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23 mars 2023

Le bordélisateur

par
Sentez-vous le léger décalage ? Les petites phrases du Président et de sa première Ministre sont savamment distillées. « La foule n'a pas de légitimité » et autres « on peut employer le mot victoire » . Mercredi midi dans son inutile prestation télévisé, Macron n'a pas fait de mystère: Ceux qui ne sont pas pour sa réforme sont des factieux, la démocratie c’est une fois tous les cinq ans et vous avez voté pour moi (il n'a été étonnement pas ajouté « bande de cons »). 

On sent l’homme qui a pris de la hauteur et de la sagesse et déjà les mots ne sont plus les mêmes sur les bandeaux des chaînes d'info-feuilleton. Les attitudes sont moins détendues au sujet des manifestations contre la réforme des retraites made-in-Macron. On ne parle plus de « manifestations » mais de « manifestations sur fond de tension » avant même qu'elle aient lieu, ou encore de « manifestations sauvages » avec des « éléments perturbateurs ». On ne parle pas d’ailleurs pas de manifestants mais, par petites touches, d’« anti réformes » comme avant on parlait d’« antivax ». L'étiquette « conspirateurs antisémites » est proche. La révolution sera peut-être télévisée, mais doit être préalablement domestiquée. (Rappel : participer à manifestation non déclarée n'a pas être réprimé).

Certes, on ne peut pas y aller de front. Après tout deux tiers des Français restent opposés à cette réforme qui est surtout antisociale. Mais tout de même : par réflexes suce-boules certains chroniqueurs de palais essayent de passer l’idée qu’il serait bon pour tout le monde de se résigner. 

Détruire les retraites, ce rêve laïque qui a presque remplacé la notion de paradis, a été l'attaque de trop, et le 49-3 a été le crachat constitutionnel sur le gâteau des injustices. Le 49-3 est légal aiment à rappeler la secte des illuminés macronistes. La peine de mort aussi l'était, il n’y a pas si longtemps.

Le roi est en slip, à deux doigts de se faire lâcher aussi par le patronat excédé, se concentre donc sur le travail de sape. Sa seule préoccupation est de laisser pourrir, afin de désolidariser la contestation silencieuse de l’expression visible de cette contestation. Pour cela rien de tel que de lâcher la bride à une police sous tension. Les images de violences policières font partie du dispositif. Elles ne sont désormais plus seulement diffusées sur internet, mais bel et bien en direct au grand jour, ou au grand soir, sur les chaines d’info-feuilleton. On franchit un cap dans la dénonciation et l'exposition d'une horreur pseudosécuritaire qui court depuis près dix ans dans les manifestations, mais chacun y verra ce qu’il veut y voir : Les uns, l’illégitimité et la brutalité d’une police politique. Les autres, l’expression rassurante d’un retour à l’ordre nécéssaire. Je n’aime pas la casse, je n’aime pas les casseurs. Je hais donc ce président. Il est le seul bordélisateur à l’oeuvre dans cette entreprise de destruction de nos vies. 

Les violences policières, et les images produites, ont une portée publicitaire : dissuader l’expression sur le terrain de toute contestation de la réforme. Il ne faut pas se laisser impressionner, ne pas se laisser déposséder. Ces images sont exactement celles que Macron veut générer. Il faut les retourner contre lui. Il est la violence. Un pouvoir en échec ne peut compter que sur la violence. Il faut continuer à se dresser, à déambuler, à « être de l’eau », à se mettre en grève, à bloquer et, si tout cela n’est pas possible, à saboter son travail (Le sabotage n’est plus une option : nous n’avons plus le choix, on vient de nous voler 10% de salaire en un an, et Macron nous vole deux ans de vie (ou plutôt quatre), il faut donc opérer une ponction à la source). Quant aux manifestations sur le terrain, la Police ne peut pas être partout, elle ne peut rien face à des milliers de gens déterminés et bras dessus bras dessous. D’ailleurs, même dans les rangs de la Police ça commence à se fissurer. Ils ne tiendront pas un tel rythme bien longtemps. 

A tout à l'heure dans la rue, contre cette réforme et pour son retrait.


13 février 2023

Retraites : Le blocage oui mais...

par
"- Vous comprenez : on doit travailler plus parce qu'on vit plus longtemps", Random macronard.

"- Mm... Rien que cette année j'ai trois proches qui sont morts dans la cinquantaine et de cause naturelle. Tous ont cotisé un max. Alors tes 64 ans au nom du progrès de la science.... M'est avis qu'eux ils n'en profiteront pas des masses de leur retraite.

Les macronards ont mis le doigt dans un mécanisme du mécontentement qui déborde même le cadre, arithmétiquement débile, d'une réforme des retraites qui mécontente tout le monde, qu'on la considère inutile, inappropriée ou au contraire pas assez ambitieuse. Au-delà de donner des gages à Bruxelles, le but quasi philosophique de cette réforme est d'intensifier le maillage intellectuel sur le quidam et ne le conduire à n'entrevoir aucun à côté ni aucun au-delà à la seule occupation salariée et au remboursement des dettes, individuelles ou collectives. Avec son projet de réforme tout pété, Macron a décapsulé le ras-le-bol français d'un modèle dont chacun perçoit l'essoufflement et le mensonge. Le travail est une partie (chiante et mal payée) de la vie, sûrement pas la vie. Et encore moins la seule perspective de vie à espérer en attendant la mort. On ne veut pas mourir au travail, c'est tout. 

Tandis qu'a l'Assemblée nationale se tiennent, autour du texte de la réforme, des représentations live du Muppet Show plus affligeantes les unes que les autres, de gauche à droite, et qui éloigneront encore plus des urnes le peu d'électeurs qui restaient pour voter pour ces guignols, les Français se mobilisent avec assiduité et bien plus de dignité (et moins de salaire) dans tous les coins du pays. Samedi 11 février, c'était la quatrième journée officielle de mobilisation intersyndicale contre la réforme Macron des retraites. La manifestation parisienne était la plus populaire que j'ai vue depuis des lustres : Des familles, des enfants, en vélo, en trottinette. je ne sais ce qu'il adviendra mais tout cela laissera des traces. Et quoi qu'il se passe désormais avec ce texte, le pouvoir en ressortira affaibli. Ce beau succès de samedi rentrerait presque dans la catégorie faits-divers des médias désormais : un million et demi de personnes tous les trois jours, ça manque de peps et, surtout, de casse. Fort heureusement, la promesse d'un "arrêt du pays" et de grèves potentiellement reconductibles titillent l'imaginaire du présentateur d'information feuilletonnée. 

Car oui, on y vient ! Ça a pris le temps, mais c'est décidé : c'est le blocage ! Enfin bientôt, peut-être, faut voir, et y réfléchir, et puis le mot "blocage" c'est un peu fort, il ne figure pas dans le communiqué de l'intersyndicale sur lequel se paluchent toutes les rédactions depuis samedi. Une chose est sûre néanmoins, "La France à l'arrêt" ce sera pas pendant les vacances, faut pas déconner. Ici, nos révolutions se tiennent à débit différé. 

Blocage, ultimatum, arrêt... Quelque soit le nom, il nous faudra passer par cette épreuve de force qui sera d'autant plus courte qu'elle sera massive. 

Les mobilisations c'est indispensable, mais on a affaire en face à des radicalisés : des gens déconnectés de tout. Que l'on soit un million ou deux dans la rue, ce n'est pas qu'ils s'en foutent, mais ça n'évoque pas grand-chose chez eux. La rue ? Les gens ? Le travail ? Ce sont des concepts assez abscons pour notre Macron et sa clique. Ils ne comprennent qu'une chose : la peur.  On a eu la preuve au moment des gilets jaunes et on a le rappelle quasi quotidien dans la façon qu'ils ont de mettre en scène le harcèlement dont ils seraient victimes, opposant une violence sauvage chez les autres pour mieux se dédouaner de la violence de leur politique et de leurs propos. Deux millions de personnes en France c'est bien, 100000 déterminées autour du palais présidentiel ou de l'Assemblée et la reforme est retirée dans la journée en mode Super 49-3 express

Il en va de même pour le blocage qui, une fois dépassé le stade du mot pas prononcé, se devra d'être intelligent pour cibler là ou ça fait mal à l'élite : au hasard le blocage des recettes fiscales, celui du traffic aérien ou des chiottes de l'Elysée...  Reste à savoir si la France du secteur public comme du secteur privé aura le courage de se mettre à l'arrêt. C'est facile de critiquer cette tête-à-baffes de Macron, surtout après avoir voté pour lui à répétition. Il va falloir aussi lui montrer que La France a un autre talent que celui de faire de belles pancartes et de jolies chorégraphies dans des manifestations pacifiques. 










19 janvier 2023

Le blocage sinon rien

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C’était aujourd'hui une belle première journée de mobilisation intersyndicale contre la réforme des retraites partout en France (avec des scores dignes de 1995 dans nombre de villes moyennes). Le million de manifestants est largement dépassé et les orgas sont satisfaites (La CGT annonce 2 millions). Même les quelques casseurs accrédités, sortis des beaux quartiers parisiens pour assurer au service com' du gouvernement les quelques images qui vont bien (tiens prends ça méchant conteneur à poubelles du Boulevard Beaumarchais, suppôt du capitalisme débridé !) n'ont pas réussi à gâcher cette démonstration d'opposition. 

Carapaté derrière les Pyrénées avec onze de ses incompétents ministres (et 3 avions), notre leader Macron a laissé l‘arrière garde des seconds couteaux défendre sa réforme sur les plateaux télés. Devant les écrans géants affichant les mobilisations massives dans toute la France, nos élus de la diagonale du vide politique ont bien tenter de faire "l'effort de pédagogie nécéssaire" pour justifier les bienfaits d'une réforme si mal ficelée que 93% des actifs français en ont désormais compris la substantifique arnaque. On résume : Tandis que l’électorat Macron (dont il est raisonnable d’affirmer qu’une bonne partie ne travaille pas) continuera de se la couler douce avec un niveau de vie au-dessus de la moyenne en traitant tout le monde de feignants ou d’assistés, ceux qui travaillent paieront deux ans de plus pour une retraite dont ils bénéficieront deux ans de moins. Tout ça pour - hypothétiquement - économiser une poignée de milliards au moment où l’on redécouvre pour la quarantième fois en dix ans que les grandes fortunes se sont enrichies comme jamais ces deux dernières années. 

Les arguments du gouvernement sont inaudibles. Même les journalistes les plus serviles ont du mal à soutenir longtemps les thèses avancées. Travailler plus vieux ? Mais quelle bonne idée ! Encore faudrait-il qu’il y ait du travail entre 50 et 70 ans (64 ans pour le départ à la retraite c’est  la base, dans les faits ce sera bien au-dessus).42% des retraités arrivent aujourd'hui à la retraite en se trainant un chômage de plusieurs années. 

Toutes ces mobilisations font donc chaud au coeur, mais elles rappellent également le chapelet de mobilisations de 2010 sur le même sujet. Elles étaient aussi réussies mais, restées dans les seules mains des syndicats puis, trop espacées, elles se sont étiolées sur un semestre et à la fin la réforme est passée toute seule. 

13 ans après le contexte a changé, s’est considérablement dégradé pour une assiette plus large de la population. En 2010, les initiés parlaient aux initiés et les manifestations étaient médiatiquement minimisées. Sarkozy, qui avait fait rêver une partie de l’électorat populaire à base de "travaillez plus et vous serez tous propriétaires", bénéficiait encore d’un vague soutien dans l'opinion. Ce n’est absolument pas le cas en 2023 pour un Macron dont le leitmotiv "faut travailler jusqu'à la mort bande de cons" fait moins fantasmer les masses (surtout quand elles ont déjà quarante ans de boulot au compteur). Macron, mal élu, est aussi mal aimé d’un bout à l’autre du spectre politique dans toutes les classes sociales (sauf les plus aisées). J'ai même entendu des Républicains contre la réforme. L’inflation ronge et ruine une partie plus large de la population. Même la natalité française s’effondre au niveau de l’après-guerre. Autant dire que l’humeur nationale est plus au marouflage des murs de l'Elysée au canon à merde qu’au plébiscite de réforme antisociales rédigées par trois conseillers boutonneux qui n'ont jamais bossé de leur vie. 

Macron voulait nous faire traverser la rue ? Pour le moment, c’est la rue qui lui marche sur la gueule. Après cette première journée, on entre dans le dur et il faut éviter les erreurs de 2010. Un ou deux rounds de manifestations vont probablement encore avoir lieu, mais si on reste seulement à de la manif hebdomadaire, c’est la réforme assurée dans cinquante jours. La contestation doit s'étendre et taper vite là ou ça fait mal : en bloquant l'économie le plus massivement et surtout le plus rapidement possible pour en sortir au plus vite. Un sondage ELABE indique que 55% des Français comprendraient le blocage du pays. Deux ou trois semaines de sacrifices valent bien un recul de cette réforme et le plus clair des messages au paltoquet des marchés qui nous sert de Président. 

[update 19.01.23 20h40 : à la demande de la CFDT, la deuxième journée de mobilisation intersyndicale aura lieu... le 31 janvier. On pourrait appeler ça du sabotage.]

Image du haut : la mobilisation du 19 janvier contre la réforme à Paris -par Julien G. -.
Image du bas : un casseur dans son biotope.
 


4 janvier 2023

Boulangers en faillite ? Qu'on leur donne de la brioche !

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Dans les chroniques de l’effondrement, ce jour : la colère des boulangers qui voient leurs factures d’électricité multipliées par 2, 3, 4 ou 20. À ce prix, à moins de faire la baguette à 5 balles, autant fermer. Et c’est ce qui se passe déjà un peu partout en France. 


Ça s'agite en haut lieu chez nos têtes savantes. Pour ce gouvernement de la com' cosmétique, La France est une masse de gens qu’il ne comprend pas, qui lui fait peur et qu’il faut à tout prix rendre dépendant (la politique des chèques énergie, essence, fioul... est d’ailleurs là pour ça). À vrai dire, le sacrifice des boulangers n’est pas un drame pour ce gouvernement, c’est même dans sa logique : les plus forts bouffent les plus faibles et le Français ira s’acheter sa baguette en plastique, qu’il réglera sur une borne automatique en monnaie dématérialisée, dans un supermarché filiale de multinationale labélisée "eco responsable". Ça c’est le vrai progrès ! 

Mais le gouvernement qui a lu quelques livres d'Histoire sait aussi que commencer à prendre le pain dans la bouche des Français, c’est jamais bon signe pour les régimes en place.

L’inénarrable ministre de l'économe Bruno Lemaire, qui conjugue la compétence arithmétique du baudet et la fiabilité d'un pot de chambre ébréché, a donc fait un geste pour les boulangers : il leur promet un décalage du versement de leurs charges et de faciliter la rupture de leur abonnement aux fournisseurs, vilains fournisseurs auxquels notre Avenger du salon de thé promet de faire la morale, quitte à les dénoncer en place publique (véridique). Ce couillon a oublié de conseiller aux boulangers d'éteindre la lumière aussi.  

Au carnaval de l’aumône à quémander sur un site gouvernemental dédié qui, après le numéro vert, est désormais la seule ligne d'action politique de notre gouvernement d' « experts économiques » pour repousser tout cataclysme social ou financier sous le tapis, cette brioche qui lui est nonchalamment jetée à la gueule ne passe pas auprès de la profession qui appelle à des rassemblements sur Paris. 

Il y aurait pourtant un geste simple, immédiat, radical à accomplir pour sauver les boulangers, et les autres corps de métier qui vont inévitablement suivre : sortir La France du marché européen de l’énergie. Cette suprême stupidité, purement idéologique, conduit notre pays, en théorie quasi autonome en électricité, à devoir payer cette énergie dix fois le prix (celui du gaz allemand) pour ne pas froisser nos « partenaires » d’outre Rhin qui, eux, n’ont plus de centrales. Ce tableau d’Elucid circule abondamment sur les réseaux, il résume mieux que tout discours ce que les amis de l’Europe ont fait de l’énergie en France : 

Rappelez vous le sketch de Coluche : "Un énarque, c'est un gars que tu lui donnes le Sahara à gérer, au bout de quelques mois il faut qu'il achète du sable !" 

L’Espagne et le Portugal sont déjà sortis de ce délire kafkaïen, l’argument du « vous comprenez c’est l’Europe, ça ne se fait pas » ne tient donc pas. 

Pourtant, ce n’est pas envisagé chez nous.

Vous n'y pensez pas ! Une telle machinerie qui permet de nos brader nos forces nationales au profit d’un marché de parasites (les fameux fournisseurs qui ne produisent rien et facturent X20) ne peut pas être remise en cause par une simple bande de cuiseurs de pain qui sortent à peine un SMIC par mois ! On y viendra, un jour, quand toutes les centrales seront à l’abandon par manque de budget pour les rénover et que les boulangeries seront un souvenir pittoresque de nos enfances dans ce pays lointain : la France. Mais ça c’était avant l’Europe, cette glorieuse idéologie jusqu'au-boutiste qui devait nous épargner la guerre et l’inflation, et nous garantir l'énergie pas chère. 

On va continuer de jongler avec de la com', du déni et des chèques dépannage à la con à une population de mendiants en devenir, en regardant chuter la nation, métier après métier, secteur après secteur.

Pendant ce temps, on mange du pain et on se chauffe sans souci en Russie. 

29 décembre 2022

Quand La Poste invente l'email payant

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À l'instar de la SNCF et de la RATP qui j'ai totalement éradiqués de mes modes de déplacement pour cause de non-fiabilité et de tarifs aussi opaques qu'exorbitants, j'essaye également de moins avoir possible affaire avec la Poste pour l'envoi de documents ou de choses de valeur. 

Là j'avoue qu'ils réussissent encore à m'étonner dans le domaine conjoint du foutage de gueule et de la destruction du service public à la française (deux domaines où nous sommes très compétitifs) : La suppression du timbre rouge, remplacé par un courrier électronique imprimé... plus cher que le timbre supprimé ! On peut lire les détails de la procédure dans l'article d'Ouest France, c'est hallucinant: 

« L’idée est… plutôt simple, grimace une employée de La Poste. Si vous voulez envoyer un courrier prioritaire à quelqu’un, vous devrez désormais le taper sur le site internet de l’entreprise, ou le numériser puis le joindre en PDF. »  (...)La lettre sera ensuite transmise à la Poste la plus proche du destinataire. « Là, un postier imprimera le courrier et le mettra sous plis. » 

La Poste à défaut d'accomplir ce pourquoi elle a été historiquement créée (livrer du courrier), invente l'email payant et garanti non-sécurisé. La Poste ne ressemblait déjà plus à rien, mais elle ne gèrera même plus le simple courrier (envoyant un gros doigt aux Français qui n'ont pas d'ordinateur et un scanner - comme si c'était là une obligation du citoyen inscrite dans la constitution pour se déplacer, être soigné et maintenant envoyer du courrier -). 

C'est le futur et c'est dans 3 jours... 

Que voulez-vous : this is capitalism. C'est la logique du profit de la rentabilité. Si un jour le commerce de la poupée gonflable est le plus rentable, La Poste ne fera plus que de la poupée gonflable et Fuck les lettres au Père Noël ou à la Sécurité Sociale. Ce n'est pas vraiment ce que j'appelle du service public, en tous les cas pas celui pour lequel j'ai envie de payer des impôts. Ça tombe bien, c'est le but du gouvernement : défoncer le machin pour le vendre à la découpe au secteur privé. 

En vérité je vous le dis : vivement une bonne panne générale et définitive d'électricité. Avec les baltringues en charge, ça va bien finir par arriver.

(ci-dessous, cliché de "The Postman" film d'anticipation de Kevin Costner (1998) se déroulant dans une Amérique ravagée par la guerre au début du XXIe siècle, où les habitants reprennent confiance en leur destinée collective grâce au travail... du dernier postier qui assure la livraison du courrier).



6 septembre 2013

Retraites : La stratégie du renoncement

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Un sondage du Pèlerin révèle que 74% des Français sont opposés à la réforme des retraites annoncée par Jean-Marc Ayrault. Bizarrement, c'est peu commenté.

Même les mesures sur les femmes et la pénibilité ne font pas passer la potion magique.

C'est vrai qu'en y regardant de près, c'est encore plus vicieux qu'une bonne grosse réforme de droite.

Les points pénibilité ne sont qu’un hochet. On ne pourra au mieux en cumuler que 2 ans (contre 15 ans de travail à risque), c'est-à-dire juste de quoi revenir à la situation de ...2013. Paye ton avancée sociale ! 

Les points pénibilité c’est aussi, et surtout, faire rentrer dans les consciences le concept de retraite à la carte (individualisée) dans un système mutualisé (pour tous). Bientôt, chacun pourra reprocher à l’autre d’avoir un métier moins dur que le sien et de toucher trop : là aussi un vrai progrès social, et un point d'argumentation prometteur pour de futures réformes. Nos dirigeants veulent que la pénibilité au travail soit reconnue ? Qu'ils augmentent les salaires. En règle générale et quel que soit le boulot, être payé 1000 euros pour 35 heures hebdomadaires, c’est plus que pénible : c’est être insulté chaque mois.

Sur le long terme, rien ne sera réglé avec cette réforme. On reste avec un déficit prévu de 17 milliards à l’horizon 2040, même si j’ai déjà précisé le ridicule de cette somme au moment où l’on vient d’en jeter 20 par la fenêtre en cadeau sans retour pour les entreprises (ponctionnés sur le pouvoir d’achat des Français, et notamment les plus pauvres vu qu'il s'agit d'une hausse de la TVA). Là aussi spéciale dédicace aux idées de gauche, trahies comme il faut.

Rassurez-vous. Dans son grand effort de soutien au pognon, le pouvoir épargnera les entreprises (et ce n'est qu'un début, parait qu'on n'est "pas assez compétitif"). Dans la pratique, les entreprises vont peu contribuer à l'effort de redressement des comptes. On leur baisse d’autres impôts (En plus de la baisse du "coût du travail", Moscovici leur a annoncé la baisse des cotisations familiales à l'UE du MEDEF) qui seront payés par (guess who ?) les travailleurs. 70% de l’effort portera sur les salariés d’ici 25 ans (3.2 Milliards pour les patrons contre 12.8 payés par les salariés). J'espère que d'ici là ils disposeront d'autant de relais dans la presse et à la télévision que patrons et actionnaires (180 Milliards versés aux actionnaires en 2011) pleurnichant depuis deux ans de plateaux TV en tribunes radio sur les "charges" les "asphyxiant".

On travaillera donc plus longtemps (Bien vu la gauche). Ou plutôt travailleront plus longtemps ceux qui auront un travail, la denrée se raréfiant. Scoop, le travail continuera à être de plus en plus rare, euh pardon, flexible. La France atteint un taux historique d’embauche en CDD (82.4%) au premier trimestre 2013. 

Chômage plus souvent + jobs précaires dans plein de secteur +  entrées de plus en plus tardives dans l’emploi et sorties de plus en plus précoces + multiples caisses de retraite (la réforme ne prévoyant étrangement aucune réduction dans le domaine) + hausse de la durée de cotisation = à terme des baisses de pensions pour tout le monde. Je ne sais pas si "on vivra plus longtemps". En revanche, second scoop : c’est bien parti pour que nous vivions pauvres plus longtemps.

Alors oui, certains (en mode Christine Lagarde) s'emballeront sur 0.3% de croissance (anticipé) par l’OCDE. On leur rappellera (mais ils le savent très bien) qu’il faut au minimum 3% de croissance pour commencer à créer des emplois sérieux (non je ne parle pas des jobs allemands à un euro, ou de cette myriade d’autoentrepreneurs bossant déjà autour de moi littéralement pour rien, et sans protection, pour le plus grand bonheur de patrons, pauvres martyrs décomplexés multipliant ainsi leur marge par 2 ou 3 tout en dumpant les salaires à la baisse).

Bien évidemment, il n’y aucun effort de lisibilité des retraites. Plus aucun salarié ne sait combien il touchera, ni s’il touchera quelque chose. Troisième scoop : c’est fait exprès. C’est l’ambition de fond de ces réformes ne résolvant rien se succédant de gauche à droite. Ou plutôt de droite avec caféine à droite sans sucre.

Il s’agit de décourager progressivement les gens, de la faire renoncer (et ça marche). 

Il faut leur sortir de la tête l’idée :

1 / de prendre une retraite tout court (tant qu'à faire si tu pouvais crever en travaillant, ça arrangerait notre dette : ce péché originel des peuples coupables selon le catéchisme dominant de ceux s'enrichissant sur leur dos). 

2 / de toucher quelque chose un jour en cotisant à travers le système par répartition aujourd’hui. (En omettant de l'équation notre démographie triomphante, l'augmentation du PIB, l'accaparement des richesses par les actionnaires ou l'ébauche de l'esquisse de l'hypothèse de payer un peu plus les salariés).

Ainsi peu à peu, par dépit et peur, les salariés sont incités à basculer dans la retraite par capitalisation, les assurances privées ou l’investissement immobilier, pour le plus grand bonheur des banques qui vont jouer tout ça en bourse pour 1 / produire de l'argent nocif 2 / générer de nouvelles crises financières (C'est marrant comme dans tous les coups pourris on les retrouve).

Ainsi, en une génération, tu démantèles en "douceur" un acquis social, sans toucher à certaines grosses retraites actuelles. Au lieu de défendre le système, de l'expliquer, on l'enterre progressivement, en le complexifiant, en l'éparpillant.

La solidarité intergénérationnelle, principe même de la retraite ? Penses-tu ? Explosée ! Au contraire, les instigateurs de cette réforme optent sciemment de jouer les vieux contre les jeunes. Ces derniers prendront (enfin continueront à prendre) tout dans la tronche.

Alors faites ce que vous voulez. Même si je sais qu’il faudrait taper plus concret, plus fort, plus festif aussi, je serai le 10 dans la rue comme à l’époque où nos ennemis étaient au pouvoir. 

Oui exactement comme à cette époque.

Illustration : No country for old men, Coen bros. 2007

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28 août 2013

Le retour de l'attaque des retraites

par
Cotiser toute une vie pour ne jamais en profiter. N’est-ce pas là au fond la vision de la retraite parfaite (enfin pour le marché) ?

Pas la peine de reprendre mes billets de 2010 sur la réforme des retraites de l’UMP de changer les noms et de republier, ce tweet de Jean-Marc Ayrault datant du 10 septembre 2010 en pleine mobilisation contre la réforme suffira pour saisir l'ampleur de la déception et de la colère.


L’annonce de cette énième réforme des retraites par le Premier Ministre est évidemment une arnaque pour le travailleur dans la droite ligne des précédentes.

Arnaque. 43 ans de cotisations lorsqu'on décroche un premier véritable emploi à 26 ans en moyenne, ça nous conduit à 69 ans pour obtenir une retraite à taux plein, à la condition de ne pas avoir connu de période de chômage (Hi-Hi) et de ne pas être dégagé à 56 ans du "marché" (âge moyen aujourd'hui constaté). Cotiser plus longtemps parce que, parait-il, nous vivrons plus longtemps (oui Marty, je l’ai vu avec ma Delorean !), veut tout simplement dire, chers lecteurs, que beaucoup d’entre vous, spécialement les moins de 30 ans, ne toucheront jamais de vraie retraite comme vos parents (oui les mêmes qui gardent leur abattement de 10% sur l'IR). 

Arnaque. L’espérance de vie avancée comme argument magique est le résultat de gains passés (notamment de la diminution du temps de travail, la généralisation des soins remboursés), et ne peut en aucun faire l’objet de projection sérieuse. Spécialement dans un contexte ou de plus en plus de Français rechignent à se faire soigner faute de budget, et ou l’on peut attendre 5 ou 6 heures aux urgences pour se faire recoudre sa tête ouverte (vu cet été). De plus, on ferait mieux de parler d'espérance de vie en bonne santé. Et là, les chiffres font mal, surtout pour les ouvriers (dont la santé défaille en moyenne à 59 ans). 

Arnaque. Puisque les meilleures années avant d’être perclus de rhumatismes sont précisément entre 60 et 67 ans, et que ce sont également les plus pénibles pour travailler.

Arnaque. Prétendre régler le problème des retraites en 2035, le jour où l'on annonce une nouvelle hausse de la baisse de la hausse du chômage, c’est moyen pour la crédibilité.

Arnaque. Le "coût du travail" (qui n'est que de la richesse décalée pour l'entreprise) n’est pour rien dans cette histoire. Ou plutôt, le problème est pris à l'envers. Augmentons les salaires et les cotisations suivront (Et en attendant on vivra mieux). D'après l’INSEE, en 30 ans les salariés récoltent 9.3% en moins de toutes les richesses produites en France, soit 100 milliards d’euros allant par an dans la poche des actionnaires. Il y a peut-être un début de piste là non (enfin je veux dire pour un gouvernement socialiste) ?

Arnaque. Nous parlons d’un déficit d'environ 20 Milliards d'euros en 2020. Oui, 20 milliards. Précisément le montant de la  somme que le Ministre des Finances, criant aujourd’hui au « ras-le-bol fiscal », à donné aux entreprises via le Crédit d’impôt Compétitivité Emploi en le ponctionnant sur le pouvoir d'achat des français. Oui. Au nom de la "compétitivité" alors que certaines entreprises bénéficiaires du cadeau ne sont même pas soumises à la concurrence, et que l'on appris cet été dans le Journal Officiel qu’il n’y aura aucun contrôle de l’utilisation des fonds. Oui parce qu'au départ c’était pour créer des emplois.

C’est bon de rire parfois.

Bon. C’est pas tout ça, mais on se retrouve dans la rue le 10 septembre prochain (oui comme la date du tweet du Premier Ministre).

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13 juin 2013

Les professionnels

par

Vingt kilomètres par temps lourd jusqu’au bourg dans le monospace à la clim cassée, Maurice se gare en sueur et à la bourre sur le parking de son Pole Emploi attitré. C'est moins cher de loyer, mais c'est chiant d'habiter loin.

Aujourd’hui l'ex-cadre commercial de 48 ans, chômeur longue durée, est convoqué à l’atelier "Imaginer de se poser la question de la décision d'entamer une formation pour se former en vue de postuler sur des offres différentes".

Ça va dépoter.

Pas de queue aux guichets. Mais où sont donc les cinq millions de sans-emploi ? Chez eux, songe Maurice puisqu'il est depuis longtemps inutile de bouger pour actualiser sa situation ou postuler.

Il tend sa convocation à la jeune personne en formation d’hôtesse d’accueil. Elle suit les indications d'un agent plus âgé qui la supervise en buvant son café dans un mug Johnny au Parc des Princes 1993, derrière son dos.

 - Désolé pour le retard, j'ai été convoqué par Monsieur Bonnet pour la formation de 13h30 Se confond en excuse Maurice.

- Non. C’est madame Zorg. Votre conseiller a changé rétorque l’hôtesse.

- Ah encore? mais ça fait 4 fois en un an que ça change.

- Je sais mais vous savez c'est parce qu'ici, peu de gens sont titulaires d'un CDI, donc entre les fins de CDD, les démissions et les mutations, ben oui ça fait du mouvement, et comme vous êtes inscrit depuis longtemps...

- Évidemment concède Maurice, balayant d’une aristocratique sagesse toute tentative d’amorce de polémique avec la jeune recrue.

- Bon, je vais bosser. Tu vas t’en sortir estime l’agent au mug Johnny contenant un renvoi tripoux-lentilles.

- Oui fait la jeune au supérieur déjà parti recharger le mug.

En fait non. L’ordinateur fait pouic. Imprévu. Les regards des intervenants se crispent.

- Oulala, mais il est 13h40. Je ne sais pas si vous allez pouvoir rejoindre l'atelier, ils ont déjà commencé, je vais voir...

Elle part, et revient en indiquant à Maurice le couloir:

 -Vous avez de la chance. Ils en sont à l'appel, vous pouvez entrer. 

Verni qu'il est le Maurice. Il s’enfonce dans le couloir à l’éclairage au néon. Sur les murs sont placardées des affiches de gens souriants avec des casques sur la tête et des gros dossiers dans les bras. Ils sont occupés donc heureux. CQFD.

Maurice rentre dans la grande salle. C’était moins une. Au milieu d’une trentaine de sièges vides, 6 personnes sont attablées en U. du jeune, du plus âgé, un gros baraqué qui ressemble à Baleine dans Full Metal Jacket, une fille en sari sortie d'un film de Bollywood, du hipster de sous-préfecture et du bien vêtu à la mode Soyez Select de chez Franprix. Au bout du U, deux conseillères badgées, la cinquantaine, l’une à jupette marron, c'est Madame Zorg, l’autre à gilet damier tricoté en laine, classent et reclassent leurs papiers.

En bon commercial Maurice dit - Bonjour moi c’est Maurice. Un murmure suit. Une des conseillères lui donne un questionnaire, et le cadre lui demande :

- Euh dites, on finit à quelle heure ? Parce moi je dois aller chercher mes gosses à l’école à 16h30. 

- Mon Dieu vous n'aurez jamais le temps de tout faire, on en a pour trois heures plus un entretien individuel d'une heure. Écoutez si vous n'avez pas le choix tant pis, on prendra rendez-vous pour l'entretien un autre jour. 

- Ouh la la non ! convient Maurice.

S'ensuit une longue explication scolaire des deux conseillères sur le but de l'atelier, la procédure que tous vont devoir suivre pour comprendre le travail à faire, qui consiste en gros à mieux faire comprendre à ceux qui n’ont pas de travail qu’ils cherchent un travail mieux. En résumé, déjà que t'as pas de salaire quand tu bosses, mets tes plans de carrière dans la poche.

Le ton monotone et saccadé, avec mention de numéros de paragraphe et d'alinéas, ressemblant à s'y méprendre à la notice de montage du jacuzzi que Maurice a installé la semaine dernière chez des bourges du coin pour se faire un peu de blé, provoque quelques perplexités dans la petite assemblée.

Au bout de cinq minutes, la dame au gilet s'arrête, essoufflée, et regarde désemparée Madame Zorg. A l’issue d’un conciliabule, les deux se tournent vers l’assistance et s'excusent :

- Oups. Désolé en fait cette fiche était pour nous, pour vous aider à comprendre le but de l'atelier. Mais comme c'est nouveau pour nous aussi, et qu'on n’a pas eu le temps de l'apprendre, en fait vous nous servez un peu de cobayes, hi hi.

Personne ne rit.

- Heu bon... On va passer directement au QCM. Remplissez le questionnaire et on fait le point dans trente minutes.

Le QCM comporte dix questions d’une complexité allant de Etes-vous à la recherche d'un emploi depuis longtemps? au subtil Voulez-vous faire une formation ?

Les conseillères ne s’attendaient visiblement pas à une telle vivacité : En 120 secondes tout le monde a coché ses cases.

- Bon ben… alors on va passer à la suite, c'est une exercice rigolo qui va vous paraître bizarre, mais c'est in-dis-pen-sable pour bien comprendre là où on va. Okay ? Lancent-elles d'un ton faussement désinvolte pour tenter de dissimuler qu'elles n'ont pas eu le temps de bachoter leurs fiches en 120 secondes pour la suite.

- OKAY répondent-ils d'un mou collectif.

- Alors si vous devez escalader l'Himalaya, que devez-vous prévoir ?

Tout le monde se regarde.

- Attendez c'est bien l'atelier « Imaginer de se poser la question de la décision d'entamer une formation pour se former en vue de postuler sur des offres différentes » ? demande Maurice.

- Oui, oui ne vous inquiétez pas, vous allez comprendre d'ici un moment où on veut en venir répond la formatrice au gilet.

A son tour, chacun émet des suggestions: de l'achat de piolets et de sacs à dos sur ventes privées, en passant par l’importance de nourrir Diego le chat avant de partir. C'est vrai que c'est rigolo. Et puis c'est long, ça occupe.

15h20. Le tableau blanc est plein de réponses. Les conseillères se décident enfin à passer à l'étape suivante : faire le parallèle avec l'action de se former. L’audience, pas préparée à une telle audace dans l'analogie, accuse le coup. On entend quelques soupirs.

Pas à l'aise et pour gagner du temps, Madame Zorg et la dame au gilet énumèrent directement la liste des choses à faire pour choisir et entamer une formation.

Un séditieux hausse le ton.

- On aurait pu gagner du temps en commençant par là, non ?

- Oui mais c'est pour bien que vous compreniez, parce que les gens ne comprennent pas tout vous savez...

- Ah.

- Bon alors maintenant on va faire un tour de table pour savoir ce que vous voulez faire. On commence par vous monsieur.

- Euh ben moi ça m'est un peu égal, depuis toujours je prends le moins pire. Faites-moi une liste des formations et puis je choisirai répond la quadra à veste militaire, qui a déjà de l’expérience dans l’expérience de se faire une expérience, et qui aimerait désormais faire l’expérience d’être payé à un salaire décent.

- Vous n'avez pas une idée précise ?

- Non, à la limite cariste dans un supermarché, j'aime bien les supermarchés, c'est cool. 

- Ah ben voilà une formation de cariste donc, ça c'est au moins c'est précis. 

Madame Zorg irradie, l'atelier commence à porter ses fruits.

- Ouais parce que j'ai déjà fait ça et je connais bien.

- Comment ça vous l'avez déjà fait?

- Ben je suis cariste.

- Mais alors vous n'avez pas besoin de vous former dans ce domaine, je ne comprends pas là.
- Non mais comme je vous l'ai dit je choisis le moins pire. Cariste c'est cool.

- Mais si vous êtes cariste Monsieur, pas la peine de suivre une formation de cariste, vous comprenez ?

- Oui mais comme ça au moins je connais, j'ai mes chances.

- Euh on va vous voir après en individuel, okay on va voir. Au tour de madame ?

La jeune femme en sari s'excuse dans un français difficile, elle ne sait pas trop, elle parle peu, n’est en France que depuis peu de temps et sourit pendant de longues minutes.

- Bon. On verra après pour vous jauge la formatrice en s'essuyant le front rageant intérieurement sur la pertinence de ce logiciel qui lui a rassemblé tous ces cons.

- A votre tour, jeune homme ?

Le gros type à crane rasé qui griffe la table avec son pouce renifle un bon coup et se lance.

- Ah moi je suis un fou des flingues. Les armes ça je connais, je veux faire body guard parce que dès qu'on demande de savoir se servir d'une arme ça élimine tous les candidats et je peux me faire embaucher.

- Ah une formation d'agent de sécurité donc... trépigne la formatrice au gilet.

 - Ah non, je veux pas faire vigile, attention! Moi c'est bodyguard, avec les guns et tout. J'aime bien manipuler les armes. 

- Oui enfin vous savez, dans la sécurité je ne sais pas si le port d'armes est autorisé en France...

- Dans le privé si ! J'en connais qui font sniper dans le privé s’enthousiasme-t-il avec une œillade sa voisine exotique.

- Euh formation de sniper j'ai pas ça en stock, écoutez on va vous voir après okay ? 

- Ok, du moment qu'il y a des guns, moi je suis partant.

Il s'en retourne au grattage de table. Le film plastique est usé, il attaque le bois. 

La chenille redémarre jusqu'à Maurice qui commence à sérieusement s’alarmer. A ce rythme-là, demain soir on commencera tout juste à se frotter aux rudiments de l’alphabet.

- Et vous ? 

- Ben moi j'aimerais être formé sur le logiciel TrucSuperProductive 2.4 pour dessiner des maisons parce que je suis doué pour ça je le sais, et c'est que je veux faire. Mais je l'ai déjà demandé l'an passé, ça été refusé, trop cher... 

Maurice n’est pas tout à fait honnête. On lui a bien refusé sa formation trop coûteuse, mais on lui a proposé la même somme pour qu’il tente sa chance dans un autre département, histoire de faire baisser les statistiques locales du chômage.

- Ah, et oui vous savez les formations c'est un gros business, il y a 4 ou 5 types de financements, mais ça doit être cadré vous savez, donc si ça sort du cadre. 

- Et oui, pour un cadre, difficile de sortir du cadre...

- Hi hi, vous avez de l'humour. Ecoutez voilà un prospectus sur les prochaines formations qui pourraient vous convenir, rapport à votre profil, il y en a une qui peut vous intéresser et qui débute en 2014 et...

- 2014 ? Je suis en fin de droits dans un mois.

- Et oui je sais. Mais vous savez, on est débordé, les centres de formation tournent à plein régime, il y a la queue... 

- Ben au moins ça me laisse le temps de réfléchir.

- Bon ben on a fini, si vous avez des questions...

La puissance du colloque se suffit à elle-même. Et puis on a pris du retard. Les questions comme les entretiens particuliers sont facultatifs. Personne n'en a, tout le monde sort en saluant poliment, les deux conseillères soulagées. 

16h20. Maurice remonte dans son monospace, et en profite pour mieux scotcher l'affichette à vendre qui sous la chaleur s'était décollée.

Tournant la clef du contact, un bip alerte l'ex-cadre sur le très faible niveau d'essence. Heureusement que personne n'a encore répondu positivement à ses candidatures cette semaine: avec ce qu'il lui reste dans le réservoir et ses comptes à sec, Maurice n'aurait pas pu se rendre à un entretien de toute façon.

8 avril 2013

Libération : le radical est compromis

par

Mediapart a fait plus que déstabiliser un ministre dans son sentiment d'impunité, le journal en ligne a bousculé le ronron des vieilles rédactions qui perdent la raison.

Ce matin dans Libération, on trouvera un édito de Sylvain Bourmeau intitulé "Radical !". Passons sur le fait que l'article en question, et c'est cocasse au regard des dernières semaines, prévoit l'annonce prochaine d'un scoop de Médiapartdémenti par Plenel. On lira d'abord ici la supplique du directeur adjoint du journal pour que notre président soit enfin vraiment, mais vraiment, de gauche. S.Bourmeau invite F.Hollande à "un changement radical de cap, à commencer par la grande réforme fiscale tant attendue, doublée de mesures sévères pour le secteur bancaire et la finance". Ma foi, on ne peut être que d'accord et l'on rend hommage à Libération, entre une pub pour une banque en ligne ou un mail promotionnel nous incitant à devenir trader, pour la force de l'édito et sa prise de position tranchée sans équivoque.

Bon, quelques anodins mots de conclusion relativisent la ferveur de notre émotion: "En parallèle de la nouvelle politique économique qu’il se doit au plus vite d’impulser, en dépit de contraintes européennes anachroniques, il lui faut aussi ouvrir sans plus attendre le chantier d’une République moderne."

"En dépit de la nouvelle politique économique qu'il se doit au plus vite d'impulser ?"...

Oui, on aurait peut-être dû commencer par là. S.Bourmeau fait-il référence à cet autre édito maison, signé Nicolas Demorand en date du 5 mars 2013, intitulé "Compromis" et louant le contenu de cette nouvelle politique économique par ailleurs totalement Cahuzaco-compatible puisque l'ex-ministre du Budget en était un des principaux maîtres d'ouvrage ? 

Alors que les syndicats défilaient ce jour contre l'ANI quelques mètres plus bas, le directeur de la rédaction de Libération, lui, se félicitait des projets du gouvernement pour "sauver le travail. Ou ce qu'il en reste. pour cela, il faudra rendre des droits chèrement acquis et des protections sociales. [...] Oui, pour le dire avec ces mots autrefois clinquants, il faudra travailler plus pour gagner autant et peut-être même moins.

Ça se précise. Faire la part belle aux patrons, valider jour après jour la casse des acquis sociaux, démonter le Code du travail et flexibiliser selon les souhaits du MEDEF: la nouvelle politique économique de gauche, c'est d'en faire une de droite. Merci Libération. En fait, même dans leur schizophrénie éditoriale, les deux directeurs de Libération ont raison: le compromis c'est du radical. 

Même si je ne suis pas particulièrement convaincu d'y voir quelque chose de "nouveau". 

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Illus: Libération

21 mars 2013

Allocations piège à cons

par

Le clou de la restriction budgétaire frappé au marteau du "bon sens" offre le meilleur angle de tir pour dézinguer des acquis décrochés de longue lutte sous les applaudissements de ceux qui vont en payer la facture.

Nous apprenons dans un récent sondage Ifop du JDD que "deux Français sur trois" seraient favorables à l'idée de réduire ou de supprimer les allocations familiales au-delà d'un certain niveau de revenu. Ça tombe bien: on nous répète inlassablement qu'il faut économiser des milliards de partout. 

Et là tu me dis "- Supprimer les allocs pour les plus hauts revenus, quelle bonne idée !". 

A priori oui. Sauf que non. Derrière l'apparente justice, piétinant au passage le principe d'universalité, se cache la plus libérale des logiques.

Admettons que l'on supprime les allocations aux plus hauts revenus. Donc ça leur fait une belle jambe. Leurs mômes continuent à aller dans les meilleures écoles, à partir en vacances dans les plus beaux endroits, n'ont aucun problème de garde.

En revanche, est ainsi crée un paysage de l'allocation familiale divisé entre riches et pauvres. Les "pauvres" deviennent une catégorie d'état encore plus identifiable, puisque dissociée. Ce point est primordial, il conditionne la suite tant au niveau comptable qu'au niveau symbolique. L'intérêt budgétaire n'est pas tant de supprimer les allocations aux plus riches que de taper dans le gros de la caisse: les 90% en dessous que chacun tend à appeler classes moyennes, mais que dans un souci de cohésion je nomme peuple.

Avec un seuil de ressources pour toucher des allocations familiales se pose le problème de l'endroit où fixer le curseur (le sondage ne dit rien à ce sujet). Une fois celui-ci décidé, disons 3500 euros par mois pour un couple, il est suivi dans la minute des aigreurs de ceux justes au-dessus de la zone plancher. Et un an après la réforme, Ifop te ressort le même sondage des "deux Français sur trois", selon ce bon vieux travers de l'époque voulant que, au lieu de défendre la gamelle commune chacun trouve qu'il y en a trop dans celle du voisin. Le principe d'universalité ayant été défoncé une première fois, il devient encore plus simple pour le gouvernement, celui-ci ou un autre ("non-responsable du bilan désastreux") à chaque nouvel impératif budgétaire (et il nous en tombe trois par semaines) de baisser, palier après palier, le seuil de ressources pour bénéficier des allocations. 

Ainsi, les allocations sont progressivement réservées aux très pauvres avec le flicage et la stigmatisation qui va avec (tandis que les riches, allocs ou pas, sont toujours peinards). Puis au bout de quelques années d’affaissement du seuil, un "réformateur pragmatique" arrive et conclut, toujours plein de "bon sens", que puisqu'elles ne concernent que les très, très, très  pauvres, les allocations familiales ne sont qu'"une trappe à pauvreté". Elles sont donc "inutiles et contre-productives" et il faut les supprimer. Même que "deux Français sur trois" sont OK. Circulez y a plus rien à voir.

Tu peux appliquer cette méthode (sensiblement la même que celle à l'oeuvre depuis des décennies dans les pays d'inclinaisons libérales) dans l'enseignement public, la santé ou les retraites. Toujours selon le même principe:
- Marteler l'impératif budgétaire sur les ondes (avec argument massue: les autres pays l'ont fait), 
- En appeler au bon sens populaire (en ratiboisant toute autre analyse), 
- Surfer sur le flux sans fin des rancoeurs individuelles,
- Faire des conséquences de la réforme d'un acquis social la cause de son dysfonctionnement et ainsi justifier son éradication ou son basculement définitif dans le secteur marchand.  

Il y a une chose formidable, mais mal vue, qui s'appelle l’impôt sur le revenu. Que les allocations familiales entrent dans les revenus imposables, OK, mais en ayant un impôt bien plus progressif (cette vraie grande réforme fiscale dont on a jamais vu la couleur). Les plus riches continueraient de toucher des aides, mais celles-ci seraient ponctionnées en retour pour ce qu'elles sont pour eux: un revenu supplémentaire et non indispensable. 

Allez. Soyons positifs. Comptons sur le gouvernement pour nous annoncer un truc bien, absolument pas truffé d'effets indésirables.

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6 mars 2013

Cet ANI lointain qui sera bientôt le tien

par

Je regrette Sarkozy au moins pour une chose. A travers sa personne, et presque avant sa politique, il avait réussi à faire l’unanimité de la rue contre lui. L’intelligence de Hollande par rapport à son prédécesseur, c’est de ne pas insulter syndicats et travailleurs. Du coup, il peut se permettre d’aller plus profond dans la réforme. Comme en plus il y va plus vite, la douloureuse salariale risque d'être doublement amère. 

Ce mardi, le cortège parisien FO / CGT contre l’ANI (Accord national inter professionnel accepté par la majorité des syndicats minoritaires) a parfois des allures de veillée funèbre. Dans le prolongement du manque d’enthousiasme des porte-voix, aucun slogan n’est repris par la foule. Il faut avouer que ce type de défilés montre ses limites: pas vraiment glamour, pas lisible pour le profane, avec à certains endroits presque plus de caméras et de policiers que de contestataires et le renoncement à aller jusqu'à l'Assemblée (là où les trépanés de Civitas ont osé). On est loin de l'explosion sociale redoutée par certains au gouvernement. Non. Ça passe tout seul.

Les 15.000 marchent en silence, et ce n’est pas une injure de dire que la moyenne d’âge est élevée, 45/50 ans. Au moins eux se mobilisent. En vacances et en milieu de semaine, le Paris de la dèche turbine et Paris la riche transhume à Courchevel, mais quel décalage avec les cortèges contre la réforme des retraites il y a trois ans! Avec la circulation coupée, les boulevards remontés sont plus paisibles qu'en temps normal. Un comble.

A Odéon, je croise une dame du Front de Gauche. Elle alerte des passants, certains amusés, souvent des touristes, d'autres détournant les yeux comme ils le feraient avec des mendiants:

"- Vous feriez bien de vous y intéresser à L’ANI! Ça vous concerne! Ce sera trop tard après!"

Elle a raison. Si l’on doit citer une seule catastrophe dans ce projet de loi made-in-MEDEF, c’est son arnaque fondamentale enrobée de "sécurité": Quand une entreprise est en difficulté, elle pourra s’autoriser à baisser ton salaire ou augmenter le temps de travail durant 2 ans. Si tu refuses, c’est la porte. Le travailleur réduit à l'état de candidat de télé-réalité, le droit du travail circonscrit à la seule dialectique patronale. Un gros progrès de neuf mois de gauche que même la droite n’avait pas réussi à passer en dix ans de pouvoir. Une entreprise "en difficulté"? Laquelle ne l'est pas? Dès qu'un patron a une tribune dans ce pays, c'est 9 fois sur 10 pour chialer au martyr. Ce salaire à prix cassé autorisé, c’est la porte ouverte aux abus pour une création d’une nouvelle génération d'emplois low-cost. L'important étant de progressivement faire entrer dans ta tête qu'il ne peut plus y avoir de salaire minimum garanti. 30 ans que l’on baisse la fiscalité des entreprises, que l'on est à leur chevet (les grosses, certes) au nom du retour à l’emploi et pour quel résultat? Ce pays explose ses records du chômage et les profits des actionnaires sont toujours plus élevés


Une fois adoptée, compte sur le patronat pour t’affirmer que, bien que nécessaire, la fléxi-sécurité est malheureusement arrivée "trop tard pour pleinement pouvoir produire des effets positifs" et que donc, pour la sauvegarder à son tour (parce que quand même payer moins cher ses salariés c'est cool), il faudra la réformer: comprendre aller encore plus loin dans le démantèlement des droits des travailleurs.

Et, avant même le vote de loi, l'explication de la prochaine "avancée" commence. Je l’entendais encore hier soir sur un plateau d’experts autorisés à te livrer la notice vaselinée de l'escroquerie sociale dont tu paieras la facture, "non, on n’a pas encore tout essayé contre le chômage".

Exact. Il reste encore le travail gratuit. Et si cela ne suffit pas à contenter les actionnaires, on le rendra payant. Si le salarié doit constamment donner des gages de bonne volonté, le citoyen, lui, s'apprécie résigné.

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12 décembre 2012

Vers la baisse des salaires ?

par
"Un salaire minimum modéré fait probablement plus de bien que de mal."
in The Economist, 24.11.2012 (relevé par Laurent Pinsolle)

Il va falloir vous le rentrer dans le crâne. Si le second semestre 2012 a été celui du bombardement idéologique sur notre "manque de compétitivité" quasi exclusivement focalisé sur le "coût du travail" et aboutissant à un cadeau fiscal supplémentaire de 20 milliards aux entreprises financé par une augmentation de la TVA, 2013 sera l'année des salaires trop chers.

Mais pas ceux des patrons du Cac 40 dont on apprend la hausse de 4% en 2011 à une moyenne de 240 smics annuel (pour des résultats en baisse). Non, les autres, les nôtres, à commencer par le minimum garanti.

Mediapart nous apprend qu'un groupe d'experts, pour le moins orientés, chargés d'éclairer le gouvernement avant les mesures de revalorisation du SMIC au 1er janvier, préconise dans un récent rapport (à lire ici) de revoir le Smic à la baisse, pour commencer, puis de le dynamiter en se dirigeant vers un Smic à la carte. 

Principales recommandations du rapport:
- Fin de la revalorisation automatique du SMIC sur la croissance du PIB. 
(C'est bien la peine de tout miser sur des lendemains ne pouvant chanter qu'au seul refrain d'un retour de la croissance pour stipuler en bas de page qu'elle ne doit pas rentrer dans le calcul du salaire minimum. Bref, la récession est une bonne excuse pour subventionner les patrons en pleurs. La croissance ne doit pas en être une pour augmenter les travailleurs).

- Fin de prise en compte du facteur de l'inflation dans le calcul du Smic avec orientation vers des "coups de pouce" (à l'image de ce qui a été fait par Hollande à son arrivée) plus conforme "à l’intérêt conjoint des salariés et des entreprises qui les emploient". 
(Rappel des bases: l'intérêt du salarié c'est de toucher un salaire, l'intérêt de l'entreprise c'est d'économiser sur ce salaire).

- Régionalisation d'un "smic jeune", ouvrant un dumping à l'intérieur même de nos frontières. Un vieux désir du patronat.

En décodé, ce rapport dessine la fin du salaire minimum et invite l'Etat à se désengager de son contrôle sur le Code du travail, pour qu'il se cantonne à la seule gestion de la casse sociale ainsi provoquée. Guérir en surface au lieu de prévenir les blessures.


Reconnaissons au gouvernement Ayrault qu'il n'esquive ni la question de la pauvreté ni celle du chômage. A la différence des premières années du quinquennat Sarkozy où les chiffres étaient systématiquement biaisés, adoucis, omettaient des catégories dans ses calculs. Maintenant, tout est vu de face dans la globalité et l'on n'hésite plus à parler de 5 millions de chômeurs, à assumer des perspectives négatives dans le domaine pour au moins toute l'année 2013. En revanche, la question des salaires est systématiquement piétinée, classée à la rubrique "toujours plus d'effort et c'est pas possible de faire autrement". Peur, manque d'imagination, paresse idéologique, influence d'une expertise économique unilatérale ? Le cocktail des quatre probablement[1].

Toujours est-il que, vu le poids argumentaire dont est porteur le chômage de masse pour presser toujours plus le travailleur sur son emploi du temps et sa non-augmentation, on s'interrogera sur l'innocence de cette exposition gouvernementale "sans tabou" du chômage et de la précarité au moment même où, dans l'ombre, lui est remis un rapport d'un ultralibéralisme décomplexé qui aggravera la situation sur ces deux fronts.

[1] reste ce mystère des mystères: comment des gens sensés peuvent-ils se persuader qu'il est possible de relancer la croissance en diminuant les salaires ? 

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