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17 mars 2020

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#confinement jour 4

Malgré mon endurance à la solitude, j’appréhende comme tout le monde les semaines à venir. Je serai isolé une semaine sur deux (si nous arrivons à assurer l’alternance de la garde des filles), je ne vais probablement pas revoir L. avant… avant je ne sais pas. On va y arriver, mais j’avoue que je suis un peu à sec d’euphorie à l’instant présent. La première journée d’école à la maison m’accapare plus que je ne le pensais. Heureusement, les filles sont presque plus attachées que moi au respect des horaires, (d'autant qu'il faut manager AUSSI les cours, les récrés, la cantine, les ateliers et l'étude).

Vu les comportements du week-end, nous allons vers le couvre-feu. Ce sera dur, et surtout compliqué à faire respecter à l’intérieur d’immeubles comme le mien. Je me retiens toute la journée de faire des stocks de nourriture, vu ce que je vois par la fenêtre. J’ai de quoi tenir quelques jours. La supérette du quartier est depuis quelques jours l’épicentre de mon attention avec ses allers et venues sans aucune protection, sans distance de sécurité, avec des caissières sans masques, des types qui prennent des risques pour acheter UNE baguette, ou alors remplissent trois caddies complets de packs d’eau (MAIS PUTAIN POURQUOI FAIRE ?). Je ne peux même pas leur en vouloir, nous faisons société. Si nous allions tous à la même vitesse de compréhension, d’acceptation ou juste d’attention à soi et à autrui, ça se saurait et Paris serait un territoire d’harmonie. Je constate déjà dans quel état de désordre je suis moi-même au bout de trois jours. On bricole comme on peut avec ce qu’on est et ce qu’on a.

D'ici là Il va falloir avoir des nerfs en titane. SI ça se passe bien, il faudra s'adapter à la sérénité forcée, retrouver cet état que j'avais lorsque j'habitais dans ma petite maison au bord de la mer il y a longtemps. Sans le jardin ni le soleil, avec juste le contentement du télé-travail fait, la joie d’être là à écrire, le plaisir de lire et vous lire, l'immense bonheur d'écouter de la musique, beaucoup de musique, et accueillir satisfait mon ennui quand il s'invite.

- T’inquiètes pas Papa, ça va aller.

Après des heures de tergiversations stériles, et quelques larmes, je sors au milieu de la rue avec les filles, visages emmitouflées jusqu’aux yeux comme moi. Nous marchons juste pour marcher en prenant soin systématique de nous écarter de tout individu, connu ou pas, ce qui est paradoxalement encore plus compliqué que dimanche et conduit à des situations ubuesques. Avec ma double écharpe, je ressemble à un taliban. On me regarde encore de travers avec un je-ne-sais-quoi de culpabilisation parce que précisément je me protège et les protège. Ça va changer. Les mêmes dans deux semaines nous engueuleront parce qu’on sera à moins de deux mètres d’eux dans la file d’attente du carrefour market, officine parisienne standard d’alimentation de proximité d’une contenance sanitaire de 3 personnes maximum en simultané. (durée prévue des courses : 6 heures)

Nous regardons en famille le journal de Macron du soir. Le gros problème de son allocution est qu’il ne s’adresse qu’à ceux qui ont bien compris la dramatique équation, et fait la morale aux autres (ce qui ne sert à rien) alors qu’il est très loin d’avoir le cul propre dans ce fiasco. Un pays qui n’est pas capable d’assurer des masques, du gel et des gants en quantité suffisante au premier jour du stade 3 d’un virus identifié depuis des mois a un sérieux problème d’industrie et de management.

Il ne prononce pas le mot « confinement ». On n’a le droit de voir personne mais on a le droit d’avoir des « initiatives avec ses voisins ». Une balade avec sa gamine : non. Une partouze en live stream gratuit de Jacquie et Michel : oui. Je ne doute pas que d’ici quelques jours, tout cela va se durcir encore plus. Je m’attendais à ce qu’on essaye un peu plus de dictature dès maintenant.

J’ai peur pour ceux que j’aime et celle que j’aime, mes filles, mes amis, mes parents, j'ai peur pour ceux et celles qui prennent concrètement des risques pour un salaire dérisoire pour nous sauver, j’ai peur pour ces gens que je ne connais pas, pour ceux avec qui je me suis engueulé. En attendant je vais bien fermer ma gueule et obéir aux consignes. Et je n’oublierai rien quand tout ça sera terminé.
Je pense à nous tous quand l’on se retrouvera. Nos rires, nos pleurs, nos étreintes et nos engueulades. Je pense à ce monde nouveau qui nous attend après cette merde. Si l’on ne change pas de cap économique, social, industriel, bref humain et philosophique après ce bordel planétaire, alors oui je ne donne plus cher de notre espèce.

2020 c’est soit la pire saison de Black Mirror, soit l’an 01.

En attendant, distance et hygiène mes braves.


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