16 avril 2012

Qui a gagné la bataille des meetings ?

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C'était la bataille des meetings dimanche à Paris. Ne comptez pas sur nous pour rentrer dans la danse des chiffres. Néanmoins pour y avoir été, malgré des conditions climatiques scandaleuses pour un mois d'avril, nous rapportons de Vincennes une impression générale d'allégresse et de confiance. Dernier point qui selon les premiers clichés rapportés par nos envoyés spéciaux semblait faire défaut à La Concorde:

14 avril 2012

Pourquoi Jean-Michel Aphatie est-il l'un des pires métiers selon Jean-Michel Aphatie ?

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Par Erwann Marquisdessourcessure, chroniqueur journalisme et bottin mondain pour le blog.

JEAN-MICHEL APhATIE
"Je le mérite mon salaire"

C'est la révélation fracassante de l'émission Le Grand Journal de Canal+ du 13 avril 2012. En effet, selon le dernier classement Jean-Michel Apathie, le métier de Jean-Michel Apathie est l'un des pires au monde, puisqu'il se situe 196è sur 200. Tout juste devant les ouvriers en décontamination de Fukushima, les bûcherons sur plateformes pétrolières, les proctologues bovins ou le coach en coloriage de Mickaël Vendetta, mais derrière manutentionnaire à temps partiel (187è), organisatrice de réunion tupperware (190è), métallo à Florange (191è), testeur de balustrade chez Foxconn ou SDF (193è et 195è).

Les critères de ce classement ? 

- La pénibilité physique.  Il faut déjà supporter chaque soir Ariane Massenet (peu de spectateurs en sont déjà physiquement capables) dont la seule fonction est de ruiner une fois pour toutes l'image des femmes journalistes, des femmes en général, et ce pour l'ascétique rémunération de 25.000 euros par mois.

- L'environnement de travail. Nous touchons ici à ce que les spécialistes appellent le "complexe de Sarkozy", probablement lié à une carence affective durant la puberté compensée passé la cinquantaine par un souci permanent de rattraper les icônes glamours de la réussite, leur train de vie et donc leur rémunération. Là-dessus, Le professeur Francesco Smalto de l'université du Café de Flore n'y va pas par quatre chemins:  "A force de voir défiler des stars hollywoodiennes chaque soir dans son émission à paillettes, cela crée une sorte de gêne. Jean-Michel Apathie ne peut plus concevoir de recevoir Lady Gaga en costard C&A, au risque de passer pour un plouc".

- Le stress que l'on y subit. La soumission sans écart et multi-plateaux à l'orthodoxie néolibérale, le mépris constant envers les petits, les pointilleuses manipulations de chausse-pied devant les puissants, les attaques reçues sur l'accent, la pression totalitaire des réseaux sociaux, les pronostics bidons, les informations régulièrement fausses pour tenter de faire le buzz: ça use son homme. De plus, on sous-estime les séquelles neurologiques qu’entraînent à la longue chez les chroniqueurs les applaudissements compulsifs des gueux du public au moindre bon mot ou idée transcendante, et dieu sait qu'avec Jean-Michel elles sont fréquentes.

- Les perspectives d'embauche. A l'heure où la menace du péril communiste flotte dans les humeurs infantiles d'un peuple irresponsable, Jean-Michel a devant lui une période difficile. Non seulement, comme Elizabeth Lévy, André Bercoff ou Eric Brunet, il va au-devant d'une détresse psychologique redoutable, mais après le 6 mai il n'est pas impossible que toute la filière professionnelle du Jean-MichelApathisme soit confrontée à un dégraissage massif, avec délocalisation à prix cassé sur La chaîne du télé-achat ou  IDF 1.

- La réputation. Si on est loin de se fatiguer autant sur le plateau du Grand Journal que sur une plateforme de call center, si l'environnement de travail, malgré la pseudo-impertinence, y est politiquement correct, avouons que tout ce sérieux au service d'une analyse à deux balles sur tabouret, entre une miss météo avec une plume dans le cul et la promotion forcée d'une énième daube filmique, côté image et dignité du journalisme ce n'est pas forcément glorieux.

Et d'un seul coup, on saisit mieux la virulence de la réaction de Jean-Michel Apathie face à Nicolas Dupont-Aignan lorsque ce dernier lui réitère sa demande d'avouer publiquement son salaire.

Outré, face à un vulgaire petit-candidatTM à la présidentielle (dont on se demande pourquoi il se présente puisque, comme les grèves, il ne sert à rien) qui a eu l'outrecuidance de retourner le processus classique du tribunal des éditocrates pour demander à l'un d'entre eux sa rémunération,  n’écoutant que son courage, dans la rhétorique lignée d'un Maurice Lévy, d'un Serge Dassault et autres valeureux résistants néolibéraux dans ce monde abandonné aux rouges, Jean-Michel Apathie (aka "la nouvelle star du journalisme politique" selon Le Point) a répondu comme il  fallait :

"Je le mérite mon salaire."

Jean-Michel, tiens bon ! Ne lâche rien !

Toute la MCLDEELMPEPLSDBALPAQLCDFDLR[1] est avec toi ! Nous respecterons jusqu'au bout l'intimité de ta fiche de paye et laissons désormais à nos lecteurs le soin de bien la fantasmer. Cela fait aussi partie du rêve que tu leur procures quotidiennement d'une onde à l'autre avec tes chroniques d'une acuité que l'on ne trouve guère plus que sur quelques blogs bayrouistes. 

 [1] "Mouvement contre la discrimination éditocratique et les méchants populistes et pour le sucage de boules avec les puissants ainsi que le cumul des fauteuils dans les rédactions" (mouvement minoritaire représentant 0.4% de la corporation et 75% de ses salaires) 

13 avril 2012

Montebourg: "le destin de monsieur Sarkozy est judiciaire"

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"Je n'ai pas tellement changé. Je vends toujours les mêmes idées, elles finissent par s'imposer." Arnaud Montebourg au bistro, 12.04.2012

Parait que la campagne n'est pas intéressante et que l'on n'y parle pas d'économie... Jeudi 12 avril, 18h, à la sortie du métro Ménilmontant, un grand type au phrasé un peu bourgeois improvise un meeting de rue. Il parle présidence et économie durant une heure devant 200 passants captivés. 

Au même endroit, l'espérance de déambulation sans prise de projectile sur la tronche d'un candidat-président en indélicatesse sondagière de plus ou moins cinq minutes. Là tout le monde écoute. Chacun y va de sa question, participe, même les sceptiques. Les questions portent parfois sur la RGPP ou l'immigration, mais en grande majorité des moyens de lutter contre la prégnance financière ou la création monétaire.

Inaugurés lors de la campagne des primaires socialistes où il aura doublement crée l'évènement (en créant les primaires, puis en y arrivant troisième), Arnaud Montebourg poursuit ses stand-up à une semaine du premier tour des présidentielles, mais cette fois avec une grande affiche de François Hollande derrière lui et sans le son Bob Marley.

Peu après le meeting de rue à Ménilmontant et juste avant son discours à la Belleviloise avec Danièle Hoffman-Rispal, nous avons discuté quelques minutes avec lui autour d'une bière. Morceaux choisis. 


- "Notre préoccupation, c'est de retrouver le lien avec peuple." - 

L'attaque des médias transcendant toutes les classes sociales et sensibilités politiques et faisant l'unanimité chez les blogueurs, c'est par ce biais que, dynamisé par sa prestation en plein air, il entame spontanément la conversation en déplorant la réduction du débat d'idées politiques sur les ondes: 

"- Nous avons un problème dans le système médiatique aujourd'hui. [...] Il devient très difficile de structurer le débat autour de propositions. Vous avez 20 secondes pour expliquer votre projet sur les banques. [...] D'abord il y'a une passion des journalistes politiques pour la course de petits chevaux dans cette campagne présidentielle donc ils l'aseptisent. On ne parle que du sondage, de la déclaration d'untel. Notre travail n'est pas de commenter mais d'agir. On vous demande de commenter votre travail, nous questionner sur la déclaration de Mélenchon ou de Sarkozy, nous ce n'est pas qui nous intéresse. Nous essayons en vain d'exposer nos idées nous n'y arrivons pas dans le système médiatique tel qu'il s'est radicalisé. Donc nous faisons du porte-à-porte, des petits meetings [...] c'est ce que nous faisons avec les stand-up. Ce ne sont pas les gens qui viennent nous voir, mais nous qui allons vers les gens là où ils se trouvent: sortie des supermarchés, rue piétonne, sortie des métros"

A l'aise dans l’exercice et passionné par ces échanges, A.Montebourg s'y colle désormais avant chaque meeting. Il y voit un mode plus concret du débat politique, morcelé certes, mais plus en phase avec le quotidien des Français. Les questions économiques dans le public y sont majoritaires:

"- Les gens ont compris qu'on leur avait volé leur pouvoir politique sur l'économie. Ils se sont fait dérober au profit d'experts de technocrates ou de porteurs de la pensée économique qui sont achetés par le système financier. Dès que vous entendez parler un économiste, il faut se demander par qui il est appointé. [...]  La réappropriation de l'économie par la population c'est l'enjeu majeur de la présidentielle. On ne pourra plus vous raconter n'importe quoi. [...] C'est l'achat par les banques d'affaires, d'abord de la pensée économique [...] puis l'achat par les banques de la politique par le financement des campagnes électorales. Donc il y'a consensus sur ce qu'il ne faut pas toucher: les banques. [...] C'est notre boulot de terminer cette période."

Bon là j'avoue, je n'ai pas la présence d'esprit de lui demander quels sont concrètement les économistes écoutés au PS et en quoi sont-ils différents.


- "Lisez les programmes !" -

A la question de savoir si le courant qu'il avait su faire émerger dans et autour du PS au moment des primaires ne se portera pas finalement sur le Front de Gauche au premier tour, Montebourg insiste sur les "propositions audacieuses" de François Hollande (Séparer les activités des banques, la banque publique d'investissement, les taxes sur les transactions financières pour que la dette soit payée par le système financier qui l'a causée...) et tacle encore les médias. Il invite les sceptiques à décrocher de la télévision et lire le programme du candidat socialiste, assurant que les idées qu'il défendait l'ont imprégné. "- La primaire a joué son rôle de rassemblement, mais le vainqueur a fait un travail de fusion des propositions nouvelles portées par une génération nouvelle de candidats dont je fais partie. La primaire a joué le rôle de melting-pot. C'est la raison pour laquelle le programme de Hollande d'aujourd'hui n'a pas grand-chose à voir avec celui des primaires. Il est beaucoup plus dans le centre de gravité du pays." 


- "Le destin de Monsieur Sarkozy est un destin judiciaire." - 

Je ne sais pourquoi mais, au mot "affaires", la conversation a glissé vers Nicolas Sarkozy. 

"- Il cherche à prolonger son impunité présidentielle pour échapper aux foudres de la justice qui commencent à le cerner. Karachi et l'argent de la campagne de Balladur ? Il a une responsabilité directe dans l’organisation du circuit du blanchiment en fabriquant les sociétés-écrans qu'il a autorisées alors qu'il était ministre du Budget. L'argent de madame Bettencourt et les comptes suisses qui ont permis de faire sortir du liquide pour les besoins de l'UMP lors de la campagne de 2007 et maintenant l'argent de Kadhafi: c'est la nouvelle affaire! [...] Donc nous allons bientôt tout savoir, le destin de Monsieur Sarkozy est un destin judiciaire." 

A noter dans un coin si jamais, en cas de victoire socialiste va savoir, Montebourg est nommé Ministre de la justice. A propos de mandats, Montebourg ne se représentera pas aux prochaines législatives et balance sur l'Assemblée nationale. "- Ça fait 15 ans que je m'y ennuie. C'est un parlement croupion l'assemblée nationale française. Le sarkozysme a fini de mettre le bâillon là ou deja nous étions ligotés. [...] C'est un mandat qui demande de l'énergie, moi je n'ai plus ce désir. C'est aussi la question du non-cumul des mandats, je l'ai fait voter c'est bien le moins que je me l'applique. Je resterais président de mon département, un mandat beaucoup plus intéressant que le mandat parlementaire. Le cerveau dans l'opposition d'un parlementaire, c'est un cerveau qui marche toujours sur la moitié, la moitié qui dit non. Faudrait parfois pouvoir dire oui, mais c'est difficile."

Le vieillissement et le non-renouvellement des élus (auquel j'ajoute le manque de représentation de la diversité sociale) est pour lui un des facteurs du désintérêt des jeunes pour l'élection: "- La moitie de la population française à moins de 40 ans, il n'y a pas un député de moins de 40 ans, et seulement deux sénateurs. Vous ne trouvez pas qu'il y'a un problème ? D'ailleurs c'est le problème de la génération des babyboomers qui ont pris le pouvoir et qui refusent de le laisser dans tous les domaines. [...] Ceux qui ont fait mai 68 ont pris le pouvoir au nom de la jeunesse et qui refusent de transmettre à la prochaine jeunesse."

Et qui dit "Baby boomer" s'attend inévitablement à ce que l'on interroge sur la bulle immobilière.

Sur ce point Montebourg a un discours bien plus sage que celui sur la régulation financière. Pas de remise en cause du paradigme. S'il ne cache sa préférence pour la propriété, à son sens supérieure à la location (en omettant un peu vite que l'on peut mettre une vie de crédit bancaire à devenir propriétaire), et met en avant la nécessité de taxer fortement les héritages (en minimisant les situations fiscales ubuesques que l'héritage des mêmes babyboomers provoquera chez des enfants sans revenus qui, à nouveau victimes du décalage aberrant des prix de l'immobilier en 20 ans et sur la base de la transmission d'un simple patrimoine qui se sera ultra valorisé, se retrouveront catalogués riches alors qu'ils sont pauvres [1]). 

Le problème n'est pas, à mon sens, la propriété ou la location mais la folie des tarifs et la répartition des mètres carrés ainsi qu'une disponibilité garantie d'une surface minimum vitale pour chaque individu. C'est sur ces axes que le prochain gouvernement devrait focaliser ses efforts législatifs dans le logement. Notons d'ailleurs que le candidat-président Sarkozy (dans une argu flash de fin de soldes pour Femme Actuelle) l'a soudainement compris en se déclarant (en totale contradiction avec ce qu'il disait il y' a 2 mois) pour l'encadrement des loyers (en dégainant au passage une mesure existant déjà dans la loi[2]). 

Déjà 30 minutes, Montebourg a fini sa pause "internet". Il repart comme il est arrivé: en cavalant vers la salle bondée de la Belleviloise où l'attend ce soir une assemblée plus âgée. Pas de doute Montebourg est en campagne pour mai 2012 et au-delà... 

"- Allez saluuut les blogueurs !" 


[1] comme quoi les babyboomers n'ont pas fini de nous emmerder.

[2] Ce qui n'empêche pas N.Sarkozy de plancher  dans le même temps sur un violent plan de réduction des crédits alloués à l'aide au logement en cas de réélection. 

Illustration : @_Margal
Merci à @graoum et @melclalex

10 avril 2012

La minute du mac

par
From: Jacques Paute
To: Seb Musset

Date: 8 avril 2012.

"Bonjour Seb Musset,

Nous sommes en train de préparer une émission en direct sur la politique et le numérique.

Cette émission réunira politiques, journalistes et internautes autour de mêmes sujets, de mêmes liens, de même lieu: internet.

Plus de 10 participants auront la parole dans ce débat, avec des représentants d'institutions, des personnages politiques, des acteurs sociaux, des plateformes de streaming... [bref, c'est pas de l'émission de nases. Y'a du pognon mon gars.]

Elle sera diffusée en direct sur une plateforme de streaming avec une nouveauté dans le monde de l'internet, un plateau interactif: reportages, titres, citations des invités, tweets des internautes, messages. Une vraie émission interactive !

[Seulement voilà: nous n’avons pas envie de dépenser un cachou pour faire des reportages alors que nous disposons d'une armée de réserve de contributeurs gratuits prêts à tuer père et mère pour faire le buzz. Bref, y'a pas de pognon pour toi mon gars.]

Nous cherchons à recueillir des vidéos d'internautes, comme vous [mais pas comme nous, parce que nous, nous sommes payés], à diffuser pendant l'émission en format reportage (avec une voix off etc... [effets-spéciaux et figurants également acceptés]) sur le thème que vous pouvez choisir [car nous sommes également trop 2.0]:

- Les médias sur le web (L'avenir de la presse, La presse numérique, La neutralité des médias sur le web...) [faut-il ou non payer les gens pour sauver les salaires des éditocrates, les dividendes des actionnaires et atténuer l’effort de nos sponsors désintéréssés ?]

- Le téléchargement (Hadopi, La licence globale, La mentalité des internautes et des diffuseurs : qui a tord? ...) [Bref, est-ce que téléchargement gratuitement, c’est mal ? Etant établi que faire bosser pour rien sur le net, c’est normal].

Votre profil [ainsi que celui des 5000 blogueurs à qui nous avons mail-bombé en catastrophe car l'émission c'est dans 3 jours] nous intéresse pour ce mini-reportage ["mini" pour "gratuit"] qui représentera les questions, avis et besoins d'internautes. [bref, tous les besoins hormis celui d’être rémunéré. Hey ho, on est sur internet ! Dans l'économie de l'info 2.0, c'est 2 pour moi et 0 pour toi.]

A vous de voir ce que vous voulez dire sur ces sujets... Vous êtes totalement libre! [et la liberté ça n’a pas de prix, hein ?] Une question que vous vous posez? Un avis personnel sur les sujets? Une problématique à lancer? Enregistrez une vidéo! [du moment que vous pouvez nous fournir du contenu reportage pour rien et sans possibilité d'intervenir en direct, on est preneur !]

Si vous souhaitez participer à ces reportages diffusés tout au long de l'émission, envoyez vos vidéos à cette adresse mail (contact@laminutedemac.ttc) dès que vous l'aurez enregistrée.

Cette vidéo sera ensuite montée [manipulée, noyée dans la masse, réduite à la caricaturale phrase et ce, sans contrôle de votre part sur une image qui ne vous appartiendra plus et au sujet de laquelle nous serions même en droit de réclamer des dommages et intérêts à un tiers pour sa reprise non autorisée] nous vous conseillons [euh, en fait c’est obligatoire, mais ça aurait fait trop "commande de sujet" de l'inscrire ouvertement] de ne pas dépasser 1 minute d'enregistrement par sujet. Préférez 3 vidéos d'1 minute sur des sujets différents pour assurer un passage à l'antenne. [Si vous pouviez avoir un son propre, faire l’habillage vous même, nous livrer le tout au bon format et par coursier avec une boite d’œufs de Pâques enroulée d'un ruban rose, vous auriez plus de chance de bénéficier de cette offre exceptionnelle de…passer sur internet.]

Bien cordialement [et en espérant faire une culbute à la Instagram],

Jacques Paute pour la minute du mac."


Billet publié sur le huffingpouf

7 avril 2012

A qui profite l'abstention ?

par

Qu'on en finisse ! Je suis las de cette campagne, non pas par l'absence des thèmes abordés par les candidats (ils le sont au moins dans les programmes et les meetings[1]), mais par le réduction systématique du débat à son écume (la recherche de la petite phrase, des alliances à venir, les affaires... enfin quand elles ne sont pas de droite...) par son vecteur principal d'exposition: la télévision.

Dans une période où le temps de parole sur les ondes est compté, le dernier épisode du feuilleton de la présidentielle est celui de l'abstention massive. Boucle logique d'une campagne qualifiée de morne, le discours accablé sur l'abstentionnisme forcément massif des Français permet également de remplir du temps d'antenne politique pas cher payé.

Le vote est dans deux semaines et pourtant "les experts" se bousculent en plateaux, parfois sur deux chaines en même temps (kassedédi Yves Thréard) pour théoriser sur la France majoritaire de l'abstention en sous-entendant que, quand même, Sarkozy en 2007 avait su mobiliser les électeurs.

Avec une montée du Front de gauche (l'autre effort éditocratique du moment étant de casser du Mélechon) et une victoire théorique de François Hollande (aucun sondage de second tour ne le donne perdant depuis un an), interrogeons-nous sur cette insidieuse montée de la rengaine du "et oui ma brave dame injustement culpabilisée par l'élite des bobos parisiens de voter à droite: non seulement les gens votent mal, mais en plus ils ne votent pas".

Ce sont les mêmes éditocrates du camp de la raison libérale qui nous martèlent depuis 5 ans qu'il n'y a pas d'alternative au remboursement de la dette, au libre-échange et au combat pour la compétitivité. 

Comme si en filigrane de la victoire prévue de la gauche dans son spectre le plus large, et vu que le  candidat-président patine dans son baratin usé jusqu'à la corde et ses boucles sécuritaires auxquelles hormis quelques vioques terrorisés personne n’adhère, il conviendrait que cette victoire soit la plus modeste possible.

C'est ainsi que certains discours blasés des éditocrates d'une droite désireuse de plus de droite   recouperaient presque ceux des types de gauche trop incorruptibles (j'en connais un paquet) pour contribuer à cette mascarade démocratique que constituerait l'élection.

Je viens de finir le Circus Politicus de Christophe Deloire et Christophe Dubois détaillant les aspects multifacettes de la soumission du politique à la finance, aux lobbys, aux cercles d’influences. Rien de neuf, si ce n'est que c'est particulièrement détaillé et que les témoignages sont aussi nombreux que croustillants. A vrai écrire, je déconseillerais presque la lecture de Circus Politicus avant le scrutin de la présidentielle tant l'accumulation de descriptions, sans réelle conclusion ouverte, déprime profondément le lecteur sur l’état avancé de décomposition démocratique en Europe. En revanche, j'en tire comme conclusion, notamment sur les longs chapitres sur le fonctionnement de Bruxelles, que cette soumission politique s’accommode parfaitement de l'atrophie du journalisme de terrain[2]. Genre auquel s'est progressivement substitué l'avis éclairé sur plateau [merci la TNT] d'une coterie d'"experts" autorisés. 

Ces derniers sont "embedded" dans le grand effort de néo-libéralisation de la société (quand ils n'en tirent pas également directement des profits (Kassedédi Marc Fiorentino) à savoir imposer la suprématie des dogmes bancaire et actionnarial, donc de leurs contreparties dans nos gueules: la rigueur pour tous comme panacée et l'impératif de compétitivité pour chacun comme seule ligne d'horizon.

Il s'agit insidieusement d'influencer sans cesse, en toute circonstance, l'opinion individuelle et le climat idéologique d'une nation, pour faire passer la pilule de la "seule solution envisageable" en douceur[3]. Et quand leur propagande ne paye pas ("non" au référendum de 2005), le mécanisme d'auto-défense institutionnel se met en place et la solution correcte passe en force.

Au fond, nos "experts" abhorrent la démocratie populaire (et spécialement le référendum) qui comporte encore une part d'imprévu (spécialement en période de crise) d'où leur souci de la circonscrire d'une raison dont ils délimitent à l'unisson le périmètre. Etant entendu que, bien ou mal, il restera de cette élection que ce fut un référendum "stop ou encore" sur Sarkozy, et qu'à ce jour tout indique que l’intéressé et ceux qu'il représente l'ont perdu, on comprend alors que nos éditocrates redoublent de gouaille non seulement pour tacler la gauche (ça c'est le tropisme naturel), mais aussi pousser à la démobilisation citoyenne via de longs soupirs sur l'abstention avant même qu'elle n'ait lieu,

Je te livre en avant-première l'axe d'analyse qu'offrira à nos éditocrates libéraux une abstention au-delà de 20%: 
"Le choix du peuple ne vaut rien car ce n'est pas le choix du peuple, donc supprimons le choix du peuple. Il faut, comme en Italie, changer de mode de désignation du chef et ne plus laisser cela entre les mains d'énervés qui n'y connaissent rien."

A deux doigts de son éradication et pour en finir une bonne fois pour toutes, il s'agit pour nos experts de nous conduire à rejeter le processus démocratique, en nous persuadant qu'il s'agit là de notre idée. Nous dégoûter du vote[4], comme ils ont pu jusqu'à présent nous dégoûter de la gauche. C'est tout bête, il fallait y penser.


[1] enfin bon, à l'UMP ça reste faible.

[2] Exemple. Hormis France24, pas de correspondant permanent à Bruxelles pour les grandes chaines généralistes ou d'infos françaises. Ce qui permet en gros à un politique de dire quelque chose à des fins électoralistes chez nous, et de dire l'inverse trois mois après à Bruxelles dans une relative impunité.

[3] L'autre pan de la stérilisation du débat est l'infotainment.

[4] mais pas du vote surtaxé pour les jeux de télé-réalité. Ouf, sauvés!

Illustrations : A river runs through it, R.Redford (1992)

2 avril 2012

Faites la guerre, pas l'amour !

par

Dans la série les jeunes et leur avenir. Aujourd'hui: la guerre.

Curieux mélange qu'un meeting UMP "pour la jeunesse". On y retrouve côte à côte prépubères et postgériatrie à l'engouement variable selon l'âge et la médication. Pour donner un peu plus de dynamisme à la célébration scout quelques icônes pop sont parfois conviées: Bernadette Chirac, Michèle Alliot-Marie ou David Douillet. 

Passé l’inévitablement amusement provoqué par le "printemps des jeunes de la France forte" samedi dernier à la Porte de Versailles, thé dansant antihollande à la sauce pognon entre consanguins et fils-à-papa rehaussée de Marie-Chantal et autres croûtons déconnectés, nous fûmes intrigués par le discours du candidat-président à destination de la jeunesse.

Dans la droite ligne d'un Jean-Paul II exhortant la jeunesse a "ne pas avoir peur"[1], on aura rarement entendu autant de fois l’occurrence "guerre" dans un discours à destination des jeunes et dont le fil rouge était d'une fracassante modernité: la France de 1940. 

Il ne fait pourtant mystère pour personne que le candidat-président mise sur la peur, seul article en magasin en période électoral à droite depuis 10 ans. Réélu, il continuerait à ne pas bouger le petit doigt face aux puissances de l’argent. Il sait ainsi que les 5 prochaines années de rigueur seront bien plus chahutées, à la sauce greco-ibère, que les cinq dernières. Il se prépare donc (au cas où), et nous prépare, à la guerre et c'est particulièrement flagrant dans ce discours vide de proposition[2].

Préparer la guerre à l’avance, c’est choisir les termes du conflit et l’ennemi. 

L’ennemi du moment, comme dans une bonne vieille série télé qui nous a fait tourner en rond 5 ans, ce sont, en creux, "les autres" (au choix: chômeurs, fonctionnaires ou musulmans). Les évènements récents permettent à notre Monarque de recalibrer sur l'Islam, ce qui a l'avantage de ne pas le faire  revenir sur "le chômeur" donc "le chômage" donc son échec, et de ne pas trop froisser les fonctionnaires qui ont une fâcheuse tendance à voter (il faudra un jour penser à leur interdire). 

Notre candidat-président tente encore une fois de recalibrer la colère (tout au moins l’incompréhension et l'impuissance) du peuple face aux mécanismes de domination (travail, pouvoir financier, précarisation des parcours, suprématies commerciales...) dont il paye la note au quotidien  sur une communauté, un ensemble culturel ou religieux censé 1 / être en partie responsable des désordres. 2 / l'attaquer sur le dernier sanctuaire restant: sa tradition, son histoire, bref le passé.

Les contours de la menace sont flous ? On s’en fout. Nous ne sommes pas dans le rationnel, mais  dans le monde de l'angoisse, avec sa part fantasme et ses ivresses suffisant à définir le flacon. Dans ce monde de la terreur, tiré à l'extrême, le citoyen est réductible a une communauté, la communauté à la religion, la religion à l'apparence. In fine, dans ce monde des peurs cultivées dans les discours et sur la TNT, tout converge vers une idée simple: il y’a eux et nous, le bien et le mal. 

Définir plus ou moins ouvertement l'ennemi. Provoquer du conflit pour pousser au clivage et forcer chacun à se positionner.  

Porte de Versailles, faute de bilan brillant, de programme et d'espoir, le candidat-président a préparé ses jeunes starship troopers à la guerre. Il aurait pu attaquer sur du concret, parler travail, éducation ou santé (secteurs qu’il s’active depuis 5 ans à atomiser, spécialement pour les jeunes générations et celles à venir). Non. Le candidat-président a souligné que ce pays avait "un besoin de civilisation". Ah. Pour la jeunesse et son taux de chômage à 23%, il se prononce pour "l’autonomie". En décodé: "démerdez-vous". 

Si l'on comprend que les rentiers, de moins en moins nombreux, s’apprêtent à revoter pour le candidat-président dans 3 semaines. Si l'on comprend que les travailleurs, de moins en moins nombreux également, s’apprêtent à ne pas le faire. On s'interroge encore sur ce vote de droite des "moins de 30 ans".  

N'ont-ils pas compris ces jeunes-là que la guerre néo-libérale nécessitera à la fin des fins qu'ils soient physiquement sacrifiés pour que les empires subsistent et que les rentes des planqués perdurent ? 

Dans un éclair de vérité, le candidat-président le leur a pourtant clairement avoué: "c’est la jeunesse qui meurt pour la liberté". 

Il a juste omis de préciser qui seront les premiers à tirer profit de cette liberté. 

P.S: Toute ressemblance du titre avec un récent sondage expliquant qu'on baise à moins à droite qu'à gauche serait fortuite ou involontaire.

Illustration: Starship troopers. Paul Verhoeven, (1997).

[1] on se rappelle du succès qu'avait eu la même formule utilisée par un Chirac face à la jeunesse à quelques semaines du référendum de 2005.

[2] Autre qu'une énième faribole marketing de "banque pour la jeunesse" qui tournera au mieux en crédit revolving pour financer tes études afin que tu partes dans la vie avec une dette carabinée.

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