samedi 7 janvier 2012

Charles Beigbeder n'est pas un minable

Parfois j'ai l'impression de rabâcher, de m’appesantir en prose sur l'expertise économique des valets omniscients de l'oppresseur qui font passer, d'une chaîne à l'autre, l'application de la barbarie sociale pour de la sagesse sans alternative. Je me dis: "non tout de même, ils ne sont pas aussi caricaturaux". Et, je débusque à la source un libéral de compétition. Et voilà qui me réaligne sur mes fondamentaux.

Enter Charles Beigbeder. Frère de Frédéric, natif de Neuilly-sur-Seine. C'est un beau libéral venant d'un bon milieu et ayant fait les bonnes écoles. Il a crée Selftrade, récupéré les morceaux de la libéralisation du marché de l’électricité pour lancer Poweo (avec laquelle il a empoché 44 millions d'euros en vente d'actions). Il a tenté de prendre la tête du Medef avec un plan pourtant avant-gardiste de déréglementation des embauches et de fluidification des licenciements. Aujourd'hui, en toute simplicité, il achète à tour de bras des terres cultivables en Ukraine (comprendre: se prépare à tirer profit de la prochaine bulle spéculative sur la faim). Du coup, toujours proche du petit peuple, notre président l'a décoré de la Légion d'honneur

Comme tout bon libéral thuné[1], il souhaite se mêler de politique pour s'assurer que la politique, elle, ne se mêle pas d'économie. L'homme aux convictions charpentées (à la fois au Parti Radical et à l'UMP, donc à priori bientôt au Modem) veut se présenter aux prochaines législatives à Paris sous bannière UMP. Ne pas rigoler, avec ce gouvernement, c'est le genre de gus finissant premier ministre. 

Un soulagement pour le président de l'UMP. Tournant largement à plus de 5000 euros par mois, Charles Beigbeder rentre dans la catégorie des élus non "minables" prisée par Jean-François Copé.

Samedi 7 janvier. Charles Beigbeder était l'invité de "c'est arrivé cette semaine" de Dominique Souchier sur Europe1. Après un plaidoyer pour la défense de la TVA antisociale dont notre rentier a le mérite de reconnaître que, bon oui, les retraités et les chômeurs vont la manger plein pot tout en regrettant que ses compatriotes se montrent si pessimistes (que diable, un peu de courage les pouilleux), il revient sur une des propositions de son nouveau livre: la Flat taxLa vieille lubie libérale (qui va de concert avec la TVA antisociale) est d'une redoutable simplicité rhétorique. Elle se sert d'une pseudo "égalité" devant l'impôt pour préserver les plus riches et arnaquer en silence les classes moyennes (qui n'existent pas, nous n'aurons de cesse de vous le rappeler[2]):

Voici un passage de l'émission. 2 minutes 19 de coït libéral où un pan complet du courant de pensée libéral (c'est à dire pas grand-chose) est condensé:

- Puisque l’impôt serait "injuste" au prétexte que "50% des ménages ne le paient pas" (un classique, exciter les fantasmes des pauvres en les divisant) et qu'il serait "complexe", prélevons le même pourcentage des revenus pour chacun (sauf que sur 20% d'un smic, il te reste 800 euros et que sur 20% de 44 millions, il te reste 35.200.000 euros, hein Charlot ?)

- Les riches seraient riches d'abord "parce qu'ils travaillent" (rires) et d'abord "ils réinvestissent" (dans des produits spéculatifs, l'immobilier, la plupart du temps pour finir par nuire à la collectivité)

- Prendre l'argent des riches est "un déni de propriété" (par contre celui des pauvres, on peut y aller, ça s'appelle de "l'égalité")

- Même si les riches ont plus d'argent qu'ils ne pourront jamais en dépenser, c'est pas grave: leurs héritiers le feront. (Ça c'est du ruissellement. Que veux-tu, l'argent ne doit pas être tabou du moment qu'il reste entre gens de bonne compagnie).

- Et, last but not least : l'impôt progressif, c'est un truc de ce socialisme qui conditionne nos cerveaux! (Et il est convenu qu'à l'instar du téléchargement illégal et de la pédophilie, comme on dit en Hongrie, le socialisme c'est le mal). 

Voilà, le monde parallèle dans toute sa splendeur. Régalez-vous!


[1] Il existe des libéraux pauvres. On appelle ça des cons. Double peine: la vie de pauvre standard + une vie à être éternellement frustré de ne pas être riche tout en continuant à défendre l’efficacité de la méthode. 

[2] Schématiques, nous considérons qu'il existe des pauvres, des riches et une pyramide de nuances séparant les deux, dont la base (largement majoritaire) est maintenue dans le camp idéologique de l'élite grâce à quelques sucettes : consommation transgressive, crédit, loto. Quand les sucettes ne sont plus abondantes, rapport que c'est "la crise"TM, le pouvoir branle de la peur, sort l'armée et la police. D'où l’intérêt pour le libéral d'être dans le camp des dominants à ce moment-là. Rapport qu'une fois les questions des droits de l'homme et du citoyen ne sont plus prioritaires, il y'a des affaires à faire.

17 commentaires:

un partageux a dit…

Magnifique !

La prochaine étape sera de demander que les riches ne paient pas d'impôts du tout en raison de leur contribution humaniste au fonctionnement de la collectivité publique. Déjà que c'est eux qui "donnent" des emplois avec leurs investissements, ça serait quand même pas juste qu'en plus ils doivent payer des impôts.

Et pendant ce temps Térésa doit mendier pour manger.

http://partageux.blogspot.com

Hypathie a dit…

J'ai entendu ce prédateur aussi ce matin dans ma salle de bain, sans pouvoir effacer de ma rétine le fait qu'il fait du land grabbing en Ukraine où il "plante du blé" selon ses mots, alors qu'on dit plutôt, quand on est dans le métier, "semer du blé". Mais, bon, c'est un financier, pas un paysan ! Terrifiant (et incompétent), le mec.

Anonyme a dit…

C est sur que c est pas un saint mais je vais quand meme lui trouver une circonstance attenuante:
S il est devenu TRES riche (il etait probablement riche des sa naissance) c est pas grace a papa mais grace a la societe qu il a cree et revendue au bon moment

Ca change des Serge Dassault (merci papa marcel), Arnaud Lagardere (merci papa Jean Luc) ou Bouygues
Au moins Beigbeder n ira pas pleurer dans le giron de l etat pour faire subventionner/proteger ses societes

@desenfumage a dit…

Intarissable source d'excuses pour encore plus prendre aux gueux et donner aux fortunés...

Merci pour ce billet, et tant d'autres. Pour cette nouvelle année, soyez heureux, toi et les tiens :)

Anonyme a dit…

http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Flat_tax_in_Europe.svg

Devient-on con quand on a trop bouffer de socialisme ?

(c'est vraiment dommage de traiter de con vos adversaires, cela n'incite à aucun débat ... )

Anonyme a dit…

Devient-on con quand on a trop bouffer de socialisme ?

Certainement pas. Faudrait encore que ca existe réellement le socialisme. Dans les "cerveaux" libéraux qui s'exprime sur ternet, tout est pourri de toutes façons. Ils vivent le capitalisme bien moisi, et ils "ressentent" ; "pensent" et "concluent" le socialisme. Quel espèce de dégénéré faut-il être pour oser parler par exemple de "socialisme de droite" ? Sans complexes aucun(à part ceux liés à sa libido), libéral en parle en première page à la face du monde, enfin du peuple prêt à l'écouter plutôt. Forcément incrédule, bien que lobotomisé lui aussi. Hors, pas d'bol, libéral peut être lu sur contrepoints et sur le forum qui lui est consacré. Et a travers le raisonnement le plus laborieux et le plus argumenté comme à travers le commentaire le plus insignifiant, si tant est que quelque fils se touchent dans sa boîte à neurones à ce moment-là le libéral révèle très rapidement ce qu'il est dans la vie. Comme quand libéral est outré parce que le serveur qui lui ramène son café n'est pas très souriant par exemple. Et qu'il se sent obligé d'en parler sur ternet tout en déclarant qu'il souhaite se casser de je cite "cette urss de merde". Ca en dit long sur le genre d'être humain qu'il est.



Il existe des libéraux pauvres. On appelle ça des cons. Double peine: la vie de pauvre standard + une vie à être éternellement frustré de ne pas être riche tout en continuant à défendre l’efficacité de la méthode.


Quand les sucettes ne sont plus abondantes, rapport que c'est "la crise"TM, le pouvoir branle de la peur, sort l'armée et la police. D'où l’intérêt pour le libéral d'être dans le camp des dominants à ce moment-là. Rapport qu'une fois les questions des droits de l'homme et du citoyen ne sont plus prioritaires, il y'a des affaires à faire.



Ils sont donc pas si cons, mais plutôt "calculateurs", toute proportions gardées par rapport à leur "intelligence" plus que limitée d'ailleurs. Non des salopards qui se rangent ainsi près des "dominants" oligarques, et de leurs auxiliaires régaliens, a savoir l'armée et la police, on appelle pas ca des cons. Mais des pourritures finies qui ne valent certainement pas mieux que des pourritures de nazis pédophiles. La fange de la fange de l'humanité. Celle qui par son seule contact, vous souille à tout jamais et vous fait comprendre que la bien-séance de gauche à ses limites et qu'à un moment donné, comme dirait libéral, il faut prendre ses responsabilités.

Toutatis a dit…

Dommage que vous ne vous soyez pas donné la peine de faire un calcul élémentaire, qui vous aurait montré que la "flat tax" serait une bonne chose pour les pauvres actuels.
Pour un salarié, ce qu'il gagne en fait, c'est la somme de son salaire net, des charges sur son salaire brut, et des charges dites patronales. Ce salarié paiera ensuite des impôts sur ce qui lui reste. La somme totale des prélèvements tourne en moyenne autour de 50%. Ce pourcentage est beaucoup moins élevé pour les hauts salaires (à cause des plafonnements) et encore moins élevé pour les revenus non salariaux.
La "flat tax" se traduirait donc par un alourdissement des impôts des plus riches.

Votre critique des libéraux ignore d'autre part complètement les libertariens (il est vrai que cette tendance est confidentielle en France). Pour eux le système actuel est un "socialisme pour les riches", et 99% de ceux qui se disent "libéraux" sont chez nous des partisans de ce "socialisme". Le terme "socialisme" est justifié à leurs yeux par l'importance démesurée de l'état (par exemple dans l'appareil policier et militaire). L'expression "pour les riches" étant quant à elle justifiée par le fait que ce système est au service exclusif d'une petite minorité.

Mais aux USA la tendance libertarienne est plus importante, son champion étant Ron Paul.

ZapPow a dit…

@ Toutatis

Le hic, c'est que pratiquement tous ceux qui prônent la Flat Tax, et Beigbeder ici, n'y voient qu'un remplacement du seul impôt sur le revenu, comme le montre l'argument selon lequel l'impôt est injuste vu que la moitié des ménages ne le paient pas. Le seul impôt que la moitié des ménages ne paient pas, c'est l'impôt sur le revenu, et s'ils ne le paient pas, c'est parce que leurs revenus sont insuffisants.

Or, remplacer le seul impôt sur le revenu par une Flat Tax, c'est bien saigner les revenus les plus bas au profit des revenus les plus hauts. L'impôt devant rapporter un certain montant à l'État, pour que celui-ci fonctionne, il faut, si on passe d'un IR progressif à une Flat Tax, récolter au moins la même somme, et donc faire une sorte de moyenne des prélèvements, diminuant ceux sur les plus hauts revenus, "inventant" ceux sur les revenus trop faibles, augmentant ceux sur beaucoup de revenus intermédiaires, singulièrement les moins élevés.

Ou alors, il faut en même temps que l'on instaure la Flat Tax une réduction du budget, donc une diminution du rôle de l'État, ce qui plaît généralement beaucoup aux libéraux mais qui est, là encore, généralement au détriment des revenus les plus faibles, puisque classiquement, ce qui est supprimé, ou réduit, ce sont les prestations sociales et les services publics.

Si la Flat Tax remplace tous les impôts, il est possible (j'admet cette possibilité parce que je n'ai pas encore réfléchi à la question) qu'elle ne soit pas un alourdissement de la charges des moins favorisés.

fer a dit…

@Toutatis,

La Flat Tax, bonheur des pauvres, on aura tout lu !

1) Cela ne vous est pas venu à l'esprit que les pauvres puissent ne pas être salariés en CDI, mais recevoir une partie plus ou moins importante de leurs revenus sous forme d'allocations (RSA, Allocation logement, familiale) ?

2) Les 50% dont vous parlez ne sont pas que des impôts, ce sont aussi des cotisations sociales.

3) Beaucoup de revenus des personnes aisés ne sont pas salariaux (rentes locatives par ex.). Donc s'ils les déclarent, c'est principalement l'impôt sur les revenus qui va les taxer. La Flat Tax (fin de la progressivité), ce serait l'aubaine !

Toutatis a dit…

La différence entre impôt et cotisation sociale obligatoire m'échappe...

Mais j'admet cependant que ceux qui prônent la "flat tax" en France n'ont en tête que l'impôt sur le revenu.

Stéphane Laborde a dit…

Oui tout ceci est très bien analysé.

Toutefois j'invite le lecteur à un point de vue logique plus approfondi, relativement à la liberté et la propriété.

Le biais du soit-disant "libéralisme" qui nuit à autrui consiste à placer la propriété comme première et les libertés comme soumises à la propriété. Or ceci est profondément contraire au libéralisme fondamental.

Tout comme il est contraire à la géométrie de prétendre que seule n'existerait que la géométrie soumise au seul axiome des parallèles.

De ce fait c'est bien la liberté qui est première et la propriété ne peut exister véritablement que si elle est en accord avec la liberté et pas l'inverse.

On peut donc en effet distinguer les propriétaires des libéraux, les premiers aimant s'auto-nommer "jusnaturalistes".

Voir : http://www.creationmonetaire.info/2011/09/philosophie-politique.html

seb musset a dit…

@Stéphane > Merci des précisions. A noter que la défense de l'héritage par Beigbeder parait un poil contradictoire avec le libéralisme.

Bon sinon, Crouzet parle de toi dans son dernier bouquin ;)

Anonyme a dit…

http://www.gaucheliberale.org/post/2011/12/20/La-sp%C3%A9culation-pour-les-socialistes



" D'un autre côté ils compensent leurs pertes futures "

Compenser.........des pertes futures....... On croit rêver à la lecture de ce genre d'argument ! Ca fait travailler pour moins que le smic du prolo sans se soucier aucunement de la liberté de l'ouvrier qu'il exploite, tout en roulant en ferrari à l'autre côté de la chaîne des profiteurs, actionnaires et autres pdg, et ca ose parler de "pertes" ! Une baisse des profits = zola pour les capitalistes et les libéraux(qui se disent de gauche en plus ceux-là, pourquoi pas des libéraux d'extrême droite tant qu'on y est ? ah oui suis-je bête, c'est déjà le cas pour un certain nombre d'entre eux).

Alors que le travailleur lui, son boulot il peut le perdre, son salaire peut être mis en parenthèse tant le salaire minimum n'existe pas dans bien des pays, il peut être licencié à peine embauché mais damned ! Ca c'est de la perte acceptable ! Mais une perte de profits, et c'est la troisième villa de l'actionnaire qui pourra pas être acheté, surtout sur ce satané marché de l'immobilier socialiste raaahhh !

Ils sont trop fort ces libéraux, jouer ainsi avec la vie des gens non pour leur propre survie(on parle pas d'un dépôt d'bilan mais de la survie que connaissent les gens du peuple)mais pour assurer le caractère exponentiel de leurs profits. On voit à qui on a affaire sur un simple sujet de pénurie de disque dur.

Anonyme a dit…

Il est en péril celui qui croit qu’avoir réussi sa vie c’est d’avoir pu s’acheter une Rolex à 50 ans. Alors que dans le même temps, le travail ordinaire n’offre plus la possibilité de vivre avec décence, de se loger, de se nourrir, de se soigner et d’avoir l’espoir que la vie de ses enfants soit meilleure que la sienne.
Voir:

http://2ccr.unblog.fr/2011/09/07/la-place-du-zero-dans-loperation-economique/

emploi maroc a dit…

joli
bon continuation

BA a dit…

Les comptes de campagne de Nicolas Sarkozy bientôt saisis par la justice.

La justice va examiner les comptes de la campagne présidentielle 2007 de Nicolas Sarkozy.

Les comptes de campagne pour l'élection présidentielle de 2007 de Nicolas Sarkozy font désormais l'objet d'une réquisition judiciaire.

Le millier de documents déposés à la commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP) retraçant les dépenses et surtout les recettes déclarées par le candidat devrait être prochainement passé au peigne fin par des juges d'instruction.

Selon nos informations, ces réquisitions toucheraient un des volets de la tentaculaire affaire Bettencourt instruite à Bordeaux.

Depuis près d'un an le juge Jean-Michel Gentil mène des investigations tous azimuts ayant notamment conduit avant Noël à la mise en examen de François-Marie Banier et du gestionnaire de fortune Patrice de Maistre.

Mais le nom d'Eric Woerth, ancien président de l'association de financement de la campagne de Nicolas Sarkozy et trésorier démissionnaire de l'UMP (chargé de récolter des dons) est également abondamment cité depuis le début de l'affaire, notamment par la comptable Claire Thibout qui avait affirmé avoir assisté à des remises d'enveloppes contenant de l'argent liquide au maire de Chantilly au sein de la maison Bettencourt.

L'ex-ministre du Budget pourrait par ailleurs être prochainement entendu par les juges.

http://www.sudouest.fr/2012/01/10/les-comptes-de-campagne-de-nicolas-sarkozy-bientot-saisis-par-la-justice-601017-4705.php

Anonyme a dit…

"Tournant largement à plus de 5000 euros par mois, Charles Beigbeder rentre dans la catégorie des élus non "minables" prisée par Jean-François Copé." A 30 000 euros/mois, celui-ci en fait partie: http://www.salaire-mensuel.com/salaire-francois-hollande-30387.php