16 juillet 2009

Tu pètes trop pour être honnête

par

De la conduite des véhicules aux rapports sociaux, constatons qu’à partir de la première semaine de juillet, et pour peu qu’il y ait un petit coup de chaud, plus qu'à tout autre moment de l'année, les cerveaux sont à ranger dans la pochette poubelle.

L'état qui est un malin profite généralement de ce grand relâchement du slip national pour faire passer dérégulations sauvages, hausse des tarifs, lois liberticides et autres augmentations de taxe pour les pauvres.

Et pis, si y sont pas contents, on leur sortira (avec leur thune) Johnny Halliday aux Champs de Mars : Ça les calmera. Probablement que Louis XVI aurait gardé toute sa tête s'il avait placé l'idole des jeunes (quinquas en préretraites forcées) chantant allumez le feu ! en showcase gratuit devant la Bastille ce 14 crucial du mois de juillet 1789 avec possibilité d'orage en fin de journée.

Les bronches prises par la pollution au carbone et à l'air du monarque omniprésent, j'avais grand besoin d'une retraite forestière coupée du monde.

C'est ainsi que je me suis installé dans un petit village reculé où, tel David Carradine période Kung-Fu et pas Bangkok, je pouvais à moindre frais trouver recueillement et sérénité.
Ce fut le cas, quelques heures.

Ce 13 juillet à 22h20, je suis réveillé en sursaut* par une détonation dans le ciel, suivie d'une autre puis d'une pétarade pyrotechnique démesurée façon Bombing Bagdad by CNN. Effrayant feu d’artifices qui manque de me coller un infarctus.

Que célèbre t-on exactement ? La révolution ? Manip de nantis avec figuration de pauvres qui sont sortis de là taxés jusqu’au fion et encore plus pauvres. La république ? Triomphe des vermines. La démocratie ? Cosmétique du totalitarisme. Et les idiots du village qui applaudissent. Ah la belle Rouge ! T'as vu maman, c'est y pas beau comme un film d'Arthus-bertrand ! Et à l'aube, l'octogénaire d'à côté qui
se félicite :

JEAN-RENE L'OCTOGENAIRE
Ah la vache quel ramdam cette nuit ! Ça a tellement pété, ma maison a failli prendre feu !

Pour une fois qu’un bruit du dehors le faire sortir de son coma végétatif devant la première compagnie et qu'il ouvre sa porte aux autres, même au nom d'une liberté en papier mâché, c'est à signaler ! D'autant que ça lui fera un sujet de conversation pour les deux prochaines semaines au bistrot du bourg.

De la démesure obscène de Johnny en plein Paris à cette simulation de troisième guerre mondiale en plein cœur de nulle part engouffrant les trois quart du budget annuel de la micro-municipalité, comme pour les milliers d'autres comme elle, ce pays fait étalage de plus en plus d'efforts à chaque 14 juillet pour signifier qu'il est libre, égal et fraternel.

Si tel était le cas aurait-il vraiment besoin d'appuyer, avec flash et vacarme, la démonstration à ce point ?

La liberté, c'est souvent ceux qui la célèbrent le plus qui la tolèrent le moins.

Allez va, petit et cri vain. Continue ton chemin.




* oui, oui, c'est tôt pour un mois de juillet mais j'ai mes raisons...

10 juillet 2009

L'exception dominicale selon Darcos

par
(Hey connard : Là où y a de la couleur, c'est une "exception au repos".)

Ce matin, notre bien aimé ministre (de la destruction) du travail, des Relations sociales, de la famille et de la Solidarité était l'invité du 7/10 de France Inter.

Il a briffé le bon peuple de France pourtant pas d'accord sur les bienfaits supposés de la proposition de loi rétrograde signée Richard Maillé sur le travail le dimanche qui "facilite la vie des consommateurs, libère la productivité et surtout protège les salariés !" (non, non je n'invente rien c'est à 2.00 dans la vidéo en fin de billet.)

Fort de l'expérience de ce gouvernement en média-training de l'extrême, notre ministre présente le barnum législatif ainsi :
" La loi rappelle le principe du repos dominical. [...] Elle veut encadrer un certain nombre de disposition permettant de déroger à ce principe et d’une manière relativement limitée. Il s’agit d’identifier 500 communes touristiques, il s'agit de repérer 30 périmètres particuliers touristiques et enfin de repérer 3 grandes agglomérations de plus d’1 millions d’habitants où l’on pourra trouver des périmètres d’usages de consommation particulière, exceptionnelle."

Avant d'ajouter à 1.32 : "C’est un petit peu complexe sans aucun doute."

Tu l'as dit bouffi ! (voir ma simulation de carte des zones d'exception au repos dominical ci-dessus).

Pour ce qui est du salaire par contre, tout tendra à se simplifier rapidement : Paye pourrie prévisible pour tous.

Darcos, tout tranquille, nous explique ensuite comment, il peut défendre une loi qui contredit son action au ministère de l'éducation : La suppression de l'école le Samedi matin.

Le travail le dimanche ? Puisque l'on vous dit que tout le monde y gagne :

Le riche va en week-end. Donc il lui faut pas d’école le samedi pour son môme et des esclaves le dimanche pour le servir. Et oui, réfléchissez un peu quoi...

Le pauvre, lui, travaille déjà le samedi. Il lui fallait trouver du pognon pour faire garder ses mômes (le fameux "travailler plus pour gagner plus" qui a motivé son vote de 2007). Désormais pour payer la nounou du Samedi, grâce aux progressistes, il pourra travailler le dimanche. CQFDUMP.

C'est pas la gauche qui penserait à ça, hein ?

Comme le dit si bien Darcos à 4.40, tout cela n'est qu'une question de présentation des choses. Si on leur explique aux cons, ils finissent par comprendre.

7 juillet 2009

Extinction de parisiens

par

Paris délaissée, Paris sans kékés mais Paris apaisée.


Juillet 2009. Même si elles n'étaient réservées qu’aux autres, les vacances soulageaient ceux contraints à la capitale faute de budget : Ça en faisait toujours un bon paquet de dégagé.

Cette année pour cause de canicule avancée et de baisse de moral prononcée, la ruée vers l’eau eut lieu deux semaines plus tôt. A défaut de grande bleue, dès le début du mois, Syd Movet, trentenaire 2.0, forçat de l'info, du web et de la crèche parentale, s’apprêtait à vivre un été avec short et tatanes, presque seul tout, dans une capitale au macadam collant, timidement festive à la nuit tombée et désengorgée de ses stressés. Dans les émanations de CO2 et les échos des sirènes des ambulances sillonnant les rues à la récolte des petits vieux claquant sous l'imprévu cagnard, lui, à l'ombre d'un brumisateur, se délecterait de demis en terrasse entre deux plages d'écritures.

Manque de bol. Embrayant sur la périphérie des adorateurs du cocon, son quartier central virait à son tour victime du syndrome Leroy-Merlin / Comble de rêve / M6 Déco / Ma maison est une machine à thune. Partout, d’un appartement à l’autre dans sa rue ça retapait, ça scie sautait, ça marteau piquait, ça décapait, ça thermo-cloutait.

Syd grognait sur son silence perdu mais la crispante cacophonie des chantiers de particuliers couvrait sa colère. Le tout baignait dans les discordantes remontées des transistors d'ouvriers : Best-of estival de Rires ou Chansons ou Top of the Pops de Gdansk FM suivant la légalité du contrat de travail.

Le home familial de Movet s'orientait plein sud, sous les toits, climatisation façon coffrage à l’ardoise : Aux alentours de 54 degrés l’été et de Reykjavik l'hiver. Un vrai bonheur urbain mais bon, l'écrivain restant un humain comme les autres, il s’habituait à sa condition.

Son alvéole de logis ne le choquait finalement pas plus que la vision quotidienne de ces errants qui, des bourrasques givrées de décembre au coups de massues de juillet, tombaient avec régularité sur le pavé de la cité des lumières dans l'indifférence des locaux et la stupeur des touristes friqués, parfois incommodés par l'odeur.

Syd s'estimait même heureux lorsqu’il contemplait ses potes de fac, thésards, CDistes et pas cons, croupissant en squat à trois pâtés de maison de là sans une thune et menacés d’expulsion, à deux doigts de la clochardisation dans le mépris complet des institutions.


Alors avec un peu d'ingéniosité, Syd agrémentait sa vie domestique à moindre frais. Il construisait des meubles en carton, sur mesure.

Avec deux planches et des coussins de récupération, dans ce goulot d’étranglement entre les chiottes et le coin cuisine qui lui servait d’entrée, il construisit un lit douillet pour Révolution, son bébé. Pour contrer l’étuve, il se procura un deuxième ventilateur
chez camion-tombing-service, un Sarkozator à double rotation, recommandé dans les pages tendances du nouvel obs, brassant mieux l'air que la concurrence.

Pour la nuisance diurne des chantiers, il avait négocié sur brocante un casque d'insonorisation. Pratique pour écrire, chiant pour disserter autour d’un plat de nouilles Ligueule avec Zoé à sa pause de mi-journée, sur la mystification du seppuku dans l'œuvre de Mishima période Pavillon d'or.

L’écran plat était le seul meuble qu’il avait pu monter et faire rentrer dans ce corridor aménagé en surface de collecte à loyer. Il restait allumé à la journée sur Tiji, dès fois qu'un scoop sur le karachigate tomberait. Pour le reste, en jetant tout par le fenêtre, le déménagement serait l’affaire d’une dizaine de minutes. Cette perspective lui semblait pourtant de plus en plus lointaine.

Maudite échéance mensuelle qui dévorait les deux tiers des revenus du ménage. Comprenez qu’avec le genre de pécule restant, le couple partait rarement en RTT à St-Barth. Syd se réconfortait donc en songeant aux autres plaisirs de la vie : Métro, changer bébé, le bruit des voisins, l'eau chaude en berne depuis mars, la traque aux cafards et le safari aux souris sur le balcon.

Syd Movet se résignait donc à la double peine d'un été standard de locataire parisien :

1 / Il endurerait la mauvaise ventilation de l'appartement merdeux qu’on lui avait craché à la face au sortir « privilégié » d’une liste de 200 prétendants n’ayant pas les connexions idoines pour se prévaloir de deux garants se portant caution à hauteur de trois fois le prix du loyer (et ce en toute illégalité).

2 / Il devait en plus, aux beaux jours de la transhumance des bienheureux, subir les assauts sonores des travaux engagés par ceux qui avaient, eux, les moyens de partir : Les bailleurs.

Syd avait cru comprendre au JT que l'immobilier s'enfonçait dans la mouise. Inflation du nombre d’annonces, chutes des prix, agences immobilières elles-mêmes en vente : Il avait constaté l'hécatombe lors d’une tournée en France profonde pour la promotion de son livre pour enfants "Nick et Carlita au pays des Rottweiler qui déchiquètent".

Pourtant à Paris, même si les pancartes "à vendre" se multipliaient aux façades des immeubles, le business de la petite surface locative, lui, resplendissait.


La raison était simple : Suppléant la carence de construction de logement sociaux dans une capitale professionnellement attractive même et surtout en temps de crise, ce marché s'abandonnait à la spéculation privée la plus débridée.

Le secteur de l'extrême location parisienne engraissait cette catégorie socioprofessionnelle plutôt âgée que, des actions Eurotunnel au grand emprunt d'état, on retrouvait dans les coups de pognon promis à juter. Ils s'appelaient eux-mêmes avec toute l'innocence du monde : Les petits propriétaires.

Encouragés par un gouvernement et des émissions de télé prônant l’enrichissement personnel et le 4X4 bio pour rouler sans heurts sur les crânes de pauvres, les petits proprios ne se gênaient pas pour louer à des tarifs prohibitifs aux plus jeunes et plus démunis, leurs placements fonciers aux allures de taudis.


Ces appartements, si tels pouvaient être leur nom, se résumaient à quatre murs autour d’une surface d'une poignée de mètres carrés. Autrefois, on y logeait le petit personnel. Depuis le boum de l'immobilier, on y faisait cracher leurs salaires aux esclaves. Ces infamies immobilières étaient discrètes, situées au cimes inaccessibles d’immeubles vétustes. Elles se louaient à des prix défiant la raison : 700, 800, 1000, 1200, la limite se fixant d'elle-même suivant la crédulité des locataires. Et, quand à la moindre annonce, ces derniers se présentaient à 50 dans l’escalier pour décrocher le nano-xanadu avec sous le bras des dossiers de candidature en trois tomes, le plus motivé d'entre eux ne regardait ni à la dépense ni à la soumission. Celui prêt à payer de sa poche pour les travaux de réhabilitation du cloaque inhabitable, l'emportait.

Régulièrement, d’un point à l’autre de la capitale mais le plus souvent à son centre (là où l'amplitude insalubrité / prix restait la plus élevée), ces bombes foncières, où de l'électricité à la plomberie au mercure rien n'était aux normes, explosaient. Ces combustions spontanées sans victime, sans heurts, sans cri étaient l’occasion d’un peu d'animation dans le village à bobos. L'assurance habitation couvrait systématiquement le manque à gagner du proprio. Côté connard de locataire, quels biens de valeur pouvait-on entasser dans une cellule ?

Jusqu’à l’apparition de la crise fin 2008, en mettant de côté les marchands de sommeil (louant du méga vétuste à prix d’or à ceux rejetés de partout) et les banquiers (disposant de pâtés de maison complets vacants) le 3P, Petit Proprio Parisien (tenant des deux catégories susmentionnées) jonglait entre 3 marchés :

Son premier marché : La pépinière des étudiants venant de loin.
L’argent des bourgeois de province passait ainsi dans les poches des bourgeois parisiens via la confiance qu’ont traditionnellement les premiers dans les cursus universitaro-foireux de leurs enfants prodiges qui (c'est écrit dans Challenges) avec un Bac+7 en anthologie du polygone finiraient maître du monde dans le semestre. Indépendance, folles nights de Paris et argent de poche : Les enfants gâtés n'iraient évidemment pas contredire leurs machines à sous favorites. Non contents de doper les prix de l’immobilier grâce à leurs subventions parentales, les jeunes wannabees de La France des winners contribuaient également au dumping social ambiant en acceptant l'été des stages non rémunérés où ils cumulaient, convaincus de se faire embaucher, le boulot de 2 CDI qui ne le seraient pas plus qu'eux.

Charles-Edouard, voisin étudiant de Syd se vantait ainsi de turbiner gratuitement jusqu'à la rentrée en agence immobilière. Il visait une carrière chez un banquier parce que "tu comprends, tout disparaîtra sauf l'économie."


Le second marché du 3P : Le célibataire.
Il se subdivisait en deux catégories.
Syd y retrouvait, avec quelques années au compteur, la plupart de ses amis : Des miséreux affectifs de la catégorie précédente qui, les illusions perdues, végétaient manutentionnaires ou chieurs de sandwich à temps partiel chez Mac Bouze mais disposaient toujours de parents pour allonger la caution de l’appartement et se porter garant. Ses potes s’enfonçaient tranquillement vers la quarantaine sans épargne, ni métier sérieux, sans aucun autre business plan que celui, un jour ou l’autre, de finir sous les ponts, une fois que leurs géniteurs arrêteraient de les arroser pour se consacrer à ce qui allait vraiment finir par leur tenir à cœur : Rester en vie.

Dans cette catégorie de plumés, Syd retrouvait également beaucoup de divorcés. Charles-Edouard lui confirmait : "- Rien de tel que des familles éclatées pour stimuler la demande et faire monter les prix !" C’était d’ailleurs applicable à tous les autres pans de la vie économique. La famille éclatée en province avec 2 enfants étudiants à Paris restant le gisement de pétrole de l'agent immobilier.

Le troisième marché : Celui de l'exception ou de la famille normale.
Par mégarde,
Syd Movet s’y était fourvoyé.
Il s’agissait de familles moyennes[1] officiant sur Paris, soit qu'elles n’avaient pas trouvé à se loger ailleurs, soit qu'elles refusaient de s'endetter sur une vie pour s'acheter une crotte en Lego dans un ghetto à crétins en trentième banlieue, avec à la clé trois heures de transport quotidien en bétaillère pour rallier le camp de sommeil au camp de travail.
Ces familles, selon leurs revenus (pas loin du seuil de pauvreté) et le nombre d’habitants au mètre carré (pas loin du seuil de promiscuité), devaient être prioritairement dirigées vers des logements sociaux. Comme au million d'autres, la mairie leur avait dit d'attendre patiemment leur tour. Ça finirait par tomber. Sur la base des 25 logements construits cette année pour une demande de 800
dans le quartier, Syd déterminait que le délais théorique pour qu'il obtienne un appartement dépassait les 13 ans.

A défaut d'appartements propres et de loyers décents, immobilièrement parlant Paris s’aseptisait à vitesse grand V. Voulant du riche ou du fils de riche pour habiter chez les riches, les maitres de la capitale chassaient non seulement les bas revenus mais aussi les moyens.

Une autre mutation s'opérait depuis peu : La spéculation des petits proprios, pour cause de crise et de manque de liquidités en interne s'orientait désormais à l'export.


Syd le constatait à la teneur des dialectes parlés dans son quartier, sa rue et son immeuble : Le marché de la location à la journée pour les étrangers friqués se développait en toute décontraction, tirant les tarifs à la hausse. Permettant de s’affranchir des contraintes locatives, des réglementations nationales, des cautions et autres mois d’avance dont de moins en moins de français pouvaient s’acquitter, c’était une solution totalement décentralisée, garantie 100% sans impayés, sans risque d’occupation abusive et qui, le top, permettait au 3P de doubler ou tripler les revenus de sa surface d’exploitation.

Pourquoi les 3P s'embarasseraient-ils plus longtemps de locataires précaires et procéduriers de type Syd Movet quand des night-clubbers brésiliens ou des greluches de nababillons russes pouvaient aligner de 200 à 400 euros pour une nuit avant de partir défoncés au petit matin en ne se souvenant plus de rien ?

Les quatre étages de l'immeuble du bagnard se métamorphosaient progressivement en une auberge locative pour nantis en transit (pas plus soumis aux codes nationaux de l’hôtellerie qu'à ceux de location et ne générant aucun emploi au niveau local.)

A cette adresse, Syd et Charles-Edouard, n'étaient plus que les deux seuls habitants officiels, ingrats
résidus d'anciens baux. L’immeuble se peuplait du vendredi au dimanche de l'internationale pochetronne d'un soir, peu scrupuleuse quant à ses nuisances sonores et, à en juger par la présence de sacs translucides le lundi matin dans la cage d'escalier, non informée de la présence d'un local à poubelle au rez-de-chaussée.

Côté client : 200 euros la soirée à se diviser à 4 pour une chambre très bien située. Côté 3P : A peine un petit coup de ménage à faire et en deux week-end, l'innocent proprio empochait l’équivalent d’un mois de loyer de pauvre fauché français. 1000 euros mensuel pour 25m2 ce n’était pas assez rentable pour nos Maddoff du PAP dont certain avaient encore l’outrecuidance de se dire de gôche. D'où la multiplication des travaux cet été dans ces appartements : A la rentrée les cellules insalubres transformées en pieds à terre parisiens se loueraient encore plus chers. La force vive du coin n'aurait, elle, plus qu'à s'expatrier à Dubaï selon les conseils d'M6.

Travaux spéculatifs la journée, riches fêtards importés le soir, le tout servi par des larbins transbahutés chaque matin par RER pour jouer, contre un sous-salaire, le rôle de parisiens. Au milieu : Des gens qui crèvent à petit feu. Paris devenant une capitale comme les autres : Sa démographie sentait le pognon.

De sa chambre avec vue avec la rapacité, Syd Movet ne voyait pas vraiment la différence entre Banksters ou petits proprios parisiens. Si la comptabilité différait, les motivations lui semblaient rigoureusement les mêmes. Aux uns et aux autres, il n'aurait pu parler de solidarité sans que cela finisse en coup de boule dans la minute. Dans cette extension populaire du capitalisme inique que symbolisait la spéculation locative des particuliers, sans volonté politique nationale et locale encadrée d'une réglementation rigoureuse, la moralisation lui apparaissait illusoire.

Dans sa cellule, rêvant d'ailleurs, Syd brancha le ventilateur. Il mit son casque qui le coupait du barouf extérieur et entama la rédaction d'un nouvel article, espérant naivement qu'il contribuerait à la dénonciation du scandale du logement dans Paris. Sujet riche et bien plus étendu que son petit cas particulier. Pour le titre, il avait une bien une idée :

"Extinction de parisiens."



[1] "classe moyenne". Terme d'ancien français désignant une catégorie de la population pouvant vivre dignement des revenus de son travail

5 juillet 2009

[video] C'est dimanche et je ne travaillerai pas

par
L'actualité bégayant, les neurones grillant, il me semblait bon de publier à nouveau cette vidéo datant d'octobre 2008 au sujet de la proposition de loi sur le travail dominical. Texte ressorti de derrière les fagots ces jours ci puisque jugé trop chaud pour être voté en hiver.




L'UMP a ouvert un blog sur le sujet : Il est important de le pourrir d'y laisser son avis.

P.S : Nos libertés valent plus que les colifichets souvenirs de Michelle Obama.
P.S new age : Si le nouvel obs était de gauche, ça se saurait.

3 juillet 2009

L'insurrection qui vient (aux USA)

par
J'interromps cette (petite) trêve estivale pour publier une critique vidéo-littéraire signée... Fox News :

"The coming insurrection", l'édition américaine de "l'insurrection qu vient".




7 minutes de critique sur "l'insurrection qui vient" du Comité invisible sur le média US le plus conservateur : Croyez-le ou non, c'est bien plus que sur TF1 !

1 juillet 2009

TF1 : Laurence Ferrari montre tout

par

Aujourd'hui dans la vie des médias par Seb Musset : Comment reconnaitre un empire télévisuel en plein déclin ?

Le soir où il passe de l'information à l'infomercial.

Lundi. Accablé par un reportage en une du JT de France 2 sur les pauvres victimes de l'escroc Maddoff qui ne cherchaient qu'à faire un petit +10% à l'année avec leurs tonnes de pognon en trop, je fais une chose rare mais souvent instructive lorsqu'elle s'en tient au troisième degré : Je zappe sur l'édition de 20 heures de TF1.

Et là, choc.

Fini le farandole habituelle des reportages formatés et à l'idéologie légère comme du plomb qui, entrecoupés d'apnées et de regards sensuels de blonde platine, amenaient pépère aux marronniers de fin d'édition.

Prétextant les 60 ans du premier journal télévisé français, Laurence Ferrari animatrice dans la tourmente, se lève de son pupitre et nous annonce que ce soir elle va tout nous montrer.

Le révolution de la télé 2.0 se déroule à 20'16'' sur ce lien.

Pour que la première compagnie en vienne à casser le sacrosaint code guindé du JT, c'est qu'un rapport armageddonesque sur sa côte d'amour a du atterrir sur le burlingue du dirlo en crise. Après son spot publicitaire, à l'ambiance d'institut médico-légal, qui appuie sur fond de faux Boléro sur le côté "vous c’est nous et nous c’est vous on est tous dans la même barque" (triste contre-coup du ensemble tout devient possible : Une France moralement karchérisée, avachie devant son écran à regretter le bon vieux temps), TF1, à défaut de consacrer son temps d’antenne dédié à l'information à enquêter sur les dessous du karachigate, se fend d’un reportage de 20 minutes sur... TF1.

Ni une ni deux, je sors mon carnet pour ne pas perdre une miette de ce festival de flatterie fatale .

Dans le viseur : Laurence Ferrari qui marche dans les couloirs et lance un premier sujet au look d'épisode de 24 heures (compte à rebours, effets speciaux, sound-shaping et split-screen) sur la fabrication des reportages du JT.

(Cette gerbe d'images vous est offerte par le 20h.)

Nous y suivons un jeune journaliste et ses deux esclaves de la technique dans les coulisses d’un sujet sur… le remaniement de l’UMP et l’entrée de deux nouvelles têtes féminines dans le gouvernement. No comment. Ou plutôt si, j’aurais bien voulu avoir un sujet sur le choix du sujet à suivre dans ce sujet.

Les conditions de travail sont pénibles à TF1. Le cameraman se plaint :

LE CAMERAMAN (reconstitution)
" - Merde quoi, y a trop de cameramen, on est bousculé !"

Fâcheux cette concurrence. Sur un "common" du journaliste, l'homme à la caméra d'or repart en coup de "speed". Oui, on parle anglais à TF1. C'est in, super cool et over-hype.

LE CAMERAMAN (reconstitution)
"- Laissez-moi passer, ma Béta est plus grosse que la vôtre !"

Avec la tristesse d'un compte-rendu de Tsunami qui se serait étalé sur Boulogne-Bilancourt, le commentaire de la voix-off se morfond :

« - ...Et même en y mettant les formes difficile aujourd’hui d’obtenir une petite exclusivité. »

Le journaliste part sans son interview du nouveau ministre. Coco est malheureux. Sur qu'on était plus à l'aise pour poser son pied de caméra dans la cour de L'Élysée au temps de L’ORTF. (En fait, c'était l'Élysée qui posait son pied sur la caméra.)

TF1 boycotté par le gouvernement ? On peut faire de l'auto-promo et garder un minimum de déontologie, non ?

Non.

Suite du parcours : Montage, mixage, enregistrement des commentaires du sujet-cobaye. On explique à la France profonde qu’à TF1, on sait de quoi on parle. Le mot HD est répété en boucle et on sort la joncaille : Orgie d’écrans plats à l’image.

("- Le premier qui branche M6 est viré !" )

TF1, c'est le mouvement. Alors on court dans les couloirs, on sait pas trop pourquoi mais le président aimera. C’est au détour d'un sprint de porteur de cassette que le mot « satellite » est employé. C'est le prétexte pour lancer l'animation mappy de la mort qui tue Camion-régie / Tour TF1 et qui en mettra plein la vue à la France du dessous encore travaillée par cette question métaphysique :

" - Komenkifaizés pour bouger le Gros Bill dans le
Bigdil ?"

Mais pas trop de modernisme tout de même, le populo pourrait être déconcerté.

Vite un Tranksen. Enter Jean-Pierre Pernault.

(- Ça te dirait un Flunch ?
- Pas ce soir, j'ai crash d'airbus.)


JEAN-PIERRE PERNAULT (reconstitution)
" - Moi je suis un killer comme Mourousi, j’utilise pas de prompteur ! Parce que le 13 heures c’est pas un truc de blonde : c’est de l’info avec des burnes !"

Laurence Ferrari est au fond du sac. Dans une moue digne des grandes heures de voisin, voisine, tandis que le Frank Michael de la non-info de mi-journée s'admire les biscotos, en interne l'animatrice neurasthénique fait son mea-culpa :


LAURENCE FERRARI (reconstitution du plan de coupe du cerveau)
" - Pourquoi je suis pas restée à Canal au lieu de venir dans ce gourbis. En plus, on me jette des tomates dans la rue !"

Vite un peu soutien : Direction le plateau de Claire Chazal.


Les voir comme cela toutes les deux, côte à côte, copie-collée l'une de l'autre, ça me rend tout chose. Je n'avais pas ressenti un tel malaise depuis la vision des deux Van Damme dans Replicant de Ringo Lam. Chacun ses références, Pernault c'est les sabots moi c'est les tataneries de Jean-Claude (...et de Schoppenhauer aussi un peu).

Claire Chazal nous explique que la plus grosse révolution dans le monde de TF1 depuis les stock-options et la droite, c'est bien sur l’oreillette.

(- Ok d'accord pas Karachi...)

CLAIRE CHAZAL (reconstitution)
"- C’est tout petit. C’est bien pratique. Hi hi hi."

LAURENCE FERRARI (reconstitution)
" - Oh oui dis donc t'as raison, c’est rigolo... Et c'est quand que tu te casses ?"

CLAIRE CHAZAL (reconstitution)
" - Écoute beyatche, j'étais déjà dans la place que t'étais pas encore stagiaire à Imberbe Magazine. Alors, fuck off !"

Le montage est nerveux, constitué d'aller-retour avec la régie. Le dialogue est filmé en caméra portée. Grammaire TF1 : L’image bouge = vérité.

Retour sur ce qui était normalement le sujet de base : les 60 ans du JT. Succession d'images en noir et blanc et panégyrique des améliorations de l'information : Pierre Sabbagh > noir et blanc > journaliste > couleur > TF1 > animateur de non-actu > polémiques à deux balles > auto-flatulence en 3D. C'est sans appel, on capte bien le sens de l'histoire.

Après la télé de papy, retour sur un décor qualifié de "futuriste" et deuxième emploi du mot "satellite" qui "permettent d'émettre même depuis l'espace" (non, là c'est pas une reconstitution) mais aussi, et elle oublie de le préciser et ça c'est pas pro : De recevoir plein d'autres chaînes de la méchante concurrence.

Laurence Ferrari nous assure que "- Le monde de la télé a été bouleversé."

Tu m'étonnes : Tel que c'est parti, dans 2 ans Gulli va vous niquer.

Alors TF1 dégaine son arme favorite : "Les experts". Aujourd'hui "Les experts Boulogne" vous racontent comment sur TF1, à défaut de retranscrire fidèlement les réalités sociales basse-def de maintenant, on vous fera participer aux technologies Hi-tech de demain. C'est parti pour deux minutes de branlette geekoïde.

Un des experts précise tout fier : " - La télé de demain ce sera comme dans Minority Report."

Je veux bien le croire.

L'expert nous explique comment, grâce à une caméra installée chez le spectateur (j'aime !), celui-ci va pouvoir se passer de télécommande et que bientôt, pour changer les chaînes, il faudra qu'il bouge son corps. Moi j'appelle ça un retour en arrière mais bon, depuis mai 2007, à chacun sa définition du progrès.

Notons tout de même la prise de risque de TF1 : Parler d'activité physique à une audience composée aux deux tiers de grabataires.

Mais attention, le meilleur est pour la fin. Le commentaire souligne un point important pour mieux comprendre cet avenir à la Jules Verne dont TF1 est bien sur à l'avant-garde :

VOIX OFF DE L'EXPERT
"- Demain, le téléviseur sera connecté sur internet."

La vache ! Sans dec' ? Et tu crois qu'on pourra télécharger du Leforestier ?


VOIX OFF DE L'EXPERT
"- Pour le spectateur, cela permettra d'agir sur le programme lui-même."

Là l'expert touche juste : Depuis que je m'informe sur internet je regarde vachement moins les bouzaces orientées droite-tranquille de la une.

Un nouveau spécialiste nous promet :

LE NOUVEAU SPÉCIALISTE QUI PROMET
" - Cela va nous permettre de nous immerger dans l'information."

Au moins ça nous changera, parce que là depuis 20 minutes on est gavé de grosse propagande corporate.

On nous fait miroiter des fonctions tactiles, des écrans (et des programmes ?) toujours plus plats, des animateurs virtuels et grâce à la miniaturisation, on nous promet qu'un jour on aura enfin la télé avec soi partout, tout le temps.

Pour que, plus jamais, aucun bout de ton cerveau ne reste indisponible.

Pour finir, Laurence Ferrari nous raconte avec ses petits bras la différence entre le 4 /3 et le 16 / 9.

Peine perdue : Mon père ne comprendra jamais rien.

Comme pas mal de spectateurs de TF1, de peur qu'on lui fauche, il en est encore au stade où il enferme sa Téléfunken de 1973 sous clef dans le meuble prévu à cet effet. Alors le 1664 machin et la hache-blé, faut pas trop l'emmerder avec ça sinon il lâche le chien.

A trop vouloir étaler sa modernité, TF1 qui célébrait les 60 ans du JT a tout juste réussi à me confirmer qu'elle ne sait faire de l'info que pour les plus de 75.

Et encore... Toute cette agitation en 3D sur fond de canicule a du provoquer quelques infarctus chez les moins vaillants.

" - Alors M'sieur Bolloré, vous achetez ou pas ?"

" - Je sais pas.Je vais réfléchir encore un peu..."

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