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24 mars 2020

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#confinement jour 11

A. et R. sont rodées. Grâce au suivi serré de l’instituteur et de certains professeurs, j’arrive à maintenir un semblant d’école et de disciplin, même le dimanche (celui ci ne voulant plus rien dire).

Le temps confiné en décor unique permet de décrocher de la notion d’horaires. Si ce n’est pour les applaudissements de vingt heures, nous évoluons dans une longue plage floue d’occupation de l’espace s’organisant autour du soleil. Je me trimballe avec mon pot de terre et sa pousse de coquelicot, le matin d’un côté de l'appartement, l’après-midi de l’autre. Nous ne regardons plus la télé, n’écoutons que peu de musique. Le silence est apaisant, pour l'instant. Si ce n’était pas pour cette petite interdiction de sortie cela ressemblerait presque à un long week end de vacances. L. me dit au téléphone qu’elle n’a plus envie de sortir, c’est un peu pareil de mon côté. Les rats des villes s’habituent à leur cage dorée.

Le soir venu, nous faisons le bilan des occupations de la journée, A. ne sait plus si on n’a fait tel ou tel exercice de fitness ce matin ou hier. Tout se confond, tout est à la fois lent dans l’instant et fugitif dans le souvenir. L’autre bout du monde, c’est trois rues derrière. Le virus n’est plus qu’une chimère, nous ne voulons rien en percevoir. A quoi bon ? A chaque fois que je vois la tête de l’androïde et de son parterre de teubés, je me sens devenir haineux. Mieux vaut éviter. Je craignais une restriction du jogging et j’apprends que le Premier ministre vient de passer l’autorisation de 30 minutes à une heure en complément de la fermeture des marchés ouverts qui pourront quand même ouvrir s’il est décidé en local de ne pas les fermer (si si vous avez voté pour ces connards).

Un confinement total n’a pas de sens sans test généralisé. Un confinement total est impossible sans ravitaillement alimentaire. Un confinement total est illusoire sans policiers protégés. Le gouvernement est pour le moment incapable d’assurer les trois. Un confinement total est surtout une preuve d’échec, la démonstration par l’exemple de la faillite des gestions néo-libérales des nations, dont les chefs de service, fidèles à leur tradition, font désormais payer le prix de leur nullité à chaque citoyen.

L'espoir d'une "amélioration" ne tient qu’à la responsabilité des Français et à leur capacité à encaisser cette aventure intérieure. Quel sera le point de bascule ? Pour l’instant nous avons l’air responsables et motivés, en résumé : nous avons tous plus ou moins peur pour nous et nos proches. Mais qu’en sera-t-il dans deux semaines, trois, un mois ou deux ? Quel sera le point de bascule de l'équilibre fragile entre cet effondrement intime et collectif, notre psychologie d’intérieur puis l’économie dévastée d’un pays, et le nombre de vies sauvées ? D’autant que ce nombre ne sera, par définition, jamais assez et qu’il tourne dans le vide tant que l’intégralité de la population n'est pas testée.

Dire que l'on raillait avec le plus grande morgue il y a encore un mois ceux qui s’aventuraient à évoquer, à minima, une fermeture des frontières si la danger était à ce point sérieux. Vous vouliez de l’échange ? Et bien restez chez vous maintenant.

A bien y regarder, j'ai l'impression que cette pousse de coquelicot n’est qu’une vulgaire salade.


A lire : https://france.attac.org/se-mobiliser/que-faire-face-au-coronavirus/article/et-maintenant-on-culpabilise-les-citoyens

1 commentaires:

Elodie Jauneau a dit…

C’est quand même un peu tôt pour dire si c’est un coquelicot ou une salade.
Et on a tous envie que ce soit un coquelicot hein.
(Figure-toi que j’attendais désespérément que ton blog manifeste un signe de vie et je constate, médusée, que c’est le cas depuis le jour 2 de ton confinement... Bref)

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