Affichage des articles dont le libellé est totalitarisme. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est totalitarisme. Afficher tous les articles

5 novembre 2009

La France a peur (puisqu'on lui dit)

par

A l'heure du bilan, lorsque nos arrières petits-enfants commémoreront la chute du mur de l'immonde, il conviendra de ne pas oublier la contribution appuyée des médias d'antan.

Au premier rang en terme d'efficacité, les radios périphériques privées.

Votre rédacteur écoute de moins en moins ces antennes, les douches d'acide publicitaire et l'information orientée lui rayant l'oreille. Mais bon, la curiosité nourrit le blogueur.

En début de semaine à la mi-journée, heure de forte audience, sur le chemin de l’imprivatisable poste de mon quartier, je scanne les ondes par heil-pod et tombe sur une tribune offerte aux auditeurs d'une station populaire d'obédience luxembourgeoise.

Dans le prolongement d'un article du Figaro paru le même jour relatant les retombées positives de la vigilance citoyenne dans un lotissement de Grasse[1], et introduite par un reportage audio enjoué soulignant le "côté humain" de cette "expérience" qui "apprend aux gens à se parler" qu'"aucun citoyen ne conteste", s'ouvre une discussion décontractée sur les comités de surveillance baptisés "voisins vigilants" testées dans 4 départements et première étape indispensable vers la constitution de polices privées.

Une porte-parole du lotissement (diction claire pour voix ronde à réponses carrées) saisit avec une assurance et un rodage fleurant bon la préparation, les baballes que lui lancent des journalistes bien conciliants :

"- Je surveille les aller et venus [...] les voitures suspectes [...] les démarcheurs à domiciles [...] ceux qui n'ont à rien à faire là et je les signale à la gendarmerie."

Et le journaliste standardiste de s'interroger : "- Mais c'est pas un peu à la tête du client ? [...] il n'y a pas un risque de délation ?"[2]

Penses-tu Lulu.

" - Non, pas du tout, c'est de la prévention. [...] la délation ce serait est une dénonciation intéressée. " Répond la dame du bon côté de l'identité nationale.

Le mot magique de "prévention" est abondamment répété. Moi, pour un meilleur entubage, j'aurai opté pour l'expression "prévention verte" : Il y a probablement un bilan écologique positif quelconque (économie d'estafette ou de tazers) à tirer de cet auto-flicage.

" - Et vous avez obtenu des résultats ? " demande le passe-plat à carte de presse.

La voisine vigilante, pourtant parfaitement aguerrie à la promotion de sa petite police autonome, perd un peu de son aplomb. Sur deux ans, elle avoue n'avoir choppé qu'un VRP sans papier, expulsé dans un lotissement lointain. Mais les chiffres (collectés par qui ?) sont formels : Les cambriolages ont chuté de 20% dans le quartier. En attendant, je pari une castration chimique que, comme plus de 20% des habitants du quartier, sa vigilance citoyenne ne l'aura pas empêchée de se faire refiler au prix fort et par téléphone des Natixis par son fidèle conseiller financier (a.k.a l'escroc) jamais à court de réponse dès lors qu'il s'agit de trouver une parade à l'angoisse existentielle qui ronge le petit bourgeois : Que faire pour que mon pognon en trop, me génère, à moi et à moi seul, du pognon en plus ?

Mais attention Mamy sifflet s'insurge à la moindre insinuation journalistique d'un retour des "milices". Maréchal si tu les entendais, ces odieux journaleux ! Elle déploie le paratonnerre et nous tartine du "civique" et du "citoyen" sur tous les mots. C'est beau comme du Guaino.

Exemple :
"- Ce sont des lieux [nos pavillons à nains de jardin] qui sont souvent vides et qui peuvent attirer des cambrioleurs. Nous faisons ça [fliquer et dénoncer] par esprit civique."

Rappel :
Le vioque de droite (dont les conditions d'acceptation ne se résument pas à des critères d'âge et de fortune, bien au contraire) qui vit dans les régions chaudes, retrouve le goût et les vertus de la solidarité si, et seulement si, il s'agit de la sauvegarde de ses petites possessions et des villas secondaires de ses voisins riches convoitées par les pauvres parasites plébéiens, gitans, locataires et autres terroristes.

Comme ça fait déjà cinq minutes (une éternité en radio) que le tapis rouge est déroulé à la petite dame à la haine tranquille, le journaliste lui oppose un intervenant... d'accord avec elle : Un habitant (membre du conseil syndical) d'une résidence pavillonnaire du Val d'Oise qui va "penser sérieusement" à revêtir le kit du parfait policier en toc.

"- On va faire des rondes en voiture et des tours de garde !".

Le constat du Bronson des jardinières est clair, "il n'y a pas assez de police", sa conclusion cristalline "la meilleure citoyenneté, c'est de s'organiser et de pallier les défaillances publiques". Il en veut l'assoiffé de prévention. Entre la publicité pour siège de jakuzzi automatisé payable en trente-sept fois sans frais et deux pilules de DHEA, on astique déjà les tonfas made-in-china au pavillon du vieux gland.

Cette demi-heure en prime-time radiophonique, pour et par le peuple, sur les bienfaits de la police privée et de la délation (euh pardon : de la vigilance de voisinage et de la remontée d'information civique) se poursuit sans incidents majeurs. Nos deux chauffeurs d'opinion détendent l'atmosphère (un poil pesante pour qui a le sens de l'éthique et de la déontologie journalistique) à base de vannes à la Chuck Norris du style "les voisins vont vous faire la fête"[3] et se désolidarisent des propos d'un auditeur réactionnaire (comprendre celui qui est contre cette modernisation des mœurs) criant au revival de la collaboration à la française.

Pour l'honneur, un auditeur punching-ball de dernière minute rappelle que nous payons des impôts et qu'il s'agirait peut-être de mieux les utiliser (meilleures formation et répartition des policiers, augmentation des ouvertures des commissariats de proximité...) Bizarrement, son phrasé est moins fluide, son discours moins rodé, la qualité technique de la communication pas aussi bonne et il est repris tout le temps. Ceci expliquant, peut-être, un temps de parole plus court.

Bien sur, pas une seule fois ne seront évoquées les véritables raisons du débat : Les mauvais résultats sur le terrain du chantre de la logique sécuritaire. Une fois encore, le problème est pris à l'envers. Au lieu de soigner les causes, on débat de la privatisation des conséquences. La preuve par l'exemple radiophonique que même avec son karcher cassé, tant que la misère morale des proprios du jardin est caressée dans le sens du brun, ils en restent à rager sur l'herbe au lieu de blâmer (Nicolas) le jardinier.


"Moi je suis vigilant. J'ai mis un rottweiler dans mon jardin. On est pas des meurtriers mais on essaye de garder le bien qu'on a."
in "Les auditeurs ont la parole".
Sur le fond, précisions que si je ne suis pas un fondu de la maréchaussée mais j'admets qu'elle est nécessaire et à l'instar de Didier Super que parfois il y en a des biens[4]. En revanche, je vois de mon plus mauvais œil les débonnaires de la barbarie qui au nom de leur patrimoine (des insultes écologiques en béton pourri dans l'arrière-pays avec piscines de m'as-tu-vu) se prennent pour les garants de l'ordre, ne demandant qu'une carte blanche gouvernementale, un alibi, le plus petit dénominateur commun sous forme de menace diffuse, pour laisser éclater en toute sécurité morale et législative leur haine de l'autre [5].

Je bascule l'heil-pod en mode funk, songeant aux éventuels supplices anaux "civiques" et "citoyens" à "tester préventivement" auprès de certains récidivistes du gouvernement pour leur recalibrer les fondements républicains, et atteint enfin la poste pour déplorer sa fermeture définitive.

* * *

Le surlendemain, même station même principe mais rangé au rayon information. Aux aurores, autre pic d'audience, suite à l'invitation à la réflexion (bande-annonce législative) du Ministre de l'intérieur (et des auvergnats) sur l'éventualité d'une mise en place d'un couvre-feu pour mineurs de moins de 14 ans, c'est le choix de la station d'offrir une tribune sans aspérités journalistiques au maire d'une petite commune du Tarn qui a devancé "à titre expérimental" (ou promotion, à ce stade on ne sait plus très bien) les humides fantasmes de Brice.

Sont mis en avant par le maire VRP apparenté Modem que le couvre-feu "conforte l'autorité parentale", que "l'idée du ministre est bonne", qu'il "faut essayer, qu'il faut tenter" (c'est le progrès quoi bande de réacs libertaires à la con !) et, tout de même on y vient, que c'est "une société de sécurité privée qui a fait un travail de médiation" (comprendre : Des vigiles rapatrient par le colback les mômes chez eux.)

Quelle meilleure propagande pour une privatisation progressive de la police (bah oui c'est un service public comme un autre) et un auto-flicage généralisé (l'un servant la productivité de l'autre) qu'une clientèle apeurée par son ombre ou un élu prêt à manger à tous les râteliers pour s'assurer un autre mandat ? Aucune, le gouvernement l'a bien compris et laisse faire la com' en mode autonome.

Et le journaliste de conclure "en tous les cas on a compris que l'exemple fonctionnait."

Tu m'étonnes Elton.

A l'heure où il est fréquent de tomber à cerveau raccourci sur le grand méchant internet, penchons nous sur ces radios...

D'un côté, une information virant vite à l'édulcoration positive des projets gouvernementaux les plus liberticides et ouvrant sans retenue ses micros aux bêta-testeurs du tout sécuritaire.

De l'autre, des programmes autoproclamés de "libre antenne" constitués de témoignages d'auditeurs dont on ne sait rien et qu'il faut croire sur parole, permettant aux stations de se dédouaner d'une analyse fastidieuse et / ou politiquement embarrassante tout en passant pour des humanistes.

Question : Au nom de la démocratie des auditeurs et pour confirmer l'extrême décontraction gouvernementale, le retour de la peine de mort sera t-il validé par textos surtaxés dans les "Grandes Gueules" ?

Réponse : Probable.


[1] oui parce que cette fausse nouvelle destinée à sonder la nature des oppositions et préparer les opinions vient des Alpes-Maritimes, Toute accusation de stigmatisation d’une catégorie de citoyens et d’un certain électorat ne serait que caricature comme ils disent à la radio.

[2] Au sujet des fortes potentialités de dérapage des comités de vigilance citoyenne : La Zona.

[3] Mouahahaha !

[4] Hormis un rocambolesque épisode sur tournage, à base de cow-boy trépané de la police locale (privée ?) de Neuilly sur S. à l'époque où un roitelet de maire aujourd'hui monarque bananier "expérimentait" ses méthodes de gestion préventive, je n'ai pas trop eu à en souffrir.

[5] Votre rédacteur a été cambriolé une fois. Il habitait alors en zone pavillonnaire. li s'avère que le coupable était le fils du voisin.

13 septembre 2009

Video-surveillance à géométrie variable

par
Devine kikicékicause ?

Verbatim :

« Boaarf, je trouve que l’on entre dans une société étrange où on ne peut plus rien dire, plus rien faire. C’est la transparence absolue, c’est le début du totalitarisme. Ça veut dire qu’il n’y a plus d’intimité, il n’y a plus de discrétion, plus rien n’a d’épaisseur à commencer par les êtres humains. Pour moi c’est le comble du totalitarisme. Toujours surveillé, toujours contrôlé. Mmm,mmm. Cela n’est pas pareil de prendre la parole lorsque l’on est un homme politique ou un responsable pour affirmer quelque chose qu’on assume et, de prendre la parole dans un cadre intime, mmm, mmm, amical. Voilà, ça n’a pas la même signification. Le problème des nouveaux moyens de communication, c’est qu’ils donnent la même signification à tout, la même portée à tout. Donc, au fond on est juste plus responsable de rien. Faut faire attention de ne jamais rien dire.

[...]

...je ne crois pas à la société de la délation généralisée, à la société de la surveillance généralisée*."


A / George Orwell ?


B / Le porte-parole du parti pirate français ?


C / Le conseiller numéro un d'un monarque lui-même à la tête d'un gouvernement prônant l'installation de caméras de surveillance à chaque coin de rue ?


Réponse ici.


* Ah mais zut, j'ai mal compris. On m'indique qu'il ne s'agit pas dans cette phrase de la multiplication des caméras de surveillance dans notre pays mais des trop grandes facilités qu'offre internet pour la diffusion de boules puantes videofilmées.

10 septembre 2009

Censure et coïncidences

par
Ce 10 septembre 2009...

10h00 >
Plusieurs blogueurs politiques (dont votre rédacteur)
reçoivent une invitation du service de presse de l'UMP pour la présentation le 11 septembre de la "communauté d'actions politiques sur internet "les créateurs de Possibles" et la nouvelle stratégie web du Mouvement populaire".

16h00 > Via une caméra indiscrète, B.H, ministre de l'intérieur, réchauffe un électorat UMP craignant que son gouvernement ne montre quelques signes de faiblesse idéologique. Carton sur le net pour le racisme débonnaire de fin de banquet avec 300.000 téléchargements en moins de 4 heures. Sacrebleu. Après un désastreux week-end de rentrée sur le net, l'UMP joue décidément de malchance !

19h00 > le blogueur Juan de S...france reçoit un courriel de son hébergeur blogger (mon hébergeur) lui informant que le contenu de son site est "potentiellement indésirable" et qu'il sera fermé dans les 20 jours. S...france est le plus populaire des blogs politiques français. Il passe au crible depuis 123 semaines (la capacité de travail de cet homme reste un mystère) l'actualité du monarque avec ce soucis du détail et cette insistance qui font parfois défaut à certaines rédactions.


Après l'inénarrable mésaventure, toujours en cour(s), judiciaire d'Olivier Bonnet, Juan serait-il dans la ligne de mire... de la nouvelle stratégie du web ?

Ce serait une mauvaise et une bonne nouvelle. Mauvaise nouvelle pour la liberté d'expression, bonne nouvelle pour l'action des blogueurs : Elle commencerait à gêner.

Raison suffisante pour intensifier la cadence.

2 septembre 2009

Conti et chatiment

par
A l'issue de l'audience du 17 juillet, Xavier Mathieu avait encore visé juste : "C'est dégueulasse, il n'y a pas de justice dans ce pays. J'ai de la rancœur, on s'est battu dignement et le gouvernement a décidé de faire un exemple !" déclarait le délégué syndical avec ce chaleureux emportement qu'on lui connaît.

La justice n'est pas laborieuse avec la classe ouvrière : Le 1er septembre au tribunal de Compiègne, 4 mois après les faits, les peines sont tombées. [NDLR : J'aimerais que l'on carbure de la sorte dans le cas Karachigate.]

La condamnation : 3 à 5 mois de prison avec sursis.


Le crime :
"Destruction en réunion de biens préjudiciable à l'état". (Pour les profanes : Destruction d'un ordi, de la machine à café, d'un taille-crayon et du calendrier à Janine avec les chatons.)


Les criminels
: Six salariés de l’usine Continental agissant en bande improvisée et répondant au nom des « Conti »
.

Le contexte
: 21 avril 2009, après avoir appris la fermeture définitive de leur usine pour cause de délocalisation (entraînant le licenciement de 1120 salariés) et alors qu’ils avaient accepté un retour aux 40 heures un an plus tôt, les Conti laissèrent éclater leur rage dans les locaux de la sous-préfecture de Compiègne sous les objectifs des caméras.

Le happening sous-préfectoral des Conti s'inscrit dans une montée d'actions radicales (séquestrations, bouteilles de gaz) dans plusieurs entreprises (New Fabris, Molex...) menées par des salariés désœuvrés. Ces actions, génératrices d'images fortes, ont un point commun embarrassant pour le pouvoir : Il ne sait absolument pas comment y répondre (enfin, je veux dire, sans flash-ball).
Dans une perspective monarchique, nous saisissons alors l'intérêt d'agir au plus vite via du glaive et de la balance, et de désherber dès la rentrée.

Pour les Conti, c'est le maximum possible juste avant la prison ferme. Avec de la taule à vrais barreaux nos terroristes du licenciement correct mettaient en péril le savoir-diriger libéral. Ils auraient titillé les rédactions (se tournant anxieusement les pouces dans l'attente des premiers morts de la pandémie promise) et en quelques reportages, seraient passés pour les martyrs de la catastrophe sociale dans laquelle est priée de s'embourber en silence une partie du pays.

Bien que ne satisfaisant pas encore totalement les plus fidèles partisans du régime, ce verdict s'adresse d'abord aux autres salariés qui seraient tentés de manifester leur ressentiment contre les abus ou foutages de gueule de leurs directions.

Face aux menaces, l’important c’est que les messages de prévention passent :
Contre la grippe, tu ne parles pas à ton voisin. Pour le travail, pas d'énervement collectif ou sinon zonzon.


envoyé par politistution

Laissons le mot de la fin à ceux qui pitchent l'air du temps comme personne :

capture d'écran du site lefigaro.fr datant du même jour - 01/09/09
Update 02/09/09 : lien vidéo

28 juin 2009

Investissez dans la carcéro-technologie !

par

Un gouvernement moderne comme le nôtre se doit d'avoir une vision d'avenir.

Il discute donc ce dimanche[1]
des priorités dans la dépense de cet argent qu'il n'a pas encore empoché : Le tien.

Samedi matin sur la moderne Europe 1, le moderne Jean-Marie Bockel (secrétaire d'État auprès de MAM, nouvelle garde des Sceaux) a bien une petite idée révolutionnaire dont il est fier : Yaka construire des prisons !

"Prêtez-nous plus pour vous enfermer mieux.
"

Serait-ce le slogan marketing du grand emprunt national ?

Alors avec tout ce pognon populaire injecté, la France de demain ce sera quoi ? Nano-technologie, université libre et déconnectée des impératifs du marché, tunnel sous la méditerranée, ferroutage, sanctuarisation de la médecine, souci du plus faible et Arte pour tous ?

Non, non ce sera un bon gros Alcatraz privatisé avec cellules déclinées en gamme du VIP à l'Etap Hotel.[2]
En période de montée de la précarité, et face à un avenir de plus en plus incertain dans le secteur de l'envoi de CV et de la paye de son loyer, cela peut faire rêver ceux d'entre nous aux plus bas budgets.

Certes, on juge de la qualité d'une démocratie à sa façon de traiter ses criminels (ou présumés coupables ou carrément innocents, la ligne devenant de plus en plus floue) et les prisons ont un sérieux besoin de lifting mais je m'interroge sur la nécessité comptable de demander une contribution aux français pour une question ne résultant que d'une mauvaise gestion volontaire de l'argent public, et de confier la direction du chantier à Mam !

De l'argent a déjà été donné. Rien ou si peu, n'est fait. Bien peu de respect pour l'humain dans nos prisons dans les faits. Dans la conscience populaire, trop souvent de droite, le prisonnier est là pour subir, au jour le jour, une lente torture bien méritée. Éducation, école, police, haut sommet de l'état : ce sont les cerveaux qu'il faut rénover et ce bien avant d'en arriver aux portes du pénitencier.

Avec l'appui d'une police enivrée par cette prévenance gouvernementale et quelques réamènagements de la justice, j'imagine qu'une fois que le nombre de places sera jugé "suffisant", il importera "de me remplir tout ça !" à tout prix et à toute peine.

Lisons entre les lignes de l'annonce de Bockel. Premièrement,
en pleine crise de l'immobilier, il y a des chantiers qui ne se refusent pas : Ceux financés par l'état. Sans parler des concessions attenantes (restauration, personnel...) dont il faudra scruter attentivement à qui elles sont attribuées.

Deuxièmement, lecteur énervé de gauche, saches que le souscripteur avec argent à investir donc vraisemblablement de droite, lui, le décode très bien l'appel de Bockel. Q
uand un sbire dépendant de MAM, elle-même marionnette de son monarque, lui dit un samedi matin sur une radio bien comme il faut un truc du genre "notre société doit augmenter le nombre de ses prisons pour le bien des détenus", dans une optique préélectorale avec montée des contestations, possibilité de fort chahut social et danger diffus pour son petit pavillon des certitudes, il entend "nous allons multiplier le nombre de détenus pour le bien de votre société".

Il l'entend ça l'électeur de droite. Et ça le motive pour donner. C'est son côté humaniste à lui.


[1] parce que c'est un gouvernement moderne qui sacrifiera un dimanche au soleil pour notre bien collectif, ingrat de privilégié d'inutile qui passe tes journées à me lire.

[2] Il y aura également des établissements spécialisés, à part, non pas "psychiatriques" pour ceux en grande détresse mais pour les délinquants de la route (vu sur M6) qui ne sont pas des criminels comme les autres vu qu'ils vont bientot ressortir et racheter des voitures.

9 juin 2009

Lettre à l’homo-spectatus

par

Homo Sapiens, permets-moi à mon tour de te tutoyer puisque tu es un et indivisible.

Vois-tu, le service public new-age peine à me satisfaire. Lundi soir dernier, n’étant pas vraiment emporté par son nouveau documentaire à la thématique sociale des plus chaudes sur l’actualité, « Ces français qui gagnent au loto » (diffusé à 20h30 dans le cadre de la collection « Bling-bling ou pas, les crotteux restent des crotteux »), j'ai décidé de participer à mon tour à la communion et me suis tapé son, ton, notre "Home" vu par Yann Arthus-Bertrand dit YAB. C'est à ma connaissance le premier film documentaire totalitaire et, cocorico, il est français ! Comme tu fais là où on te dit, tu l'as plébiscité vendredi dernier sur France 2.

Marketing mondial et sortie planétaire simultanée, multi-supports et quasi gratuit pour que le monde s'émeuve à la même heure : Le film dont tu es l'acteur principal, et où l'on ne te voit presque jamais autrement que par les traces au sol de tes méfaits, fut diffusé du Champs de Mars à Moscou en passant par le net et les principales chaînes de télé. Bref, une promotion de type effort de guerre que tu a subi sans broncher puisque aucune chaîne ne s’est encore aventurée à te projeter un documentaire en prime-time sur les ravages sociétaux de la pollution publicitaire.

Je n'avais pas d'illusion sur le contenu du produit de la nouvelle gamme PPR. En 10 ans de pérégrinations dans les pavillons en béton surchauffés de ta France du milieu, j'ai déploré les influences des émissions de YAB sur ton état mental, ta sensibilité artistique et ta perception des choses.

Le coffe-table-book « la terre vue du ciel » est souvent posé en évidence dans ton salon entre l’encens et les décalcos. C’est pour toi à la fois le gage d’une vie saine, ecolo friendly, et un marqueur de connivence supplémentaire : Un truc pas clivant qui fait débat à la machine à café dans les limites du politiquement inoffensif. Parions même que ton patron reprend parfois les clichés copyrightés du sage YAB dans les plaquettes internes de l’entreprise pour illustrer ses annonces de plans sociaux.

Dans ton environnement climatisé à l’année, orné de ton 4X4 pour la frime, de la 308 pour madame et du mini-quad pour Mattéo, dans cet Eden pour gadgets toxiques produits dans des sweatshops à 30 jours de cargo, dans ce palace de la pollution où tu vis bien ta bio-attitude à coup de crédits, gare à celui qui t’affirme que sa vie en marge de la surconsommation et des bouquins de YAB pollue moins que la tienne !

Il y a des mythes comme ça, Dieu ou Tarantino, qu’il ne vaut mieux pas ébrécher dans certains milieux. Tant pis pour toi, j’y vais.

D’abord un peu d’histoire via une anecdote people dont tu es également friand, le gros livre de YAB recouvrant plus souvent qu'on ne le croit un gros Closer qui tache.

J’ai croisé YAB il y 10 ans, au hasard d’un passage chez un ami commun. Il est charmant. Pour ce qui est de la sincérité de son engagement écologique je ne peux me prononcer, le photographe ayant occupé 99% de notre temps de parole à parler nouvelles technologies, caméras numériques et longueurs de focales. Je ne peux toutefois croire qu’à ce degré d’investissement personnel et constatant l’œuvre accumulée, l’homme soit cynique ou mal intentionné. Te voilà donc rassuré, je n'en veux pas à ses intentions mais à sa façon de les exprimer.

Venons-en au film et dressons quelques constats de cinéma :

Home est vertigineux. Tu seras d’accord : Déconseillons de le prendre à ceux qui n’aiment pas l’avion.

Toujours dans la distance des grands décors, l'ode à la nature joue de tous les artifices, des fondus enchaînés les plus léchés aux ralentis les plus fluides sans jamais te mettre en perspective dans ces paysages autrement qu’en t’accablant à l'audio de toutes les responsabilités.

Surnagent dans la confiture de superbes plans dont les plus réussis sont paradoxalement ceux illustrant les méfaits de tes activités de groupe. Tu me diras : A 3 kilomètres de hauteur, une marée noire c’est vachement photogénique. Le moche est beau, on a vu meilleure dénonciation. La preuve par l’amour des images que l’on peut être un très bon photographe et un cinéaste exécrable.

Homo-spectatus, tu ne le sais peut-être pas mais notre Home est le fade remake des deux premiers films d’une trilogie [1] tournée il y a 30 ans par un moine reconverti en cinéaste, Godffrey Reggio [2]. Tu me diras : Normal, notre Home est produit par Luc Besson, inventeur d’une charte cinématographique dont l’œuvre de John Carpenter a, entre autres, subi les frais : « J’attends 20 ans qu’on oublie les films dont j’étais fan quand j’avais 20 ans. Je les copie sans classe et sans demander la permission et, en bon néo-conservateur de l'imagination, j’attaque en justice ceux qui osent me copier. »

Malheureusement, Home ne souffre pas la comparaison avec les films de Reggio [3] puisqu'il ne répond pas de la catégorie « cinéma » mais de celle du spot télé. La deuxième partie du film (après la crainte, les solutions) est une bande promotionnelle pour les futurs gros business de la green economy, de l’éolien à la géothermie en passant par le commerce équitable. Est-ce ma déformation professionnelle mais sur un plan de centrale énergétique propre, je fus pris d’une violente envie de rajouter le logo Areva en bas du cadre ? C'est qu'il m'arrive de participer encore à ce genre de films institutionnels pondus par les services com’ et budgets à la Ben-Hur des multinationales les plus polluantes. Leur finalité est d’endormir aux AG les petits actionnaires dans ton genre : "Voyez comment qu'elle est bonne pour la nature notre dernière génération d’incinérateurs et notre nouvelle gamme de centrales thermonucléaires à émulsion de protons liquéfiés !"

A la différence des films de Reggio, ton Home ne peut se passer de mots. Là où Reggio te résumait en 5 minutes avec poésie et prises de vue inventives, l’intégralité du message (film+série+bouquins) de l’œuvre-à-plat de YAB, Home te sculpte les sens à la massue.

Devant la divine hauteur des paysages qui les rend souvent illisibles, sans la psalmodie du YAB le film serait incompréhensible.

Et YAB est du genre insistant. Aussi terrorisé par le futur de notre planète que par un silence de plus de 10 secondes dans sa bande-son, il te martèle son message : La terre est un miracle qui ne te mérite pas. Il enfile ses perles de larmes sur le collier du lieu commun via un commentaire d’une indigente débilité (allant parfois jusqu’à se contredire [4]) dans les genres :

Philosophique :
« - D’où venons-nous ? » (- Qu’est-ce ça peut te foutre, t’es des RG ?)

Pratique :
« - Où est le carbone qui remplissait le ciel ? » (- Dans ce petit village perdu dans vallée de Naranda en lisière des forets du Touand-Choung, accessible en 2 jours de pirogue, et que l’on appelle : Dantonku.)

Agraire :
« - Les sols sont de moins en moins cultivés. » (- et il n’y a pas qu’eux… ce qui devrait t’inquiéter.)

Autre fondamentale différence avec les films de Reggio : Lui parfois filmait en plans serrés les visages humains lardés des stigmates de leurs vies de chien. Chez YAB, il faut attendre je crois 1h10 pour enfin voir un homme seul comme toi. Petit point noir perdu dans un paysage du tiers-monde, rescapé de la palette graphique qui court apeuré par l’hélico.

"A nous d'imaginer la suite", à moi de vous la montrer :

Avec YAB, spectateur et créateur ne sont pas au même niveau. Lui est en safari pour les dieux avec la thune à Pinault. Il capture les paradis perdus avec son matos dernier cri et réussit à te convaincre qu’il lui faut continuer à être le seul à en jouir en vrai
[5] sinon pour nous, pour toi, pour lui, tout sera foutu. Ce qui tombe bien au fond, puisque t’avait pas d’argent pour te payer le billet.

Et comme YAB à quand même une fâcheuse tendance à te prendre pour un gros blaireau et que 80 minutes de discours lénifiant ça ne suffit pas : Il le conclut par une ramée de textes accumulant les constats les plus lourds :

« - La banquise a perdu 40% de son épaisseur en 40 ans » (- si tu le dis...)

« - 1 milliard de personnes ont faim » (- moi même j'ai une petite dalle.)

« - 4 milliards d'individus subissent en mondovision les bouses à Besson » (- on m’avertit que ce banc-titre n’a pas été retenu.)

" - Il pourrait y avoir 200 millions de réfugiés climatiques avant 2050." (- voila qui va contrarier l'autre Besson.)

Arrivent enfin les dernières séquences et pour ceux d’entre toi qui se demanderait encore 'tain quand c'est que Vin Diesel il arrive dans l'histoire ?, la thèse est explicitement énoncée. Homo-spectatus t’es qu’un gros fumier qui gâche tout alors bouge ton cul et consomme propre ! (et arrête de télécharger illégalement Taxi 4).

Subjuguer par les images, t’assommer par la litanie en se servant du moindre prétexte statistique invérifiable pour te culpabiliser, toi, le spectateur complice du désastre merveilleux : Home c’est l'Apocalypse Now malgré lui des temps nouveaux version cocooning, l'annonce d'une guerre soft déclarée contre l'humain. Au passage, on t’aura fait pour un tarif discount la promotion des nouveaux far-west économiques du développement durable dont tu seras, encore, le consommateur. On t'aura également introduit sur fond de travellings mous, cette idée si humaniste que les hommes sont trop nombreux sur notre home. On voudrait te faire consentir aux futurs sacrifices de certains membres de ta collectivité, de toi peut-être, que l’on ne s’y prendrait pas autrement.

Par temps de scepticisme généralisé, il faut des croyances, du divertissement fédérateur, des émotions planétaires et des peurs. YAB te propose les 4 à la fois et en plus il te permet de tester le HD de ton super HOME-cinema made-in-china que tu as acheté à crédit chez PPR auprès d’un vendeur aujourd’hui licencié.

Mais bon, on est chez YAB : L’homme n’est pas un sujet, c'est un problême.

Alors bon, oui la planète est en danger mais Home est chiant comme une tombe (bien fleurie).

Je suis très inquiet : Quels enfants va t-on léguer à la planète, si on laisse le divertissement de masse aux mains d'Arthus et Besson ?



[1] Koyannisqatsi et Powaqqatsi étaient produits par le modèle marketing de Luc Besson : George Lucas.

[2] Des trois films de la trilogie Qatsi celui ayant pour thème "la guerre civilisée" dont la propagande par l'image est la grande alliée, Naqoyqatsi, n’aura pas inspiré Yann Arthus Bertrand.

[3] Non vraiment, de l’œuvre de Reggio dans Home il ne reste à la rigueur que quelques notes pompées à Glass, et de celle de Glass, quelques autres notes maladroitement puisées dans la partoche de « The Hours ».

[4] Pleurant à la fois sur les villes qui se construisent dans le désert et dix minutes plus tard sur les villes qui se construisent au bord de la mer.

[5] Interview du photographe-réalisateur chez Morandini le 6/8/2009 : « - Devant ce succès, on va faire un Home 2 »

4 juin 2009

Exterminons les caissières, c'est plus confortable

par
Des doutes sur votre vote ?

Premier épisode de la série "un monde de droite (et ses médias)" : "Exterminons les caissières" ou comment, en 3 mois, installer l'idée que la caissière est inutile, fautive, contre-productive et que c'est au client d'assumer gratuitement son travail... et plus encore.


29 mai 2009

Banalités des bourreaux débonnaires

par
Illustration : Panorama de France.
Jeudi, 11h00 :

HAINE ès TV

- "Je refuse la dictature des bons sentiments."

Quand monarque pas content à 9 jours des élections, monarque brandir ainsi faits-divers et sortir canons pour fouiller cartables.

Est-ce pour s'épargner des bastons d’enfants ? Est-ce pour éviter des attentats ? Est-ce pour réduire la délinquance ? Bien sur que non. Vieil électeur, l’UMP a bien trop besoin de ta peur pour perpétuer son pouvoir. C'est pour cela qu'il te caresse dans le sens de la terreur : Plus ça va mal autour de toi, plus tu roules pour lui. Pourquoi s'en priverait-il ? Avec toi cette politique fait, dans tous les sens du terme, un vrai malheur.


Un cycle d'actualités commence, un autre s'achève. Au moment où le Kaiser Kinder lance tambour battant devant un parterre au garde-à-vous son programme européen (code name : Karcher 2) pour bouter les Ben-Laden-babies hors des cages d’escalier et transformer les collèges en décor de film Europa Corp, on apprend que Julien Coupat va être remis en liberté au terme de 7 mois de détention.

Des journalistes (hors Figaro) aux politiques (hors secte), on s’accordait à dire dès le second jour que cet emprisonnement était injustifié. Il fut prolongé par volonté politique de faire de "l'insurgé" un exemple.

Jeune, en démocratie antiterroriste, tu as le choix : Fais des études et tais-toi, bosses en contrat-pro ou alors ne sois pas d’accord mais tu finiras comme Coupat !

Contenter les uns avec de la rhétorique sécuritaire, soumettre les autres par la terreur. Suivant tes revenus : Flatter les fantasmes et générer de la soumission. Atomiser l'opposition grâce à un enfumage frénétique de polémiques, le tout sur fond de privatisation de la nation. Au fond, c'est simple un programme UMP.

14h39 : J’imaginai que la nouvelle de la libération déplacerait un peu plus les foules. Je fais un crochet par le charbonneux mausolée des peines. Une poignée de journalistes se grillent des roulées devant la porte en fer, sous la grisaille. C'est du discret. On est loin de la communication à gros sabots, avec équipe TV embedded, de l'arrestation de l'ennemi public numéro 1 qui ressemble tant à l'exploitation faite aujourd'hui de faits-divers servant de terreau à la campagne européenne d'un parti en peine de résultats et dont, dans les 2 cas (faits-divers et résultats), les dindons sont les jeunes.

14h40 : J’apprends au pied de la prison que personne ne sait vraiment quand Julien sera relâché. J’apprends que sa liberté sera au rabais, sous conditions, que le provincial ne pourra pas quitter l’île-de-France, qu'il ne devra pas rencontrer les autres mis en examen parmi lesquels je crois sa compagne et la mère de son enfant. Même en liberté, cassons l'innocent.


14h50 : Je repars sur le boulevard Arago. Une voiture de police ralentit à mon niveau. Quelques regards, elle part. Intimidation standard.

Là, il faudrait être plus exigeant que le monarque et refuser - seulement - la dictature, que ne constate-je autour en épiant les conversations des étudiants aux terrasses des cafés à 400 mètres de la prison de Julien ? Une totale résignation à la logique des oppresseurs. Ça sait à peine articuler une pensée plus longue qu'un texto que ça ne parle déjà que meilleur taux, bonnes affaires à faire et stage d'été pas payé mais tellement bénéfique pour "ma carrière dans le monde de la banque parce que y a que là qu'on peut faire grave du blé". A la terrasse du café des cons, en prison ou pas, Julien n'est pas une peur, pas même un sujet de conversation. Ici, à 21 ans, on est déjà comme ses parents : Inquiet pour ses points de retraite.

18h20 : La nouvelle de la libération est effective mais déjà promise à l'enfouissement sous la percée des français à Roland-Garros.

23h10 : Extrait du Grand Journal de Denisot et intervention de Michèle Alliot-Marie, ministre du décor de l’intérieur. En substance, au sujet de Julien elle ne regrette rien. Pis, c’est même pas sa faute. Denisot ne relance pas.

Disciplinée et au fait des dernières tendances vestimentaires, la centaine de jeunes sur le plateau applaudit le bourreau avant la pub, comme convenu avec le chauffeur de salle. La télé, c'est comme les mises en détention abusives, ça vient d'en haut et ça se respecte sans moufeter. Naïf que je suis, j'ai cru qu'ils siffleraient la ministre.

Comment dénoncer le sans-gêne du pouvoir dans un pays sans jeune ?

Il est tard. Sur le poste, tourne cette vidéo de Will.I.am :




'sont forts quand même ces 'ricains.

1 février 2009

Le droit de crier là où personne ne t'entend

par

Samedi 31 janvier 2009, 14h15 : Règne un froid de gueux sur Paris. Je suis calé chez moi bien au chaud face à la fenêtre, plein soleil. J'ai presque chaud.

La petite famille s'est exilée. Je dispose enfin d'une journée pour me consacrer à l'écriture.
L’intitulé du billet : Collaborer ou résister.

14h20 : Je reçois un SMS m'invitant à participer à la manifestation parisienne contre la politique anti-terroriste de notre monarque. Rappelons que celui-ci incarcère à discrétion tout élément (généralement jeune et militant pour une autre société) susceptible d'empêcher la nation de dormir en rond. Le cortège unitaire des 54 associations fédérées autour du comité de soutien aux inculpés du 11 novembre partira à 15h du RER Luxembourg en direction de la prison de la Santé où est incarcéré Julien Coupat.

Ce matin, malgré son dossier vide, le jeune homme s'est encore vu refuser sa mise en liberté.
On ne badine pas avec les symboles. Julien Coupat est un message de propagande de la plus haute portée, une campagne publicitaire de l'état à l'intention des déviants : Soumets-toi où tu finiras enfermé ! Le plus beau dans l'histoire : Cela ne coûte au contribuable que le prix d'une pension complète en prison. A durée indéterminée, certes.

15h00 : J'abandonne l'article pour manifester et filmer puisque le week-end les chaines d'information se résument au foot, à la F1 et à Eric Zemmour*. Par chance, la semaine il n'y a pas de F1.

15h15 : A quelques encablures du rassemblement, le boulevard St-Michel est un parking à camions de CRS. Il en va de la multiplication au mètre carré des CRS comme de celle des SDF, les uns comme les autres ne génèrent aucune espèce d'émotion dans le regard des piétons qui vaquent à leur emplettes en totale décontraction.


15h30 : Déception. A la vue du nombre de véhicules des forces de l'ordre, je m'attendais à au moins un million de déviants. Devant le Luco : ils ne sont "que" 2000 à résister au froid. De Julien, il est peu question. Le comité de soutien, plutôt âgé, est visiblement débordé par le gratin anar. Voyant ma caméra, une dame, montée en car de Tulle, me colle un sticker Soutien Tarnac sur le blouson.

15 h 45 : Menés par une fanfare, les déviants remontent la rue Gay-Lussac en marquant le territoire à coups de pétards.
Le père de Julien devance le cortège en ébullition. Le profil haut, la démarche alerte, l'homme est déterminé. De par son âge et son apparence posée, il est la passerelle idéale entre la France de Drucker et celle enragée qui, dérrière lui, fait des doigts d'honneur aux CRS.

La démesure du dispositif de sécurité s’intensifie de carrefour en carrefour. Du haut de ses 40 ans de contestation urbaine, un vétéran des défilés concède désabusé : "- Ils ont bien bouclé le bordel ces enfoirés !"

Qu'a cela ne tienne, les déviants sont déterminés à troubler cette manifestation de policiers.
Ils s'engouffrent dans la rue du Faubourg St Jacques figurant au top ten des moins habitées de Paris. D’ici, soyez assurés que rien ne filtrera, la moyenne d’age des rares résidents est de 80 ans. Les plus vifs ouvrent leurs fenêtres, intrigués, pour les refermer 10 secondes plus tard, incommodés par le désespoir des indigents.

Arrivée à l’intersection de La Rue Cassini et du Boulevard Arago, l’accès à la prison de la Santé est bloqué par trois camions, ils ressemblent à ceux de
Soleil Vert mais en blancs (c'est moins anxiogène) et sont équipés de Karcher. Le comité d'accueil est sécurisé de la sorte à chaque embranchement du carrefour : 60 CRS en rangée compacte, 10 camions et 30 autres CRS en arrière-plan, au cas où les pétards auraient raison des bâtons. Le slogan "police partout justice nulle part" scandé sans interruption depuis une heure, prend dans ce cirque ultra-fliqué toute sa signification.

Au fond, les pompiers.


Un baroudeur de la contestation aux dents cassés crache en direction du barnum à Mam : - La vérité c'est qu'on vous fait peur !

Une vielle dame s'insurge :
" - Ca y est, on y est, ils l'ont enfin leur état policier !"

La souricière va bientôt se refermer. Tout semble décidé en haut-lieu pour faire du happening anti-anti-terreur, l'opportunité de nouvelles prises de guerre. Tout est dessiné pour que la situation dégénère. Fumigènes et cannettes de Kro, les provocations fusent. J'évite une boule de pétanque.

A 16h30 : A la septième fusée me sifflant au ras des oreilles, je rejoins le flux des moins casse-cou qui remontent vers la place Denfert-Rochereau. Les attendent dans leur nasse quelques centaines de CRS supplémentaires. Je retrouve la dame du sticker qui a du mal a déployer sa banderole artisanale dans les bourrasques au pied de la statue du lion.

Un aguerri lui conseille : "
- Faudra penser à trouer vos banderoles la prochaine fois Madame ! "

L’armée républicaine qui, elle, connait son métier, termine de s'équiper pour la branlée finale. Frigorifié, dépité par l'euthanasie policière d’une manifestation qui ne peut atteindre ses buts (se faire entendre du plus grand nombre et de Julien), constatant que dans ce cadre malsain des mots sur le réseau alertent autant des cris dans des rues désertes, avant de me faire épingler pour délit de filmer, je m'éclipse.

17h00 : A 300 mètres de la marmite aux déviants, le quartier est toujours bouclé, la circulation encore interdite. Je marche au milieu du boulevard Raspail, vide. Un nouveau convoi de 20 camions accélère vers Denfert. Indice que nous sommes en guerre : Il n'y aura bientôt plus que la Police et les CRS pour faire turbiner l'industrie automobile du pays. A mi-Boulevard, on ne voit plus que le filament bleu électrique formé par les
gyrophares.

Pas de déviants, plus de véhicules, seul élément notable : Une affiche publicitaire rétro-éclairée pour une exposition du passé plus que parfait :
Paris, sous l’Empire des crinolines, 1852-1870

La vie parisienne ne reprend que 500 mètres plus bas, sur le Boulevard Montparnasse au niveau de
La Coupole.

Un gentil policier fait la circulation. D'une voix douce et sans préciser pourquoi, il invite les automobilistes à contourner le quartier, ce qu'ils font contenant leur agacement.


Deux jeunettes à fort pouvoir d'achat me coupent le chemin en
piapiallant shopping. L'une d'elle détourne la tête : " - Tiens j'ai vu une fusée bleu là-bas."

"- Arrête la fumette !" Lui soupire l'autre en fouillant dans son faux sac
Prada.

L'hiver français ne fait que commencer.


P.S : Pour en savoir plus sur les interpellations qui suivirent, je vous renvoie au reportage souterrain d'article XI.


* Ce week-end sur I-Télé et BFM :
Journée spéciale "Vendée Globe" sur l’une et journée spéciale « une semaine après la tempête Klaus, les assureurs jouent-ils le jeu ? » sur l'autre.

14 janvier 2009

Culpabiliser et angoisser (ou pas)

par
Parce que Surveiller et Punir comme seul projet de société, ce n'est pas assez, aujourd'hui, on peut accéder individuellement, chez soi et pour soi, d'un coup de télécommande, à tout un univers de flagellation mentale.

Importée des pays anglo-saxons sur inspiration gouvernementale, une pratique audiovisuelle traite le mal (nous) à la source, en obstruant notre poste
principal d'observation du monde : La télévision. Le "culpabiliser et angoisser" nous alerte sur nos travers et anticipe nos déviances.

Il se propage sur nos écrans en deux modes majeurs :


- De biais, dans les journaux télévisés où il joue à armes égales en temps de parole avec les grands drames de ce monde. Tour à tour, les animateurs en information nous y annoncent
sans hiérarchie dans la gravité que c'est de notre faute (indécrottables drogués EDF que nous sommes) si la Bretagne risque des coupures de courant cet hiver, que la future obésité de nos enfants est intolérable, que notre usage d'internet est délictuel et que la perversité dont on fait preuve en continuant à acheter ces cigarettes que l'état vous vend, mérite un châtiment pictural.

- De face, dans des campagnes officielles dites de prévention : Ne mange pas, mange mieux, sois jeune mais n'aie pas peur d'être vieux, fais quand même gaffe à te payer toi-même ta retraite, mange des légumes, n'oublie pas la viande, termine ton assiette, ta capote et ton cancer, module ton diabète, fais gaffe au papillomavirus et check the prostate.

Notons que les deux catégories s'entrecroisent parfois lorsque la campagne de prévention est élevée au rang d'information. Un jour d'octobre dernier, pour le lancement du spot européen sur l'usage du filtrage parental d'internet (film honteusement discriminant pour les petits gros à lunettes), BFM Tv fit une campagne de la campagne en diffusant l'objet
racoleur à chacun de ses journaux, sous prétexte d'actualité.

Le "culpabiliser et angoisser" est une dialectique insidieuse d’inspiration religieuse. Se souciant à l'excès de notre bien, Il assigne le spectateur au tribunal de ses responsabilités, le mettant en permanence en examen. Le "culpabiliser et angoisser" est aussi vicieux que protéiforme. Dans telle réclame, il se déroulera dans une police pour gnomes au bas de l'écran, ailleurs il sera un logo rouge clignotant, un avertissement en début de programme ou une mise en garde en fin de publicité. Il peut se cacher au détour d'une alerte météo ou d'une émission pour enfants et s'affirme courageusement, avec constance, dans les extraits choisis du discours du président.

Invité des plateaux, le "culpabiliser et angoisser" revêt son manteau d'expertise et, avec un zeste de condescendance, modèle des consciences qui 2,5 fois sur 3 ne demandent que cela. Il est la nouvelle antienne de la communication par temps de crise. Toujours prêt à pourrir de ses admonestations le frais souvenir d'un épisode tout juste terminé de La petite maison dans la prairie, il trompe l’appétit de l'affamé, le détourne de ses tracas quotidiens au nom des grands périls qui l'attendent demain s'il n'agit pas correctement sur-le-champ.

Qu'il aborde des sujets génériques ou marginaux, il vise toujours l'intime.

D
es réels grands dangers, nuage radioactif ou nature de la croissance négative, il ne nous avertit jamais. Motif : Cela nous inquiéterait.

Son spectre est large. Il va de programmes courts sur l'éducation de nos enfants à de grands reportages sur la sauvegarde de notre planète (secteur où, du tri de vos déchets à l'achat d'ampoules économiques qui n'éclairent pas, les géants verts, vendeurs d'humanité pour le compte de nouveaux marchés, vous mettent au pas depuis leurs hélicoptères).

Il se décide souvent dans des ministères. Derrière la rutilance de son écrin, conscient du vide que celui-ci contient, grâce à son principal représentant de commerce (ta télé au milieu de ton salon mon pote), le pouvoir agite les polémiques et les spots pour produire du fautif.

A chaque jour sa rafale de coupables. Les cibles se succèdent. Mauvais parents, enfants indignes, femmes battues et femmes qui battent, ceux qui ne font pas de sport, ceux qui devraient moins en faire, végétariens et bouffeurs de barbaque : A
ce rythme, à un moment ou à un autre, chacun de nous est ou sera artificiellement inquiété d'être lui-même.

Le but? Un sujet angoissé est un sujet maté, spécialement s’il est travaillé par une thématique think-tankée pour lui par les publicistes du palais
.

Le "culpabiliser et angoisser" surfe sur le fantasme diffus d'une société qui serait parfaite si seulement elle n'était pas gâchée par l'irresponsabilité criminelle de ses citoyens. Vous savez, ces conscrits à suer et consommer justes bons à se prononcer dans les débats de société par textos interposés ou de vive voix, à l'antenne des radios périphériques mais après filtrage préliminaire d'un stagiaire en psychologie des foules.

Le "culpabiliser et angoisser" précède et accompagne les réformes ou annonces de réformes gouvernementales dans un feuilleton quotidien du Plus oppressante la vie. Aux périodes incertaines, il ratisse plus large que jamais, contaminant de nouveaux domaines.

Dans cet océan de doigts pointés, surgissent des secteurs qui, selon leurs aléas économiques et malgré des taux de mortalité conséquents, voient leur traitement médiatique sanctuarisé.

C'est aujourd'hui le cas de l'automobile.

Flash-back 2002 ; L
a sécurité routière est décrétée cause nationale par Jacques Chirac. Souvenons-nous du poignant mais pléonastique "ton visage c'est le tien" de Jean-Pierre Raffarin à l'index inquisiteur concluant une série de Zone interdite sur ces jeunes accidentés aux destins brisés.

Il y a quelques semaines encore, un spot sur l'usage du portable au volant squattait chaque fin de programme du câble à la TNT générant des cas de schizophrénie chez certains spectateurs assidus de la série 24 heures où le héros en passe facilement 12 à téléphoner au volant dans un remake urbain de la course du Mans.

C'était avant... avant que le secteur de l'automobile,
annonceur publicitaire majeur qui compte pour 1/4 de l'économie du pays, n'annonce une méchante baisse de ses ventes. Depuis le début de l'année, les articles et sujets relatifs aux accidents de la circulation se font plus discrets, les spots de la prévention routière, eux, disparaissent des écrans.

Boire ou conduire, constatant les tarifs pratiqués dans le secteur (du permis à l'assurance), le jeune fauché a tranché : Il boit. Le con, il se met à faire du vélo et refuse de s'endetter pour acheter une Twingo.

Terminée donc la communication anxiogène perturbant le futur consommateur d'autos. En parallèle, après la prime à la casse, après l'instauration d'un programme déguisé d'éviction des véhicules accidentés (comprendre plus assez neufs) et parce que l'état compte bien continuer à surveiller et verbaliser les conducteurs et que pour cela il lui faut des conducteurs, le Premier Ministre annonce la réforme du permis de conduire visant l’allégement de son coût et une simplification de l’épreuve qui deviendrait plus tolérante.

Question sécurité, les économistes sont unanimes : En période de récession, on peut s’autoriser de petites embardées meurtrières sur les routes de France.

Dans ce domaine privilégié, tant que les ventes de véhicules ne décollent pas, les plus jeunes d'entre nous peuvent provisoirement déculpabiliser et ne plus se sentir angoissés.

Pour que Renault avance, La France peut accélérer.

Seb Musset est l'auteur d'Avatar et Perverse Road disponibles ici.

Top Ad 728x90