29 septembre 2009

Pour en finir avec la classe moyenne

par

- "C'est toujours pareil. Nous, la classe moyenne, on en prend plein la gueule !"

Me lance Yolanda au bout de deux minutes pour en finir avec cette déviation économico-politique de la soirée éloignant le couple de trentenaires de ses béquilles à bla-bla traditionnelles, à savoir la maternité politiquement incorrecte de Florence Foresti, les moules à la plancha et les vérines
M6 boutique.

Ce samedi soir, dans l'appartement couleur taupe-violine grisée méticuleusement décoré et sursaturé en tabourets, après un copieux cassoulet au gingembre et un exposé de mes hôtes, Yolanda et Bobi sur la nouvelle gamme de tabourets Ikebas "ké
trop pas chère", je tente de leur expliquer le principe de déflation dans lequel notre pays entre gentiment.

SEB MUSSET dans un effort de synthèse post-cassoulet
- "La déflation c'est quand tous les prix s'écroulent."

YOLANDA l'œil frisant
- "Trop top, on va pouvoir acheter plus de tabourets !
"

C'est pas gagné.

Ce n'est pas la première fois que la Bobi-Yolanda, petite S.A conjugale, pleurniche sur ses conditions de vie qui,
du "boulot à la con au salaire de merde" (sic) en passant par "[leurs] enfants qui ne respectent pas leur autorité et regardent trop la télé" (sic-sic) jusqu'au "nous on fait que payer pour les autres" (sic-sic-sic-aie-aie-aie), se dégradent de jour en jour. Mais c'est la première fois que le terme de "classe" est employé par nos jeunes apologistes du chacun pour soi, chacun chez soi et même déco pour tous.

Faut-il voir dans cette soudaine affirmation d'une appartenance sociale, la conscience des rapports dominants / dominés tels que les établissait si justement Jean-Claude Marx dans
K comme Kapital ou les cent siècles de Kick-Boxing social dans ta tronche de télé-blasé (éditions du jet vain) ? L'essentiel de la soirée ayant porté sur la prochaine acquisition d'une 207 à vitres teintées pour remplacer la 307 de 99 "qui fait trop plouc hein biquet ?"[1] grâce à une prime à la casse avant, un double Cofinoga arrière avec rétablissement sur le PEL du petit : J'ai bien peur que non.

Reste que Yolanda est persuadée de la survivance d'une classe moyenne dont elle ferait partie.


Alors qu'elle me sert dans une tasse Renato Beaufatuna mon type de café encapsulé favori[2], je profite du shoot anesthésiant de glucose provoqué par l'absorption de mini-baba à la Kevin d'UDPP pour recadrer avec la nonchalance didactique d'un Clint Eastwood dans Le bonus, le banquier et le truandé, les illusions de ce prototype standard d'enfants d'enfants du baby-boom qui, à défaut de comprendre que demain c'est déjà aujourd'hui, se persuade que ce soir c'est toujours hier.

Je vous livre ma plaidoirie (on sait jamais ça peut servir) en plus détaillée et générale, la version originale étant plus personnalisée et diplomate :

"Tu vois Yolanda...
D'un côté, il y a les riches (jusqu’à l’indécence), de l'autre les pauvres (pareil, jusqu'à l’indécence). S'il subsiste une classe moyenne telle que tu l'imagines en te basant sur l'exemple de tes parents, elle concerne relativement peu de monde (Cadres CSP+++, ingénieurs ultra-spécialisés, chefs d'entreprises en pointe, professions libérales...). A en juger par ta fiche de paye (1500 euros / net, autrement dit que dalle lorsqu'on en dépense 1600) et ton niveau de stress (3 lexos / jour et 1 heure de Naintendo DS), malgré la possibilité d'une 207 (dont tu oublies un peu vite que, comme pour ton mariage en relais-château et tes frais dentaires, ton papa va payer la moitié) et même si ton niveau de confort domestique (contre un endettement à 50%) est enviable pour beaucoup, toi et Bobi faites partie de la deuxième catégorie.

La classe moyenne est un concept de la seconde moitié du XXe siècle qui répondait à une industrialisation et à un ordre économique occidental où régnait dans chaque pays une forte dominance étatique. Pour faire simple : Nous avions la promesse de technologies améliorant nos conditions de vie, des états burnés capables d'envoyer balader des continents, des industries et une main d'œuvre bien payée qui réinvestissait son salaire dans l'acquisition d'objets manufacturés sur place.

Une partie croissante du prolétariat pouvait jouer aux riches sans y perdre de plumes et, si d'aventure lui prenait l'envie d'être propriétaire de son logement, les banques lui prêtaient raisonnablement sur une période courte un complément ne mettant pas en péril les finances du ménage. En toute logique, en parallèle à l'amélioration de ses conditions de vie, la conscience d'une classe ouvrière s'estompait.

Mais ça Yolanda,
c’était avant la globalisation de l'économie et le glissement de nos emplois en l'espace d'une génération (la tienne) vers le secteur tertiaire avec sa cohorte de jobs sans signification pris dans l'étau de rémunérations immobiles (bah oui tu comprends y a du chômage de masse) et d’un impératif de productivité toujours plus poussé (bah oui tu comprends y a la concurrence).

N’étant plus un facteur d’enrichissement individuel mais une variable d’ajustement nécessaire à ton employeur pour rester compétitif jusqu'à temps qu'il te jette, ton salaire te permet tout juste de te maintenir à la surface. Sur ce point, reconnais ta part de culpabilité : A vouloir sur-consommer sur le modèle de tes parents, tu te retrouves à devoir rembourser un logement surcoté, des dettes multiples pour de la pacotille et une ribambelle d'abonnements que tu conçois comme les preuves de ton appartenance à cette
classe moyenne.

En agissant ainsi, tu as accéléré le processus d'atomisation de ta
classe (selon les schémas pépères que tu te dessinais sur la base de ceux vus conjointement chez tes parents et dans les séries américaines).

Dans ton bonheur matériel à portée de crédit, tu n'as pas vu que 1 / Tes parents avaient en réalité moins que toi. 2 / Ils étaient moins nombreux. 3 / Leur taux d'endettement était bien moindre.

Ajoutons que là où un couple de la classe moyenne des années 70 menait son petit bout de chemin social confiant dans le jour d'après et souvent sur la base d'un seul salaire, vous êtes aujourd'hui deux à courir langue pendante, angoissés par demain. Si
la classe moyenne telle que tu l'idéalises s'en prend plein la gueule, la femme prend double ration. Rares sont les couples qui peuvent s’autoriser un semblant de vie comme papa et maman sans que les deux ne suent comme des gorets à la gloire du Medef. Tu peux te marier, divorcer, recomposer à l'infini des familles, échanger les enfants et les mamans (du point de vue marchand c’est même encouragé), une seule règle subsiste : Hors du couple point de salut financier. Dans ce domaine, malgré les apparences de modernité, en terme de conventions, de carcans et de sentiments, pas vraiment de progrès depuis les romans de Balzac.

Tes parents payaient cash des objets relativement exceptionnels et chers, faits pour durer et qui étaient perçus comme les signes d'une amélioration de standing. Tu consommes à crédit du commun, obsolète et auto-destructible dans un semestre, pour ne pas être exclu de la compétition des apparences avec ce voisin que tu méprises. Et encore, au prix d'une traque quotidienne de la bonne promotion.

Tes parents investissaient, tu ne fais que renouveler. Avec la complicité de banques te déroulant
le tapis rouge jusqu'à l'absurde il y encore peu de temps, tu as gardé cette naïve conviction : Les trente glorieuses sont éternelles. En fait de classe moyenne, ta vie est une guerre de chaque instant où les roquettes des crédits à la consommation succèdent aux rafales de bombes à agios. Désormais tu luttes pour rester à la surface d'un standing, garantie fantasmée de confort et de sécurité, que par mimétisme familial tu estimes du à ta classe : Saisis-tu la différence ?

Les apparences sont illusoirement conservées, voire superficiellement améliorées (du point de vue technique) mais les privilèges de ce standing, ce que l'on ne peut pas compter, la confiance et le bien-être, sont évaporés. Réalité à paillettes des peoples, publicité et discours euphoriques de Christine Lagarde, tu observes l'inverse à la télé. Ça te fout un peu la haine : C'est bien légitime. Rien de tel pour raviver ta jalousie envers ce collègue de bureau qui est payé trois euros de plus que toi, le salaud.

Pour oublier, tu consommes
.


Le marché est malin.
Sur la base d'une exploitation salariale loin de tes yeux et d'une optimisation quasi-totalitaire de la distribution ici, il t'a développé le hard-discount et des magasins de chaine (high-tech, fringues et déco) pour soulager tes insatiables pulsions matérielles tout en te donnant la sensation d'avoir encore des biffetons dans les poches.

Et c'est ainsi qu'au lieu d'aller au théâtre, au restaurant puis en boîte, bref de profiter comme l'aurait fait nos parents trente ans plus tôt, nous bouffons ce samedi soir une boite de cassoulet dont tu précises qu'il est bio en omettant de dire qu'il est surtout Lideule,
dans ton salon Roche-Bobos à trois bâtons que t'auras fini de payer en 2022 tout en discutant avec ton partenaire de crédit de vos prochains tabourets.

Question estime de toi comme tu as tout réduit à la marque, celles de "luxe" te fabriquent dans un no moral's land social des accessoires griffés (lunettes, ceintures et tee shirts) pour 3 euros qu'elles te vendent ici 150 et que tu es "trop fière" d'acheter 90 sur ventes-trop-pas-privées.com parce que 1 / tu as le sentiment de faire partie des grands de ce monde 2 / tu es plus intelligente que ton voisin (qui achète la même chose au même tarif au même endroit). Se faisant, tu fais concrètement subsister les marchands du temple au "bling" (dans la mesure où, n'écoulant pas tous les jours des robes à 100.000 euros, elles font probablement le gros du pognon avec les fauchés), tu t'appauvris et renforces le dumping social ici et là bas.

Je passe sur le fait que tu es trop gâtée, que tu coûtes bien trop cher en frais de santé et d'éducation (puisque l'état a baissé les bras et abandonne tout au privé), que tu as pris selon ses termes de mauvaises habitudes (35 heures, congés payés et toussa) et qu'en contrepartie tu ne produis pas grand chose à part des services (au choix : 1/ basés sur l'arnaque de tes semblables ou 2 / utiles à ceux qui ont encore du pognon mais dont tu profiteras de moins en moins jusqu'à ta complète exclusion de ce type de prestations). Notre monarque et son gouvernement te le font rentrer dans le crane avec force média et législation au marteau-pilon : Dans le domaine public, il faut que tu fasses aussi jouer la concurrence ! Il ne sue pas trop pour te convertir : Consommer et comparer les offres, c'est ton truc. Sauf que là aussi, la casse du service public tirera un peu plus ton standing vers le bas. Santé, éducation, transports sont autant de services dont tu t'apercevras trop tard dans un haineux "oh putain ça a encore augmenté !" qu'ils étaient de qualité et peu coûteux.

Bref, Yolanda ta classe moyenne se meurt. Son curseur semble définitivement tourné vers la misère. Vaccin, couche d'ozone et danger de la cigarette : L'état t'occupe la tête. Il te martèle un discours écologique pour tromper ta chute de standing. C’est cool d’être pauvre, tu pollueras moins. Sauf que, tu sais ce qu'on dit déjà dans les couloirs de la world company : "Une classe-moyenne de perdue ici, cinq de retrouvées en Asie".

Au cœur de ton malaise : Le sentiment qu'il n'y a aucune solution. Qui va te sauver : Ton patron, les marques ou leur attaché de presse a.k.a ton monarque ? Yolanda si tu attends que ta situation s'arrange planquée derrière ton plasma, soumise le reste du temps aux désidératas de ta direction en croisant les doigts pour pas te faire virer, décompressant par le
burning de carte bleue le samedi (et bientôt le dimanche), tout en évitant les sujets qui fâchent avec tes rivaux de standing et en appréhendant ton voisin comme un concurrent, prépare-toi à toujours pleurer. Le monde ne va pas changer, c'est toi qui va disparaître.

Il reste tout de même un espoir : Tu es la plus nombreuse et ton monarque a peur de toi.

Ne lui sert pas ta résignation sur un plateau. Casse le règne de l'objet et redonne de la valeur à ta vie. Identifie ceux qui ont les mêmes intérêts que toi[3]. Ensemble, à chaque abus, que vos voix fassent trembler ceux qui n'ont aucune raison d'arrêter tant que tu te tais, ceux qui ont tout à gagner à t'isoler avec tes désirs en tube de tabourets et de 207 à vivres teintées. Toi, tu peux encore regretter un monde perdu, imagine ce que sera celui de tes enfants s'ils n'ont pour exemple que ta soumission et la pauvreté de tes ambitions."

Long silence dans le salon taupe. Toussotements. Et l'hôtesse en ceinture Daube et Gabanno de relancer le débat :

YOLANDA
- "Bon, on fait un poker ?"

[1] Yolanda vivait mal de devoir se traîner à trente et un an dans sa vieille 307. Résidu d’adolescence, c’était une GTD 4 portes, rachetée monnaie sonnante à ses parents au terme d’une affaire satisfaisant les deux parties mais commençant à peser sur les nerfs de la jeune conseillère clientèle. Trajets pour le job, transhumance du vendredi au Mutant : La 307 restait indispensable.
Dans cette civilisation de la voiture comme premier marqueur social, avec le déferlement des concept-cars aux design en courbes sentant bon le cocon plastifié, l’opulence et la transgression, livrés avec gépéhèsse, abéhaisse, herbague, chauffe-burnes, pare-buffle et vitres teintées permettant d’écraser sans être traumatisé, la chignole à maman prenait plus qu’un coup de vieux.
Il était temps de faire de cette pierre angulaire de l’organisation familiale, l’écrin extérieur de son accomplissement de femme libérée.

[2] - Grand-Mère, what else ?

[3] Indice, ils ne sont pas de droite.

Illustration : The shop around the corner de F.Capra (1940)

27 septembre 2009

Le G20 nouveau est arrivé

par
Cet autre monde ressemble quand même beaucoup à l'ancien.

Croissance à équilibrer, ouais ouais les bonus on fera un geste et les paradis fiscaux c'est pas bien.


- Et pour ceux qui n'ont rien ou qui ont tout perdu ?

Désolé, nous c'est les banques.

Le G20, c'est comme le beaujolais nouveau. Une grosse daubasse surmédiatisée qui permet de faire la fête entre copains et le lendemain t'as tout oublié. Gare à la gueule de bois.

Une fois encore, c'est le service d'ordre qui en parle le mieux :

26 septembre 2009

Problèmes d'image

par

Non, non il ne s'agit pas d'un nouveau reportage de la RTBF sur les coulisses de la déférence de presse du Roi à New-York.

Revenons deux secondes sur cette récente proposition de loi de la députée UMP Valérie Boyer relative à la signalisation des images retouchées dans le but de prévenir l'anorexie chez les jeunes filles, qui pourrait paraître pas trop stupide... à première vue.

A l'exposé des motifs, "ces images [retouchées] peuvent conduire des personnes à croire à des réalités qui, très souvent, n’existent pas. Il ne faut pas se limiter aux simples photographies à usage commercial et il convient de relever un champ plus large que les photographies « ayant pour objet d’être diffusées dans la presse écrite »", je me délectais déjà des bandeaux informatifs qu'avec ses bourrelets retractables, ses tabourets à la James Bond et sa femme à trois bras, notre monarque générerait en bas des publi-reportages lui étant tricotés au quotidien par la presse à vaseliner.

Fausse-joie, l'article de loi soumis en annexe s'en tient à la publicité :
"Art. L. 2133-2. – Les photographies publicitaires de personnes dont l’apparence corporelle a été modifiée par un logiciel de traitement d’image doivent être accompagnées de la mention : “Photographie retouchée afin de modifier l’apparence corporelle d’une personne”."

Bon Valérie, regardez-moi dans les yeux. C'est un homme d'image qui vous parle :

L'image n'est qu'une représentation de réalité. Ce ne sera jamais la réalité.


Indiquer que certaines images sont bidouillées part d'une bonne intention mais distillerait l'idée que d'autres sont vraies alors que toutes sont fausses.

Et puis voyez-vous, la manipulation dans l'image ne résume pas à un trafic sur Photoshop. C'est souvent le côté le plus visible de la manipulation. Maquillage, cadrage, teintes, éclairage, composition, décor : Tout, et surtout l'anodin ou l'imperceptible, fait sens, tout est modulable à souhait.
Sans compter qu'une image ne se résume pas à ce qu'elle montre. Son analyse doit inclure ce qu'elle ne montre pas et les contextes sociologique et historique.

Fausse de nature, l'image contemporaine est également à 99,9% plus ou moins bidonnée dans son traitement,
de la presse au cinéma en passant par la télé. Plus belle la réalité est la devise totalitaire des rédactions et des salles de montage depuis une vingtaine d'années, période durant laquelle l'esthétique publicitaire d'un monde plus que parfait s'est propagée aux autres supports artistiques pour conduire à l'Améliepoulenisation[1] du moindre film ou documentaire.

Une nouvelle étape est franchie aujourd'hui avec la généralisation de la haute définition : Ce qui pouvait arriver de pire aux actrices de plus de 30 ans. La résolution est trop parfaite : Il faut désormais deux heures de maquillage supplémentaires pour les actrices et tartiner à la palette graphique en post-prod pour estomper ridules et imperfections. Certains réalisateurs n'en pouvant plus, se passent désormais d'acteurs. A ce propos Valérie, quid des œuvres infographiques dans votre projet de loi ? A mesure que l'on gagne en définition, les frontières avec le supposé réel sont de plus en plus floues. Où ranger Lara Croft ?

D'un point de vue publicitaire, le trafic d'image du corps s'apparente au maquillage classique, c'est un artifice de séduction appliqué à la propagande marchande. Ce qui me choque en premier lieu, c'est que les messages en question existent et que des acteurs y participent (mais c'est un autre débat). Comme nous passons notre existence à essayer de plaire aux autres et que la publicité n'est par essence QUE simulacre, allez au bout de vos ambitions : Supprimez la publicité et interdisez de plaire !

Pour ce qui est de la prévention de l'anorexie (j'ai cru comprendre que c'était votre motivation première), cette loi ne changera rien. Je vous renvoie aux indomptables de Caroline Eliacheff où l'on découvre, entre autres figures historiques, une Sissi impératrice trainant jusqu'à la mort une anorexie mentale chronique n'ayant que peu à voir avec un abus d'MTV Base.

Casser le diktat intenable des filles filiformes, oui. Mais votre méthode est superficielle. Commencez sur le terrain. Contribuez à changer les regards de chacune sur les filles en chair et les obèses, voilà un combat qui bougerait les lignes. Dans ce domaine, un peu de discrimination positive serait peut-être utile. L'embonpoint n'a pas de couleur de peau spécifique mais il affecte plus souvent les pauvres.

Au-lieu de nous prévenir que la femme ultime n'existe pas, imposez la présence de femmes communes dans les médias. Intégrez des grosses aux postes de responsabilités, dans vos rangs à l'assemblée. Imposez-les sur les plateaux télévisés : Ça nous changera des blondes de vingt-cinq piges qui de la météo aux chroniques littéraires en passant par l'analyse politique ou les bêtisiers, trustent l'intégralité du PAF en péroquetant avec la conviction du réfrigérateur ce qui leur est soufflé dans l'oreillette.

Redonnez de la confiance aux faibles fortes qui culpabilisent dès qu'elles avalent un carré de chocolat. Elles savent déjà que les mannequins de magazine sont trafiquées. Ce sont des modèles médiatiques à leur image dont elles ont besoin !


Pour en finir avec la terreur de la beauté impossible, proposez une loi pour que l'on ait enfin des brunes enveloppées au JT et non des robots maigres et platinés.
Bref, retrouvons un peu de liberté dans les tailles et de rondeurs sur les ondes.
Je suis persuadé que les hommes sont demandeurs.


Source via @monolecte

Dans le domaine de la sensibilité aux images, c'est de pédagogie dont il faut user. Au lieu de pondre du message que personne ne lira, proposez des cours de décryptage visuel à l'école. Dans un monde dominé par les écrans, l'analyse d'images est une arme aussi indispensable que l'étude de textes.

Appuyez cette action par la production d'émissions d'analyse d'images en prime-time sur des grandes chaines publiques. Voilà qui ferait travailler le sens critique des petits et des grands et mettrait en péril cette soumission instinctive de l'audience envers les représentations sublimées
(au choix suivant l'époque : Passion du christ sur les vitraux de l'église ou show des 100 plus belles bonasses sur TfString.)

Qui décode les images, dévoile les manipulations... toutes les manipulations.

Mais ça... Dès qu'il faut sortir de la culpabilisation, de l'infantilisation ou de la répression et imaginer des lois pour rendre le monde un peu moins con, du côté UMP de l'hémicycle ça se bouscule moins au portillon.

* * *

[1]
Améliepoulainiser, verbe : Action de traiter la couleur de l'image d'un film quelconque pour lui donner une dominante verto-maronnasse, mi-féérique mi-flaque de vomi, totalement déconnectée des réalités colorimétriques naturelles au simple prétexte que Ouah ça fait vachement joli !

A noter que l'Améliepoulainisation des films se fait après le tournage, entrainant la déconsidération du métier de directeur de la photographie et, couplé au numérique, permettant à n'importe qui de tourner par dessus la jambe et de passer pour un génie.

L'Ameliepoulainisation existe également pour le son. On appellera ça le sounde-dizaïne. Il s'agit d'appliquer un son totalement disproportionné à une action totalement insignifiante dans l'espoir de donner à un peu de relief à ce film de merde. Exemple courant : Le souffle d'un tsunami sur une fermeture de placard. Très utilisé dans le cinéma français.



Illustration titre : Rubens : les trois grâces, 1637, Musée du Prado Madrid.

23 septembre 2009

le gendarme à new-york

par
Parce que Broadway c’est déjà un peu Pittsburgh et qu’il faut au moins 4000 kilomètres de distance avec le pays dont on a la charge et des buildings derrière soi[1] pour en imposer aux culs-terreux coincés à la maison, ce 23 septembre et après l'avoir bien rodé, le monarque a livré à ses ouailles un talk-show multi canal en à peu près live from New-York devant un Ken et une Barbie déjités [2].


Gagne du temps lecteur. Tu es las du bonhomme et de ses gesticulations, notre comité de rédaction a retenu la crème de son interminable intervention : Ces accroches syntaxiques pour lesquelles tout le barnum fut orchestré.

A savoir, par ordre d'entrée en scène :


"La crise est un tsunami". "Fallait bien qu'on bouge puisque rien ne tenait". "C'est La France qui a eu l'idée du G20". "Pourquoi la crise ? Mais parce que le capitalisme est devenu fou". "La France s'est battue". "Les paradis fiscaux et le secret bancaire, c'est terminé". "il faut plafonner les bonus". "Nous sortons d'un trimestre de croissance positive". "La semaine dernière j'étais au Brésil pour vendre des rafales". "Carla m'en parle beaucoup". "Non je ne pense pas à 2012". "Il n'y a pas l'ombre d'un propos raciste dans la bouche de Brice Hortefeux". "Je n'ai pas le droit d'être négligent dans ma façon de m'hydrater".

Pour le fond : Taxe carbone, hausse du forfait hospitalier dans les tuyaux et impôt accident du travail, enfin, pour ceux pas déjà victimes d'un chômage dont il sera ici moins question que de l'Iran. A ce sujet ne boudons pas notre plaisir : Pour une fois que le monarque fait l'éloge de la manifestation, qui plus est dans le cadre de la contestation populaire d'un scrutin présidentiel !

Malgré ses efforts en pédagogie du désastre et une habile prise en pogne de l'interview (à base de je me pose moi même les questions auxquelles je veux bien répondre),
question efficacité du discours le comité de rédaction a cru détecter quelques inhabituelles traces de lassitude chez les passeurs de plats.

En témoignent ces images de déjités capturées au plus violent de l'offensive :



Mince... avec toute cette fausse agitation, j'ai raté les Simpsons.

C'est tout de même d'un autre calibre au niveau gag.



[1] A la différence des ouvriers de Faurecia, les choisir bien grands.

[2] "Déjité", nom masculin désignant un type de journaliste français. Le déjité est un animateur d'information envoyé sur le terrain. Fait relativement exceptionnel. Le déjité n'étant pas réputé pour sa témérité, ce transfert est généralement articulé autour d'un voyage présidentiel à minimum quatre heures d'avion du plateau parisien. C'est ainsi que l'on retrouvera plus facilement le déjité à Washington cirant les mocassins de quelque président qu'en té-ci entrain de disserter avec du jeune sur les bienfaits de la répression policière à jet hydro-pulsé.

22 septembre 2009

[video] Service public, société anonyme

par

Extrait du manuel "Gouverner à l'ultra-libérale pour les nuls" au chapitre "Privatisations" :

La Phrase à assener, en variant un peu, dans les médias les jours de grève :
"Il faut moderniser pour être en phase avec un secteur concurrentiel, afin que l'usager bénéficie d'un service plus performant. Mais rassurez-vous, malgré son changement de statut, [compléter avec l'entreprise ad-hoc] restera un service public."


Récapitulatif de la procédure :
- Il sera important d'entretenir de bonnes relations avec plusieurs médias, leur contribution est nécessaire en amont pour créer un climat de défiance populaire envers les fonctionnaires (sauf pour la police et la BAC ou l'on procèdera inversement, à la multiplication des reportages élogieux).

- Dans les faits se débarrasser discrètement des dits fonctionnaires via non renouvellement de postes, suppressions de succursales et le recours intensif à du personnel temporaire à contrats lance-pierre, élastiques et / ou foireux, toujours sous-rémunéré.

- En parallèle à la baisse continue des effectifs, sous-traiter. Conclure que ça marche mieux comme ça. En appeler au bon sens.

- Bien rappeler que dans ce domaine l'état ne peut pas tout, qu'il doit gérer, que c'est la faute
à l'Europe.

- Mettre en première ligne des réformes des ministres éjectables et permutables, l'un pouvant appliquer sans mentir le contraire de ce qu'aura dit le précédent.

- En toutes circonstances, euphémiser. Exemples : Ne pas dire "privatisation" mais "ouverture de capital". Ne pas dire "suppression d'agences en milieu rural" dire "volonté d'offrir un service optimisé".

- Affirmer au bulldozer : "le progrès c'est bien, la concurrence c'est mieux".

- Brasser des généralités, ne pas rentrer dans le détail du terrain (sauf s'il a été préalablement balisé par vos services de communication).

- Ne pas utiliser les associations de mots suivantes : idéal républicain, sens du collectif ou référendum.

- Ne pas ralentir la cadence et mener plusieurs déstructurations de front. Ajuster le discours suivant les spécificités du secteur (santé, éducation, chômage...) et les incidences de la restructuration sur votre cœur de cible électoral. Commencer par ce qui affecte le moins vos électeurs[1]. Profiter de la confusion des valeurs d'un peuple tourneboulé par l'individualisme et la rancœur.

Si jamais on vous rétorque que dans un climat économique en déliquescence c'est précisément un service public fort qui est le plus à même de protéger les intérêts de chacun, ou bien que dans certaines ex-entreprises publiques ainsi restructurées on se jète par la fenêtre de bonheur, sortir le storm-trooper, faire un doigt et / ou dire qu'internet c'est pas bien".



[1] A ce sujet, consulter cet instructif document vidéo de propagande gaucho-réactionnaire :

Illustration : Couverture de série noire.

16 septembre 2009

[video] Le fond et la forme

par
Retour en vidéo sur l'affaire au nom de code "Non, non à l'UMP on a rien contre les arabes. Par contre internet, les téléphones 3G, la presse indépendante et les gauchistes, on aime pas trop..."



Bon... sur qu'après avoir vu ça (désastre détaillé ici), la mauvaise gestion de l'internet par l'UMP apparait moins évidente.
* Musique de fin : Qurtis. Album disponible en téléchargement libre.

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