5 juillet 2010

La rigueur : Cet obscur objet du désir

par
Éloignez les enfants, le plaidoyer pour une fessée nationale intitulé "on veut notre plan de rigueur !" signé Agnès Verdier-Molinié, publié en page 27 du dernier Valeurs Actuelles (l'hebdo des droites libérales, réactionnaires et décomplexées avec une page culture sur De Gaulle aussi) sonne plutôt SM.

Ça tombe bien, ce sont mes initiales préférées.

Initions-nous à "cette France en retrait par rapport à ses partenaires" ce qui, vous en conviendrez, empêche tout plaisir.

D'entrée de texte, prenant exemple sur le plan de 80 milliards d'économie adopté par l'émoustillante Allemagne, un pays où, en guise de préliminaires, "rappelons que les agents publics n'ont pas le droit de grève et sont pour 60% d'entre eux, employés sous contrat de droit privé", la directrice du think thank libéral Ifrap (fort) rage de notre réluctance nationale à entrer de plein pied dans la rigueur assumée, à coups de mandales dans la fonction publique et de planche à clous dans les aides sociales.

L'auteur apprécie toutefois la qualité de certains gels (gel des dépenses de l'état sur trois ans et des dotations aux collectivités locales). Mais attention aux effets indésirables : "En parallèle, la révision générale des politiques publiques continue avec 100.000 postes non renouvelés au niveau de l'État mais, dans le même temps, les collectivités risquent d'embaucher autant d'effectifs." Ces rustauds de fonctionnaires avec leurs flasques paluches ankylosées par l'inactivité mollasse ne connaissent rien à la sophistication érotique des libéraux.

Tout bon désir est teinté de peur, comme celle fondamentale de "perdre la notation triple AAA à cause des dettes publiques". Le Triple AAA au triquomètre de la finance d'état, c'est le calibre minimum. Conseil pour toi le peine-à-gagner : si tu veux partager un moment complice avec l'élite réformatrice, raide Agnès ou Sorman courbettes, avec le vocabulaire tu seras prudent.

Avant d'entamer la parade amoureuse potasse le lexique de leur libido mâtiné de "couper les prestations", "réduire les subventions", "baisser les salaires et les pensions" et éventuellement d'"augmenter les impôts". Apprends toutefois à connaitre ton partenaire avant de lui soumettre cette dernière pratique : elle est encore injustement considérée un poil fist-fuckesque par certains d'entre eux.

Même si l'auteur reconnait qu'il subsiste certains étalons du haut-fonctionnariat tel Jean-Pierre Jouyet qui "sent que le vent de la dépense tourne et propose systématiquement de réduire son salaire", ce pays reste entaché de tue-l'amour nommés salariés du secteur public probablement pas payés le dixième de ce que le président sus-nommé de l'autorité des marchés financier doit toucher !

Heureusement, pour redresser la barre, la dévouée laborantine des dominants te propose sa médecine en deux temps :

1er temps, t'apprendre les bonnes manières :
"Alors, pourquoi ne pas dire que nous n'avons pas de recette magique et que nous devons, comme les autres, trouver des viviers d'économies au-delà des traditionnels boucs émissaires que sont les niches fiscales ? "

Pas touche au pognon des grands. La rigueur c'est hot et les niches c'est plein de riches, si c'est toi qui prend la torgnole ça les fait se sentir mieux. Le SML (sado-masochisme-libéral) est une pratique d'esthètes. Comme on dit : ça fait mal la première fois, la deuxième aussi mais faut y aller à fond pour être au top.

Lecteur, je sens chez toi monter l'excitation. Lis-donc la suite...

"A court terme, le plan de rigueur devrait comprendre, comme chez nos voisins européens [chez nos partenaires grecs par exemple qui en connaissent un rayon sur le raffinement des techniques de baise], le gel, voire la baisse [pour que les fantasmes se réalisent, brisons tous les tabous], des salaires des agents publics et de tous les personnels rémunérés sur fonds publics [ils vous ruinent toujours l'ambiance dans la partouze ces cons], ainsi que le gel des embauches publiques."
2eme temps, une fois que t'as compris qui est le maître et où est l'esclave : le coup de poing américain.
"Dans un second temps, des réformes de fond mériteraient d'être envisagées : fixer un pourcentage maximal d'agents publics par rapport à la population active à 15%, supprimer le statut public pour les fonctions non-régaliennes de l'état, [bref, tout ce qui n'est pas la justice, l'armée ou la police. Et je vous le demande messieurs : Quoi de plus stimulant qu'une thérapie foirée du cancer de la prostate facturée 19.250 euros ?] mettre en place un système de retraites universel et égal pour tous [reste à savoir si on le plafonne au niveau de Liliane Bettencourt ou de Patrick Tempspartiel] ainsi qu'un bouclier social qui fixerait un maximum de prestations par foyer fiscal [faut pas déconner non plus : tout ce flouze injustement détourné du marché-roi au nom du bien être et de la survie des individus - accessoirement consommateurs -, c'est scandaleux ! Notons au passage la perversion, façon gode ceinture, du terme "bouclier social".]

T'as moins envie hein ?

Même si on te dit que ça va te faire du bien : tu n'es probablement pas assez ouvert d'esprit ou alors bien trop pauvre pour apprécier ce type de littérature olé-olé.

Tout bon texte SML s'oriente vers un bouquet final bétonné à base de "les études économiques les plus sérieuses" établissant que "au-delà de 90% de PIB, la dette devient un frein à la croissance" pour conclure que "Accepter la rigueur ou survivre sans croissance, sans créations d'emploi, sous des monceaux de dettes, voilà le dilemme de la France."

Concernant cette croyance que la réduction des dépenses publiques (donc la désintégration progressive des administrations, des aides, du service, du lien, et son corollaire, la progression de la sphère concurrentielle dans le domaine de la santé, de l'éducation, des infrastructures, le tout dans un contexte de large chômage avec stagnation voire régression des salaires dans le secteur privé, parallèlement aux explosions des charges foncières ou locatives et donc des impayés, de nouvelles taxes, une chute de la consommation - solvable -, une baisse du moral sans précédent et des situations de sur-endettement en pagaille) provoquerait une croissance de niveau 9.1 sur l'échelle Lagardienne de Riche-très[3], mon expert personnel en logique mathématique, Jean-Gonzague du CM2[4], est formel :

L'EXPERT
- Faut arrêter d'avoir la tête dans le cul !

Le raisonnement est simple et tu vas l'entendre ad-nauséum dans les semaines à venir : A défaut de croissance, distillons d'abord la croyance en la souffrance indispensable pour avoir de la croissance. Puisque je te rappelle que tu ne souffres pas assez, appauvris-toi donc un peu plus dans un état qui te laisse tomber, paye tout trois fois plus cher et jouis plus tard... au paradis du capitalisme où tu retrouveras pour une belle partie fine, arrosée d'une douche dorée aux lingots, tes copains de classe Bernard Arnault, Mamy Nonchépuouestlasuisse et Serge Dassault.

Prochainement... nous reviendrons sur le cas Challenges (le magazine qui enfile les perles idéologiques sur le macramé des réformes qui puent et caresse dans le sens du pelage le petit cadre qui se pense PDG) et son dossier de juillet intitulé : "les bienfaits de la rigueur".

Prends ton gel, ton fouet et ta rilance : tu vas déguster !

Post-scriptum.

Illustration : affiche de "Atamé" film de P.Almodovar (1990)


* * *

[1] Mais je te conseille plutôt d'acheter le dernier numéro de Fakir qui, en page 10, te décrypte le rôle publicitaire des agences de notation.

[2] Institut français pour la recherche sur les administrations et les politiques publiques.

[3] sans évoquer, mais ce n'est pas le sujet, la pertinence révolutionnaire, et pas du tout destructrice, du concept.

[4] son nom a été changé pour pas que l'on découvre qu'il se nomme Jules. Il officie également dans la prospective économique en argent de poche, le catch et plaide, en alternance avec son frère, comme avocat de la nuit blanche au barreau de son lit.

2 juillet 2010

Karachigate, IRL mais pas fable

par
L’air est à la traque de la corruption.

Des éditorialistes et quelques politiques y dénoncent "une dérive populiste" alors que, jour après jour, les uns et les autres, par leur refus d'énoncer les faits ou les énonçant hiératiquement ont contribué à nourrir ce qui les fait frémir.

L'exigence citoyenne de transparence n'est que le contrecoup logique d’une crise qui s’enlise et d’une violente rigueur qui s’installe en litotes.


Le 30 juin 2010, Edwy Plenel, le rédacteur en chef de Médiapart, conviait les lecteurs à la maison des métallos pour une conférence sur le "karachigate" réunissant, entre autres, les journalistes ayant sorti l'affaire, le député rapporteur de la mission d'information, l'avocat et une représentante des familles des victimes.

Bien avant que le feuilleton de l'été Plus Bettencourt la Woerth ne lui fasse un peu d'ombre, le journal en ligne Mediapart avait déjà contribué à ré-orienter l’enquête sur l’attentat de Karachi du 8 mai 2002 vers la piste des commissions et des rétrocommissions, versées et non-versées.

Moins feuilletonesque que les échappées suisses et les accointances à la sauce très-riche de l'ex- Ministre du Budget, le "Karachigate", s'articule autour de deux zones troubles de la cinquième république : La vente d’armes et le financement des campagnes politiques.

C'est également un sac de nœuds bien plus lourd de conséquences : 11 ouvriers de la DCN sont morts à Karachi dans un attentat au bus piégé et elle implique directement le premier des français.

Selon la police luxembourgeoise, celui qui était, lui aussi, Ministre du budget et responsable de la campagne présidentielle d'E.Balladur en 1994 aurait validé un système de corruption via la création d’une filiale luxembourgeoise, la société Heine, pour le transit de commissions sur des contrats d'armement.

A travers les différentes interventions et révélations de la conférence du 30 juin, les récits des multiples obstructions et refus rencontrés lors des investigations de chacun surlignent des évidences qu'il est bon de rappeler :

- L’importance du juge d’instruction dont notre glorieux Président souhaite se débarrasser.

- Le mur du secret défense.

- L'importance du rôle de contrôle de l'assemblée nationale.

- L’importance de la presse d’investigation pour contrebalancer la collusion croissante entre le judiciaire et l’exécutif.



1. Le rôle de la presse :
Un des deux Fabrice résume le rôle du journaliste normalement constitué :

« - Si on nous demande de ne pas regarder là, c’est précisément qu’il faut regarder là. »

Pour Fabrice Arfi et Fabrice Lhomme, journalistes à Médiapart (également en charge du dossier Bettencourt-Woerth), tout commence en avril 2008 avec la découverte du rapport Nautilus et un mémo signé par l’ancien directeur de la DNCI expliquant les dessous politico-financiers des grands contrats d’armement.

Le temps d’enquêter, ils publient en septembre 2008 un premier article qui va relancer, via un nouveau juge, Marc Trévidic, une instruction jusque là mollement menée par un juge pourtant expérimenté, Jean-Louis Bruguière, délaissant sciemment la piste financière alors qu’il disposait d’éléments.

Au sujet de leurs recherches, les journalistes évoquent un climat lourd, non pas de menaces mais d’obstruction continue, le tout dans un relatif mutisme médiatique ambiant validant implicitement la thèse présidentielle de la fable.

Selon l'avocat Olivier Morice : « - Un dossier de cette nature ne peut pas sortir sans le travail de la presse […] c’est un vrai travail d’investigation qui était très risqué pour leur réputation. »

Pour Magali Drouet dont le père est décédé dans l'explosion du bus pakistanais :

« - On n'y a pas cru au début. Mis à part les deux Fabrice, en France c’est bloqué sur cette affaire. »

Pourtant, le 18 juin 2010, lors d’une audience en huis-clos avec les familles des victimes et leur avocat, le juge Trévidic confirme aux familles la solidité de la piste des retrocommissions qu'il avait évoquée en juin 2009 suite aux documents publiés par Mediapart.


2. La collusion du judiciaire et de l’exécutif :
Maître Morice, qui reprend la défense des familles en 2009, évoque sa prise de conscience d'être confronté à une affaire d’état lors de la lecture, dans la presse, d’une note du procureur de la République de Paris, JC Marin.

Ce dernier y évoquait toutes les charges susceptibles de peser sur le réseau de financement occulte de Monsieur Balladur pour finalement exclure que les juges instruisent sur ces éléments !

O.Morice : « - Le procureur qui est normalement notre allié dans cette affaire fait tout pour freiner la recherche de la vérité. » [...] « - Il y a une dégradation dans l’éthique des magistrats du parquet qui ne sont plus là pour rechercher cette vérité mais pour protéger le pouvoir. »

Son impression est confirmée avec le communiqué de presse expéditif du procureur Marin en juin dernier, dans la foulée d’un nouveau dépôt de plaintes des familles auprès de la doyenne des juges de Paris.


3. Le mur du secret défense :
Bernard Cazeneuve, député PS de Cherbourg et rapporteur de la mission d’information sur l’attentat, dénonce la même ambiance que les journalistes autour de son investigation et tire les mêmes conclusions que l’avocat.

B. Cazeneuve : « - Jamais je n’ai vu un tel climat sur le sujet ! ».

Il revient sur les conditions d'enquête farfelues de sa mission d’information parlementaire. [1]

B. Cazeneuve : « - Comme il y a rien à voir, on s’emploie à ne rien nous montrer. »

Ses demandes au Ministère de la Défense ou au Ministère des affaires étrangères pour accéder au fameux contrat de vente "Agosta" des sous-marins ainsi qu’à la totalité des documents relatifs à l’affaire (notes, télégrammes diplomatiques, comptes-rendus…) ne sont suivis d’aucune réponse sérieuse.

Dans le même temps, Le ministre de la défense saisissait la CCSDN, commission consultative du secret défense, aux cinq membres tous nommés par l'UMP, [2] sur ces fameux de documents (alors que le juge ne les avait pas demandés, ce qui est la procédure) : totalement aberrant et preuve d'une panique gouvernementale.

Jacques Thérray de l'ONG Transparence International précise : "Le secret défense a une définition tellement large qu’il permet strictement tout."

Au départ destiné à se protéger des espions, il se retourne contre le citoyen.

Selon F.Lhomme, tant que le choix de proposer ce qui doit être dé-classifié ou non n'est pas laissé à une autorité indépendante du pouvoir, des affaires comme Karachi auront du mal à sortir. Le manque de suivi et de référencement dans les documents est également évoqué : flou législatif étonnant dans une société obnubilée par la traçabilité !

C'est désormais dans la presse que les documents "secrets" sortent ! Fort de ce constat, O.Morice nous annonce qu’il va déposer plainte pour entrave dans la dé-classification des documents.

Après l’entrave de l’exécutif, le député Cazeneuve aura également maille à partir lors de sa mission avec l’autocensure des parlementaires. Il n’a pas pu entendre le général Rondot ni Dominique De Villepin. E.Balladur ne sera auditionné que lorsqu’il en fera la demande, et restera très évasif sur les bordereaux du Crédit du Nord, anonymement envoyés à Maitre Morice [3], qui attestent d’un dépôt de 10 millions de francs en coupures de 100 et de 500 sur le compte de l’association des amis d’E. Balladur, quelques jours après le premier tour de 1995. Des dons de particuliers en billets de 100 et 500 ?

Le rapporteur (celui qui concrètement fait le boulot) sera finalement désavoué par le président de la mission, l'UMP Yves Fromion, pour ne pas s’être prononcé à 100% sur la convenable hypothèse Al-Qaida .

B. Cazeneuve : « S’il y a un devoir d’état, c’est la vérité que l’on doit aux familles et ce devoir d’état, le parlement doit y contribué ».

Implacable constat d'un regard extérieur, c'est un journaliste du Spiegel qui a la plus cinglante des conclusions :

"- Si dans l'affaire Woerth-Bettancourt on a facilement saisi les mots de "république bannière ", c'est d'autant plus vrai pour l'affaire de Karachi ! [...] On touche là aux fondements même de la cinquième république."

Et maintenant ?

- La prochaine étape est de forcer la justice à fusionner le volet terroriste (dont est en charge le juge Trévidic) avec le volet financier de l’instruction, d’où la multiplication des plaintes des familles des victimes.

- O.Morice nous apprend que J.M Boivin, homme clef des commissions a été mis en examen le 28 juin par le pôle financier pour corruption. J. Boivin a également fait chanter l'état français en réclamant 8 millions de francs. L'avocat des familles insiste sur le fait que si cette somme a été effectivement versée par l'état français à Monsieur Boivin pour qu'il se taise, c'est un nouveau scandale en perspective !

- Magali Drouet, qui est également salariée à la DCN, éclaire une salle abasourdie sur d’autres dimensions de « la pression ».

Après des années de mépris et de minimisation, elle a enfin été contactée par un haut-responsable de la DCNS "qui [lui] a mis un chiffre sous le nez, 674.000 euros, et a dit "mademoiselle Drouet maintenant qu'est ce que l'on peut faire pour vous ?"

Ce à quoi elle a répondu :

" - Je leur ai dit qu'il fallait simplement qu'ils vident leurs fonds de tiroir et qu'il les transmettent au juge Trévidic."


Applaudissements de la salle.

D'autres aspects relatifs à la date de l'attentat (3 jours après l'élection de Jacques Chirac) [4] et ses conditions (professionnelles) d'exécution n'ont pas été abordées faute de temps mais, de l'avis de tous, l'affaire devrait s'accélérer dans les prochains mois.

Enfin, si l'on est encore en démocratie.

* * *

Le site Médiapart, que je remercie pour leur travail et cette conférence, publiera dans les prochains jours un dossier complet avec une web enquête-vidéo, sous titrée en anglais.

* * *

[1] A l'origine, avant protestation du député, le président de la mission et le rapporteur (celui qui fait vraiment le boulot) étaient la même personne… un député UMP.

[2] La CCSDN est une commission
consultative qui ne statue que sur des documents que le juge veut bien lui fournir.

[3] Voyons-y la promesse d'autres révélations futures...


[4] Un chef de l'armée corrompu, en lien avec les services secrets Pakistanais a été condamné par un tribunal Pakistanais dans le cadre du contrat Agosta. Il est sorti de prison fin 2001, 4 mois avant l'attentat, avec une amende de 7 millions de dollars à régler au fisc local.


Complément vidéo :
Dernière conférence de presse des familles de victimes, le 16 juin 2010 :

1ere partie (21 min) :


2eme partie (14 min) :



1 juillet 2010

Le fan et le naïf

par
A la belle étoile, bercés par la sono d'une nuit d'été. Le fan et le naïf discutent de DSK autour d'une DSP.

LE FAN
- Le pays a besoin d'être rassuré. Le président voulait combattre l'insécurité : il est l'insécurité. Sa com' se bunkérise et il en change toutes les 20 minutes. Quelle erreur de recevoir Thierry Henry le jour où deux millions de personnes sont dans la rue pour défendre les retraites ! Il se coupe complètement du pays qui en est aujourd’hui parfaitement conscient. Aujourd’hui, il serait battu par n’importe quel type de gauche.

LE NAÏF
- Oui mais les élections c'est dans deux ans....

LE FAN
- Je sais... Faut pas faire de conneries. On n’a pas intérêt à bousculer les choses. Il sera d’autant plus battu par DSK que celui-ci est le plus à même d’arracher des gens au centre et centre droit.

LE NAÏF
- Ah... pour faire passer la gauche, tu comptes sur les défections à droite et les voix du centre ?

LE FAN
- Bah...

LE NAÏF
- Moi je sais pas, j'aurais plutôt tenté de mobiliser mon camp, le fédérer autour d'un projet axé sur l'humain, l'échange, la réduction des inégalités et de la corruption, la garantie d'un toit, la taxation des flux financiers... Renforcer ce qui est bon, détruire le toxique. Mais j'imagine que tu sais ce que tu fais, que tu disposes de statistiques, d'études d'opinion avec des chiffres d'initiés.

LE FAN
- Ouais, ouais on a pris le même sondeur qu'en 2002.

LE NAÏF
- Mais dis-moi... Imagine, j'ai pas dit que ça allait arriver, imagine qu'il y ait encore quelques français qui ne soient pas au centre en 2012 (je sais c'est dingue) : vers qui se tourneront-ils ?

LE FAN
- Bah...

LE NAÏF
- Mais dis-moi tu n'as pas un peu le sentiment que DSK sonne "Billion Dollar Hotel" et, comme alternance au pouvoir de la monnaie, on a vu mieux. Enfin moi je dis ça... j'observe. C'est pas comme si je l'entendais dix fois par jour en moins nuancé de 7 à 77 ans partout où je vais.

LE FAN
- DSK représente plus un espoir qu'une menace. Les gens se souviendront qu'il a fait de bonnes choses quand il était ministre de l'économie, qu'il a nous a qualifié pour l'Euro.

LE NAÏF
- Euh non, si j'étais toi, je le rappellerais pas trop... Et puis, même avec un pays derrière son président au moment où il s'opposait à la guerre en Irak, je crois qu'ils auraient été bien peu à le soutenir s'il s'était représenté en 2007.

LE FAN
- C'est différent, Chirac trainait des casseroles et représentait le passé.

LE NAÏF
- Bah...

LE FAN
- Globalement, en grande opinion : DSK est le bon candidat. Il y a des moments où les gens veulent du changement et des moments où il faut du calme et de la sérénité.

LE NAÏF
- Remarque, ils ont bien élu un néo-conservateur en pensant "progrès" dans une période où ça allait déjà mal, ils peuvent voter à gauche pour le "respect du marché" au moment où celui-ci leur en fout plein la gueule comme jamais.

LE FAN
- T'es négatif.

LE NAÏF
- Non... je suis confiant. Heureusement qu'il y a des primaires ouvertes dans le parti qui permettront au peuple de gauche de décider quelle voix le représentera pour les présidentielles.

LE FAN
- Bah... comment dire.

LE NAÏF
- Te casse pas va, j'ai compris.

LE FAN
- Mais je t'assure, c'est le bon cheval. Si le marché ne le fait pas chier et qu’il trouve des situations astucieuses de l’autre, c’est un mec qui peut sortir la France du bourbier. Même si, je ne te cache pas qu'on va trouver le pays dans une situation désastreuse sur le plan économique.

LE NAÏF
- Purée, tu m'as fait peur... J'ai cru que tu parlais des gens.

LE FAN
- Bah...


"Fées répandez partout La rosée sacrée des champs."
W.Shakespeare, le songe d'une nuit d'été.


illustration : Ttiana et Bottom (in Songe d'une nuit d'été), John Anster Fitzgerald. (recadré)

29 juin 2010

[video] pugnace pas pugnace

par
De la férocité du journaliste en bois selon que son interlocuteur représente la puissance ou la marge.

Les enregistrements de l'économiste franc-tireur Paul Jorion (lire son compte-rendu) et du pointilleux patron de Goldman Sachs Europe (voir la suite du même tonneau) datent du même jour : le 9 juin 2010.

Le journaliste, lui, est le même, ou presque.



27 juin 2010

Woerth : Will zen win ?

par
Si nous étions dans cette vraie société décomplexée de l'argent roi, l'ouverture des jeux en ligne ne se limiterait pas au sport. Nous pourrions jouer sur la date et la nature de l'exil gouvernemental d'Eric Woerth. Demain ? Au prochain remaniement ? Seul ? Fortement incité ? A coups de latte ?

Les gestionnaires de la fortune Bettencourt, disposant d'une source fiable d'information interne, pourraient alors fructifier les dividendes de Madame en misant, comme par hasard, à la perfection.

"Quand on arrête de se les reprocher [les choses], on est assez serein."
RTL
, 27.06.2010

Le départ du Ministre du travail serait pour bientôt ? A en croire des journaux et des radios usant et abusant de la métaphore de l'étau et de la pression au sujet d'un ministre prit la main dans le pot aux collusions : Oui.

Je ne m'attarderai pas sur la cascade des éléments s'accumulant contre lui, elle évolue d'heure en heure.

Mais...

Compte-tenu que payer moins d'impôts est souvent la première activité du riche, via l'expert en défiscalisation, et du très très riche via la création de structures dédiées.

Compte tenu de la profusion des possibilités d'évasions de pognon et de niches fiscales autorisées, concoctées, aménagées, renforcées par ce gouvernement pour chouchouter leurs camarades de classe.

Le combat pour départager le légal de l'inégal s'annonce compliqué.

J'imagine que l'ex Ministre du Budget, aujourd'hui homme clé de la réforme des retraites, table là-dessus ainsi que sur une victoire de La France en coupe du monde et un été ensoleillé pour qu'on lui lâche la grappe.

La faute est originelle : Comment Eric Woerth a t-il pu être Ministre dans ces conditions ou, comment son épouse a pu accepter un tel job avec un conjoint officiant au Budget [1] sans que cela ne choque ni lui ni personne dans la classe politique ?

Sans compter, et ce n'est pas son genre, que notre homme était simultanément trésorier de l'UMP.

A l’image d’un Christian Blanc ne comprenant pas que, pour des français de plus en plus nombreux à compter leurs clopes, c'est le concept même que l’on puisse claquer 12.000 euros en cigare qui est choquant, l’autisme instinctif Woerhtien dans le frais prolongement des révélations de Mediapart compromet son destin politique à court terme.

Qu'il ne se soit pas retiré de lui-même de ses fonctions en attendant une clarification, pour reconnaître au minimum une faute de goût, mais au contraire qu'il ait joué la carte de la morgue, confirme ce sentiment de contrefaçon pouvant émaner de ce pourfendeur autoproclamé de l'évasion fiscale lors de ses interventions télévisées. Il en va de même pour son gouvernement uni battant des records de discrédit [2].

Prenons garde à ce que son cas personnel et sa médiatisation, suite d'une série de stigmatisations individuelles sur fond de dénonciations (le balancier penche aujourd'hui à droite [3]) ne cache pas à la fois la machinerie et la machination :

- La machinerie législative permettant à Woerth et d'autres de proclamer leur respect de la loi, et aux rentiers une élasticité jamais égalée dans les constructions et les évasions fiscales légales.

- La machination, limpide comme l’eau de riche, conçue par lui et ses acolytes pour couler le système collectif des retraites et en faire une préoccupation privée. Si son départ peut contribuer à fragiliser la réforme : qu’il s’en aille sous les hués.

Pour le soldat, je ne me fais aucun souci. J'ai cru comprendre qu'il avait de bonnes connexions dans le privé.

Lui parti, d’autres du même tonneau reprendront le combat, la morale toujours plus haute et toujours pour les autres, avec le même rictus de domination propre à ceux conscients qu'ils n'ont pas les aptitudes requises pour les postes qu'ils occupent par manque d'empathie ou d'éthique ou les deux.



[1] Le lecteur biffera selon sa situation conjugale.

[2] et de chômage.

[3] Qui prône le bling-bling doit en redistribuer sinon il se fait dépouiller gourmette et enjoliveurs.

25 juin 2010

De beaux marronniers

par

Ce ne sera que timidement avoué sur les ondes. Sachez-le : c'était ensoleillé, massif, hétéroclite et revigorant.

Hier. Alors qu'à l'appel des syndicats, les cortèges de salariés du public, du privé, retraités, intermittents, familles se rassemblaient partout en France, la belle journée débutait sur une double farce mediapolitique :

- L'annonce de la réception d'un footballeur à la main baladeuse à l'Élysée par un Monarque, visant rien de moins que le Grenelle du foot, n'hésitant pas à annuler pour l'occasion ses rendez-vous de longue date avec des ONG.

- Un sommet du journalisme d'investigation à la française sur une chaine d'information continue : une interminable course poursuite derrière la berline du capitaine de l'équipe de France (éliminée) depuis la sortie de son avion, avec motos, satellite et commentaires à l'avenant : "On vient de passer le Stade de France, mais je suis pas sur", "C'est quel tunnel ? Porte de Clignancourt ?" ou encore le subliminal "Paris est une bien belle ville avec ces marronniers".

Faute de budget, la pétrolette de marque "OJ Simpson" modèle "avek15ans2Retar" tombait en carafe aux alentours du palace final. Par chance, il ne se situait point dans le triangle des Bermudes de la contestation République-Bastille-Nation.

D'un côté : des animateurs d'infos qui occupent 95% de leur temps d'antenne à l'appât automobile, alors que des travailleurs se privent d'une journée de salaire pour défendre les retraites de tous contre un projet de réforme inique et inefficace.

De l'autre : le grand ordonnateur de la réforme sacrificielle reçoit un footballeur (qui triche, perd et tourne à 500.000 mensuels[1]).

Je n'ai qu'un un seul mot : Merci. Merci de rappeler à ceux qui n'ont pas pu, pas voulu, pas osé venir contester, de quel mépris se chauffe cette gouvernance et pour qui tournent ces médias.

Le soir, nous apprenions que la France comptait en mai 43.900 chômeurs supplémentaires avec une forte augmentation chez les quinquagénaires... Avant de songer à sauver le foot et péter les retraites, notre Monarcoach ferait bien de s'interroger sur le travail.




[1] à + ou - 100.000 près mais quand on aime on ne compte pas.

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