31 décembre 2008

Brûle l'héritage des années 80 ! (...et pas ma voiture)

par

Note informative et complémentaire à l'intention de la jeunesse de France qui, pour peu qu'elle fût isolée en famille dans une enclave enneigée avec sa XBox en rade, aura été la victime des hommages télévisés aux années 80 qui se sont bousculés durant ses vacances de fin d'année.

A l'approche d'une soirée où vont encore probablement raisonner dans les salons carrelés de France, les funestes
Partenaire particulier, O mon bateau et démons de minuit, j'apporte ma note discordante au concert des louanges pixelisées enrobant dans leur guimauve émotionnelle ces catastrophiques eighties.

Mardi soir dernier, la propagande discographique servait la contrevérité du discours historique au travers de deux émissions, l'une sur France 3 nommée "la folie des années 80", l'autre sur Virgin 17 intitulée "la face cachée des années 80" relatant la douce amère décennie de mon adolescence aussi peu mystérieuse que totalement exempte de folie.

Attention souvenir de trentenaire : Je me remémore encore ce mois de décembre 1989 et une autre émission déjà commémorative sur ce sujet où Antoine De Caunes relatait à chaud ces années de transgressions et de progrès durant laquelle l'animateur (fils d'animateur et papa de future animatrice) voyait son salaire multiplier par 20. Il donnait rendez-vous au spectateur fin 1999 pour la rétrospective des années 90. Dix ans plus tard, il n’y eut pas d'émission. Un, il ne faut jamais croire la télévision. Deux, il n'y avait rien à célébrer. Même la chute du mur de Berlin appartiendra in extremis aux années walkman et minitel.

Précision temporelle : Les années 80 (dites du porte-nawak sacralisé) débordent leur décennie. Elles démarrent aux dernières lueurs du disco (quand Carlos s'est aventuré au genre) pour se conclure au premier tiers des années 90 englouties par le gros son saturé de la déferlante grunge (conclusion radicalement opposée, donc totalement logique, aux pauvres boucles des boites à beat de la décennie passée).

D'un point de vue artistique, je m'insurge contre ce révisionnisme musical. Non jeune, ne crois pas tes parents s'ils t'affirment que Desirless et Baltimora, c'était génial (surtout qu'il n'y avait que ça du matin au soir à la radio) ! Je préfère 1000 fois la moyenne musicale de ce que tu écoutes aujourd'hui. Sache-le, culturellement parlant j
e conchie ces eighties où furent larguées sur notre pays en toute décontraction, parfois même au nom de l'art et avec l'aval du gouvernement, les bombes culturelles les plus dévastatrices du siècle dernier.

Pour que l'histoire soit plus pertinente, apprend qu'à cette époque un Ministre de la culture célébrait la publicité comme un moyen noble d'expression artistique, équivalent voire supérieur au cinéma et à la littérature.
Vingt après, j'attends toujours le Balzac et le Renoir de la réclame. Jacques Seguela était alors un Dieu (socialiste) vivant, Bernard Tapie allait devenir Ministre de la ville (de gauche). 20 ans après, les deux convertis, plus fortunés que jamais, collent toujours à la vie publique comme la crotte aux Converses. Quant à Jack Lang il est dans les starting-block pour redevenir Ministre de la culture. Ça, je te le certifie : Tu n'as pas fini d'en bouffer des magiques années 80 !

Constat glaçant : Si les années 80 offrirent en cascades de paillettes le pire de l'audio et du visuel, que dire au sujet de la décennie 90 ? Il n’en reste rien. Elle est la photocopie baveuse de la précédente, sa version petit bras, le culte de la performance en moins et le côté sueur de la boite de nuit obligatoire pour tous en plus (avec son cortège houellebecquien de misère sexuelle).

Période tampon entre l’insouciance et la résignation, les insipides nineties contiennent en germe la viscosité pénétrante de cette société
névrosée et sécuritaire dont la mélasse se tartinera généreusement à partir de septembre 2001 et dans lequel, jeune, tu es ravi de devenir adulte.

Des années 80, je n’ai gardé que le meilleur : La fuck-you attitude, un plan de carrière envisagé avec le même sérieux que pour une partie de ping-pong amateur, ainsi que le double-vinyl de Prince
1999 sorti en 1982.

Je dois te l'avouer, est-ce l’âge ou l'humeur chiffon mais, pour la première fois, au fil de ce kaléidoscope d'images et de sons, je suis touché par le souvenir de cette décennie du synthétique que j'abordais à 8 ans pour en sortir prétendument raisonnable et formaté. Nostalgie tu n'entreras pas ici ! Pour rien au monde, je ne revivrais cette période dont ces deux émissions hagiographiques plébiscitent l’emballage en omettant de s'attarder aux effets corrosifs de sa substance acide.

Jeune, tu veux savoir à quoi ressemblaient les années 80 que l'on veut te faire aimer ? Regarde l'homme qui nous sert de président, il en est le parfait appartenant-témoin.

Dans le dédale clipesque des références sur ces années qui vantaient l'éclairage halogène 500 watts individuel, faisaient à tout heure de la femme un steak télévisé et déclinaient le fluo à en filer la migraine, je tire ce constat accablé : Même exécrable, même polluée par les impostures et ces innombrables fautes de goût, cette décennie reste à ce jour la plus sympathique des quatre que j’ai traversé.


Ces eighties je les ai prises en pleine face, dans leur version supermarché. Oui, j'avais mon pin's touche pas à mon pote et mon film préféré s'appelait Flashdance. Crois-moi, j'étais atteint.

Tout cela fut, tout cela n’est plus, fort heureusement.

Les années 80 reviennent à la mode ? C’est la preuve par le risible que notre société est vraiment désespérée, en totale panne de projet.

La plupart de ma génération (dont les journalistes qui concoctent aujourd’hui ces émissions élogieuses) est passée à côté du Palace dont elle retrace l'épopée underground à laquelle par définition 99,9999 % de sa classe d'âge n'a pas accédé. Le plus souvent abonnée aux tennis à scratch, aux jeans Wrangler, avec comme seule dope les Dragibus ou les fraises Tagada, elle a probablement aussi raté la révolution de la mode dont elle fait l'éloge et l'héroïque défonce décomplexée des happy-few du Marais.

Comme l'écrasante majorité, elle s'en est probablement tenue aux 45 tours du Top 50, à la branlette sur les photos de Sophie Favier et à la télévision où, la plupart du temps, on ne voyait comme maintenant que Michel Drucker (et ce depuis 1970).

Jeune, soit assuré que cette cure de jouvence pour trentenaires tendant quadras est classique, climatisée par des médias cajolant leurs auditoires. Chaque génération en vieillissant, sacralise les contextes culturel et politique de son adolescence. Dans les années 80, j'ai pour ma part, bien morflé avec les évocations enfiévrées des sixties parentales dont la symbolique qu'ils plaçaient en cette farce qu'incarnait déjà à mes yeux la série B sur santiags nommée Johnny Hallyday,
tendait à m'indiquer qu'ils avaient probablement du végéter dans une adolescence tout sauf rock'n roll.

Ne succombe pas jeune, c’est un vieux con de 36 chandelles qui te le dit, ma génération ne décrète jolies et inégalées ses médiocres années 80 que parce que, comme toi je l'espère, elle était insouciante. Avec cette spécificité propre à ma classe d'âge, que nos années de jeunes adultes suivantes furent en comparaison au climat gai et glitter de ces années 80, un interminable hiver (d'ailleurs pas vraiment achevé).


La nostalgie n'est plus ce qu'elle était. Avant, on regrettait ce qui était mieux. Aujourd'hui, on célèbre ce qui fut moins pire.


Et dis-toi que tout ça, c'est rien que pour te faire acheter des compiles et des coffrets dvd !

(Pochette de la B.O de "1984" par Eurythmics (sorti en 1984). Voila, un lien très concret que l'on peut établir entre les années 80 et aujourd'hui. Dans les années 80, l'inconscient populaire redoutait l'avènement de la société d'Orwell. Au début des années 2000, il ne se rendait pas compte qu'elle devenait réalité. Aujourd'hui, on est en passe de ne plus imaginer le monde autrement. )


21 décembre 2008

la vacance

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Entre les cris de la petite dernière qui cumule sommeil léger et éveil lourd, les assauts répétés des forces de l'empire, l’écriture à la chaîne, les babioles annexes de type stock-shot à la Socopec, à l'approche d'une période de redoutables festivités, je suis victime d’un petit coup de barre hivernal.

Je m’absente donc quelques jours dans un endroit d’une apaisante banalité offrant ce quadruple avantage d’être silencieux, isolé, mal couvert par les réseaux de téléphonie mobile et pas du tout raccordé à l’internet.

Merci pour vos courriels d'encouragements, vos témoignages et tous ces signes (je pense à ces remerciements émus d'électeurs sarkozystes repentis) qui, au cœur du doute, me soufflent que la partie n’est pas terminée.

(notre homme a grand besoin de faire le point et de puiser à la source ses concepts novateurs.)

A très vite donc, et en meilleure forme, pour que chaque jour compte.





19 décembre 2008

Lagarde du secteur bancaire

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Devant actuellement m'attarder à quelques fastidieuses taches de production, je ne peux me consacrer pleinement à mon activité cérébrale quotidienne : Le décryptage de la campagne publicitaire permanente de notre gouvernement.

Néanmoins, hier à l’heure du goûter, j’ai jeté un œil à la courte émission de Thierry Guerrier C’est à dire sur France 5 et dont Christine Lagarde, Ministre de l’économie, de l’industrie, de l’emploi, bref du Titanic, était l’invitée.

Rien de bien neuf sous le soleil de l'UMP, j’assiste pendant les neuf premières minutes à un vol de croisière classique reliant sur le ton de la positive-attitude la république de l’autisme d’élite aux contrées perdues de la confiance populaire sur le mode de ceux que l’on voit en rotation permanente, depuis deux ans, de La première compagnie aux plateaux d'Arlette Chabot.
Sur un ton monocorde enjoué évoquant, en plus jésuitique, Gene Kelly dans Singin'in the Rain, se succèdent les formules convenues du type les petits épargnants seront épargnés par le scandale Madoff, la présidence européenne française fut un succès pour ce qui est de prévenir les crises économiques, le sempiternel La France sera moins touchée que ses partenaires et autre récéssion ? Quelle récession) dont sur la base de l’observation de ce que notre Ministre a déclaré depuis dix-huit mois on peut raisonnablement conclure qu’elles sont annonciatrices du contraire.

Non, le véritable intérêt de cette émission est d’exposer avec des gants, voire des moufles, les ambitions de notre Ministre en terme de relance économique.

J’en veux pour preuve ce passage (à partir de 9.30 sur ce lien) où l’animateur l'interpelle au sujet des crédits à la consommation (du futur scandale en puissance).

Question : Vous ne pouvez rien faire pour que l’on prête aux gens non pas à 20% mais moins cher ? (étant donné qu’au même moment la FED aux Etats-Unis baisse son taux directeur à zéro, ce qui termine de prouver à ceux qui en doutaient encore que nous vivons une époque formidable.)

Réponse de Christine Lagarde : Je veux beaucoup plus de transparence sur le crédit à la consommation… Il faut absolument que l’on encourage le crédit à la consommation, c’est utile est nécessaire mais il faut que l’on en supprime les abus. (La Ministre fait ici référence aux publicités qualifiées de mensongères (que fait le BVP ?) qui pullulent sur les écrans de ces chaînes de télés privées dont, dans le même temps, l'Assemblée vient de valider le doublement de la diffusion.)

Face au discours à la liqueur de Vaseline, armé de son chausse-pied,Thierry Guerrier repart à l'assaut de la forteresse guindée :

Question : Vous ne pensez pas que 20% de taux d’intérêt c’est un peu cher ?

Réponse un poil crispée de la Ministre qui en appelle à ce que le consommateur se fasse entendre au travers du jeu de la libre concurrence dans le secteur bancaire (secteur que l’on ne peut soupçonner de connivence ou d’harmonie stratégique) et qu'il fasse ainsi baisser de lui-même les taux de son emprunt, avant de réitérer tout sourire que ce type de crédit à 20% est utile et nécessaire.
Pauvre, on ne te prête plus pour acheter ta maison ? Tu n’as plus d’argent pour nourrir tes enfants ? Pire, tu n’as plus d’argent pour leur offrir la dernière WII ?

Pauvre, tant que tu as un salaire, même de misère, soit patriote avec ton secteur bancaire !

Pauvre, c’est ton Ministre de l’économie qui te le dit : Le crédit à la consommation à 20%, c'est utile et nécessaire.

18 décembre 2008

Train-train gouvernemental

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Ce matin sur Europe 1, François Fillon déclare que les français sentiront moins les effets de la crise en 2009 grâce au plan de relance de leur président. Son argument : L’état va construire quatre lignes de TGV ! Voilà qui occupera les 50.000 nouveaux chômeurs mensuels de notre dynamique économie qui résiste mieux que les autres à la crise.

Les autres ? Après l’augmentation du prix des billets annoncée par la SNCF pour cause de construction de ces fameuses nouvelles lignes, les autres regarderont les trains passer.

17 décembre 2008

Quand le peuple grec reforme lui-même l'audiovisuel public

par
Quand le peuple grec reforme lui-même le service public audiovisuel. Il coupe le discours lénifiant du premier Ministre pour, enfin, y faire passer des messages constructifs.

Traduction de la banderole : "Arrêtez de regarder, sortez dans la rue".



Pour les fêtes, sur l'ORTF 2.0 le peuple de France, lui, aura le droit à une retransmission en direct de la nouvelle pièce comique de Bernard Tapie.

Rassurez-vous notre PAF public à nous n'est pas en reste dans le domaine du happening insurrectionnel. Il propose cela :




13 décembre 2008

le traquenard de la caisse automatique

par

Laissez-moi vous narrer mon passage au gargantuesque, jaune et bleu, Ikebas de grande banlieue dans le but de m’y procurer deux stores blancs d’un mètre sur un mètre soixante dix et ainsi vous prouver par A plus B que, oui, la vie des écrivains est plus originale que la votre.

J'ai déjà parlé ici de l'hystérie du salarié le vendredi après-midi. E
nfin libéré de sa captivité, livré à lui-même, s’abandonnant à sa seule liberté du week-end : Consommer dans l’étroite limite de son goulot d'étranglement financier. Sachez que cet eden du bibelots à déclinaisons optionnelles censées signifier à ses amis son niveau d'accomplissement sur l'échelle de la réussite sociale, en est bondé. Le salarié s'agglomère en petits troupeaux de semblables dans les allées labyrinthiques ou, stoppe net aux présentoirs pour faire défiler compulsifs les pages plastifiés d'un catalogue (sous chaîne) où s'affichent, dans de malhonnêtes mises en scène du bonheur domestique, les agencements de cuisine à la M6 qui le font fantasmer. Ah si seulement il avait du gout et une cuisine de 75 mètres carrés ! Histoire de tromper cet amer constat, il s'achète comme chaque vendredi un truc inutile et coloré pour moins de 9,99 euros.

Après avoir longuement tergiversé sur les différentes qualités de stores, merdiques, chers, ou chers et merdiques, j'arrête mon choix sur le modèle le moins couteux et me dirige vers la sortie du complexe en tôles ondulées sur fond de musique douce visant à vaseliner jusqu'à validation chaque velléité d'achat.

Sur la vingtaine de caisses, une bonne quinzaine sont closes. Pas d’espoir qu’elles officient ce jour, un gros ruban rouge façon Merry Christmas suckers ! les entoure et signifie, sur une note festive, qu'elles sont délibérément placées en quarantaine par la direction.

A 10 jours de noël dans l'Ikebas le plus populaire de France dont le parking de 600 places dégueule de véhicules au point que, enfant présent ou pas, le bourgeois légitiment excédé par l'abondante populace va bientôt devoir garer son 4X4 dans la célèbre piscine à bulle, subsistent 5 petites caisses actives ! Inévitablement, ces dernières sont devancées de longues files d’attente de bibeloteurs résignés.

Pourquoi attendons-nous toujours aux caisses des grandes surfaces ? C’est simple, c’est la seule chose gratuite du magasin. Le magasin pourrait engager plus de caissiers pour fluidifier le trafic mais le magasin se moque bien, qu'à ce stade final, cela aille vite, surtout en semaine, alors elle en profite pour marger encore un peu sur votre patience. C'est à vous que ça coute et c'est à elle que cela rapporte. Ce n'est pas après avoir tourné trois heures dans l’hyper ou l'Ikebas, votre caddie plein, enivré que vous êtes par cette promo sur les stores blancs (deux pour le prix d’un et demi youpi !), que vous allez vous enfuir. Les études le prouvent : Le client de l’hyper n’est pas un révolutionnaire. De plus, il vient rarement armé. Dans la plupart des cas, il se soumet de bonne grâce à la file d’attente. A peine esquisse-t-il l’espoir qu’une autre caisse ouvre à proximité et qu’il soit le premier à s’y introduire grillant, en une habile queue de poisson, une dizaine de ces autres abrutis qui font leurs courses le même jour que lui.

Malheureusement,
pas la queue d'un poisson en vue en ce vendredi après-midi dans l’Ikebas de grande banlieue. J'imagine l'attente aux caisses si longue que je songe un instant à abandonner mes deux stores blancs sur le bord de la route, d’autant qu’ils sont à 17,95 l’unité, soit un total de près de 5 heures de SMIC net entre les mains, et que ça fait cher le bout de plastique. C’est là que j’entends monter la rumeur de quelques mécontents.

- C’est honteux de faire ça !

- Moi sûrement pas, jamais je n’y irai !

C’est que, ayant toujours le naïf espoir de trouver une caisse qui serait ignorée de la masse, j’approche d’un îlot à l’écart où, au contraire des teigneux, patientent sereinement une petite dizaine de personnes d'apparence civilisée. Grisé par l'opportunité, je m’insère dans la file ne comprenant pas tout de suite pourquoi fusent de ma gauche tant de regards, tantôt envieux tantôt haineux, à mon encontre.


A mes côtés dans la mini-file de ce qui m'a tout l'air d'être un club privé, une senior bourgeoiso-versailloise (mais coupée au Fontenay-Le-Fleury) lance avec mépris à sa trentenaire de fille :

- C’est qu’ils vont nous apprendre à être caissier maintenant !

- Moi je vais toujours à cette caisse-là. Je suis contre, ça supprime des emplois mais bon ça va plus vite. Répond l’assistante bancaire en tailleur boudinant, une pyramide de gadgets suédois dans les bras avec au sommet des guirlandes sponsorisées par L’Unicef, son paquet de Daim caramel-chocolat qui vont encore lui filer des complexes de culotte de cheval et un mini-sapin pour Meetic, son poisson rouge neurasthénique, avant qu’elle ne soit invitée par un maître de cérémonie en costume jaune et jeune à avancer vers une des caisses automatiques.

Diantre ! J’avais réussi à les éviter en Angleterre, au supermarché de mon quartier et même dans ce complexe de 28 salles de cinéma en périphérie d'une ville de province où le taux de chômage grimpe pourtant à 12%. Mais ici, je me suis fait avoir comme un bleu par une direction qui, fermant méticuleusement la quasi intégralité des autres lieux de paiement, m’a bel et bien piégé dans ce qu'il convient d'appeler le traquenard de la caisse automatique.

C'est un petit espace, quasi cosy, cerclé de quatre caisses tactiles. En fait, elle n’ont d’automatique que le nom puisque le consommateur est l’espace d’un scannage manuel à self-effectuer et d’un code-pin à auto-taper, un caissier d’Ikebas non rémunéré ! Leur position dans le magasin, à l'écart et entre deux piliers, montre que la direction un peu honteuse, en est encore à tester le degré d'asservissement de sa clientèle face au modernisme.

Je décèle dans le regard du couple de jeunes employés en charge de la gestion du flux des bons payeurs et de la supervision des mauvais payeurs (car la confiance, elle, n'est pas automatique), la fierté d’avoir été choisi par la direction pour chapeauter l’opération à deux à l'endroit où la semaine dernière il y avait encore 4 employés. Leur ballet continu de gestes ampoulés, cachant l'extrême régression du moment, semble narguer les quelques caissières
qu’on l’on aperçoit au loin, ternes et recroquevillées entre les sacs bleus et les colonnes d’ampoules à basse consommation, turbinant en non-stop sur leurs caisses productivement préhistoriques.

Trahi que j'étais, otage comme pas mal de gens autour de moi d'un vrai cas de conscience : Reprendre une file à zéro, attendre ainsi 10 minutes de plus à une caisse bio mais contribuer à rendre service à un éventuel prochain jeune caissier d’Ikebas qui, grâce à mon boycott des nouvelles technologies de rentabilité de la plus grande fortune nordique, serait ainsi embauché à un mirobolant salaire d'un tiers de store horaire (avec possibilité d'évolution vers la demie lampe hallogène). Mais, dans le même temps, compte tenu de mes propos répétés sur la condition dégradée et souvent dégradante du travailleur salarié et du caissier en particulier, ne serait-ce pas une bonne chose au fond, d'un strict point de vue humain, que le métier de caissier dans la grande distribution (et mother fuckers assimilés) disparaisse ?

Quel tenaille philosophique ! Le caissier pour peu qu'il ne soit pas oppressé par un petit chef lui-même traité comme une sous-fiente par sa direction, reste la dernière interface humaine (autrement appelée trace de vie) de ces camps de consommation de produits d'importation asiatique (à condition sociale de manufacture hautement douteuse).


La seule façon de montrer ma protestation aurait été de purement et simplement abandonner mes articles à la caisse ou de les voler (je rappelle qu'ils font 100X170). Mais ce serait abdiquer, faire étalage de mon incapacité à résoudre les dilemmes que la vie moderne, soumise aux paradoxes de ses impératifs contradictoires, nous impose à une fréquence que d'aucuns trouveront de plus en plus fréquente. Non, je ne le pouvais, il allait falloir que je sois courageux et qu’en bon stores-manager, j’aille régler tout seul mes persiennes en rouleur et que le soir même, en couard interactif sur mon blog à dénonciation différée, à la seule force de mon verbiage, je rende compte de cette mesquine machination afin que le lecteur se fasse son opinion et, qu'à n'en point douter, enrichi par mon témoignage, il boycotte ce type d'enseigne.

Un maître de cérémonie eut raison de mon monologue intérieur et je fus happé par la rapidité du débit des consommateurs. Constatons, n’en déplaise à la bourgeoise devant moi, que caissier est un métier qui s’apprend vite.
La machine (qui on nous le promet aura bientôt la voix de Hal dans 2001) m’invite d’abord à taper mon code postal. Non satisfaite de me faire travailler au noir, l’enseigne du grand nord veut me fliquer ! En bon citoyen-consommateur, je m’exécute : 03200 comme Vichy, station thermale à gestion tonique. Ce n’est pas mon point de départ mais notre destination. Le chemin se fera sans heurts, il commence ici ou ailleurs avec une musique d’ambiance dans de grands hangars mondialisés, encadrés par de gentils maîtres de cérémonie payés aux encouragements de la positive logorrhée d'entreprise qui tôt ou tard les engloutira et par des machines qui, dans tous les sens du terme, veulent votre bien.

Quelle morale tirer de cette expédition dans le magasin du futur ? Aucune, on y trouve amorcées toutes les absurdités structurelles de notre modèle de société marchande qui ,une fois poussées jusqu'à l'intolérable, conduiront chacun d'entre nous dans le mur, ce qui (c'est déjà ça de gagné) ne devrait pas tarder. On y trouve également la source des maux de ceux qui, jour après jour, soumission après soumission,
moi inclus à 16h10 ce vendredi-là, contribuent à la prospérité de ce système tout en fortifiant leurs désarrois individuels.

Esclave, consommateur, machine à payer ou les trois à la fois : J'ai dit plus tôt que la vérité n'était pas ailleurs, le bonheur si.

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