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13 mars 2014

La tragédie d'un homme ridicule

par

Me faire ça ! A moi !

Moi, ex-président corrupteur, financé par un dictateur terroriste et une milliardaire aux fraises,
moi qui ai fidèlement arrosé d'argent public tous mes amis,
moi qui ai généreusement défiscalisé pour les nantis,
moi, pataquesseur né, me débrouillant pour être mêlé à une affaire louche par jour tout en l'étouffant (suffit de placer les bonnes personnes aux bons endroits, youpla !),
moi trompé par un abruti (Jean-François : se faire gauler pour 8 millions, c'est petit),
moi trahi par mon gourou depuis dix ans (Oui euh, ma campagne La France aux Français, c'est pas moi c'est lui),
moi qui voulais ficher les Français potentiellement déviants (tous quoi), appliquer la tolérance zéro pour les délinquants et vidéo-espionner toutes les rues du pays,
moi qui faisais espionner les journalistes ne me cirant pas les talonnettes,
moi qui voulais être Bobby De Niro chez Scorcese et ne serais jamais qu'un copycat de Joe Pesci chez Pécas,
moi qui ne suis qu'une victime du complot socialo-trostko-mediatico-reptilo-gay des bobos de St Germain contrariant, si peu, mon comeback triomphal (j'y pense en me rasant, j'essaye mes costumes et rode mon stand-up dans les salles paroissiales des stations balnéaires de droite où le récital de Carla cartonne chez les grabataires équipés d'Audika).

Moi, Nic... euh... Paul Bismuth, qui n'ai pourtant rien à me reprocher, me voilà traité comme un pauvre con de Français, malmené par la justice en sus. C'est ce félon de Buisson qui avait raison : actuellement les valeurs se perdent. Il est loin le temps où l'on respectait les délinquants nuisibles et incompétents pourvu qu'ils soient riches et élus.

Ça m'apprendra à vouloir mon bien autour de moi.

Parfois je me dis que c'est mon cruchon d'épouse qui a raison : trop bon trop con.

Paul B., sauveur éternel, crucifié en place de 'com.

C'est pas tout ça, je dois vous laisser bande de smicards : je vais rater ma séance de dédicaces. 


Illustration : Last temtptation of Christ, M.Scorcese (1988) + M.Monpontet, Twitter.

5 mars 2014

#Sarkoleaks : qui brouille l'écoute à droite ?

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A chaque jour son dégueuli d'affaires à droite. 

Jean-François Copé (de droite) se fait balancer la semaine dernière par Le Point (de droite) au sujet d'une facturation très généreuse bénéficiant à ses amis de la 'com (de droite). Comme tout le monde nous exécrons Copé, mais nous ne pouvons nous empêcher d'être circonspect devant cette offensive, d'autant qu'en sous-titre, Le Point demande si Sarkozy n'a pas été "volé". Si spoliés il y a dans cette histoire, ce sont d'abord les donateurs du Sarkothon. Et encore : que représentent 8 millions face aux 50 milliards de cadeaux fiscaux concédés par leur poulain à son arrivée à L'Elysée ? Une bien minable rétrocommission. Heureusement, nous pouvions compter sur Copé, aveuglé par son ego, pour rater sa gestion de crise dont l'essentiel consiste à accuser tout le monde sauf lui (et par conséquent s'enfoncer encore plus, tout en concentrant l'attention sur sa seule personne alors que, s'il y a embrouille, il n'est clairement pas le seul à être impliqué). 

(Valeurs Actuelles partageant son fichier abonnés, je reçois cette demande de pognon de l'Association du Financement de l'UMP, le jour des révélations du Point. Ce qu'on appelle le sens du timing.)

Surgissent ce matin les "enregistrements Buisson", le Sarkoleaks. Les extraits des enregistrements du conseiller spécial (tendance Abrutea Party) de l'ancien président diffusés sur Atlantico et dans Le Canard enchaîné sont, pour le moment, anodins (on y parle de Bachelot et Morano, et pas de Karachi ou de Kadhafi). Là aussi, il sera intéressant de suivre la médiatisation de ce qui s'appelle déjà "l'incroyable feuilleton de la trahison" (entendu ce matin sur la très droitière France Inter, je n'ose imaginer le traitement sur BFM). 

Le plus beau dans ces deux affaires : Sarkozy n'a même plus besoin d’apparaître dans l'actualité pour la faire, et en sort presque victimisé (le terme "viol" ne devrait pas tarder à être utilisé à son endroit dans les deux cas). La propulsion médiatique de Patrick Buisson au rang de "félon au dictaphone" offre à Sarkozy une opportunité de se dédouaner de sa politique et d'une campagne très FNlike en 2012 (largement inspirée par Buisson, gourou intouchable et vénéré à l'époque, et les trigolos de la droite forte). S'il voulait revenir blanchi, sur une ligne plus au centre, avec un nouveau parti, on ne peut rêver meilleure préparation du terrain. A moins que... à la fois dans les comptes à Copé et dans les sons du Buisson, il y ait du très très compromettant à venir. 


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28 septembre 2012

Expulsez c'est gagné !

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On a les révoltes populaires que l'on mérite. A l'heure où l'Espagne et La Grèce s'embrasent contre l'austérité, selon le quotidien La Provence, la nuit dernière à Marseille c'est à un camp de Roms que le peuple en colère a mis le feu, après en avoir délogé ses occupants "sans violences physiques" précise Le Figaro  inaugurant le concept de soft-expulsion avec une quarantaine de potes et des torches

Le plus terrifiant ? La razzia nocturne, selon l'AFP, est arrivée au vu et au su des élus locaux et de la police. Alors que l'hypothèse d'ébauche du début d'une manifestation possible contre des caricatures entraînait une interdiction d'office la semaine passée, préalable à une débauche policière sur Paris le jour même, étonnons-nous de la bonne fin de cette initiative citoyenne. 

Sur se fond de misère sociale, quand le concept "Indignez-vous", compris de travers, rencontre celui des "voisins vigilants" compris au premier degré: voilà ce qui arrive. Une partie des gouvernements successifs ayant jugé qu'il était plus simple de montrer les muscles avec une centaine de Roms qu'avec une dizaine de grandes entreprises en position de force, il n'est pas si étonnant qu'en bout de chaîne, par capillarité médiatique, des riverains désinhibés se mettent à en faire autant. D'autant que, dans ce climat de sérénité et de confiance avec les autorités, ce ne sont pas les Roms qui porteront plainte. Allez zou, affaire classée !

Reste à savoir qui sont vraiment ces "voisins excédés" et pourquoi un tel laissez-faire policier ? Le tout à une heure de l'intervention télévisée du Premier Ministre. 

Deuxième interrogation. A quelle heure Jean-François Copé nous fera son point presse sur l'intolérable stigmatisation des blancs dans les campings des Bouches-du-Rhône ? 

8 juin 2012

La fausse sortie de Sarkozy

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Après le culte aveugle du chef, on observe désormais une nouvelle pathologie chez les désaxés de droite: le culte du chef qui les a fait perdre. 

Jusqu'à quand l'UMP, courant nostalgique, s'accrochera-t-il au souvenir de Nicolas Sarkozy ? Non, je dis ça parce que là il y'a législatives dans deux jours.

Il faut dire qu'ils sont poussés en cela par une com' de la fausse sortie d'une légèreté de tailleur d'enclumes.

Depuis son retour du Maroc pas une journée où ne se distille sur la forme d’une indiscrétion, d’une initiative d’un de ses proches ou d’une photo pseudo volée, une information sur le président sorti.

Même le clip UMP officiel des législatives, s'articulant autour des images du Trocadéro, mais sans qu'on voit l'ancien président, est tout autant à sa gloire qu'à celui de son axe fétide de campagne. On s'attend presque à un : "je vous ai compris, nous ne sommes pas allés assez loin".

N.Sarkozy avait déclaré en janvier qu'il arrêterait la politique en cas de défaite avant de déclarer qu'il se ferait discret la semaine dernière. Mais, c’est plus fort que lui. Il faut qu’il se montre, qu’il fasse parler de lui dans l'espoir de se refaire la cerise pour nous jouer l'acte II de Rocky. L'homme est rancunier, l'épisode du courrier détruit de François Hollande en est une énième preuve. Un jour proposé pour le prix Nobel de la paix par Eric Raoult (un comble pour celui qui n'aura cessé de dresser les uns contre les autres), le lendemain à la première du nanar de BHL à sa gloire (une belle opération de joint marketing) ou s'entretenant avec Alain Minc (c'est dire si c'est la lose): Sarkoky n'est plus rien, nulle part et donc un peu partout, ne pouvant se résoudre à ne plus être l'épicentre de la vie politique. 

Tandis que l'air de rien, d'une façon "normale" qu'on apprécie ou pas, dans ses pratiques et sa  façon de gouverner, François Hollande efface son souvenir au papier de verre, petit à petit, l'ancien roitelet de Neuilly devient le Vendetta de la politique: un candidat lourdé de la Ferme célébrités, un ange déchu de la télé-réalité, faisant encore la une de JDD avant d'être relégué aux entrefilets people, sas transitoire avant les chroniques judiciaires. 

Malgré une sortie réussie les 6 et 8 mai, le premier mois de sevrage présidentiel est à l'image de son mandat: raté. L'homme est encore victime de lui. Obsolescence programmée dès mai 2007 d'un hyper-présidentTM qui s'est carbonisé tout seul et, j'en suis persuadé, en blâme les Français. 

Va Nicolas, sors d'ici. Enfile ton tee-shirt NYPD et retourne faire du pognon comme tu nous l'avais dit (en seras-tu vraiment capable sans Liliane ?). Fous-nous la paix avant d'être définitivement Bayrouisé. Laisse la droite tranquille. Mission accomplie : tu l'as bien assez détruite comme ça. Comme Blair et Clinton, va faire des conférences à travers le monde à 200.000 euros de l'heure sur la nécessité d'avoir des états moins dépensiers.

Ah oui mais zut... tu ne parles pas anglais.

* * *

P.S: Parait que la campagne législative ne passionne pas. Étonnant pour un scrutin où il y'a presque plus de candidats que d'électeurs. Rappelons les enjeux: Faire gagner la gauche, éviter une cohabitation. Au passage donner une baffe supplémentaire à l'UMP avec une spéciale dédicace pour les têtes de la sarkozie (la carte ici) afin de leur donner ce temps libre nécessaire pour aller soutenir leur star déchue le long du parcours judiciaire qui l'attend à partir du 15 juin.

15 mai 2012

Quelle nouvelle droite ?

par
Scoop en ce jour d'investiture du nouveau président. La leçon de l'élection du dernier scrutin n'est pas la victoire de la gauche. Le militant de droite, qui se découvre soudain une âme de résistant, n'a de cesse de le répéter depuis le 6 mai 20h: Hollande n'est pas légitime. Comme Barack Obama, il n'a jamais été ministre sous la Ve République. Le nul. 

La vraie révélation est que là où ils étaient 18% au second tour en 2002, 48% des Français sont désormais capables de voter pour un projet d’exclusion, xénophobe, allant jusqu'à faire abstraction du bilan merdique.

On pensait La France de centre droit. On la découvre de droite dure

Certes, au milieu des idiots du village prenant au 1er degré l'opportuniste message de l'ancien président, on entendait aussi chez les militants des "oui Sarkozy ce n'est pas Le Pen, il fait semblant juste pour la campagne" validant les deux niveaux de lecture que l'on peut avoir du vote UMP 2012: 

- Ceux qui votent à droite pour défendre la nation en danger.
- Ceux qui votent à droite pour défendre leur pognon en danger en espérant entourlouper ceux qui veulent défendre la nation en danger.

Pour les législatives, faute de programme chez Copé en consorts on ne change pas une équipe qui perd. On agite encore le drapeau tricolore en déplorant un vote communautaire[1], le tri sélectif entre les bons et les mauvais français. Beaucoup d'efforts pour cacher le vrai clivage de cette présidentielle: les rentiers minoritaires ont encore voté à droite, et au passage ont réussi à escroquer idéologiquement des millions de Français (mais pas assez pour l'emporter). 

Car derrière les drapeaux, prompts à filer la gaule aux nostalgiques des colonies, aujourd'hui mis en avant par le parti bleu dans sa course au FN (note que le FN, de son côté vire au "rassemblement bleu marine"), la droite défend d'abord sa thune. Tu n'as qu'à lire la presse immobilière du moment pour capter la terreur du rentier et du propriétaire bailleur (marrant ce sont les mêmes) face au recul annoncé sous le régime Hollande qui mettrait en péril (j'attends de voir) l'assistanat fiscal dont ils bénéficient depuis 10 ans.

C'est là qu'il est dur de combattre la droite. Elle s’exonère de traiter du réel, d'embrasser le présent qui l'entoure ou de faire campagne sur le concret (puisqu'elle circonscrit son projet à la nostalgie ou la peur du futur). Chaque maillon de sa chaîne pense d'abord à ce qu'il peut perdre, non pas à ce qu'il peut apporter ou même à la conséquence de sa cupidité sur autrui. 

Tandis que le FN lisse son image, allant jusqu'à gommer son sigle,  l'UMP en ré-sis-tan-ce veut solidifier son électorat face à un chaos socialiste qu'elle prophétise à grand renfort d'intox (niveau Hollande = fin du calendrier maya) et réduit le discours au plus grand dénominateur commun permettant de cocufier large pour pas cher: le drapeau.

Au-delà des législatives, s'il continue sur cette voie, l'UMP disparaîtra. Dans un environnement culturel infantilisant, avec des médias avalisant jour après jour la thèse marketing d'un FN new-look: si la droite républicaine se vide, l'extrême droite se rempliera. 

Certains à l'UMP en ont conscience (Guaino le confessait durant la campagne présidentielle, mais le culte du chef était plus fort) d'où le trouble du moment entre choisir la facilité à court terme et la fusion idéologique avec le FN, ou prendre à bras le corps la reconstruction d'une force de droite un peu plus humaine (ouais, je sais c'est super dur, mais voilà un vrai travail). Les primaires à droite peuvent jouer ce rôle de redéfinition.

Le premier tour de l'élection présidentielle nous révèle aussi que le discours FN fonctionne sur une part croissante des jeunes (2e position chez les 16/24 ans). L'avenir de la droite se jouerait donc en partie dans la faculté du parti des rentiers et des nostalgiques apeurés à récupérer le vote des jeunes sans plus de mémoire que de culture politique, furieux de ne pas avoir le même standing que les générations d'avant, ou pas au même prix. C'est probablement le point le plus inquiétant (et au passage la démographie observée dans les meetings UMP: des très jeunes et des vieux).

(choisis ton slogan)

Au-delà du rejet de l'autre à intensité variable, la vraie convergence de fond entre le FN et l'UMP est d'abord leur haine du socialisme. Derrière les mots et les drapeaux, les deux ont un dessin libéral et se servent des para-tonnerres "mauvais français" (ce qu'il faut retenir du "choisissons la France") ou "l'assisté" pour le diffuser. Pas besoin de gratter longtemps dans les deux électorats pour observer cette défiance fondamentale contre une "fiscalité étouffante".

Démanteler peu à peu la solidarité au profit de la suprématie du moi, tout en usant de la thématique de la nation forte comme viatique existentiel. C'est ce que l'ancienne droite a fait. Tout indique pour le moment que la prochaine fera de même. Quelle que soit sa teinte de bleu. 

Illustration: Frankenstein Junior, M. Brooks (1975)

[1] Quand bien même on aura eu de cesse de le générer. Et oui à force de stigmatiser à tout va du musulman d'apparence au chômeur qui ne veut pas vraiment travailler, on finit par provoquer du vote de défiance: le français de souche avec arbre généalogique gaulois sur 58 générations et un CDI certifié jusqu'à la retraite (que la droite a cassé) devenant une denrée rare.

9 mai 2012

Comment la droite a gagné la bataille des Internets ?

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[Cellule Web UMP. Dernier message de riposte: "Nous avons perdu une guerre, pas la bataille".]  

A l’image de la participation au scrutin de dimanche dernier, la campagne présidentielle a connu une mobilisation sans précédent en ligne pour soutenir notre candidat, et répondre à son appel pour une campagne de gaucho-bashing, de "c'est celui qui dit qui y'est" et de "je n'aurai qu'un programme: haro sur le halal".

Grâce à vous, nous avons fait la web-campagne la plus sociale. Malheureusement, n'étant pas vraiment experts en "social", nous nous sommes rabattus sur la rase campagne comme Patrick nous l'avait dit. Mais nous perdons la tête haute.

Le 4 mai 2012, vous avez été plus de 695 250 768 000 amis de Nicolas Sarkozy sur Facebook, dont plus de 262 millions à l’avoir rejoint pendant la campagne (même Seb Musset a reçu un SMS crachant sur Hollande le jour du second tour, c'est dire si nous avons mis le paquet, quitte à défier la loi, pour déboîter l'autre nase): c’est un record en France, en Europe, et même en Libye, sur le réseau social le plus populaire du pays (crée en Amérique par un américain de 22 ans qui assurément quittera l’hexagone une fois les cocos au gouvernement). Portée par une dynamique exceptionnelle, et aidé par le mouvement en ligne du "oh oui, mais pff voter ça sert à rien. MDR", la deuxième page de Nicolas Sarkozy, dite vraie timeline, a dépassé en quelques semaines celle du vrai Nicolas Sarkozy. 

Vous avez été plusieurs centaines de millions à suivre la campagne en images, l'équivalent de la population de la Corée du Nord à partager les photos des meetings et plusieurs centaines de milliers à publier le cliché panoramique du grand meeting du vrai travailÇa collait nickel avec sa mise en image à la Leni Riefensthal.

Le soir du débat de l’entre-deux tours, vous avez soutenu Nicolas Sarkozy comme jamais. C’est plus de 150 trillions de like qui ont accompagné les messages anxiogènes publiés au cours de la soirée. 

Dans la dernière ligne extrême droite, la portée totale de la fan page de Nicolas Sarkozy était supérieure à la masse de Saturne. Un chiffre considérable lorsqu'on pense qu'à cause des 35 heures, que la Chine ne nous envie pas, 3 Français sur 4 n'ont plus une thune pour s'acheter un zipade.

Sur les 7 derniers jours de campagne, le nouvel indicateur de Facebook, les personnes qui parlent encore de ce baltringue, a pris 70 coïts / jour à la Bourse de Séguela ! Et ne parlons pas de Twitter où les hashtag #Sarkopipo #SarkoCaSuffit #SarkoDegage #SarkoAuTribunal caracolent en tête des trending topics mondiaux depuis des mois, preuve que le nom du président reste plus que jamais populaire.

Lors des émissions auxquelles Nicolas Sarkozy participait, les hashtags #France2 et #Dpda furent en tête, ce qui montre à l'évidence que nos électeurs ont une TV. Et nous ne vous remercierons jamais assez d'être restés chez vous lors du meeting de la #Concorde pour mettre, pour une fois, son hashtag brièvement en tête sur Twitter tandis que celui de #Vincennes manquait de peu de disparaître, englouti sous les #AvecHollande.

Alors même que François Hollande a décidé de faire campagne sur les réseaux sociaux à la première personne, avec un « je »  récurrent (preuve qu'il n'a rien compris au microblogging le con) avec des tweets résumant ses propositions (pas notre genre), @nicolassarkozy a choisi d’associer les Français à sa timeline, la FrancefortosphèreElle a vaillamment combattu et n'a pas de quoi rougir: des "Hollande enculay" de vos statuts aux "La Place Bastille est NOIRE de monde" ne pouvant mieux synthétiser la détresse du militant UMP de l'arrière-pays vendéen le soir du 6 mai, en passant par les messages d'élus de la République à quelques encablures du vote, les valeurs de l'intelligence, de la République et de notre programme constructif ont su s'imposer en ligne.


Grâce à vous, nous avons également fait la campagne la plus enflammée possible. Contre ceux qui voulaient fuir la discussion, nous avons ouvert le débat grâce à l’application Idées sur Facebook dont nous avons retenu qu'il fallait interdire le porc à la cantoche du QG. Vous avez été plus de 2 000 à proposer vos idées (dont 1780 taquins de gauche, ce qui prouve l’intérêt et la jalousie suscités par notre initiative) et, au cours d'un brunch sur le pouce au château de Chambord, Nathalie Kosciusko-Morizet a reçu les auteurs des 10 les plus plébiscitées pour discuter ouvertement d’idées nouvelles qui vous concernent en priorité: l'interdiction de se baigner dans les piscines en Burqa en écoutant du Orelsan armé d'une Kalachnikov, ou encore la peine de mort pour les mineurs qui passent en scooter sous ma fenêtre, ainsi que le passage de la diffusion de Confessions Intimes à 22h.

Grâce à vous, nous avons fait la campagne la plus innovante et la plus efficace et la plus innovante. Vous avez été plus de 25 000 à rejoindre la plateforme Alphabet Connect  pour vous familiariser avec les rudiments de l'orthographe et de la construction d'une phrase. Vous avez été des milliers à utiliser notre coucou numérique à tête de Carla pour vous donner rendez-vous après Derrick et vous synchroniser pour un porte-à-porte efficace des maisons de retraite en jonglant avec leurs plannings de siestes. 

Vous avez été des centaines de milliers à utiliser notre interface ludique le jeu des 777 erreurs qui permettait de comparer les promesses de Nicolas Sarkozy de 2007 avec son bilan en 2012, et chercher ce qui cloche. (Réponses que l'on peut toujours envoyer au siège de l'UMP, accompagné d'un chèque de 150 euros sous enveloppe avec la mention prochain scandale).

Vous avez été des dizaines de milliers à partager nos infographies pour présenter le bilan de Nicolas Sarkozy. A ce propos, nous remercions les équipes web du PS pour cette idée géniale. C'est vrai que mettre en quelques chiffres et trois dessins le bilan économique des 5 dernières années, ça vaut 1000 mots.

Grâce à vous, nous avons fait la campagne de proximité la plus transparente. Mission accomplie: Avec Benjamin Lancar, Nadine Morano et Valerie Rosso-Debord, l'épaisseur de la réflexion ne perturbait pas la perception du propos. Vous avez été nombreux à relayer nos informations sur le bilan local des réformes menées par Nicolas Sarkozy depuis 2007, en téléchargeant nos argumentaires (sur le site de lafranceforte.fr aux heures d'ouverture) pour expliquer ce que l’action de la gauche au pouvoir depuis 10 ans a changé dans votre vie depuis 2007. Nous remercions également le monde de la culture qui, grâce à un renfort de poids, a contribué au rayonnement numérique de notre idéologie: Merci à toi Mickaël pour la qualité de ta prose, ton engagement patriote et bonne chance pour ta nouvelle carrière de préparateur de Burrito sans papiers au Taco Bell de Sepulveda Boulevard !
Grâce à vous, nous avons fait la campagne la plus créative: Ce sont des milliers de détournements de notre affiche de campagne qui ont envahi les internets. Comme Tariq Ramadan, vous nous avez envoyé des centaines de témoignages, de photos, de vidéos, mais aussi quelques classiques de l'infographie FN et ce plan d'un panneau en arabe qui aura fait le "beuze" comme nul autre. Autant de créations que nous avons utilisées dans la campagne pour raconter la France forte avec vous ! 

Grâce à vous, nous avons fait la campagne la plus regardée, "laulée" comme ils disent. Vous avez été des milliers à regarder les discours de Nicolas Sarkozy diffusés en direct grâce à la modernité. Des discours bien plus suivis en ligne que ceux du Général De Gaulle. La plus belle surprise est également venue du succès de notre couverture en direct du débat présidentiel de l’entre-deux tours. Une belle couverture bleue avec une cible et la tête de Flamby au milieu. Nous l'avons agité à la fenêtre du QG. C'était joli.

Grâce à vous, nous avons fait la campagne la plus "enlarge your extremisme". Vous avez été des quelques centaines d'ultra-marine (mais pas assez) à nous suivre au cœur de la campagne. Si on ne se bat pas tous pour la France forte, ça ne sert à rien! Vous avez également été des milliers d'étrangers à La France à vous connecter sur notre site et avoir été impressionné par cette campagne, soulagés qu'elle se joue loin de chez vous.

Grâce à vous, nous avons fait la campagne la plus clean et la moins racoleuse. Nous avons tout misé sur l'éclatement de la société, la tension, la dernière semaine et la dépolitisation crasse du petit bourgeois apeuré alors qu'en face ils jouaient le programme, le respect de la jeunesse, le rassemblement, la constance et le temps long. 

Mais voilà, malgré tous vos efforts, certains forçant sur le flot rance allant jusqu'au claquage de neurones, force est de reconnaître que François Hollande et ses équipes web ont travaillé plus et que donc, ils ont gagné plus. Et si nous avons eu systématiquement trois trains de retard dans le Control C - Control V de tout ce que concevait la riposte web du PS, c'est de la faute aux privilégiés de la SNCF !

Mais bon, parce que vous respectez les valeurs défendues par Nicolas Sarkozy, vous serez désormais des militants respectueux de nos adversaires et du débat démocratique avec ces voleurs de victoire.

Merci encore pour votre engagement et votre énergie. Nous avons perdu la guerre, mais gagné la bataille. Voilà c'est fini, vous pouvez retourner devant Appels d'urgence

Minitelement votre.

L’équipe de la web campagne de Nicolas Sarkozy."

2 mai 2012

L'unité du 1er mai: Virons-le !

par
"Ce 1er mai nous appartient, il n'appartient à personne d'autre" Mot d'ordre scandé à l'unisson vers La Bastille, le 1er mai 2012 vers 20h.

Bataille des défilés ce 1er mai dans Paris. Avec Gildan et Intox, et malgré la tentation d'accompagner SarkoFrance dans son infiltration de la gériatrie apeurée à monte-escaliers Stena de La France Botox s'agglutinant place du Troca dans les effluves de Chanel n°5, je suis resté aux bonnes vieilles habitudes du 1er mai. J'ai suivi de 14 à 20h30 le défilé parisien à l'appel des syndicats. 

Place à tous sans distinction: La France qui travaille, celle qui travaille mal, celle qui cherche à travailler, à travailler mieux et tous les autres quelles que soient leurs origines. Charme et chaleur de ces 1ers mai là: ils n'excluent personne, sauf ceux qui basent leur réflexion sur une logique d'exclusion justement. Du coup, ils sont largement débordés: enfants, familles, retraités, salariés, chômeurs, féministes, précaires... Pour avoir défilé plusieurs fois début mai sur la capitale (avant que cela ne devienne une mode impromptue pour une droite n'ayant pourtant eu de cesse de moquer ce type de rassemblement depuis 5 ans), cette fête du travail est probablement la plus importante et la plus compacte des 4 dernières années sur Paris.


Combien étions-nous ? En me basant sur les précédentes éditions, et sur la densité de celle-ci, je dirai 150.000. On me parle de 750.000 avec la province. Vers 20h20 alors que la foule abondait encore Place de Bastille, j'apprenais à travers mes derniers souffles de batterie que nos journaux télévisés n'en relataient rien, préférant abondamment relayer le rallye des fins de races du candidat-président.

Avec son rassemblement du "vrai travail" auprès de La France qui n'en rame pas une, Sarkozy visait la Une du JT avec le pouvoir d'une image massive, livrée clef en main, assortie de son faux chiffre (à la compta pyramidale) asséné avec assurance à 5 jours du second tour. A ce titre, c'est gagné. Là où les défilés syndicaux se multipliaient en France s'étalant lentement (sans service de production d'images léchées), celui de la France rance des rentiers et des fils à papa se concentrait en statique dans les limites de son ghetto, à l'intersection du 8e et du 16e arrondissement de Paris (le petit père du capital y fait des scores à 70%), avec une communication visuelle aux petits oignons, en plans réalisés au grand angle avec des cadres avantageux.


Tandis que la droite avec chauffeur, après son brunch dominical, ratonnait une journaliste devant le palais de Tokyo, nous, nous défilions solidaires et dans la bonne humeur de Denfert à La Bastille sans discontinuer durant plus de six heures. Malgré les sensibilités diverses, peu ici s'abstiendront dimanche. Pourvu que le message hurlé et hurlé soit entendu au-delà de nos bataillons de motivés. N'oublions pas mai 2007. Rien n'est joué tant que ce n'est pas voté.

Bottons l'incompétent hors d'une République qui ne le mérite pas. Ennemi des travailleurs, braqueur de notre modèle social, il n'a et n'aura de cesse de repprocher aux autres les conséquences de sa politique désastreuse en branlant du nationalisme, de la peur d'autrui, de la frontière et autres thématiques dont il se moque comme de sa première Rolex. Jamais dans la Ve République un président n'aura dégradé en aussi peu de temps son pays, aussi bien dans son économie que dans ses institutions, dans sa pratique du pouvoir que dans nos vies quotidiennes. Voilà l'unique second souffle promis pour son prochain quinquennat: définitivement dédouaner les gens de mal penser et une fois encore pourrir ce terrain qu'il méprise tant.  

Répétons-le. La vraie leçon du 1er tour n'est pas le score du Le Pen, mais bien celui de Sarkozy. Le chasser du palais est le préalable à toute discussion posée sur l'après. 

30 avril 2012

L'invisible France des propriétaires en colère

par
Les résultats du premier tour des élections présidentielles sont la vérification la plus cinglante d'un divorce entre centres-villes / zones périurbaines où se mêle rancœur et incompréhension réciproque.

J'y vois dans ce grand thème ignoré (ou plutôt mal traité) qu'est le logement, une raison essentielle. 

Au bout de 20 ans de montée de prix de l'immobilier et de course acharnée à la propriété, de  bombardement d'émissions sur le cocooning décoratif, de volonté d'enrichissement par la pierre et de l'impératif propagée au sommet de l'état de faire de chaque français l'entrepreneur individuel d'un "projet immobilier", un constat: les centres-villes se vident des classes populaires et des revenus moyens. Paris est évidemment le summum urbain de cette ghettoïsation de classe et devient la cible favorite des discours du FN, à travers les fantasmagoriques "velibiens" et autres "bobos parisiens"[1], nouvelles cibles au second tour d'un Sarkozy en panique stigmatisant désormais les habitants du Boulevard St-Germain qui (mais nous ne sommes plus à un n'importe quoi près de sa part) ont pourtant voté pour lui à 45%. Je rassure la province: être pauvre à Paris n'est toujours pas un luxe. Et niveau confort bourgeois, marques et déco, j'observe souvent du nettement plus sophistiqué dans des pavillons de territoires reculés que je n'en croise dans les appartements pourris de la capitale. Allez comprendre.

Une classe d'âge bercée par la télé, soucieuse d'être propriétaire au plus vite, s'est lancée dans la vie active rompue aux mauvaises payes. Le coït à crédit passé pour le salarié condamné à la boucler, la prédominance culturelle d'un modèle parisien friqué, véhiculant à longueur d'émission sa réalité, son entre soi, sa façon de voir et penser, renforçait la frustration d'après-boulot dans ces parcs enclavés à jeunes proprios ruraux découvrant un peu tard que le vice caché du confort "bobo", version propriétaire sans cagnotte, se paye au prix de l'isolement. 

En 2012, la valorisation idéologique de la propriété servie depuis quinze ans par le triptyque banques / promoteurs / médias montre enfin ses limites. 

Limites financières et géographiques. Les ménages sont très endettés, leur manque de mobilité lié au remboursement d'un crédit long et l'impossibilité de revendre sans perdre d'argent devient un vrai frein pour l'emploi. L’accès à la propriété de gens qui n'auraient pas dû l'être avant 10 ou 15 ans entraîne des coupes sombres dans leur consommation (vitale pour les plus pauvres, de "transgression" pour ceux qui le sont moins: même effet pour les deux, frustration), les frais énergétiques et les charges explosent. L'impression d'être pris à la gorge, sans espoir de la culbute financière anticipée sur prospectus par nos primos-accédants enpavillonés alimentent la colère sans pour autant susciter l'autocritique. 

Se double à la ghettoïsation, l'inévitable utilisation de la voiture: voire de 2 voitures (puisqu'il est désormais acquis pour toute une génération que pour être propriétaire, il faut être deux à trimer). Et l'on retrouve là encore, une des thématiques permettant à Le Pen de ratisser large et facile, "le racket automobile dont est victime la classe moyenne". Notons que le candidat-président, créateur des robots radars, a bien essayé de rattraper à la volée cette thématique juste avant le premier tour avec sa carambouille sur le permis de conduire.


La trahison de la France des propriétaires à crédit de 2007 se paye en partie dans les urnes en 2012 par le vote de la colère. Ils font partie de cette "France des invisibles". Pourtant, le dogme et la peur de perdre sont plus forts que la logique. Nombre de victimes de cette arnaque sont prêtes à revoter pour le candidat-président, le seul bêtement identifié comme pouvant les sortir d'une impasse dans laquelle il les a placés, avec le concours actif de leur crédulité crasse.

Auront d'abord profité de la bulle en cours de dégonflage, les générations précédentes ayant pu acheter sans trop de douleur dans les années 70-80 ou les plus jeunes (souvent leurs enfants) disposant d'aides parentales conséquentes au début des années 2000.  On les retrouve d'ailleurs dans la dernière ligne de défense Sarkozyste Les récents discours du président-candidat sont révélateurs. Après une heure de sorties clonées sur le discours FN, décontenançant une partie de sa sensibilité, notre français fort y revient au tronc commun de droite: la garantie de conservation et de fructification de son patrimoine immobilier.

En 2007, le VRP a sorti ce que les jeunes croyants voulaient entendre. Moteur de ce barnum qui a poussé les classes moyennes à se précariser en pensant s’enrichir: la foi aveugle en une émancipation individuelle à travers le patrimoine immobilier à débit différé. Une fois la folie de la pierre propagée sur tout le territoire à tous les revenus, via le crédit ouvert aux pauvres, l'Etat pouvait démanteler sans trop de heurts les droits du travailleur, le logement social et l'idée même de la solidarité. 

Certes, le baratin sarkozyste d'une "France de propriétaires" aurait pu fonctionner quelques années. Mais, il aurait fallu, au minimum: 

1 / avoir une vision de la croissance économique un peu plus charpentée, et pas seulement basée sur l'immobilier à crédit

2 / Ne pas massivement subventionner sur fonds publics des produits immobiliers douteux (Scellier, Robien...) totalement déconnectés de l'activité économique sur le terrain et qui n'ont, dans le meilleur des cas, bénéficié qu'à ceux arrivés les premiers et disposant déjà d'une épargne conséquente. 

3 / Ne pas, au nom de la RGPP et du remboursement de la dette, opérer la casse des services publics sur les territoires, avec fermeture d'hôpitaux (au profit de centres de santé[2], ni plus ni moins qu'une privatisation en douce), de commissariats (augmentant la thématique "insécurité"), des transports. 

4 / Permettre aux épargnants d'investir dans le logement social au lieu de le céder à prix cassé au secteur privé. (Ce que propose François Hollande).

Rare contentement qu'il tire de son bilan: le candidat-président se félicite que La France n'en soit pas au niveau de la crise espagnole (24% de chômeurs). Il oublie un peu vite qu'il n'a juste pas eu le temps de déployer ici le désastre immobilier à l'origine du chaos là-bas. 


[1] Y-a-t'il une différence fondamentale entre celui qui porte une marque ou affiche un mode de vie à Paris et celui qui veut le même en province ou porter la même en province ? Sans compter que bien souvent, dans ce dernier cas, il y arrive. Les gourous des marques et des modes étant très forts pour véhiculer l'idée d'élitisme alors que leur rentabilité repose sur la propagation la plus massive de leurs produits et concepts. 

[2] En Charente-Maritime, il me fallait 8 mois pour obtenir un rendez-vous chez un ophtalmologue à 15 kilomètres. Rendez-vous que j'obtiens pour dans 10 minutes, en bas de chez moi à Paris.

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27 avril 2012

Au grand bazar du vote Sarkozy

par
Après l'analyse du vote FNcreusons le mystère du vote Sarkozy en 2012

27% au premier tour au lieu des 2.7% que l'on était en droit d'attendre. Déception.

Au terme du quinquennat, la récidive d'un vote sarkozyste chez le Français moyen reste incompréhensible, elle contredit jusqu'aux règles animales de l'instinct de survie. En plus du million de chômeurs supplémentaires, nous retiendrons d'abord de la politique UMP qu'elle tape sans pitié depuis 5 ans sur tout ce qui est en-deçà du RMC (Revenu Minimal Copé) à 5000 euros par mois, seuil UMP en dessous duquel le sujet est relégué au rayon "minable" (soit 90% des Français).

Nous comprenons bien sûr que la France du pognon plébiscite toujours celui qui n’a eu de cesse de la favoriser durant ces cinq sombres années que les historiens qualifieront un jour, j'espère, d'âge d'or des grosses fortunes. 

Moins indécent, mais contribuant aussi à la propagation du désastre en mode "c'est pas ma faute, c'est le système", n'oublions pas le "petit" rentier. Certes l'actionnaire, le multi-proprio ou le bailleur n’est pas Bettencourt ou Dassault, mais s'il peut voir son pactole prendre 10% à l'année et / ou cumuler du 4000 euros mensuel de loyer sans rien faire, on saisit alors (sans pardonner) qu'humanisme et partage pèsent peu face à l’évocation du péril communiste tapi dans l'urne (oui je sais c’est dingue, mais François Hollande est identifié comme tel dans l’esprit du forcené de droite, se ruant chez le notaire pour protéger sa succession, et vivant dans la terreur du débarquement des chars Mélenchonistes Place de la Bastille le 6 au soir).

Ayant observé leur quotidien à l'éternelle poursuite de rêves en publicité mâchée, leur indécrottable croyance en un libéralisme meilleur, la redondance bornée d'une analyse sociale à base de "oh putain, un jour je vais gagner grave de l'argent", ne perdons pas de vue ces jeunes ménages M6isés aspirant, en trimant comme des chiens pour un 1.2 Smic, à être bourgeois-branleurs comme leurs parents baby-boomers. Dans un régime se nourrissant de leur exploitation croissante (qu'elle soit appelée "compétitivité", "vrai travail", "recours au crédit pour accéder à la propriété qui est la condition ultime de l'émancipation" ou "TVA sociale"...), ils s'auto-entretiennent dans une frustration permanente et intime appelée déclassement.  

Allez comprendre (une petite faiblesse de gauche ces dernières années surement), mais cette peur du "déclassement", à la fois fantasme (la quête au toujours plus alimentant sans fin la colère de ne pas avoir assez) et réalité (Les conditions et les droits du travailleur, son salaire, son accès à la santé, à la bonne nourriture, au logement, sont effectivement dégradés par rapport aux générations précédentes), génère depuis 10 ans du vote de droite. Le raisonnement du neuneu sarkozyste à l'approche du 6 mai 2012 est simple : "Je n’ai déjà pas grand-chose, mais avec la gauche je vais perdre encore plus!" (Et ce, alors que les rares périodes de dynamisme économique ces 20 dernières années l’ont été sous des gouvernements de gauche, mais bon passons).

A cette peur s'ajoute, parait-il, la sensation d'une perte d'identité (identité que les intéressés sont d'ailleurs incapables de définir) liée aux invasions de femmes en burqa et de steaks halals chaque soir au JT (moi qui croyais que c'était l'aspartame qui causait des cancers et que la voiture était le plus gros serial killer français). L'erreur est de croire que ce sentiment est seulement lié aux seuls électeurs du FN. La lecture d'un Valeurs Actuelles ou une discussion au troquet du coin vous informera que non. Parait que cette "souffrance" a ses "raisons". Si j'en crois les résultats du 1er tour, la gauche arrive en tête dans les zones à forte mixité. Et, au contraire le vote FN caracole dans des zones rurales, dans des villages de 300 habitants où l’on n’a pourtant pas trop l’occasion de croiser boucheries musulmanes ou mosquées. Il progresse également dans les zones périurbaines où la distance entre travail et habitation est la plus élevée. Faut-il y voir un  contrecoup de l'hystérie immobilière dont je rappelle que le président-candidat a été le promoteur lors de la précédente campagne ? Penses-tu. Dans sa course à l'électorat, l'autocrate au service des oligarques (se la jouant aujourd'hui Caliméro anti-système en pompant tous les codes sémantiques FN du "bobo parisien" aux "technocrates"), nous dit dans les grosses lignes stabilobossées recouvrant son programme de feuilles vierges que la France en crise c'est de la faute aux mauvais français (de couleur, musulman, chômeur ou les 3 à la X).

En cinq ans, Sarkozy aurait donc réussi 2 choses:

- Ne pas dégoûter une partie des classes moyennes de son action de précarisation des masses. 
Légitimer le FN en ne cessant de valider, sous l'impulsion de Patrick Buisson[1] ses thèses xénophobes. Bref comme disait Emmanuel Todd l'autre soir chez Taddei, l'UMP est devenu le FN en pire, puisque c'est le discours du FN + le soutien actif aux riches. 



S'opère depuis 10 ans (et non depuis 3 jours) la jonction entre les vieux cons réacs (apeurés d'avoir moins) et les jeunes cons télé-réalitilisés et totalement imbibés à la doxa libérale (rageant de ne pas avoir plus). Chacun accommodant à sa sauce un racisme larvé auquel carte blanche est désormais donnée au sommet de l'état. Faites le test autour de vous: ces derniers jours le "mais non je ne suis pas raciste, mais bon on n'est plus chez nous" revient à la mode. Non pas chez l'électeur frontiste (où il l'a toujours été), mais chez d'autres de droite parait-il plus modérée ou, pire, chez les pointures s'autoqualifiant un peu vite "ni de droite, ni de gauche" parce que "la politique c'est pourri et compagnie".

Libérant la parole de stigmatisation envers le rom, le musulman, l'allocataire (martingale programmatique censée exonérer le bilan personnel puisque la cause des maux est toujours autrui), le président-candidat en détresse, alors que son parti se désintègre en temps réel, parachève,dans l'outrance et le fiel d'un sprint crépusculaire à la poursuite éperdue du bulletin FN son oeuvre de dédiabolisation de la pensée raciste. Avec la casse sociale, elle restera l'autre ligne forte de son mandat. 

Non seulement certains n'ont tiré aucun enseignement d'une gouvernance dont ils ont été les victimes au point de désespérer aujourd'hui (à grand renfort de SMS haineux et autres status Facebook à la xénophobie décomplexée) que celui les ayant couillonnés ne soit pas réélu pour terminer son arnaque[2], mais ils ont intégré l'idée, placides ou rigolards, que "Oui. Il y'a nous et les autres" et que "s'il y'avait un peu moins d'étrangers (comprendre des Français qui n’ont pas l’air trop catholique, limite musulmans d’apparence), ça marcherait quand même un peu mieux chez nous". 

Voilà pourquoi aucune voix[3] ne doit manquer le 6 mai pour battre le lanceur d'essence sur incendie. Pour qu'au désastre social que constituerait sa réélection, ne s'ajoute pas un quotidien de haine. Il a assez dressé les uns contre les autres, il a échoué économiquement, nous avons besoin de souffler, il doit quitter le pouvoir.  Mais, ne nous faisons aucune illusion : les dégâts dans les consciences sont profonds et le lendemain du scrutin un long travail de reconstruction nous attend.

Car, rentrez-le vous bien une fois pour toutes dans le crâne à droite : nous n'avons qu'une vie, et pas d'autre choix que de la vivre ensemble


[1] Précision. Si P.Buisson est bien d'extrême droite, Sarkozy est avant tout d'extrême Sarkozie. Il se contrefout des musulmans comme des chrétiens, des syndicalistes, des salariés, des homos et des chômeurs. Melenchon aurait fait 20%, au lieu de jouer à Petain Express dans ses meetings, il y entamerait l'internationale.

[2] Toi aussi, reconnais-les dans ton entourage : leur mantra c'est "de toutes les façons, nous les classes moyennes, on prend toujours plein la gueule, mais ce sera pire avec Hollande".

[3] J'espère que, en plus d'une participation massive du peuple de gauche, nous pourrons compter sur une partie non négligeable des électeurs de droite humaniste, avec de l'éthique, un sens de la survie, préférant encore l'alternance au bout de dix ans à la fange pour cinq années de plus.

Illustrations : O Brother where are thou ? E.Coen (2001) - Seventh seal I.Bergman (1956)

4 mars 2012

La folle fuite en avant du candidat-président

par
Zut. Même l'impôt Fouquet’s du candidat socialiste (que notre souverain aura passé une bonne semaine à pourchasser appelant à la rescousse Jean Dujardin et les joueurs de babales à 12 smics par jour) est plébiscité par les Français! 

Cette semaine, Le monarque a tout foiré et Hollande a marqué des points dans le feuilleton de la campagne présidentielle. En attendant la semaine prochaine où, l'histoire n'étant qu'un éternel recommencement à mémoire tampon de 2 secondes, ce sera peut-être l’inverse.

Je suis là quelque part entre les deux Thierry... des blogueurs dont je partage souvent les constats et que pourtant tout oppose sur le papier:  

- Thierry Desjardins, convaincu que Sarkozy est foutu, mieux: qu’il veut perdre. 

- Thierry CSP, persuadé que l'affreux gagnera dans la dernière ligne droite parce que, d't façons, il sait y faire et que les Français sont de droite. 

Soyons intransigeants, sachons nous faire des ennemis et déclarons d'emblée que les deux ont raison. Les Français sont de droite (pas par conviction, ils n’en ont pas conscience : on les y conduit dès le biberon à force de crétinisation télévisuelle, d'individualisme, d'hyper-consumérisme pathologique, de dynamitage du tissu social et géographique) et Sarkozy est cramé (lui non plus n'en a pas la conviction, mais depuis le début de sa campagne son inconscient le trahit). Attention, cramé ne veut pas dire foutu

Au rejet populaire à son encontre, s’appuyant sur son bilan avant sa personne et un programme inexistant basé sur le matraquage des socialistes, se greffent :

- des erreurs stratégiques (nous y reviendrons), 

- des ratages télévisuels étonnants de sa part et des erreurs de com' de débutant (bel exemple: cet échange avec une agricultrice lors de son épopée à Bayonne où il se grille une occasion en or de saillie contre la gauche pour engueuler la pauvre agricultrice, nantie à ses yeux car elle possède 40 hectares alors que lui pourrait en acheter 500 en convertissant son seul patrimoine immobilier), 

- des mécaniques linguistiques éculées (Daniel Mermet dans une récente émission décryptant le passage de Sarkozy Jeudi sur France Inter comptabilisait 65 questions posées par le président en 29 minutes d'antenne, soit 3X + que le nombre de questions posées par les journalistes présents).

- et surtout... après ouverture sur commande par le sbire Guéant, une trop rapide montée de la violence des propos sur des sujets satellites (immigration, mariage homo, euthanasie, vote des étrangers…) relégués largement derrière le chômage, le pouvoir d'achat, l’accès à la santé et l’éducation dans les études d'opinion sur les problèmes que le politique doit traiter en priorité. Point flagrant dans le meeting UMP (aka le halalshow de Bordeaux) du samedi 3 mars où, en 55 minutes, pas une proposition concrète n'a été apportée pour améliorer le quotidien des Français. 

Bref, nous sommes dans le sociétal non plus dans le social ou l'économique, domaines pourtant au coeur de nos préoccupations, mais au sujet desquels "le président fort" se soumet totalement aux prophètes, prédicateurs et papes du pognon qu'ils soient de Bruxelles, de Neuilly-sur-Seine ou de Wall Street.

Haranguer haineux sur l'immigration ou la burqa avec des discours courts aux phrases en 4 mots permet de ne pas évoquer le bilan et de resserrer le débat sur le seul terrain effrayant d'une France fantasmée sous joug musulman

Mais frapper aussi fort à 50 jours de l'élection, c'est risqué. Que va-t-il pouvoir activer d'ici là? La mise en place de camps de rééducation pour les vendeurs de Kebab? Un référendum sur la peine de mort pour les fumeurs de Narguilés ?

Nous devons cette dérive président-candidat vers la fange forte à l'influence de Patrick Buisson (ancien directeur de Minute et ex-très proche du FN) et Guillaume Peltier (jeune neuneu ex-Villieriste qui se la joue scientifique). Les deux n'ont en visée que la récupération du vote FN. Cette fuite en avant du candidat-président persévérant sur une ligne de division des Français et de bouc-émissairisation, alors que les récents épisodes précédents (débat sur l'identité nationalestigmatisation des Romsdes chômeurs...) montrent que ces tentatives s'avèrent contre-productives dans l'opinion, signifie au choix :

- que notre président-candidat, aveuglé par son obsession d'une élection se jouant à l'extrême droite, a totalement perdu la boussole du peuple et le vote, au minimum, de plusieurs millions de Français issus de l'immigration qui devraient théoriquement en avoir marre de se faire régulièrement montrer du doigt. Possible.

- qu'il prépare le terrain sémantique pour un évènement majeur survenant dans les 50 jours (émeute ou fait-divers à instrumentaliser. Les émissions de la TNT nous rappelant que ce n'est pas ce qui manque, et que la technique de récupération visuelle plus ou moins bidonnée de la criminalité est parfaitement au point, que les esprits sont préparés). Hypothèse possible. Cela c'est passé plus ou moins de la sorte sur les deux dernières élections présidentielles (Papy Voise en avril 2002 et la rixe de la de la Gare du nord en mars 2007 et plus largement les émeutes d'octobre 2005 qui ont assis la notoriété de Tonton Karcher).

- ou bien, les 2.

Patrick Buisson et Guillaume Peltier, la dream-team UMP. 
Photo non contractuelle.

Pour le moment, notre Monarque ne s'adresse donc qu'à une partie de la France: le VRR vieux-rentier-réactionnaire (j’insiste sur le cumul, une qualité ne suffisant pas elle seule pour qualifier au vote Sarkozyste) et sans évènement extérieur, attentat, émeute, météorite halal ou autocombustion spontanée du favori en face, il va dans le mur. Sa parole peinera à déborder le cercle des irréductibles liquéfiés et je doute qu'elle trompe une seconde fois les électeurs frontistes. 

De là à dire qu’il y’a une franche adhésion à François Hollande chez les jeunes fauchés progressistes, c’est un pas que je ne franchirai pas encore. 

Illustration : Jeanne d'Arc, Luc Besson (1999)

29 février 2012

La campagne du cancre

par
Marketing à la Morano, idées à la Chuck Norris: telle est la dynamique de campagne de notre président-candidat.

Au programme du jour, attention accroche-toi au pinceau je retire l'échelle, il propose aux enseignants de "travailler plus pour gagner plus".

Si la "valeur travail" est bafouée dans ce pays, la "valeur photocopieuse", elle, se porte sans honte. 

Notre souverain en opération "tout doit disparaître" sur le bilan propose donc 45% d’augmentation de travail aux enseignants pour 25% d’augmentation de leurs revenus: note l’équité du deal représentant une baisse de moitié du tarif horaire. S'il y une telle demande et tant de pognon à redistribuer, on se demande alors pourquoi a-t-il liquidé 80.000 postes dans le secteur en 5 ans et supprimé un tiers du réseau d'aide aux élèves en difficulté ? 

Prend-il les enseignants pour des truffes? Sa proposition pas même chiffrée (estimation basse 6 milliards d'euros) ne tient pas compte de la formation, de la géographie sociale, ni de la pénibilité du métier d'enseignant (14% se déclarent en situation de burn-out professionnel, 24% en état de tension au travail) et encore moins des enfants (rappelons que la France a le taux d'encadrement scolaire le plus faible des pays de l'OCDE avec 6,1 enseignants pour 100 enfants). 

Tirée de sa bible se faire réélire par les nuls, ouverte en catastrophe au premier trimestre, la pipeau-proposition ne s’adresse même pas aux enseignants dont les études d’opinion indiquent qu’ils sont trois fois plus nombreux à soutenir François Hollande. Les professeurs et instituteurs savent par ailleurs très bien à quoi s’en tenir avec un président n’ayant en ligne de mire que le dynamitage pur et simple de l’éducation nationale, histoire de la redistribuer au privé, morceau par morceau et classe sociale par classe sociale. A ce titre, comme dans toute casse cyniquement programmée de secteur public, l'échec scolaire sert même d’argument pour opérer la bascule dans le privé en distillant dans les consciences que "public = déclassement".

Non, une fois encore en visant la saturation de l'espace médiatique selon la technique ABC (Agenda-Bourrage-Clash : 1/ Lancer une proposition bidon ou mensonge pour faire les titres. 2/ Générer du débat sur les chaines infos de la TNT et les talk-radios et alimenter le clivage en dressant les uns contre les autres. 3/ Recommencer le lendemain), il s’agit de s’adresser en priorité à ceux qui vouent aux gémonies l’éducation nationale (bastion fantasmé de hordes molasses, incultes et syndiquées ne sachant plus inculquer la discipline), bref à ceux qui n’ont plus rien à voir avec l'école ni de près ni de loin depuis minimum 40 ans. Si au passage les profs s'insurgent, c'est tout bénef: cela permettra aux premiers, confortés dans leur croyance, de réaffirmer que les seconds sont des feignants.

Au-delà d'être désespérée, la tentative est désespérante, c'est un signe extérieur flagrant d'un patinage dans le vide du candidat-président. Faut-il être à ce point à court d’arguments pour chercher à ressouder son électorat fétiche autour d'une position qui fait déjà consensus chez lui: la détestation de l’école publique? 

Illustration: Cameron Diaz dans Bad teacher (2011)

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