mardi 28 février 2012

Taxer les riches ou taxer les pauvres ?

C’est un avec un certain sens du suicide statistique que j’entame mon troisième billet fiscal du mois. Mais l'heure est grave et n'écoutant que le sens du devoir pour sauver la communauté stigmatisée des riches, je me sacrifie.

François Hollande vient de proposer de monter à 75% l’imposition sur les revenus supérieurs à 1 million d’euros. 

Certes, ça concerne peu de monde, mais comme disait Roosevelt en 1936, en pleine récession et alors qu'il passait le taux d’imposition des plus riches de 25 à 63 puis à 91% en 1941 (pour une période de prospérité américaine d'un demi-siècle où jamais le taux supérieur ne descendit au-dessous de 70%  n'en déplaise aux apologistes de la Flat tax à 15% censée nous sortir de l'ornière): oui, on peut[1].

Hollande l’appliquera-t-il, l’appliquera-t-il pas? Soyons assurés d’une chose: celui d’en face ne l’appliquera jamais. Son spadassin du matin, Valdemor Baroin n’hésitait déjà pas à parler sur France Inter à propos de cette mesure de "spoliation" des riches. Pas mal de la part d’un ministre de l'Economie qui planifie une hausse de la TVA (sociale, hi hi) qui pèsera lourd pour les plus fauchés d'entre nous consacrant l'essentiel de leur consommation à leurs besoins vitaux, et ce dans la foulée de cinq années d’un "assistanat" des riches sans précédent.

Je vous assure Valdemor, on peut encore vivre dans une opulence raisonnable (limite encore  un poil indécente) avec juste des centaines de milliers d’euros par an. La majorité des Français vivent avec bien moins que ça (d’autant que c’est le million après le premier million qui serait taxé à 75%, ce qui laisse encore à nos millionnaires de quoi s'acheter un réchaud Butane, une boite de sardines et un plaid pour l'hiver: on n'est pas des brutes non plus). 


Le vrai danger de cette proposition fiscale n’est évidemment pas sa concrétisation (on peut aller encore plus loin, oh oui), mais bien l’angle d’attaque facile qu'elle offre à une droite paniquée et en roue libre, jetée à honneur perdu en fin de campagne dans un bombardement de mensonges sur son bilan et les propositions socialistes, généralement peu relevés par une paillasse journalistique à la limite du coma végétatif dès qu'elle est en présence d'un type de droite avec un semblant d'influence sur la prolongation de son CDI à 4 smics la semaine. Parions que la droite va tenter une fois de plus de faire croire aux Français dans une bonne bouillabaisse démago (sauce Wauquiez) que taxer les riches équivaudra à taxer "sa" classe moyenne fantasmée à 5K euros mensuels. 

Rappel: le salaire moyen français est aux alentours de 1600 euros (en gros 19.000 euros par an,  soit 63 euros par journée de travail, soit 60X moins que la cible visée).

Nous allons également encore entendre que les riches vont s’enfuir (que ne l'ont-ils pas déjà fait, la 5e puissance mondiale étant un goulag anti-riches de notoriété mondiale), qu'ils n’entreprendront plus dans notre beau pays (ils ont déjà bien entamé le mouvement comme le rappellent chaque jour les délocalisations et les cascades de plans sociaux alors que jamais rentes, niches et exonérations n'ont été aussi élevées).

Pour avoir une idée de la ligne à venir des prochains jours, savourons ces quelques tweets de Dominique Reynié de l'Institut Fondapol, think tank libéral, murmurant à l'oreille de l'UMP. 



Et oui, on entreprend que pour le pognon (comme le savent les deux tiers des autoentrepreneurs ne faisant aucun chiffre d'affaires) et l'on se lance dans une carrière artistique d'abord pour l'argent (comme le savent bien les comédiens dont plus des 3/4 ne gagnent rien). Seuls salariés et chômeurs, eux, sont bien au fait qu'ils se doivent de travailler toujours plus pour toujours moins[2], nos outrés fiscaux du jour ne perdant jamais une occasion de leur sermonner. 

Mine de rien, c’est donc un vrai risque que prend François Hollande à jouer le gauchiste, car il va se confronter à une vraie ligne de clivage dans l’électorat: la peur viscérale de payer plus d'impôts (même si l'on n'est pas visé par cette mesure comme 99,9% des Français). C’est un fait étrange, mais régulièrement constaté: plus on a d’argent personnel moins on veut contribuer au bien-être de la collectivité. 

Et n'essayez pas d'expliquer à un libéral que les infrastructures financées par les impôts contribuent bien plus à attirer les entreprises étrangères sur le sol français que lesdits impôts ne poussent à l'exil quelques indécentes fortunes avares et aigries (à qui il conviendrait dans ce cas de retirer la nationalité): c'est peine perdue.

[1] si se puede
[2] au nom de la "valeur travail" et si peu de la "valeur salaire"

Illustrations : It's a wonderful life. F.Capra 1946

9 commentaires:

Valdo a dit…

Notons l'escroquerie totale de Dominique Reynié (ou son mensonge délibéré)??? Les 75% ne touchent, de plus que la tranche supérieure de l'impôt, pas le revenu total!

fer a dit…

Oui, Valdo,
cette erreur (?) est systématiquement faite: confondre 75% de la tranche supérieure avec 75% de tous les revenus.

Encore sur France Inter ce midi...

==> Moralité: il va falloir communiquer à fond au PS et chez les blogueurs sur cette différence fondamentale entre "proportionnel" et "progressif".

un partageux a dit…

75% ça reste modeste. Rappelons que Roosevelt avait établi un taux à 91% qui est resté en vigueur jusqu'à Ronald Reagan ! Et pourtant je ne me suis jamais laissé dire que les USA était un pays communiste...

Toutatis a dit…

Dominique Reynié travaille dans une école (qui ne sert à rien à mon avis) qui fonctionne grâce à des fonds publics, et dont le directeur touche environ 38K euros par moi. J'imagine qu'il doit être dans le petit nombre des salariés à très gros salaires de cette école, ce qui doit le conforter dans le sentiment de sa valeur immense, et provoquer chez lui une solidarité avec les riches. Ajoutons aussi que dans son programme Hollande prévoir de limiter à 20K par mois les revenus des gens travaillant dans les entreprises publiques. ça doit faire grincer quelques dents....

Archibald a dit…

Rassurez-vous cette bonne mesure ne touchera QUE les revenus salariés, pas ceux du capital ou de la spéculation !
Les super gros qui se gavent déjà trouveront une astuce genre stock option pour y échapper,
Restera alors que nos amis footballeurs, les pauvres.

sivergues a dit…

Un million sept cent mille bègues en France, Hollande ne devrait pas de mal à y trouver un -conseiller- et laisser Sarkozy lui qui parle si peu jeter son encre noire ? Le corbeau critique la noirceur ...

pupuce a dit…

je sais pas comment te dire, Seb, ce que ce genre de débats de riches à méga problèmes de riches peut inspirer à des gens comme moi, à mille euros par mois allocs incluses pour trois.
je te laisse imaginer, en fait, ça vaut mieux.
merci en tout cas, y'a peu de gens qui font du bien à lire, tu en fais partie.

Anonyme a dit…

Vu quelques minutes de C dans l'air du 1er mars ; Révoltant d'écouter les propos qui ont été tenus !

C de l'air... vicieux !

Anonyme a dit…

Très bon billet comme souvent. Et celui-là j'ai particulièrement accroché. :)