pendant 40 ans. Dans ce but, les jeunes contestataires, armés de baguettes de pain et de paquets de spaghettis, interpellent à leur manière nos amis les riches, accros à un mode de vie destructeur, non-généralisable, et finalement tellement triste.]

mardi 26 mai 2009

Crash test dummy


[update 26.05.09 / 7h50]
Enceinte ? Grippé H1-N1 ? Cancéreux ?
Deviens l'auto-entrepreneur de ta convalescence.

Le storm-trooper préféré de l'Élysée te propose sa vision du progrès dans les pages du Figaro : Le travail à la maison sera bientôt accessible pour toi le malade, l'inutile, le contre-productif.

Résumons le projet avec les mots de l'intéressé :

Sans équivoque : "- L'idée, c'est de permettre à des personnes en arrêt maladie [...] de continuer leur mission."

Poignant : "- C'est un nouveau droit pour le salarié."

Sensible : "- Ce serait une façon pour eux de garder le contact avec leur entreprise."

Proposer à des malades de bosser de chez eux et faire passer ça pour du soutien social, fallait oser. C'est que l'homme est doué par rapport à d'autres dans sa catégorie plus gaffeurs ou moins convaincus. Le storm-trooper, lui, croit en ce qu'il dit. C'est bien de cela dont il faut avoir peur.

Pièce essentielle de la stratégie de l'union pour le mouvement perpétuel, reconnaissons que l'agitateur d'idées à la con est probablement le personnage du gouvernement qui remplit le mieux sa fonction : Ballon sonde de l'opinion par "éventualité de réforme en projet" médiatiquement introduite au petit-déjeuner.

L'air de rien, toutes les semaines, le Tarantino du contrat social nous pond un nouveau teaser, screening-test du grand film catastrophe en Sarkorama.

Électrochocs pour les voleurs de choco BN, interdiction des syndicats, mise en quarantaine du 9-3, euthanasie des fonctionnaires : Toutes les combinaisons sont possibles. Si ça passe dans sa bouche sans trop choquer, ça passera les yeux fermés à l'Assemblée.

J'imagine que là ça va quand même avoir du mal à passer*.

Gaussons-nous de son work-in-progress montant crescendo, hommage à la bêtise absolue, mais ne baissons pas la garde. Un moment d'inattention, une chaleur accablante, un tournoi de Roland-Garros favorable aux français, un aller-retour précipité Sénat Assemblée et, hop, ni vu ni trop débattu, sur un malentendu les projets fumeux deviennent des réalités.

Probablement déphasé par ses
nuits cannoises, le storm-trooper innove, livrant en pleine journée (hier) sa nouvelle bombe artisanale. D'habitude, les polémiques du jour relatives aux "projets de décrets" et autres "lois bientôt en discussion" sont lancées le matin chez Elkabach ou chez Apathie pour être reprises sur RMC puis chez Morandini, le tout dilué à la sauce "libre antenne" bon marché.

* * *

Pour les scotchés à Deezer, je vous résume la matinale radiophonique post-annonce storm-troopienne type :

LE POUR
- Ah moi je suis pour ! Les salariés malades c'est rien que des feignants !

LE CONTRE
- Ah moi je suis contre ! C'est parce qu'on force les feignants à être salariés qu'ils deviennent malades !

L'ANIMATEUR D'INFORMATIONS
- Hou la la, on voit que le sujet divise ! On se retrouve après la pub.

* * *

La dernière partie de l'interview est la plus instructive. Nous y apprenons que la proposition du storm-trooper est "un amendement à la proposition de la loi actuellement en discussion au parlement sur le télétravail" : "Un dispositif moderne que nous voulons développer". Passée l'accroche qui fera contrefeu polémique, voila la finalité de ce nouvel assaut du storm-trooper : Faire entrer dans les consciences qu'être salarié chez soi, c'est top moderne !
Malade ou pas, esclave à domicile pour le compte d'une entreprise (ainsi débarrassée de ses charges fixes, locaux, tickets-restos, chauffage, abus de post-it...) avec comme perspective de ne plus être payé à l'heure mais au résultat : J'appréhende parfaitement la nature de ce type de progrès... ainsi que ses principaux bénéficiaires.

* {Dans la nuit, l'amendement est rejeté par l'Assemblée. Expéditif...]

dimanche 24 mai 2009

100% des auditeurs sont satisfaits


J'ai déjà fait état du débridage idéologique de certains médias d'essence bolloréo-lagardienne le week-end. Que dire des week-end de quatre jours !

C'est la grosse news qualifiée d'exclusive (sic) d'Europe 1 ce samedi matin. Attention, c'est du lourd :

"Les salariés du pôle emploi ont majoritairement fait le pont."

Et la station, prise d'une soudaine compassion pour les accidentés de la crise, d'enchaîner les témoignages d'usagers en colère de type Mais c'est un scandale ! Rétablissons la peine de mort pour ces nantis qui osent prendre leurs congés en ces temps difficiles !

Le plus intéressant avec cette pseudo "news", ce n'est pas sa propagande éhontée contrastant avec le peu d'analyses à l'année sur les dégâts, les retards dans les indemnisations et le mécontentement des usagers comme des salariés provoqués par la fusion d'inspiration managériale (précipitée par notre monarque) du Pôle Emploi et des Assedics mais, tout simplement, son aspect mensonger.

Un certain Gustave Le Bon (repris en préface par un certain Hitler et en dogme par les publicistes) l'a écrit mieux que moi il y a un siècle : Il faut répéter, répéter et répéter encore, si tu veux que ça rentre dans les crânes.

Certes, je ne base ce billet que sur les commentaires scandalisés que j'ai glané ici. Mais sur quoi exactement se base Europe 1 pour faire de cette information partiale, l'amorce rediffusée de ses journaux du matin ?
L'auditeur d'Europe 1, trempant ses biscottes sans gluten dans son café de commerce équitable, sera troublé par cette breaking news tombant en pleine lecture des pages saumon de son Fig Mag livré aux aurores par un coursier payé en pièces jaunes.

Dans son esprit vaguement concerné, le traitement du chômage cela doit être comme les restos du cœur ou Emmaüs. Les salariés du pôle emploi sont des bénévoles qui ne comptent par leurs heures, animés par le seul souci d'aider leur prochain. Ils se doivent de vivre et dormir dans leurs agences et de sacrifier leurs vacances pour soutenir les victimes du krach de l'économie néo-libérale.


Qu'on se le dise : Au pays des plans sociaux, des golden-hello et des retraites "chapeau", la morale et l'exemple du travailleur méritant doivent venir d'en bas.

Pour ceux qui ne m'auraient pas lu avant : H
ors actualité chaude, les reportages du week-end d'Europe 1 sont tous préparés à l'avance dans la semaine.

Bah oui, logique : La majorité de la rédaction fait le pont.

vendredi 22 mai 2009

Larme du crime

[update 22.05.09 / 23.44]

Appelons-le Thomas. C'était un lycéen de 17 ans.


Il était fier de son « gun » : Un revolver en argent comme celui de Mel Gibson dans Lethal Weapon qu’il exposait à chaque soirée devant les minettes impressionnées en certifiant que ça le sécurisait.

Il l'avait acheté à un ami - appelons-le Dimitri - collectionneur averti de 22 ans qui dans le garage de ses parents stockait grenades, pistolets et mitraillettes, bref de quoi faire sa petite guerre personnelle. Avoir une arme pour les lycéens du coin n'était pas bien compliqué. Un peu d'argent de poche, et hop, n'importe quel gentil fils à maman pouvait se balader "équipé".
Nous vivions tous les trois à quelques maisons de distance dans une banlieue tranquille de l’ouest de Paris qui votait déjà aux deux tiers à droite.

Un samedi soir, Thomas est mort. Tabassé à la batte de base-ball par quatre loustics, des copains de lycée que j'avais croisé en soirée l'avant-veille et dont un était plus jeune que lui.

L'expédition punitive avait pour objet une histoire de fille. Crime passionnel en bande organisée.

Tom n’eut pas le temps de se servir de son "gun". Dans la confusion l'arme a disparu.
Cette mise à mort se joua en comité privé dans le square pour enfants de la zone pavillonnaire, à la tombée de la nuit alors qu’à la télé Les grosses têtes débutaient tout juste.
Victime et meurtriers étaient tous de bonnes familles. De la France du milieu pur jus, du fils de cadre moyen avec mères au foyer. Blancs bien sur, garantis zéro métissage. Le point commun majeur que l'on pouvait établir entre cette jeunesse sans histoires apparentes et celle des banlieues plus compliquées, résidait dans cet abandon complet des parents pour l'éducation de leurs enfants qu'ils laissaient aux bons soins de l'éducation nationale et des séries télés.

L’enquête prouvera que Thomas agonisa pendant plusieurs dizaines de minutes dans d’atroces souffrances, qu'il se traîna sur la pelouse vers les habitations et que, très probablement, les riverains entendirent ses hurlements.

Aucun d’entre eux n’intervint estimant peut-être que l’insécurité c’était une affaire pour la police municipale. Cette dernière venait d'être renforcée en fanfare par le maire RPR pour une citoyenneté plus sûre.
C'est con, pour une fois qu'il se passait quelque chose dans un quartier par ailleurs réputé chez les jeunes pour le profond ennui, qualifié de mortel, qui y régnait à l'année.

Nous fûmes sonnés par ce lynchage. Le premier recensé ici depuis la libération.
La PJ ramassa les morceaux du cerveau pour l’autopsie. Les coupables furent vite arrêtés. Tous dénoncés. Ils peinèrent à expliquer leur démence, mise sur le compte du côté collectif de l'équipée.
Dimitri n'a jamais été inquiété, pas même entendu lors de l'enquête puisque la seule arme récupérée fut une batte en aluminium ensanglantée de marque Reebok achetée chez Decathlon.
Ce massacre survenant dans une région estampillée eden pour La France des proprios peinards à salaires sympas, n’aura fait que 2 lignes dans le journal local et une brève en fin de JT chez PPDA. Pas assez saignant, ou trop.
Et puis plus rien. Fait divers ne vaut pas généralité.

Thomas aurait aujourd’hui 17 ans de plus.

Car, voyez-vous, tout cela s'est produit en 1992.


Thomas, j’y pense régulièrement, surtout lorsque d'opportunes polémiques relatives à la karcherisation de la racaille dans les zones en difficulté, à la montée de la violence chez les jeunes ou encore à la nécessité du renforcement de la présence policière dans les écoles remontent à la surface des talk-shows et des libres-antennes au gré d'évènements tragiques, aussi exceptionnels que classiques, médiatiquement optimisés pour mobiliser une audience qui aime trembler et se dédouaner de ses responsabilités.

Je suis récemment retourné sur le théâtre, aujourd'hui fleuri, du "malheureux évènement". Aucun signe du drame. Quelques enfants jouaient au gendarme et au voleur avec des pistolets à eau. Le maire RPR de la ville est devenu UMP (ça fait plus jeune) et c'est toujours le même (mais il est plus vieux et a fait pas loin de 80% au dernier scrutin). Ici comme ailleurs on a toujours du mal a supporter la violence des autres.

Rien de nouveau donc.

Ah si, j'ai noté qu'une caméra de surveillance était braquée sur moi.

(sorti en 1982.)

jeudi 21 mai 2009

Navets et grosses légumes de Cannes à L'Elysée


Hasard de la programmation au festival de Cannes. Le même jour nous y vîmes défiler deux opposés :

D'un côté Quentin Tarantino, 42 ans, gérant de vidéo-club devenu géant du 7eme art, symbolisant pour les cinéphiles ce que le Big Mac représente pour les gastronomes. Il parade sur la croisette pour la promotion de son remake des 12 salopards : Inglourious Basterds sur lequel, au regard de sa production passée (plaisante mais surestimée), pèse une forte présomption de nanarditude.

"Mais tu vois coco, Tarantino ça fait bien dans le flash info !" C'est vrai. C'est glamour et trash, ça danse le rock sur les marches du palais, pour la légende ça met 8 ans à écrire un film déjà culte avant même d'être sorti et puis, de Télérama au multiplex de Parly2, les français en raffolent. Imagine : Du divertissement bourrin avec la caution cinéma d'auteur, c'est comme d'aller voir le dernier Vandamme en faisant croire que tu vas te taper une intégrale Bergman !
Le problème avec Tarantino, que l'on aime ou pas son cinéma, c'est la grande escroquerie décomplexée qui en constitue le fondement. En cela, c'est un cinéaste de son temps. Chez Tarantino tout est pompé sans vergogne, le plus souvent à des petits artisans réalisateurs de films de genre qui n'auront pas eu les honneurs de sélections, mêmes parallèles, à Cannes. De Leonard Kastle à George Lautner en passant par Roger Corman et Lucio Fulci, les films de Tarantino sont ainsi des collections de plagiats pudiquement appelés "hommages" qui, à force d'accumuler les "clins d'œil" en font de pénibles mash-up stroboscopiques entrecoupés de longues plages d'ennui pour se remettre du dégueuli.

Notre profanateur refait avec du budget et sous les lauriers, ce que d'autres ont déjà fait 30 ans plus tôt en mieux, sans thune et dans l'anonymat, ne récoltant que le mépris de la profession et l'estime des cinéphiles.
Souvent, Tarantino signe son forfait en piquant jusqu'aux bandes-sons des films en question. Pour sa dernière bouse, SA vision de la seconde guerre mondiale (je crains le pire) même le titre est un faux : Volé à une lettre près (peut-être pour éviter le procès) à une série italienne des années 70.

A la sortie de la projection, les critiques sont plus que mitigées. La presse ose à peine avouer que c'est boursouflé, prétentieux, long et ennuyeux, que pendant une semaine, elle nous a survendu dithyrembique du très mauvais.


De l'autre côté, un peu plus tôt dans la journée, Alain Resnais, 86 ans, présente en toute discrétion son 48e film, "Les herbes folles".

A la différence de Tarantino, dans la filmographie fournie, protéiforme, expérimentale et malicieuse de Resnais, il n'y a pas 2 films similaires, monotones ou copiés sur d'autres. En un certain sens avec Nuit et Brouillard, premier film sur les camps de la mort, Resnais à initié dans la pudeur et le respect, une thématique que Tarantino conclut aujourd'hui avec Brad Pitt et gaudriole.

Sur BFM, j'apprends au détour d'une phrase sans suite que, là aussi à la différence du Tarantino, la salle et les journalistes sont emballés par le Resnais.
"Mais tu comprend coco, Resnais c'est un vieux et en plus il est français !" Il est certain que, malgré ses bons films, sa distinction et ses Ray-ban, notre vieux cinéaste se dandine moins bien sur le tapis rouge.

Concentré de Cannes en deux exemples :
Le dernier endroit au monde où au fond, l'on parle de cinéma. Et ne croyez pas que la télé déforme. Dans ce domaine, pour une fois, elle édulcore : La réalité de Cannes étant bien plus médiocre et caricaturale que sa glorification télévisée.


* * *

Mais, reconnaissons aux journalistes qu'il leur est compliqué de traiter de cinéma en 5 minutes en fin de journaux télé qui ne sont eux-mêmes que rediffusions en boucle de bandes-annonces et de sagas, de docu-dramas à rebondissements et autres récits d'anticipation, bref de divertissements à gros budgets concurrençant sans loyauté la cinématographie la plus aboutie.


Dernier exemple en date dans la rubrique info ciné : Je découvre en VOD sur internet (vive le téléchargement libre), une petite fable intimiste en huis clos.

C'est un mélange de classicisme et d'audace sur fond de dialogues d'orfèvres servi par un casting de prestige.


Ne pas se laisser décourager par le titre un peu long
:
"Exceptionnel : la visite surprise de Nicolas Sarkozy aux lectrices de Femme Actuelle.". Vous serez littéralement emportés par l'œuvre.

D'abord, il y a ce décor qui fait l'unanimité des publics visés :

- Pour l'électorat de base : Un salon XVIIIe tout de tapisserie brodé où sont alignés quelques tableaux représentant des scènes de chasse, précieusement éclairés.
- Pour les spectateurs d'M6 : Des lampes à variations tactiles disposées tous les mètres.
- Pour la gauche-bobo : Les lampes sont équipées d'ampoules basse consommation.


L'action n'est pas sans rappeler les grandes heures de la littérature française, Molière ou la princesse de Clèves :

Le sujet, c'est quasiment du Rohmer : Réunies autour d'une belle noble (reconvertie en artiste reconvertie en belle noble) qui est filmée de face,
une poignée de courtisanes de la presse, filmées de dos, discutent au fil de futiles propos.

Soulignons d'abord la contribution technique du chef opérateur qui, s'inspirant de Michael Ballhaus éclairant à la bougie les scènes de parties de cartes à la Cour dans le Barry Lindon de Kubrick, a subtilement adouci en post-production grâce à un filtre glossy-blur d'After effects, la crudité d'une image qui est, de tradition, la marque de ce genre de cinéma-vérité.


Ne pas se fier non plus aux apparences ronflantes du film d'époque.
Très tôt dans le récit, à 29 secondes pour être précis, au détour d'un "- Ah!" d'étonnement bidon, l'impensable intervient.
En un crescendo du suspens, le son précèdant l'image, les dames s'arrêtent de pérorer à l'écho des talonnettes piquant le parquet.

Le monarque, avec dossier bleu europe à la main, s'invite parmi ses dames. Rapide entrée de champ, suivie à la volée par un caméraman expérimenté dans la capture de ce type de chorégraphie qui le centre sans perdre sa mise au point. Rendons au passage hommage au travail du monteur, alternant les plans saccadés (pour l'impression de réalisme) avec ce plan principal, fixe et panoramique qui garantissait au réalisateur de ne pas perdre une miette de l'incident dont avait du lui glisser qu'il avait de fortes chances d'intervenir au milieu de la collation des précieuses.

Le monarque est souriant.
Il susurre un "bonjour" timide de collégien boutonneux mais
tel le vieux prof d'université libidineux et confiant que son baratin bien rodé va lui permettre d'emballer, il se place sur le rebord du fauteuil bien au-dessus de la mêlée des pouffes toutes à glousser.

Le monarque domine le moment et en souligne son aspect éminemment éphémère, son côté "- Profitez-en parce que j'étais à côté, je suis ici mais je suis déjà un peu ailleurs.
"

D'ailleurs, histoire de souligner son mouvement perpétuel (marqueur de progrès dans l'inconscient de droite), il précise sans une goutte de sueur : "- Je reviens de faire du sport".


C'est spontané comme du Jean-Jacques Annaud. En moins de 10 secondes, pas moins de 3 messages forts sont passés : Le monarque est jeune, il travaille tout le temps ses dossiers et il domine la situation, le tout dans une cinématographie empruntant autant à Tarantino qu'à Resnais.

On ne peut être que saisi par tant de jeunesse et de dynamisme, anachroniques dans ce cadre figé depuis 2 siècles. (L'œil fin y aura bien sur vu une symbolique du progrès en marche bousculant dans son sillage La France sclérosée dans ses archaïsmes.)

Les meilleurs scénaristes vous le diront : Le comédien ne peut pleinement improviser que s'il a une solide base narrative. Ici, les actrices n'ont pas tous été totalement briefées. Le "- Franchement ça fait quelque chose de vous voir comme ça, tout les deux si beaux si amoureux." d'une des courtisanes sonne creux. Si d'aventure une suite est envisagée, il faudra revoir ce casting pour qu'il soit plus enjoué.

Pour le reste, bien que la complicité ne soit pas le centre du récit ni la motivation première du réalisateur, ses 2 rôles principaux le monarque et la mannequin y jouent leur partition à la perfection. On avait pas vu une telle véracité dans la représentation de la vie banale d'un couple à l'écran depuis le duo Lamy-Dujardin.


Mais, comme dans Usual Suspects ou Mulholland Drive, les informations importantes sont véhiculées par les détails : De la présence des labradors de compagnie aux échanges anodins de considérations immobilières qui, tout en créant une certaine distance avec les réalités à chier du spectateur lambda, répondent parfaitement à ses aspirations d'émancipation sociale.

On ne soulignera jamais assez la brillante simplicité du texte. D'apparence inoffensif, il ratisse au plus large le spectre des codes bourgeois pour les conforter au plus juste à quelques encablures d'un scrutin.

Les dialogues jouent ici souvent sur 2 registres : Stimulant les espérances des pauvres tout en rassurant la classe électorale ciblée sur la pérennité de son standing dans une Europe en crise :
"- C’est important de couper par rapport au boulot, c’est important ça..." Lance discrètement le monarque au sujet de son appartement de fonction élyséen (avec son intendance, euphémisme pour domestiques) qu'il occupe le weekend-end pour être au plus proche de son travail. (Les amateurs de David Lynch comme ceux de Frédéric Lefebvre auront noté la puissance tranquille du message social qui vient d'être passé au sujet du travail le dimanche.)

Mais, assez d'immobilisme ! 1 minute 40 sur place, il est l'heure de partir.


"- Je vais recevoir le premier ministre d’Irak" Lance le monarque
à son épouse, comme un môme allant à sa première boum.

"- « Génial..." Lui répond son épouse avec la joie contenue de celle à qui on aurait annoncé que finalement ce n'est pas le prochain Tarantino qu'elle irait voir à Cannes avec Clooney mais bien le dernier Resnais qu'elle subirait à Parly2 avec les gueux.


Les 2 minutes de film (oui c'est un nouveau format plus efficacce pour les JT) s'achèvent sur un plan du labrador avec pedigree. C'est l'ultime pirouette du réalisateur, signifiant par cette représentation canine de la noblesse de race que, m'algré tout, il y encore quelques poils de d'innocence dans ce monde de communication et de manigances.

Bref, "Exceptionnel : la visite surprise de Nicolas Sarkozy aux lectrices de Femme Actuelle" n'est pas un grand film mais une œuvre polémique qui, tel le dernier Tarantino, colle à son époque comme une merde de chien sur une paire de Crocs.

Le public tranchera. Pourvu qu'à l'inverse d'un énième James Bond colportant les mêmes codes sempiternels d'année en année, il n'en conclut pas que son héros est le meilleur parce qu'à la fin il sauve toujours l'humanité.


Le cinéma c'est 24 mensonges à la seconde disait Godard. Les monarques aussi.


lundi 18 mai 2009

La loi de L'UMP [video]

(Attention contient des éléments de second degré)

13.05.2009 : A 3 semaines des élections européennes, Seb Musset fait sa fête au programme UMP (passé, présent et futur) et invite l'internaute (dont la teneur des forums prouve qu'il est à 99% un citoyen excédé) à se rendre au bureau de vote le 7 juin afin de réduire le plus possible le score du "premier parti de France" qui, dans un de ces paradoxes dont les français sont friands, fait la quasi-unanimité contre lui.



- Retour sur le discours sécuritaire qui invite à plus de police.
- Retour sur la faiblesse numérique des supporters UMP (qui invite aussi à plus de police).
- Retour sur le mode d'expression "real-tv" de ce discours.

- Retour sur l'argumentaire UMP : Sa "jeunesse" supposée - l'évidence débonnaire de son "progrès" - la diabolisation de l'opposition (du PS au PAS en passant par Bayrou et le NPA)

vendredi 15 mai 2009

Hertz et la location des cerveaux


On vous l'a dit, on vous l'a répété, la crise c'est comme la TNT-HD : Faut s'équiper en conséquence, sinon vous n'allez plus recevoir d'images !

Gentil cadre de Hertz tu l'as bien compris. A hauteur de 2 sur 3, toi et tes collègues avez accepté de vous soumettre à la logique de l'entreprise en difficulté. C'était pas obligatoire, même pas fortement conseillé, limite interdit par la loi. Non non, il aura suffit de quelques beaux discours avec Kir et tapes dans le dos, la peur de la récession, de la perte du job et de la clochardisation et hop, tu as accepté de diminuer ton salaire de 7%. C'est beau tant de solidarité avec le marché.

(ci-dessous : Un cadre de chez Hertz apprenant sa baisse de salaire.)
Ton boss l'humaniste a dit : mais non en aucun cas il n'y a eu de chantage au licenciement.

Quand le micro lui fût tendu ta belle équipe de fayots a répondu : Oh bah si le patron s'est baissé de 25% on peut bien le faire de 7.

Bien sur en off tu admets connaître l'arithmétique patronale.

Soit A et X étant deux revenus distincts : A'pdg (même avec variable à -25%) = X'cadre par 1500².

Tu t'autorises à penser, pas trop fort au cas où ton cerveau serait sur écoute, que quand même ils abusent. Pas grave : Toi, le philosophe de la machine à café, tu n'es pas dupe. Mais bon à quoi ça sert de gueuler ? On risquerait de t'entendre.

Gentil cadre, tu viens de baisser ton froc au nom de celui qui t'exploite. Et le plus beau, c'est qu'il n'a même pas eu à te forcer la main pour te faire payer de ta poche cette solidarité corporate, à toi qui est prêt à dénoncer au 115 le premier SDF qui s'approche un peu trop près de ta Nissan jaune poussin (occase interne achetée -15% à ton patron, trop ta fierté).

Je ne t'en veux pas pour ce que tu es. C'est ainsi. Tu fais le bonheur d'M6 et même si tu m'accable, grâce à toi j'écris.

Non, je t'en veux pour ta couardise, pour cette exemple dégradant que tu montres aux autres, les experts en pwofitation qui avec des mous comme dans ton genre n'ont aucune raison d'arrêter leurs abus. Mais aussi aux salariés individualistes de ton acabit encore plus bas sur l'échelle des salaires, baisés éternels qui ne voient pas plus loin que le bout des programmes de Télé 2 semaines qui ne manqueront pas de subir le même baratin de solidarité bottom-to-top. Sauf que chez eux les conséquences seront bien plus douloureuses.

(ci-dessous : en avant-première la photo de l'employé du mois chez Hertz en Juin 2010.)

Et, surtout, je rage contre l'exemple que tu donnes aux plus jeunes dont le devenir salarial est encore plus "discount" que la bouffe dégueulasse de chez King-Beurk que, là aussi, tu acceptes de gober et de faire gober à ta famille, parce que bon c'est la crise (et qu'il faut que tu bien que tu économises quelque part pour te payer ces jeux de console qui te permettent de décompresser du stress du boulot sur ton plasma en revolving).

Et la, avant d'aller pointer, tu me réponds, fort de la bonne conscience de celui qui a la propagande gouvernementale avec lui :

- Ah oui mais Monsieur Musset, la conjoncture est dure. Vous ne pouvez pas comprendre, vous n'êtes pas salarié !

Dieu m'en préserve. Quand je constate les ravages que provoquent un salaire mensuel garanti sur l'imagination, l'estime de soi et les ambitions, je crains que ce ne soit pas avec ton genre de nigauds volontaires que la bataille pour une vie meilleure* se gagnera.

Bien sur gentil cadre de Hertz, malgré ta sottise, tu pourras quand même compter sur moi dans 6 mois, lorsque tu recevras à ta grande surprise ta lettre de licenciement en solidarité avec les marges habituelles de l'entreprise, et que tu auras besoin d'un coup de main pour séquestrer ton patron et hurler aux médias que vraiment c'est rien qu'un méchant !

(ci-dessous, une cadre de chez Hertz recevant son plan social. )

Pour ce qui est du labourage des cadres français avec leur consentement j'en ai parlé ici. Quant à la baisse généralisée des salaires qui pend au nez de tous les salariés s'ils ne s'agitent pas un peu plus au lieu de gueuler sur les syndicats, j'en ai parlé là.

* merde, pourvu que le slogan soit pas déposé par une manque de la grande distribution.

jeudi 14 mai 2009

Haut-débile pour tous ! [edito video]

Seb Musset revient en vidéo sur l'adoption par le Sénat de la loi "Création et Internet" présentée par la DRH de TF1, Christine Albanel.




Résumons :


- Manque d'imagination d'un pouvoir blessé dans son honneur servant, comme à l'habitude et contre le sens de l'histoire, l'intérêt des plus riches (touchant déjà droits d'auteurs, d'édition, de reproduction, des marges colossales et les taxes sur les supports numériques qui font des cd vierges français les plus chers de la planète) .

- Après avoir plébiscité l'ADSL et être complice du marketing des providers vantant depuis 10 ans le téléchargement illimité pour vendre du forfait*, le pouvoir auto-criminalise l'internaute qui devra prouver son innocence.

- Le débat d'un autre âge cache d'autres modes de rémunération bien plus rentables pour les artistes mais bien moins juteux pour les majors.

- Notons également la volonté du lobby de décrédibiliser la "licence globale" pourtant effective partout ailleurs : A la tv, à la radio, sur Canal +, dans les concerts, dans les boîtes de nuit...

- Enfin, voyons l'espoir derrière la bêtise et le bâton des baltringues.


* Notons que la téléphonie mobile utilise le même procédé aujourd'hui avec les smart-phones.

mercredi 13 mai 2009

la ripaille graduée


France, mai 2011. Tu es jeune et c'est samedi soir. Tu ne vas quand même pas rester chez toi à te taper le bêtisier de la première compagnie spécial Parti Socialiste ?

Direction le dancing : Le puta's fever sortie RN 16, zone co' d'Olivennes, 2eme à droite après Le bon périmeur (La nouvelle chaine en vogue de destockage de légumes avariés transgéniques).

Le Puta's est blindé de monde mais on te laisse rentrer. Pas de discrimination à la porte. Depuis le décret du ministre de l'intérieur, de la musique et des bonnes manières Philippe Val, l'accès aux boites de pauvres garanti pour tous les fauchés est inscrit dans la charte des droits de l'homme.

Certes, tu n'es pas autorisé à y fumer (6 mois de prison avec sursis), d'y dire des gros mots (12 mois fermes), ni boire d'alcool (déportation en camp de fonctionnaires) mais tu es libre d'y consommer quelques godets de Karoutchi lime light ou de Red Bull Morano en te dandinant sur le dance-floor au beat des meilleurs titres proposés par DJ Banel.


Ce soir c'est la démence. Vise plutôt : Une spéciale latex et Leforestier en 320 bpm.

Grâce à loi Hadopi 4.0 dite de sécurisation de la chanson étendue aux bandes, votée fin 2010 à l'initiative du Ministre de la jeunesse et des sports Benjamin Lancar pour permettre l'accès à la musique à tous les petits budgets dans ton genre, le ticket d'entrée des discothèques et thés-dansant a baissé. C'est une révolution qualifiée de grand pas pour l'humanité de l'homme humain par ton président à la tribune de l'Unesco. Grâce à elle, décrochera t-il enfin son Nobel de la paix ?

Certes, vous autres les jeunes, êtes tous un peu boudinés avec ces tas de pièces jaunes stockées dans vos falsards. C'est l'effet indésirable du décret. Ici désormais c'est comme dans les concerts, faut amener sa petite monnaie. Le consommateur paye à la chanson et d'avance, la maison ne fait pas crédit. C'est 99 centimes d'euro le morceau, 69 pour le fond de catalogue. Et encore, la Sacem y perdrait s'il n'y avait pas un soutien du Pôle emploi (oui, même toi ça te laisse sceptique cette fusion entre le service public, Dexia, Bernard Tapie, Universal et PPR) et les subventions du fonds Pascal Nègre pour le développement des lieux de convivialité musicaux en zone rurale.

C'est que malgré la première loi Hadopi de 2009 et ses 600 suspensions de connexion, les deuxième et troisième lois l'année suivante et leurs 170.000 interpellations (provoquant une chute spectaculaire du taux de réussite au bac pour cause d'emprisonnement d'un mineur sur trois), l'industrie des artistes.fr n'a jamais vraiment renoué avec ces fastueuses années. Deux décennies maintenant que le business du disque joue de malchance et stagne dans la crise. En même temps, c'est un peu normal : Plus personne n'a de platine pour passer leurs cd.

Retour sur la piste. L'un dans l'autre,
ce soir si tu veux pécho (vu que les réseaux sociaux sur internet sont apparentés au terrorisme), tu vas de voir raquer double. Ca va te coûter bonbon. C'est qu'avec les mégamix et les enchainements furieux de DJ Banel, une demi-heure de LeForestier pour deux ça va vite chercher dans les 120 euros.

T'as beau être jeune, tu te souviens encore de ces concerts dans les bars et de ces soirées dans les boîtes d'avant où tu n'avais qu'à payer un forfait à l'entrée. Il couvrait toutes les charges musicales, parfois même un verre gratuit. C'était les années magiques de la licence globale. Parait que c'était pas rentable. C'était le bon temps mais tu n'en avais pas conscience. Tout a une fin, sauf peut-être les grandes compagnies, et c'est plus raisonnable ainsi : Il fallait bien protéger les majors des criminels dans ton genre.


Estime-toi heureux. Consommateur mais pas recèleur, tu ne joues pas d'un instrument. Tu n'auras donc pas à t'acquitter du permis annuel de musicien non-professionnel qui vient d'augmenter de 30%.


Seb Musset est l'auteur de
Avatar et Perverse Road disponibles ici.

mardi 12 mai 2009

Le destin bradé de Rosa la cadre

Selon ses propres termes, depuis trois mois Rosa déprimait grave. Son boulot chez Totally Hype l'accablait mais elle ne pouvait pas le plaquer :

"- Où est-ce que j'irai ? Personne recrute."

A 31 ans, la célibataire dévouée à sa carrière était responsable d'une des succursales parisiennes de l'enseigne de vêtements street-wear urban trendy et d'accessoires simili people appartenant à la filiale d'une multinationale tentaculaire. Je croisais Rosa pour la dernière fois, un an et demi avant, en pleine ivresse post-électorale :

- "On est en pleine croissance, on embauche, on ouvre, on se développe !" Se vantait-elle alors.

18 mois après. En cette fin d'après-midi moite de début du mois de mai 2009 à la terrasse d'un bar-choucroute-pizza-sushi de chaîne en face du centre co' où elle officiait, dans ce laps de temps chronométré entre sa sortie de job et sa prise de RER, alors qu'elle s'acquittait de sa pina colada avec 3 tickets restos à 5.14 euros, Rosa m’annonça dépitée comme si elle avait fondé l'entreprise et qu'elle en réglait les salaires, que son chiffre d’affaires avait baissé de 50% depuis le début de l’année. Durant cette période, le trafic clientèle de sa boutique chutait lui aussi de moitié.

De son point de vue, prisonnière de ses 220 mètres carrés de surface climatisée où elle s'activait à faire le boulot de 3 pour le salaire d'une demie avec l'utopie chevillée au corps qu'un jour elle serait reconnue pour ses années d'efforts, il n'était plus une question de France d'en bas et de France d'en haut mais de France dedans et de France dehors.

D’un côté : Ceux que la crise n’affectait pas ou peu et qui ne changeaient rien à leur consommation plaisir, la réduisant quand vraiment les nouvelles étaient mauvaises (méchante grippe ou menace bolchevique) mais susceptibles de l'augmenter au détour d'un rayon de soleil ou d'un rabais.

De l’autre : Ceux dont Rosa faisait parti. Ceux qui comptaient et comptaient sans cesse, en tirant comme conclusion que ce n'était plus la peine de perdre leur temps à traîner dans les boutiques en rêvassant de consommer du superflu.


L'entreprise-empire encac40tée, propriétaire de l'enseigne et de ses pièces jointes, aurait eu les moyens et l’épargne de tenir quelques années à ce régime. Mais, droguée à son rendement d'avant et constatant (comme ses salariés) que ses loyers et ses charges ne diminuaient pas, ne pouvant tirer plus les salaires vers le bas pour des boutiques tournant au mieux à 4 employées là où il en aurait fallu le double, la direction bloquait désormais les embauches incitant fortement à cumuler tâches et responsabilités auprès de ceux déjà embauchés.

Comme Rosa, les chanceux de la dernière rafale de CDI dégustaient dans leur bunker. Après avoir fait des primes aux résultats la carotte menant ses légions, la direction les annulaient (provoquant des baisses de salaires de 10 à 20% par rapport à l'année précédente) alors que le rendement restait le même. C'était le volume global et non le pourcentage de ventes réalisées par vendeuse qui diminuait. Malgré leurs messes basses dans la réserve, et pour cause de conjoncture, aucune des employées ne faxait ce point de détail à la direction.

"- C'est la loose. Mon loyer est à 800 euros, mon salaire stagne à 1500 depuis 3 ans. Ca fait 12 ans que je bosse comme une tarée, j'ai pas d'homme, pas d'enfant. Mon père et ma mère sont ensembles depuis 45 ans, se font 4 fois plus que moi à la retraite et ils sont proprios." Lança l'angevine montée à Paris pour faire du blé mais se retrouvant systématiquement dans le rouge à la fin du mois auprès d'une Société Géniale qui, à cheval sur les principes, la menaçait d'interdit bancaire au prochain découvert.

La responsable de magasin se rassurait comme elle pouvait, sur la base des seules informations comptables laissées à sa connaissance :

"- J'ai de la chance dans mon malheur : Mes vendeuses gagnent à peine 1000 euros et elles se tapent tout le sale boulot."

histoire de ne pas accabler la terrassée, j
e n'ajoutais pas que son grand patron, ami du président, propriétaire de sa marchandise et de son emploi du temps, devait gagner cette somme à chaque minute de sa vie, même en dormant, jours fériés inclus.

Après la promesse du travaillez plus pour gagner plus à laquelle Rosa croyait, la direction de la filiale branchée lui annonçait, via les rafales de recadrage mitraillées par les responsables régionaux (enfin... par LE responsable régional puisque toutes les 22 régions furent récemment rétaillées en une) que s'installait pour quelques années l'ère du travaillez plus où vous ne travaillerez plus du tout.

Curieux destin que celui de cette chaîne de magasins. Goutte d’eau dans les revenus de la multinationale, cumulant avec le management et le staff des quelques boutiques à peine 200 salariés : Elle pouvait disparaître en un claquement de doigts sans que cela fasse un déroulant en bas de page sur I-Télé. Et pourtant, aucun licenciement ne semblait se profiler à l'horizon.

L'enseigne était l’énième roue du carrosse de l'entreprise-empire pour le moment occupée à gérer, au plus discret, les dégraissages massifs de ses célèbres enseignes historiques aux contingents éléphantesques : Héritages prestigieux en terme de fusions-acquisitions mais reliquats embarrassants de la France d'avant.

En comparaison avec ces mastodontes de la distribution, la chaîne de Rosa au management jeune et dynamique (comprendre sous payé et sans exécutants de plus de 30 ans) s'avérait diablement rentable par tête de salarié. Avantage pratique, aucun d’entre eux n’était syndiqué. Jusqu'à présent la marque à l'image bio était un modèle en terme de gestion salariale, un exemple à suivre pour les confrères un peu trop vieille France des autres entreprises du groupe. Totally Hype, c'était l'entreprise rêvée de l'actionnaire en cours d'élaboration, la promesse d'une épure : Une société débarrassée de ses salariés où il n' y aurait plus que des consommateurs, avec juste quelques as du marketing dans le 9-2 pour pondre du prétexte à consommer et des esclaves planqués à l'autre bout de la planète pour une manufacture optimisée de produits qui, au terme de 15 transits virtuels d'un paradis fiscal à l'autre générant de juteux bénéfices avant-vente pour les trust de fabrication maison, finiraient sous anti-vol magnétiques, étiquettés à 40 ou 360 fois leur coût de fabrication, dans quelques points de vente robotisés en centre-ville ou centre co'.

Jusqu’à récemment, l'enseigne de Rosa était friande d’intérimaires, de flexibles, de stagiaires et autres jeunes volontaires rémunérés en discours conquérant sur l'esprit corporate. Des femmes en majorité, provinciales si possible, elles offraient un ratio prétention salariale / cœur à l'ouvrage plus avantageux. La direction promulguait "cadres" les plus acharnées et naturellement autoritaires pour qu’elles assurent la gestion des vendeuses selon des directives postées en temps réel. De l'agencement des vitrines aux tenues à porter en passant par le réassort du papier hygiénique, rien n'était laissé au hasard.

Sans une once de possibilité de prise d’initiative mais récoltant tous les griefs en cas de baisse de résultats, chaque record passé devenant une norme à égaler le mois suivant, Rosa turbinait ainsi depuis quatre ans dans sa boutique. Elle se réconfortait grâce à sa fréquentation en constante croissance et un tarif préférentiel de -20% sur la nouvelle gamme printemps été.

Démotivée comme tant de démissionnaires avant elle, la responsable de rien décompressait des impératifs stressant et impersonnels faxés d'en haut chaque matin, en distribuant des blâmes à ses vendeuses.


Passée la fatigue chronique du surmenage par cause de sur-management, Rosa déplorait depuis des mois un manque d'effectif ne gênant qu'elle.

Pour la direction, depuis bien avant la crise, il était toujours question de moins dépenser.

Côté clients, jusque là, l
a soumission des moins fortunés à l'ordre du toujours moins servait cette politique d'entreprise. A l'ère de vente-privées.com et de la quête éperdue du pouvoir d'achat, la pénurie de vendeuses et une attente de 45 minutes à la caisse avaient peu d'importance : Seul comptait le prix TTC, le petit cadeau et les avantages récoltés avec la carte fidélité. Au premier semestre, ces clients, surnommés "les chieurs", désertaient.

Pour endiguer la baisse des recettes, la direction bombardait Rosa de plans stratégiques visant à la réalisation de nouvelles opérations de séduction désespérées auprès des clients les plus dépensiers. Après des années de prix exorbitants, Rosa soldait à tout va, passant une journée de cadre sur deux à tout réetiquetter à la baisse.

Au début, c'était amusant, les "bourgettes" venaient guillerettes faire leurs emplettes. A la longue, à force d'accumuler les rabais et les -30%, flottait comme un air de Calcutta discount dans la boutique supposée select. Sans compter qu'avec aussi peu d'employés, la propreté laissait parfois à désirer.

Depuis, Rosa endurait le mécontentement d'une direction coupée du terrain et n'acceptant pas cette réalité non détaillée dans la brochure du parfait manager, 266 pages reliées en papier glacé : Le pauvre était plumé et le payer toujours moins cher finissait par lasser l'aisé.

"- On baisse les prix mais ça ne change rien. Comme la promo marche pas, on fait de l'over-promo. L'abondance des offres ça tue l'envie. Payer pas cher, ça dégoûte les riches. "

Aspirant les dernières gouttes de son cocktail au prix d'une heure de salaire, le poids du stress test manageurial sur ses frèles épaules, Rosa soupira cette fatalité d'un triste air qui, même s'il ne changerait rien aux funestes mois qui se dessinaient, résumait assez bien ceux qui précédèrent :

"- Tout ça c'est débile..."

Elle fut interrompue par le barouf d'une vingtaine d'étudiants remontant l'allée principale de la galerie commerciale, poings levés, scandant aux consommateurs apeurés qu'ils se battraient jusqu'au bout contre une université réservoir de pions formatés pour le marché.

Rosa les regarda avec cette discrétion gênée qui ressemblait à de la nostalgie.

Le désordre tourna court. Les hérétiques furent pris en chasse par une compagnie républicaine de sécurité.


lundi 11 mai 2009

Good Morning England, Goodbye Hadopi


Parce qu'il n y a pas que la haine et la politique dans la vie...

Comme 3 ans avant pour La vie des autres et son stupéfiant indice de satisfaction de 99,8%, je me laisse guider par la curiosité et profitant d'une invitation (parce que payer sa place 10 euros à une caisse automatisée, faut pas pousser), je vais voir ce film qui depuis Mercredi dernier, lui aussi, fait l’unanimité.

Son accroche publicitaire est des plus efficaces par temps de grande dépression : Ce film va vous rendre heureux.

Pour ne pas effrayer le spectateur français The boat that Rocked a été rebaptisé Good Morning England.

Richard Curtis, le scénariste de comédies rose-bonbon anglaises qui ne sont pas ma tasse de thé, s’inspire ici d’une histoire authentique dont, comme 20 millions d'anglais, il a été l'auditeur attentif au milieu des années 60. Good morning England retrace l’épopée de Radio Rock inspirée de Radio Caroline, première et plus grande radio pirate anglaise émettant d’un chalutier rouillé en mer du Nord, face au combat acharné des ministres en costumes sombres du 10 Downing street pour la faire taire.

Huis clos maritime à la mise en scène clipesque mais au scénario en béton armé avec des dialogues ciselés, ce film réussit l’exploit de nous sensibiliser au parcours d'une dizaine de personnages au travers d'un vrai brassage d'acteurs, de l'oscarisé Philip Seymour Hoffman au duo de la sitcom It Crowd (Mémorable série de Channel 4 que j'incite le lecteur à télécharger au plus vite puisqu'elle reste inédite en France alors que Le Destin de Lisa non > 1er épisode ici).

Au-delà de sa bonne humeur et de sa fuck you attitude communicatives, distillées au rythme d'une bande son de furieux, Good morning England tombe en plein débat laborieux sur Hadopi telle une pièce à conviction artistique supplémentaire de l'obsolescence de ce combat législatif d'arrière-garde.

1966. Qu'est-ce qui rendait alors Radio Caroline si populaire au point d'être écoutée quotidiennement par un anglais sur deux ? Sa musique gratuite 24 heures sur 24. Nous sommes alors en pleine explosion planétaire de la pop et du rock. Ces genres restent peu représentés par la radio officielle anglaise refusant de s'adapter à l'air du temps.

Le gouvernement ne comprenant pas cette évolution des comportements liée à la miniaturisation des postes, ne ménagera alors pas ses efforts pour rendre illégale une radio qui au départ ne l’était pas.

Dans ce jeu du chat et de la souris, le gouvernement échouera constamment, l’insaisissable équipe de pirates étant plus ingénieuse et plus rapide que la prétentieuse machine législative. Le gouvernement fera de la destruction aveugle de la radio pirate une question de principe. Ça ne vous rappelle rien ?

Une loi visant la défense des marins-pêcheurs menacés par les ondes de la station finira par être promulguée. Sans révéler la fin du film et sa dernière demi-heure agitée, Radio Rock sera littéralement sauvée par sa base : Les auditeurs. L'aventure amorcera la libéralisation des ondes anglaises, le nombre de radios musicales y passera de 1 à 300 en 15 ans. La lame de fond influencera jusqu'au paysage radio français à partir du début des années 80 sans que cela ne nuise en rien à l'industrie du disque, bien au contraire.

A ce sujet, j'ai quelques souvenirs. Dans ces années-là lorsque le gouvernement français se piqua, lui aussi, de faire interdire les radios pirates au nom de la sécurité militaire des ondes, en plus d'énormes manifestations de soutien, il y eut un mouvement massif des artistes français les plus populaires défendant alors les
pirates.

Times they have changed. Nous étions alors à l'orée des années fric. Au terme de celles-ci, la boucle est bouclée, le système a digéré l'alternative, les quelques petites radios qui ont survécu sont des satellites ou à la tête de grands groupes. La concurrence a été rachetée. La majorité des radios ne passent que les mêmes titres formatés générant un maximum de droits d'auteurs pour une poignée de privilégiés, ceux qui vendent déjà beaucoup.

Derrière l'abondance, retour à la station zéro. La liberté et la découverte musicale sont sur internet et c'est désormais cet incontrôlable média off-shore que le pouvoir des croulants veut faire couler.

2009. Good morning England n'est pas un grand film mais un bon film qui ne prend pas son spectateur pour un crétin, c'est déjà énorme. Ode à la désobéissance, à la déconne et à la musique, mieux vaut mourir libre que de vivre soumis et passons plutôt la nuit à danser en faisant un gros doigt aux autorités : Voilà résumés les messages d’un film qui répond par la joie et l'insolence aux impasses sociétales du moment.

En espérant que cela donne des idées.

A voir en version originale exclusivement. Pour ceux évidemment qui ont les moyens de mettre 10 euros dans une place de ciné, les autres le pirateront*.




* Après tout, c'est un film Universal.