16 novembre 2008

Le meilleur du monde (y a-t-il trop de jours de commémoration pour notre président ?)

par
Sachez apprécier les boucles télévisuelles des droïdes de l’UMP, les Léfebvre, les Chatel, les Jégo, les Copé qui occupent à tour de rôle les plateaux télévisés pour vous expliquer au milieu des ricanements complices d'animateurs achetés et d'un public maté pour ne pas se réveiller, qui sert de tapisserie à applaudir, qu’il n’est pas politiquement correct de ne pas être d'hyper-droite, que la jeunesse et l'étranger (quand ni l'un ni l'autre ne viennent de familles fortunées) sont des menaces à ficher, qu'internet est un repère de terroristes, pédophiles et syndicalistes à mater à coup de décrets et qu'une éducation inadaptée aux offres du marché est le terreau de futures incivilités.

Et quand ils essuient, débonnaires, l'excès de propagande encore collé aux semelles de leurs Weston sur vos têtes passives d'esclaves décervelés, sachez lire entre les grosses lignes HD que, tôt ou tard, tout ce qui n’est pas Sarkozy-Ready finira au Stade de France et pas pour voir des matchs.

Savourez une propagande journalistique inégalée depuis les plus beaux régimes bananiers ! Dégustez une censure qui n'a plus à venir d'en haut, tant chaque maillon du contrôle de l'information, les roboches, affidés et mouilles-pantalons, sont génétiquement programmés pour la faire remonter d'eux-mêmes en kiosque ou à l'antenne.

Appréciez ce travail d'orfèvre, certes plus grossier le week-end (car avec moins de salariés et plus de stagiaires), des chaînes télévisées d'information continue puisant leurs accroches directement dans les gros titres du Figaro de Dassault pour célébrer les avancées historiques de notre Sauveur de Président, Mr Smith à Washington, qui fait quelques courses de popularité au G20 de son quartier avec les grands de ce monde, vous savez ceux qui l'ont pillé.

Voyez comment le titre d'après, les attachés de presse évoquant la mise en examen
de "terroristes gauchistes" dont le seul crime avéré est d’avoir des idées et des bibliothèques qui ne sont pas celles du gouvernement, reprennent via les bouches ouateuses de meufs canon à la diction douce, les mots tamisés d'une plaquette marketing UMP pour l'instauration sans douleur, voire dans le soulagement populaire, de lois totalitaires.

Si vous n'appréciez pas tout cela, de deux choses l'une :

- Soit vous êtes déjà cliniquement mort.

- Soit, vous aussi, vous avez encore un peu d'esprit critique et de grandes chances de devenir tôt ou tard un "ultra-gauchiste" et, à l'étroit dans ce rêve bleu, de vivre des années de terreur.

Pour ma part, comprenez pourquoi, puisqu'en France les mots ont la valeur pénale de bombes, de plus en plus souvent j'utiliserai la fiction pour affirmer que, non vraiment non, ce n'est pas retarder des trains qui fera avancer la cause.


Fiez-vous à votre instinct ! Dans ces temps de régression à peine voilée où tout contre-discours est voué à être marginalisé au milieu des rires de petits comités de plateaux puis étouffé dans l'indifférence générale par le législateur, c'est l'arme d'autodéfense la plus adaptée et la plus efficace.

Et désobéissez ! Enfin, si vous m'avez lu jusque là au lieu de vous taper le journal télé, c'est que vous avez déjà commencé.

Update 17.11.08 : extrait de l'interview d'Eric hazan, editeur de "la cellule invisible" par Mediapart

12 novembre 2008

Elle avait les yeux revolving

par

Elle avait les yeux revolvingromance sociale sur fond de crise signée Seb Musset.

C’était dans une autre galaxie, à une autre époque, en 2004 dans la banlieue bourgeoise de Douai. Cela commençait comme ça, suite à un trop plein de télé, dans les rêveries Conforamatées d’une étudiante en droit.

Juliette avait 21 ans et des ambitions plein la tête.

Des envies de vie rêvée, le songe d’un bel ensemble de linge de maison blanc signé Deschamps, la projection d’une commande massive de macarons chez Lacarie pour le baptême de son futur bébé qu’elle voulait blond, la possibilité d’un appartement spacieux autour du berceau sophistiqué, avec une terrasse pour bruncher le dimanche accompagné de gens de bon goût puisqu’ils auraient le sien.

Après un bac brillamment décroché mention comme les autres, des années rébarbatives de droit suivies d'une maîtrise, Juliette pensait de plus en plus concrètement à sa vie d’adulte qui, à en croire Cofidicte, semblait à portée de mains. Elle y serait heureuse dans une maison comme celle de ses parents, mais bien à elle, avec un salon plus « dizaïne ». Pas un soir où elle ne s’endormait sans songer à son canapé géant pour siéger dedans.

Ses parents, deux médecins généralistes du Nord, tranquilles financièrement, baby-boomers évidemment, l’avaient habituée au confort moderne sans pour autant lui donner l’impression d’avoir eu à travailler énormément pour l’obtenir. Juliette avait toujours eu un épais sofa sous le cul au cœur d’un beau living-room lui même lové dans un grand pavillon entouré de son jardin paysager au gazon rasé.

Elle avait expérimenté, les unes après les autres, les conversions familiales systématiques (si possible avant le voisin) à toutes les avancées scientifiques qu’offrait, pour les nantis, ce monde de progrès : Premier magnétoscope VHS, premiers Laserdisc suivi cinq ans avant tout le monde du premier lecteur dvd.

Tous les soirs dans son palais du Pas-De-Calais, petite Juliette regardait Madame est Servie en rêvant de devenir Angela Bauer. Son adolescence fut ensuite bercée par Friends. Dans la sitcom new-yorkaise, Juliette admirait ces jeunes femmes indépendantes, volontaires et totalement soumises au marché qui en quelques saisons, et presque sans coucher, transformèrent tous les mecs de la série (ceux pas encore totalement trépanés comme ce brave con de Joey) en fiottes pathétiques toujours prêtes à ramper.

Le succès de Bienvenue chez les Ch’tis quatre ans plus tard sonnera d’abord la revanche des petites gens. Pour beaucoup de notables de Flandre, c’était (et c’est toujours) une tare de vivre au pays des chicons et des betteraves. Vivant la région comme pas assez Rotary et surtout trop pleine de pouilleux crottés, pour leur fin de cinquantaine libérale, les parents médecins s’exilèrent dans le sud pour finir en beauté parce que les vieux là-bas ça a plus de blé.

Juliette se devait d’être avocat, juriste ou quelque chose qui ne ferait pas pâlir de honte ses géniteurs dans les dîners mondains de l’arrière-pays provençal où les deux vivaient maintenant dans une villa au sommet du lotissement, le Xanadu du CSP+. Juliette, pressée d’être indépendante comme ses amis virtuels du Central Perk, était bien au fait que pour habiter dans un bel appartement parisien, avec des parents plus radins qu’il n’y paraissait et inconscients des tarifs en vigueur dans l’immobilier, il lui fallait vite obtenir plus de blé.

Se contentant d'une chambre de bonne sur Paris, bien en dessous du standing auquel elle prétendait mais au loyer entièrement réglé par papa et maman, Juliette officiait dans une étude en contrat précaire à trier du dossier pour des avocats en charge de défendre les couples confrontés au surendettement.

Vite fait bien fait, pour améliorer son quotidien, elle sélectionnait Pierre. C’était un gentil qui terminait peu motivé ses deux années dans une école de commerce de moyenne qualité dans laquelle pourtant se ruinaient des parents qui croyaient dur comme fer que quand on pouvait il n’y avait plus qu’à vouloir. Ce chic type ne demandait rien à personne mais, paradoxe du manque d’imagination en milieu social non-dévafavorisé, étant fatigué de sa vie de famille, il voulait fonder… sa famille. A 22 ans, à peine avait-il eu le temps de se prendre trois râteaux pour se faire une idée de la sexualité que c’était réglé : Avec Juliette au propre comme au figuré, il sautait sur la belle affaire.

Devant la pénurie de lofts new-yorkais disponibles à la location sur Paris, surtout dans les limites de leur maigre budget, Pierre et Juliette se rabattirent sur la banlieue mais pas n’importe laquelle. Ils trouvèrent sans difficulté, avec la caution parentale des deux familles, un mini deux pièces à Levallois-Perret qu’ils gavèrent de meubles et de bibelots trop mignons selon les dernières prescriptions de Question Maison !

Ce fut le théâtre d'un long et intense bonheur de quatre mois.

Au printemps, Juliette voulait se marier : Le prêt pour l’accession à la propriété serait ainsi plus facile à décrocher.

- Ah bon faut acheter ? Demanda interloqué Pierre qui malgré son BTS force de vente bouffait encore ses crottes de nez en ricanant devant Cauet sans avoir d’idées arrêtées sur la tournure des années à suivre.

- Oui le 30m2 carré pour deux y en a assez ! J’ai de l’ambition, je veux mon appartement à moi, je veux pas faire comme tes cons de parents qui a 55 ans sont toujours pas propriétaires ! Lui répondit Juliette de cette voix de crécelle propre aux pétasses pas prêtes à se laisser faire.

Pierre laissa parler cet instinct émancipateur, guidé par son slip et les émissions d’M6, voulant s’affranchir à jamais de la tyrannie de son intolérable condition sociale de pas-propriétaire :

- Oh oui tu as raison, c’est vraiment des cons mes parents, en plus ils ont eu cinq enfants pouvaient pas faire attention ! Allez baisons maintenant !

Tandis qu’il besognait sa poupée gonflante sur la déserte branlante Borkaasé de chez Hic et Ah !, premier objet d’une série encombrante mais coordonnée de tables basses achetées en douze fois sans frais, Pierre compris que sa paye pourrave de vendeur en forfaits téléphoniques n’y pouvait suffire : Juliette devait elle aussi gagner plus de blé. Il fallait se donner le moyen de leurs ambitions s’ils voulaient égaler la réussite matérielle de leurs parents. Pour le couple, évidemment, cela ne pourrait aller que mieux : Ils visaient pour leurs 25 ans, une vie au mélange harmonieux de Friends pour le côté artiste, fun et femme libérée avec Madame est Servie pour le côté cadre, Connecticut et homme de ménage.

Isolée dans l’indépendance du deux-pièces de Levallois-Perret où vite tout devenait ennuyant (et surtout pas assez grand) et parce que sortir ou s’amuser nécessitait plus de blé, Juliette eut la nostalgie de son enfance et de ses parents.

Une fois marié en grandes pompes dans un château loué pour la modique somme de six mois de salaire par les parents de Pierre, surnommés dans l’intimité des amoureux ces connards de locataires, le couple uni pour la vie et les crédits ferait en une et même passe le grand saut tandis qu’il couperait le cordon : Pierre et Juliette s’installeraient donc dans le Sud, le plus près possible des parents de la jeune femme. Cette dernière prétexta qu'elle avait décroché dans la région un important travail en CDI qu’elle se montrait pourtant évasive à détailler.

Le couple choisit en un après-midi un F3 sans charme en troisième banlieue d’une ville moyenne des Bouches-du-Rhône peuplée de retraités (la ville et l’appartement) mais offrant le principal avantage d’être à moins de trente kilomètres de la villa avec piscine des parents. Le couple s’éviterait des frais supplémentaires de vacances. Et puis…

- Tu te rends comptes Pierre, pour la taille c’est tellement moins cher qu’à Paris !

Au moment de signer pour trois cent soixante mensualités puisque les deux n’avaient pas l’ombre d’un billet à avancer, Juliette eut ces mots qui rassurèrent le mari un tantinet chahuté pour le chambard qu’en moins d’un an la belle affaire avait imposé à sa vie d’étudiant pépère :

- De toutes les façons dans trois ans on revend et on rachète une maison avec jardin et piscine plus près de chez mes parents !

Quand je l’avais au téléphone, Pierre, qui avait du flair, étalait même une certaine confiance :
- On a des projets, ça brasse bien dans le coin, d’ici deux ans on va ouvrir une agence immobilière et faire plus de blé !


En attendant, cette graine d’ambition accepta sans broncher ce salaire, pourtant mauvais, de guichetier dans une succursale bancaire (celle là même auprès de laquelle il empruntait pour une vie de revenus) à moins de 1h30 d’embouteillages de son immeuble pour seniors.

Ce boulot austère vers lequel Pierre roulait sa peine chaque matin entraîna un imprévu amer : L’achat d’une automobile de couleur prune et de marque Citropeine. Certes ce n’était pas le roadster de ses rêves mais, entièrement financée à crédit (comme d’ailleurs le reste de la salle à manger, du vaisselier, des deux canapés et des trois lits d’amis), le couple en fut satisfait trois mois gratuits, comme prévu par la publicité, avant de sentir l’addition passer.

C’est début 2007 que pour la première fois Pierre fit attention à ce qui lui restait sur son compte en fin du mois, c’est à dire moins que moi qui pourtant ne travaillait pas. Au terme du premier trimestre, la fin mois arrivait avant même de commencer.

Pierre mit quelques courses à l'hyper pour reconnaître la situation. De la viande à chaque repas, le couple d’aspirants bourgeois devenu classe laborieuse sans s’en apercevoir, était passé aux nouilles deux fois par jour puis aux coquillettes discount avant qu’il n’abandonne purement et simplement l'hyper pour d’autres enseignes moins avouables et moins bien climatisées.

Cette vie d’indépendance ensoleillée coûtait plus cher que Pierre et Juliette ne le pensaient et dans le même temps, pour l’atteindre ils avaient perdu toute liberté : Obligés de pointer dans des jobs pas glorieux et mal payés, de bouffer du féculent périmé dans leurs belles assiettes art déco, dilapidant leur maigre épargne dans l’achat de gadgets inutiles qui donneraient l’impression à leurs collègues de bureaux qu’ils étaient toujours en tête dans la course des happy-fews. Cette dernière occupation cannibalisait leur temps libre et les stressait au plus haut point, chaque visite en hypermarché devenant un parcours de torture aux milles privations.

Sans compter que pour Pierre il fallait désormais se taper tous les dimanches chez les beaux-parents, y être le témoin passif de leur opulence domestique, suivi sur le chemin du retour des réprimandes de Juliette concernant son salaire de mari de compagnie, pas assez élevé pour permettre au couple d’avoir le train de vie de leurs aïeux.

Pour se réconforter, sur ses trajets matinaux quotidiens, tout en éveillant sa conscience politique à la seule écoute de Jean-Jacques Bourdin, Pierre se répétait qu’au moins le climat de sa région était agréable et qu’il ne s’en sortait pas trop mal puisque lui et Juliette n’avaient pas d’enfant. A peine eut-il intérieurement finit sa phrase que sa partenaire de contrat matrimonial, pompadouresque sur son siège passager, lui tendit un petit emballage cerclé de rose. Le coup de frein à main fit crisser les pneus de La Soxa qui stoppa nette devant le bureau de notaires où la prétendante aux plus hauts tribunaux officiait en tant que secrétaire. Pierre ouvrit le précieux objet : Il sentait le pipi.

Pour la première fois, et peut-être aussi la dernière, le sourire de Juliette fut sincère :

- Tu vas être Papa ! Ricana la goguenarde pas peu fière

Pierre et Juliette, chacun dans l’intimité de leur conscience et sans s’en parler, avouaient n’y avoir jusque là jamais pensé : Pas au bébé mais à leur manque grandissant de pognon ! Oui, l’argent devenait le référent de chaque conversation, le canevas où venait se fondre dans la rancœur la moindre de leurs pensées. Ils savaient comment le dépenser mais bon dieu, leurs parents y étaient pourtant arrivés sans se forcer : Comment emmagasiner plus de blé ?

C’est ce mois d’avril là qu’un homme politique bien en vu et plutôt populaire dans leur immeuble prononça ses mots qui sonnèrent comme LA solution : il fallait travailler plus pour gagner plus. Ce ne fut même pas la peine que Jean-Pierre Pernault en rajoute, le choix était fait. Le slogan était moderne et aussi efficace qu’un pitch de Cold case. Dans la foulée, le couple s’éviterait aussi cette illuminée de gauche qui faisait horreur à chacun de leurs parents. D’ailleurs, Juliette comme sa mère ne supportait pas qu’une femme ait plus de responsabilité qu’elle.

L’élection du président, le 6 mai 2007, ne fut pas spécialement un jour de fête. En fait, Pierre et Juliette, même s’ils avaient voté pour lui, s’en foutaient de ce président. Ce Dimanche là, ils ragèrent de ne pas pouvoir faire de courses pour leur futur bébé : Le King Joujou de la ZAC était fermé.

- Feignants de pauvres ! Grogna Juliette, plus par mimétisme familial que conviction sociale.

Les mois qui suivirent, Pierre et Juliette collectèrent à prix fort mais dilué dans les mensualités, toutes les affaires nécessaires, et bien plus encore, à l’enfant divin qui ferait d’eux des parents heureux comme dans l’épisode final de la dernière saison de Friends qu’ils regardaient régulièrement en dvd sur leur grand écran plasma acheté avec la carte Cofidéga à la grande quinzaine du pouvoir d’achat.

Et l’enfant paru. Faire-Part à papier doré et baptême religieux en grandes pompes pour eux qui ne priaient jamais. Ce jour de célébration familiale fut l’occasion d’afficher l’accomplissement à 23 ans de deux vies de crédit réunies : Le F3 pourri avec son canapé Le Banquerouteur tout en crotte de mamouth, La Soxa dans le parking avec son sticker bébé à bord, le nourrisson customisé aux derniers oripeaux coûteux de la mode puéricultrice telle que détaillée dans le catalogue Verbenêt et l’imposant vaisselier aux faux airs de tombeau de Toutankhamon. Cette journée de baptême en pleine communion avec les imprécations du marché fut le zénith de leur vie, tout ce qui suivrait ne serait plus que déception. C’est qu’ils avaient mis la barre haut : Y avait même des petits fours de chez Lacarie.

- Et tu sais combien ça coûte les macarons de chez Lacarie ? Me demanda Juliette gonflée d’orgueil en me tendant le plateau qui en débordait.

- Non j’en sais rien et j’aime pas ça, par contre si t’as des Pépitos je suis preneur. Lui répondis-je en bon dandy ma coupette de mousseux à la main, légèrement incommodé par la moiteur régnant dans cet appartement me semblant de bien piètre qualité pour le prix d’achat que Pierre m’avait fièrement soufflé.

Ils avaient impressionné. Qui ? je ne sais pas mais ils en étaient persuadés. Pour se payer un tel happening relationnel, le couple avait rogné sur son alimentation depuis des semaines et en avait encore pour des mois de ce régime à base de produits discrètement ramassés à la fin des marchés.

A la fin de l'année, les espoirs du couple, à l’image de la cloison de leur salle à manger, se lézardaient. Pierre et Juliette passaient désormais sans s’arrêter devant les hypermarchés où jadis, quand ils étaient jeunes, ils aimaient se balader des heures en rêvant d’un monde meilleur pour leur intérieur.

Manque de vitamines, de vacances, d’alimentation décente sur fond de pleurs dans un appartement sonore aux reflux de moisi, fuite d’eau surprise, frais de santé pour la petite et cerise sur le pudding, réévaluation du taux d’intérêt pour le taudis virant insalubre : A la mi 2008, juste avant que le marché ne fasse krach-krach alors qu’eux ne le faisaient déjà plus depuis longtemps, c’est peu de dire que Pierre et Juliette était fin prêt pour la grande dépression.

Terrassés, le teint bien livide pour des gens du sud, sous le coût d’un double interdit bancaire, au bord du dépôt de bilan financier et sentimental avec un appartement invendable sur les bras décotant sévère et un gosse pourri gâté qui a un an en sait déjà long sur ses capacités à dominer ses parents : C’est en l’état que je retrouvais Pierre et Juliette dans un restaurant Flounch' de banlieue, par bonheur ouvert un jour férié de novembre 2008, lors de leur première montée dans la région parisienne depuis deux années.

Je sentis une pointe d’amertume lorsque je leur expliquai que la crise financière me touchait peu, pour le moment, puisque, sans emprunt aucun, je vivais déjà chichement depuis dix ans en m’étant habitué sans peine à ne rien désirer de matériel qui ne me soit pas essentiel mais, qu’au fond, si vraiment la situation se dégradait, je n’excluais pas de partir sous d’autres latitudes plus chaleureuses, recommencer tout à zéro du jour au lendemain, histoire d'avoir des choses à raconter dans mes bouquins.

Le départ en appelait un autre. Juliette évoqua alors en larme celui de ses parents.

Ses modèles de toujours l’avait trahie, les fumiers étaient partis s’installer en Inde parce que là-bas avec l’argent qu’ils avaient emmagasiné ici, ils n’auraient pas besoin d’avoir plus de blé pour jouir longtemps d’une retraite dorée !

- Putain, nous la crise, on la prend bien en pleine gueule ! Lança Pierre dépité, comme si ce qui lui arrivait était la faute du grand méchant marché, n’analysant pas même son crime de naïveté et ses multiples récidives.

Adieu le projet d’agence immobilière, adieu le rêve d’une maison avec piscine et jardin, adieu les parents chéris qui les bénissent depuis Pondichéry, adieu le deuxième enfant (ça coûte trop cher ces conneries), adieu Paris, adieu l'hyper, adieu la vie solvable et sans souci. Bonjour l'austère d'une vie à rembourser du crédit.

Pierre et Juliette cherchaient désespérément un modèle à suivre dans les séries télé du moment mais ils n'y voyaient plus que des tueurs en série, des corps disséqués, des gens tournant en rond sur une île déserte ou des femmes divorcées d'un cynisme ultime.

Lapant un baba au rhum pour deux, le couple retrouva tout de même le sourire à l’évocation de mon projet d’article sur les difficultés de la gauche à se trouver un leader qui ne soit pas de droite et des idées qui soient un minimum de gauche.

Juliette prit la main de son homme qui, lui, avait pris vingt ans en l’espace de trois. Ce petit quart de siècle qui, hier comme ce soir, croyait tout savoir, incapable d’analyser son drame mais pouvant citer dans le texte du Jean-François Copé, soupira du fond de sa rancœur, tout de même un peu soulagée :

- Tu te rends compte ce que cela aurait été si Segolène avait gagné… On l’a échappé belle tout de même !

c Seb Musset

8 novembre 2008

signes exterieurs d'intérêt (attention autopromo)

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Je profite de la reprise d'un de mes billets dans le Vendredi de ce vendredi, de cet article sur le site esprit-riche et de l'effort d'un internaute procédurier pour souligner ma contribution au rayonnement de la francophonie pour vous remercier de vos messages de soutien et de l'intérêt croissant que vous portez à mes chroniques de l'indignation, de la mauvaise humeur et de l'espérance naïve en un monde meilleur. Malgré les apparences, cela me rend bien plus confiant qu'il y a deux ans sur nos capacités de réaction.

7 novembre 2008

Lagarde et mirages

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Je reviens parmi les vivants. Rien de tel qu'une thérapie par le rire : Je sors peu à peu de ce virus qui m'a cloué au lit trois jours grâce aux petites phrases de Christine Lagarde à la fois précieuse ridicule, femme savante et médecin malgré elle.

A propos de l’élection du premier noir à la présidence des Etats-Unis et sur la probabilité qu’un tel événement survienne en France, Christine Lagarde a ces mots magiques sur France 2 : « Quelque part, ça s'est un peu produit avec l'arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy. »

Petite précision qui en raconte sur chacun de deux pays : Barack Obama a été élu grâce au sursaut des moins de 30 ans alors que Sarkozy ne doit son trône qu’à la mobilisation moutonnière des plus de 60.

L'après-midi, Christine Lagarde nous offre sa réévaluation mensuelle de la croissance pour l'année prochaine qui restera "positive mais plutôt entre 0.2 et 0.5%". Ce n'est pas tant le chiffre proche du zéro absolu qui compte mais le mot "positif" qui, bien qu'il soit en contradiction avec d'autres analyses, doit rassurer le gentil français. Prochaine étape : Noël avec une réévaluation entre 0.05 et 0.1.

Le soir sur France 3, La ministre de l'économie conclut sa prestation media-trainée face a Carole Gaessler sur un philosophique (mais inquiétant vu son poste) : "Ce qui est certain c'est que personne n'a de certitude" qui me sort des limbes.

Préparer les français à souffir mais sans les alarmer telle est la mission de Christine Lagarde. Petit détail dont l'avocate du gouvernement n'a pas forcément conscience : Beaucoup de français souffrent déjà et depuis un petit moment. Ils n'attendent pas les euphémismes mathématiques des services de communication gouvernementaux pour se reconnaître à titre personnel, familial et professionnel : "'En récession".

Merci Madame Lagarde. Voilà que je me sens revigoré, doté de la force de 1000 Steven Seagal, prêt à tataner à la faucille, au marteau et au coup de boule ce genre d'expérience génétique foireuse du 7e avec sa chemise repassée par maman, se pavanant sur les ruines touristiques de 68 en prétendant que :

5 novembre 2008

Vers un leadership funky !

par

J'ai honte : Je ne partage pas l'orgasme médiatique français (préliminaires des trois dernières semaines + coït de cette nuit) concernant l'élection de Barack Obama à la présidence des Etats-Unis. Notons que pour les tv et radios françaises et si l'on s'en tient à la localisation de leurs principaux directs, l'Amérique se restreint à Manhattan et encore, entre le 42e et la 50e rue au niveau de la 7e avenue.

Les raisons de mon amertume ? Premièrement, j'étais malade (trop de Bud avec mes burgers et mes frites Mc Cain au Planet Hollywood) et, rien à faire, cette nuit blanche du 4 novembre gardera à jamais un arrière-gout de vomi.

Deuxièmement, malgré qu'Obama soit le premier président américain a écouter la même musique que moi et que je me réjouisse de l'avancée sociétale que son accession aux plus hautes responsabilités représente, cette success story à pépites de grand-mère cancéreuse que l’on nous rabâche depuis des mois, le tout sur fond de facebook et de SMS, avec un bouquet final sous la forme pré-totalitaire d'un infommercial de 26 minutes simultanément diffusé en prime-time sur les principaux networks, passe mal.

Barack Obama est le fabuleux cygne noir à l'apparence super-cool qui prouve que les États-Unis ne sont plus au bord mais bien au fond de la cuvette. Je précise que j'aurais voté pour lui, sans grande illusion, si j'avais été concerné par ce scrutin.

Communication, économie et guerre sont les trois rênes du règne américain. La guerre est un fiasco, l’économie ne va pas mieux, reste la com' : l’iconographie et ses symboles. Le nouveau président génère de l’image et suscite à nouveau du rêve là où il n’y avait pour beaucoup à travers le monde plus que rejet et haine.
Comme un Tony Blair en son temps, entreprenant une fructueuse campagne de marketing pour une Angleterre en crise, Obama fait encore mieux que Rocky IV et les spots Levis pour l'image de son pays à l'étranger. Il le dit lui même : Son élection doit restaurer la confiance dans le modèle américain, ce dont le marché a diablement besoin.

Au-delà de l'espoir d'un "changement" (bon vieux classique électoral), Barack clôt en fanfare un épais chapitre : Celui de la suprématie de l’Amérique que nous et nos parents avons connu. Voila le vrai changement que peu de nos médias conservateurs et serviles ont évoqué.

Une chose est acquise : Les espérances sont hautes. Sa présidence se doit d'être aussi révolutionnaire que son élection et dans un bref délais. J'ai presque envie d'y croire.

Sur une note
franco-française, le fait qu’Obama soit le favori de mon président et de ses teckels à tee-shirts obamaniaques de type Frédéric Lefebvre me le rend, de fait, moins attachant. Et puis, il parait que l'homme a tout piqué à la communication sarkozienne.

Précisons pour calmer les esprits que la problématique immobilière aura surement plus compté que la couleur de peau du nouveau président américain :
Ici on a eu "La France de propriétaires", là-bas on a une Amérique qui veut le rester.

Précisons aussi que l'Amérique reste cette terre d'opportunités où tout est possible quand on dispose de montagnes de cash et du soutien de la majorité des médias.

On the bright side...

Comme vous je connais un peu La France et je reste convaincu que pour certains (bien plus que 7%) derrière l'emballement mimétique, cette élection est un bug-system.
En ce matin du 5 novembre 2008, j’imagine avec délice les têtes interdites de ces pépères au racisme honteux qui cimentent nos belles régions et qui sont toujours ponctuels aux bureaux de vote. Pour eux, bien qu'ils ne s'étendent pas trop sur le sujet, le noir est au choix, un génie du foot ou un apathique tout juste bon à nettoyer le carrelage à La Javel à condition qu’on lui hurle bien dessus, bref un ingrat qui ne se rend pas compte de la chance qu'il a d'avoir eu des aïeux colonisés par L'empire Français.

Je salive également d’avance en songeant au contraste que provoquera une visite du premier chef d’état noir de la plus grande puissance mondiale (où l’apartheid lynchait son plein il y a encore 50 ans) dans notre bonne vieille république des lumières blafardes avec des Brice Hortefeux comme gestionnaire des flux, une seule députée représentant "la diversité" dans l'hémicycle et pour unique variante de couleur gouvernementale sa Rama Yade d'agrément (non élue). Le siège éjectable de Rachida Dati est quant à lui déjà enclenché.

Je laisse donc aux autres le soin de gloser sur cette nuit du 4 novembre, d'autant que je sens que ma tasse de tilleul-menthe est actuellement en ballottage interne défavorable, et conclurai avec quelques extraits de cette bonne parole populaire française (qui à en croire RMC n'a pas connu une telle joie collective depuis la victoire à La coupe du Monde de football en 1998) entendus dans la bouche de deux adolescents à la sortie du bus 95 :

- Ouais super un président Ke-bla comme dans Deep Impact !

- Ouais c'est comme dans 24 heures !

It's all entertainment folks !

(Pour info dans 24 heures, le président meurt assassiné dans le premier épisode de la saison 5 et dans Deep Impact, les Etats-Unis terminent ravagés par un météorite géant.)


3 novembre 2008

La fête des morts (version UMP)

par
Il y eut les droits de l'homme, les droits de la femme, les droits de l'enfant, il y a désormais le droit du retraité à mourir au travail le plus tard possible. Remercions L'UMP pour ses régulières et humanistes contributions visant à faire progresser (à coups de pied au cul) le corps social sur la voie de l'émancipation !

Cet amendement (si logique au moment où le chômage des jeunes repart à la hausse et si sûr de lui qu'il a été voté à la va-vite par des députés préssés la nuit précédant un jour férié)
vise à court terme la classe d'âge 60-65 ans d'entrepreneurs (grands et petits) actifs mais vieillissants et autres cadres ornementaux à bas rendement et bonne rémunération. Autant de catégories promptes à voter UMP mais pouvant se montrer déçues à la découverte du montant de leurs retraites face aux errances friquées de leur poulain moins populaire et risquant de lui signifier dans les urnes en 2012. Il convenait d'agir. C'est que l'insistance de L'UMP, via ses portes flingues robotisés, à tirer systématiquement sur l'ambulance du PS cache mal les dissensions internes rongeant le parti bleu et sa base se souhaitant pour chacun un mentor sachant tenir sa droite.

Pour l'autre partie des supporters UMP, ceux qui ne travaillent déjà plus, il en ira du "droit à la retraite à 70 ans" comme du "droit au travail le dimanche pour les autres" ainsi que de la défiscalisation de leurs aides à domicile ou, l'espoir n'est pas perdu, de la mise au bûcher de Martine Aubry : Ce sera une occasion supplémentaire de sabler le Champagne !

Pour résumer leur état d'esprit, je vous invite à lire ce petit billet du "blog social" de Marc Landré, concis et pourtant garanti 100% mauvaise foi (en même temps c'est hébergé par Le Figaro) . Non content d'esquiver le problème en basant son constat sur le nombre de plus de 65 ans qui travaillent aujourd'hui (3%), le bloggeur social du Figaro en profite pour tacler le PS (vraiment les gros cons !) et fait l'impasse sur ceux les plus affectés à long terme par cette pseudo incitation. Je parle bien sûr de la classe moyenne en aller-simple vers la paupérisation (aujourd'hui âgée de 20 à 50 ans) qui, le temps qu'elle a arrive à 70 ans, verra ce "droit facultatif" transformé en devoir impératif.

Enfin.... si son espérance de vie n'a pas diminué d'ici là pour cause de "droit à la sécurité sociale optionnelle".


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