C’était dans une autre galaxie, à une autre époque, en 2004 dans la banlieue bourgeoise de Douai. Cela commençait comme ça, suite à un trop plein de télé, dans les rêveries
Conforamatées d’une étudiante en droit.
Juliette avait 21 ans et des ambitions plein la tête.
Des envies de vie rêvée, le songe d’un bel ensemble de linge de maison blanc signé
Deschamps, la projection d’une commande massive de macarons chez
Lacarie pour le baptême de son futur bébé qu’elle voulait blond, la possibilité d’un appartement spacieux autour du berceau sophistiqué, avec une terrasse pour
bruncher le dimanche accompagné de gens de bon goût puisqu’ils auraient le sien.
Après un bac brillamment décroché mention
comme les autres, des années rébarbatives de droit suivies d'une maîtrise, Juliette pensait de plus en plus concrètement à sa vie d’adulte qui, à en croire
Cofidicte, semblait à portée de mains. Elle y serait heureuse dans une maison comme celle de ses parents, mais bien à elle, avec un salon plus « dizaïne ». Pas un soir où elle ne s’endormait sans songer à son canapé géant pour siéger dedans.
Ses parents, deux médecins généralistes du Nord, tranquilles financièrement, baby-boomers évidemment, l’avaient habituée au confort moderne sans pour autant lui donner l’impression d’avoir eu à travailler énormément pour l’obtenir. Juliette avait toujours eu un épais sofa sous le cul au cœur d’un beau living-room lui même lové dans un grand pavillon entouré de son jardin paysager au gazon rasé.
Elle avait expérimenté, les unes après les autres, les conversions familiales systématiques (si possible avant le voisin) à toutes les avancées scientifiques qu’offrait, pour les nantis, ce monde de progrès : Premier magnétoscope VHS, premiers Laserdisc suivi cinq ans avant tout le monde du premier lecteur dvd.
Tous les soirs dans son palais du Pas-De-Calais, petite Juliette regardait
Madame est Servie en rêvant de devenir Angela Bauer. Son adolescence fut ensuite bercée par
Friends. Dans la sitcom new-yorkaise, Juliette admirait ces jeunes femmes indépendantes, volontaires et totalement soumises au marché qui en quelques saisons, et presque sans coucher, transformèrent tous les mecs de la série (ceux pas encore totalement trépanés comme ce brave con de Joey) en fiottes pathétiques toujours prêtes à ramper.
Le succès de
Bienvenue chez les Ch’tis quatre ans plus tard sonnera d’abord la revanche des petites gens. Pour beaucoup de notables de Flandre, c’était (et c’est toujours) une tare de vivre au pays des chicons et des betteraves. Vivant la région comme pas assez
Rotary et surtout trop pleine de pouilleux crottés, pour leur fin de cinquantaine libérale, les parents médecins s’exilèrent dans le sud pour finir en beauté parce que les vieux là-bas ça a
plus de blé.
Juliette se devait d’être avocat, juriste ou quelque chose qui ne ferait pas pâlir de honte ses géniteurs dans les dîners mondains de l’arrière-pays provençal où les deux vivaient maintenant dans une villa au sommet du lotissement, le
Xanadu du CSP+. Juliette, pressée d’être indépendante comme ses amis virtuels du
Central Perk, était bien au fait que pour habiter dans un bel appartement parisien, avec des parents plus radins qu’il n’y paraissait et inconscients des tarifs en vigueur dans l’immobilier, il lui fallait vite obtenir
plus de blé.
Se contentant d'une chambre de bonne sur Paris, bien en dessous du standing auquel elle prétendait mais au loyer entièrement réglé par papa et maman, Juliette officiait dans une étude en contrat précaire à trier du dossier pour des avocats en charge de défendre les couples confrontés au surendettement.
Vite fait bien fait, pour améliorer son quotidien, elle sélectionnait Pierre. C’était un gentil qui terminait peu motivé ses deux années dans une école de commerce de moyenne qualité dans laquelle pourtant se ruinaient des parents qui croyaient dur comme fer que quand on pouvait il n’y avait plus qu’à vouloir. Ce chic type ne demandait rien à personne mais, paradoxe du manque d’imagination en milieu social non-dévafavorisé, étant fatigué de sa vie de famille, il voulait fonder… sa famille. A 22 ans, à peine avait-il eu le temps de se prendre trois râteaux pour se faire une idée de la sexualité que c’était réglé : Avec Juliette au propre comme au figuré, il sautait sur la belle affaire.
Devant la pénurie de lofts new-yorkais disponibles à la location sur Paris, surtout dans les limites de leur maigre budget, Pierre et Juliette se rabattirent sur la banlieue mais pas n’importe laquelle. Ils trouvèrent sans difficulté, avec la caution parentale des deux familles, un mini deux pièces à Levallois-Perret qu’ils gavèrent de meubles et de bibelots
trop mignons selon les dernières prescriptions de
Question Maison !
Ce fut le théâtre d'un long et intense bonheur de quatre mois.
Au printemps, Juliette voulait se marier : Le prêt pour l’accession à la propriété serait ainsi plus facile à décrocher.
-
Ah bon faut acheter ? Demanda interloqué Pierre qui malgré son BTS force de vente bouffait encore ses crottes de nez en ricanant devant Cauet sans avoir d’idées arrêtées sur la tournure des années à suivre.
-
Oui le 30m2 carré pour deux y en a assez ! J’ai de l’ambition, je veux mon appartement à moi, je veux pas faire comme tes cons de parents qui a 55 ans sont toujours pas propriétaires ! Lui répondit Juliette de cette voix de crécelle propre aux pétasses pas prêtes à se laisser faire.
Pierre laissa parler cet instinct émancipateur, guidé par son slip et les émissions d’M6, voulant s’affranchir à jamais de la tyrannie de son intolérable condition sociale de pas-propriétaire :
-
Oh oui tu as raison, c’est vraiment des cons mes parents, en plus ils ont eu cinq enfants pouvaient pas faire attention ! Allez baisons maintenant !
Tandis qu’il besognait sa poupée gonflante sur la déserte branlante
Borkaasé de chez
Hic et Ah !, premier objet d’une série encombrante mais coordonnée de tables basses achetées en douze fois sans frais, Pierre compris que sa paye pourrave de vendeur en forfaits téléphoniques n’y pouvait suffire : Juliette devait elle aussi gagner
plus de blé. Il fallait se donner le moyen de leurs ambitions s’ils voulaient égaler la réussite matérielle de leurs parents. Pour le couple, évidemment, cela ne pourrait aller que mieux : Ils visaient pour leurs 25 ans, une vie au mélange harmonieux de
Friends pour le côté artiste, fun et femme libérée avec
Madame est Servie pour le côté cadre, Connecticut et homme de ménage.
Isolée dans l’indépendance du deux-pièces de Levallois-Perret où vite tout devenait ennuyant (et surtout pas assez grand) et parce que sortir ou s’amuser nécessitait
plus de blé, Juliette eut la nostalgie de son enfance et de ses parents.
Une fois marié en grandes pompes dans un château loué pour la modique somme de six mois de salaire par les parents de Pierre, surnommés dans l’intimité des amoureux
ces connards de locataires, le couple uni pour la vie et les crédits ferait en une et même passe le grand saut tandis qu’il couperait le cordon : Pierre et Juliette s’installeraient donc dans le Sud, le plus près possible des parents de la jeune femme. Cette dernière prétexta qu'elle avait décroché dans la région un important travail en CDI qu’elle se montrait pourtant évasive à détailler.
Le couple choisit en un après-midi un F3 sans charme en troisième banlieue d’une ville moyenne des Bouches-du-Rhône peuplée de retraités (la ville et l’appartement) mais offrant le principal avantage d’être à moins de trente kilomètres de la villa avec piscine des parents. Le couple s’éviterait des frais supplémentaires de vacances. Et puis…
- Tu te rends comptes Pierre, pour la taille c’est tellement moins cher qu’à Paris !
Au moment de signer pour trois cent soixante mensualités puisque les deux n’avaient pas l’ombre d’un billet à avancer, Juliette eut ces mots qui rassurèrent le mari un tantinet chahuté pour le chambard qu’en moins d’un an
la belle affaire avait imposé à sa vie d’étudiant pépère :
-
De toutes les façons dans trois ans on revend et on rachète une maison avec jardin et piscine plus près de chez mes parents !
Quand je l’avais au téléphone, Pierre, qui avait du flair, étalait même une certaine confiance :
- On a des projets, ça brasse bien dans le coin, d’ici deux ans on va ouvrir une agence immobilière et faire plus de blé !
En attendant, cette graine d’ambition accepta sans broncher ce salaire, pourtant mauvais, de guichetier dans une succursale bancaire (celle là même auprès de laquelle il empruntait pour une vie de revenus) à moins de 1h30 d’embouteillages de son immeuble pour seniors.
Ce boulot austère vers lequel Pierre roulait sa peine chaque matin entraîna un imprévu amer : L’achat d’une automobile de couleur prune et de marque
Citropeine. Certes ce n’était pas le
roadster de ses rêves mais, entièrement financée à crédit (comme d’ailleurs le reste de la salle à manger, du vaisselier, des deux canapés et des trois lits d’amis), le couple en fut satisfait trois mois gratuits, comme prévu par la publicité, avant de sentir l’addition passer.
C’est début 2007 que pour la première fois Pierre fit attention à ce qui lui restait sur son compte en fin du mois, c’est à dire moins que moi qui pourtant ne travaillait pas. Au terme du premier trimestre, la fin mois arrivait avant même de commencer.
Pierre mit quelques courses
à l'hyper pour reconnaître la situation. De la viande à chaque repas, le couple d’aspirants bourgeois devenu classe laborieuse sans s’en apercevoir, était passé aux nouilles deux fois par jour puis aux coquillettes
discount avant qu’il n’abandonne purement et simplement
l'hyper pour d’autres enseignes moins avouables et moins bien climatisées.
Cette vie d’indépendance ensoleillée coûtait plus cher que Pierre et Juliette ne le pensaient et dans le même temps, pour l’atteindre ils avaient perdu toute liberté : Obligés de pointer dans des jobs pas glorieux et mal payés, de bouffer du féculent périmé dans leurs belles assiettes art déco, dilapidant leur maigre épargne dans l’achat de gadgets inutiles qui donneraient l’impression à leurs collègues de bureaux qu’ils étaient toujours en tête dans la course des
happy-fews. Cette dernière occupation cannibalisait leur temps libre et les stressait au plus haut point, chaque visite en hypermarché devenant un parcours de torture aux milles privations.
Sans compter que pour Pierre il fallait désormais se taper tous les dimanches chez les beaux-parents, y être le témoin passif de leur opulence domestique, suivi sur le chemin du retour des réprimandes de Juliette concernant son salaire de mari de compagnie, pas assez élevé pour permettre au couple d’avoir le train de vie de leurs aïeux.
Pour se réconforter, sur ses trajets matinaux quotidiens, tout en éveillant sa conscience politique à la seule écoute de Jean-Jacques Bourdin, Pierre se répétait qu’au moins le climat de sa région était agréable et qu’il ne s’en sortait pas trop mal puisque lui et Juliette n’avaient pas d’enfant. A peine eut-il intérieurement finit sa phrase que sa partenaire de contrat matrimonial, pompadouresque sur son siège passager, lui tendit un petit emballage cerclé de rose. Le coup de frein à main fit crisser les pneus de La
Soxa qui stoppa nette devant le bureau de notaires où la prétendante aux plus hauts tribunaux officiait en tant que secrétaire. Pierre ouvrit le précieux objet : Il sentait le pipi.
Pour la première fois, et peut-être aussi la dernière, le sourire de Juliette fut sincère :
- Tu vas être Papa ! Ricana la goguenarde pas peu fière
Pierre et Juliette, chacun dans l’intimité de leur conscience et sans s’en parler, avouaient n’y avoir jusque là jamais pensé : Pas au bébé mais à leur manque grandissant de pognon ! Oui, l’argent devenait le référent de chaque conversation, le canevas où venait se fondre dans la rancœur la moindre de leurs pensées. Ils savaient comment le dépenser mais bon dieu, leurs parents y étaient pourtant arrivés sans se forcer : Comment emmagasiner
plus de blé ?
C’est ce mois d’avril là qu’un homme politique bien en vu et plutôt populaire dans leur immeuble prononça ses mots qui sonnèrent comme LA solution : il fallait
travailler plus pour gagner plus. Ce ne fut même pas la peine que Jean-Pierre Pernault en rajoute, le choix était fait. Le slogan était moderne et aussi efficace qu’un pitch de
Cold case. Dans la foulée, le couple s’éviterait aussi cette illuminée de gauche qui faisait horreur à chacun de leurs parents. D’ailleurs, Juliette comme sa mère ne supportait pas qu’une femme ait plus de responsabilité qu’elle.
L’élection du président, le 6 mai 2007, ne fut pas spécialement un jour de fête. En fait, Pierre et Juliette, même s’ils avaient voté pour lui, s’en foutaient de ce président. Ce Dimanche là, ils ragèrent de ne pas pouvoir faire de courses pour leur futur bébé : Le
King Joujou de la ZAC était fermé.
-
Feignants de pauvres ! Grogna Juliette, plus par mimétisme familial que conviction sociale.
Les mois qui suivirent, Pierre et Juliette collectèrent à prix fort mais dilué dans les mensualités, toutes les affaires nécessaires, et bien plus encore, à l’enfant divin qui ferait d’eux des parents heureux comme dans l’épisode final de la dernière saison de
Friends qu’ils regardaient régulièrement en dvd sur leur grand écran plasma acheté avec la carte
Cofidéga à la
grande quinzaine du pouvoir d’achat.
Et l’enfant paru. Faire-Part à papier doré et baptême religieux en grandes pompes pour eux qui ne priaient jamais. Ce jour de célébration familiale fut l’occasion d’afficher l’accomplissement à 23 ans de deux vies de crédit réunies : Le F3 pourri avec son canapé
Le Banquerouteur tout en crotte de mamouth, La
Soxa dans le parking avec son sticker
bébé à bord, le nourrisson customisé aux derniers oripeaux coûteux de la mode puéricultrice telle que détaillée dans le catalogue
Verbenêt et l’imposant vaisselier aux faux airs de tombeau de Toutankhamon. Cette journée de baptême en pleine communion avec les imprécations du marché fut le zénith de leur vie, tout ce qui suivrait ne serait plus que déception. C’est qu’ils avaient mis la barre haut : Y avait même des petits fours de chez
Lacarie.
-
Et tu sais combien ça coûte les macarons de chez Lacarie ? Me demanda Juliette gonflée d’orgueil en me tendant le plateau qui en débordait.
-
Non j’en sais rien et j’aime pas ça, par contre si t’as des Pépitos je suis preneur. Lui répondis-je en bon dandy ma coupette de mousseux à la main, légèrement incommodé par la moiteur régnant dans cet appartement me semblant de bien piètre qualité pour le prix d’achat que Pierre m’avait fièrement soufflé.
Ils avaient impressionné. Qui ? je ne sais pas mais ils en étaient persuadés. Pour se payer un tel happening relationnel, le couple avait rogné sur son alimentation depuis des semaines et en avait encore pour des mois de ce régime à base de produits discrètement ramassés à la fin des marchés.
A la fin de l'année, les espoirs du couple, à l’image de la cloison de leur salle à manger, se lézardaient. Pierre et Juliette passaient désormais sans s’arrêter devant les hypermarchés où jadis, quand ils étaient jeunes, ils aimaient se balader des heures en rêvant d’un monde meilleur pour leur intérieur.
Manque de vitamines, de vacances, d’alimentation décente sur fond de pleurs dans un appartement sonore aux reflux de moisi, fuite d’eau surprise, frais de santé pour la petite et cerise sur le pudding, réévaluation du taux d’intérêt pour le taudis virant insalubre : A la mi 2008, juste avant que le marché ne fasse krach-krach alors qu’eux ne le faisaient déjà plus depuis longtemps, c’est peu de dire que Pierre et Juliette était fin prêt pour la grande dépression.
Terrassés, le teint bien livide pour des gens du sud, sous le coût d’un double interdit bancaire, au bord du dépôt de bilan financier et sentimental avec un appartement invendable sur les bras décotant sévère et un gosse pourri gâté qui a un an en sait déjà long sur ses capacités à dominer ses parents : C’est en l’état que je retrouvais Pierre et Juliette dans un restaurant
Flounch' de banlieue, par bonheur ouvert un jour férié de novembre 2008, lors de leur première montée dans la région parisienne depuis deux années.
Je sentis une pointe d’amertume lorsque je leur expliquai que la crise financière me touchait peu, pour le moment, puisque, sans emprunt aucun, je vivais déjà chichement depuis dix ans en m’étant habitué sans peine à ne rien désirer de matériel qui ne me soit pas essentiel mais, qu’au fond, si vraiment la situation se dégradait, je n’excluais pas de partir sous d’autres latitudes plus chaleureuses, recommencer tout à zéro du jour au lendemain, histoire d'avoir des choses à raconter dans mes bouquins.
Le départ en appelait un autre. Juliette évoqua alors en larme celui de ses parents.
Ses modèles de toujours l’avait trahie, les fumiers étaient partis s’installer en Inde parce que là-bas avec l’argent qu’ils avaient emmagasiné ici, ils n’auraient pas besoin d’avoir
plus de blé pour jouir longtemps d’une retraite dorée !
-
Putain, nous la crise, on la prend bien en pleine gueule ! Lança Pierre dépité, comme si ce qui lui arrivait était la faute du grand méchant marché, n’analysant pas même son crime de naïveté et ses multiples récidives.
Adieu le projet d’agence immobilière, adieu le rêve d’une maison avec piscine et jardin, adieu les parents chéris qui les bénissent depuis Pondichéry, adieu le deuxième enfant
(ça coûte trop cher ces conneries), adieu Paris, adieu
l'hyper, adieu la vie solvable et sans souci. Bonjour l'austère d'une vie à rembourser du crédit.
Pierre et Juliette cherchaient désespérément un modèle à suivre dans les séries télé du moment mais ils n'y voyaient plus que des tueurs en série, des corps disséqués, des gens tournant en rond sur une île déserte ou des femmes divorcées d'un cynisme ultime.
Lapant un baba au rhum pour deux, le couple retrouva tout de même le sourire à l’évocation de mon projet d’article sur les difficultés de la gauche à se trouver un leader qui ne soit pas de droite et des idées qui soient un minimum de gauche.
Juliette prit la main de son homme qui, lui, avait pris vingt ans en l’espace de trois. Ce petit quart de siècle qui, hier comme ce soir, croyait tout savoir, incapable d’analyser son drame mais pouvant citer dans le texte du Jean-François Copé, soupira du fond de sa rancœur, tout de même un peu soulagée :
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Tu te rends compte ce que cela aurait été si Segolène avait gagné… On l’a échappé belle tout de même !
c Seb Musset
