jeudi 4 mars 2010

Huis-clos sur mon twit


Attiré par un twit, j’apprenais hier que demain c’est à dire ce soir l’émission Envoyé Spécial s’en prend s’intéresse à twitter, la plateforme de micro-blogging d'une rusticité ultime.

Micro quoi ? (avertissement aux twitesthètes : je passe en mode découvre ton corps)

Twitter est un mélange de bistro et d’agence de presse avec pépites de Lol et de l’égo. L'info y circule très vite. L'expression des messages y est limité à 140 caractères, ce qui disqualifie les fanfreluches facebookiennes, les élucubrations kikou skybloguesques, les tartines théoriques et autres prêches au sirop.

Quand un truc est bien, tout twitter le sait. Quand c’est pourri, ça s'oublie. Par un étrange paradoxe quand le truc est très pourri mais pas intentionnel, là c’est très retwitté !

En six mois, twitter a :

1 / Changé ma façon de m’informer (instantanéité de l'évènement et des témoignages, multiplication des sources.)

2 / Influé sur ma façon de rédiger. J'ai divisé par deux le nombre d'écrits sur ce blog. A quoi bon faire un billet quand on peut résumer l’idée en 140 caractères ? Ce qui, avouons-le, est souvent possible.

Disséquons donc mon émission de twits lors de ma journée de boulot d'hier, twitter étant le meilleur ami du mec qui fait semblant de suer...


Premier twit envoyé à 11h30 : "RT @nicolasvoisin Voilou, c'est officiel: Qui va garder les gosses ? http://bit.ly/czcAoa @benoitraphael s'en va ailleurs /-) "

Alors ça s’appelle un retweet. Un twit te plait ou te parait digne d'intérêt, tu le rebalances à tes followers, les abonnés. Ici, je retwitte (RT) un article d’Europe 1 sobrement titré « Le Post décapité » relatant le départ de Benoît Raphaël du site Lepost.fr.

« Un site dont la rédaction est aujourd’hui selon lui "de qualité et bien formée", et qui continuera à vivre "grâce à une communauté très participative". "Je fais confiance aux personnes qui reprendront LePost.fr pour venir avec de nouvelles idées, c’est la vie normale d’un média", assure Benoît Raphaël. »

Houlalala ça a du chier. Bizarrement, tout le monde semblait savoir mais personne ne le twittait. Ça s'appelle la twitéthique. Non je déconne.

11h40 : "RT @schloren J'ai cru que l'arrêté de catastrophe naturelle concernait la campagne de l'UMP en IdF #autempspourmoi"

Ici le retwitte est une idée d’article de type "kêlébone" . Si toi aussi tu as des idées d’articles, tu peux me les twitter (mais en DM - message perso -: une bière offerte par idée.)

Le # s’appelle un « hashtag ». Il facilite la catégorisation (des thèmes ou des événements couverts en direct par plusieurs utilisateurs, cela s'appelle un "live-twit"). Comme il y a relativement peu de "twitterrers" français leurs hashtags n’apparaissent jamais dans la colonne trending topics. Même #jeansarkozypartout, malgré ses relations, a échoué.

12h10 : "USA : 25 millions de nouveaux pauvres en provenance de la classe moyenne http://bit.ly/bsDUPN"

Là je synthétise un constat de Sylvain Capel pour le Monde.fr analysant la descente aux enfers de la classe moyenne américaine. Oui, pour cause de couverture sociale perave, la baffe est plus grande là-bas. T’inquiètes on y viendra.

12h30 "a revu "Thief" cette nuit. Depuis en plein Tangerine Dream trip. L'entourage commence à se plaindre http://bit.ly/b3IQx1"

Voila de l'intime, une humeur, un instantané, la twitforme la plus proche du blog ou de facebook. 3 phrases, 3 infos ; le film que tu as regardé le soir d’avant, la musique que tu écoutes en ce moment et ta relation aux autres.

SEB MUSSET (D'HUMEUR PARISIENNE)
"- Allez tous vous faire enc... je baisserai pas ma musique aquaplanante ! Ça me calme."

Note également que, mine de rien, tu as articulé une progression temporelle scénaristique supérieure à l'œuvre la plus complexe de Luc Besson.

14h20 : "RT @SweetSumo @donatien: Pendant que les multinationales licencient pour accroitre leurs bénéfices… d’autres se pendent http://ow.ly/1dC6A"

Attention, là il s’agit du retwitt d’un article que je t’invite très sérieusement à lire. Donatien y relate le récent suicide par pendaison de son oncle, victime d'un management qui s'en lave les mains.

La rupture de ton, c'est très
twitter.

14h30 : "RT @ioudgine [blog] caméra, café, et célibat http://bit.ly/bTm4d7 // Que ce soit clair : cassage de caméra = divorce."

J'envoie vers le blog de @idougine aka Persèphone. Dans ce brillant billet, elle interpelle tout cinéaste. Quoi de plus intolérable : une femme infidèle ou une caméra cassée ? Voyons avec l'une en état de marche tu peux faire des films, l'autre dans le même état t'empêches souvent (sauf si elle est comédienne, mais dans ce cas le risque d'infidélité augmente) . Je lui réponds donc après une double barre // signifiant un rajout personnel. Enhanced retwitt en quelque sorte.

14h34 : "RT @Monolecte Retraites : la réforme rêvée de Nicolas et Guillaume Sarkozy | très pertinent http://icio.us/zxogf3"

Un article de Rue 89 signé Duflot et Larrouturou. Nous en avions déjà parlé : Le monarque casse les retraites, son frère développe des complémentaires retraites privées : Le premier qui dit mafia sera loppsisé en place publique.

14h44 : "@ioudgine c'est mon crédo : cocu pourquoi pas mais pas sans caméra."

Réponse à @ioudgine qui s’étonne de mon choix. L’age peut-être. J’ai appends plus tôt au fil d’une twit-confession qu'elle est tourmentée d'avoir trente ans bientôt. J’ai bien envie de twitter que ça lui passera, que le coup le plus terrible c’est 33, (37 pas mal aussi, j'attends avec impatience 40) et qu’après les années compte triple, filent 6 fois plus vite (12 si t'es une fille il parait) . Mais non je lui laisse la surprise et pis merde faut que je me mette à bosser.

C'est presque aussi pénible de travailler par beau temps que de se lever pour aller bosser quand il fait mauvais. Tiens si je réécoutais la "Beach scene" de Tangerine Dream en me figarant une vision relaxante... Une plage de sable fin avec son bûcher d'agents immobiliers se découpant sur le crépuscule.

16h10 : "RT @TiBo @harnibal @YannJuin La Rochelle, nuit de tempête. Reportage saisissant, brut, sans commentaire. http://bit.ly/a58zpn"

Reportage vidéo d’une télé locale de La Rochelle sur les inondations de samedi. Je retrouve à l’écran quelques jeunes gai-lurons de la Guignette célébrant l’apocalypse de l'Aunis. C’est dans ces moments de beuverie au rhum et à l'embrun face au vent qui fouette que je regrette le 17.

16h11 : "Avertissement à tous les branleurs du PAF (via @AudeCourtin) http://tinyurl.com/yknshbp #moralacon"

Dans la foulée j’enchaîne avec ce qui contient le potentiel morandiniesque nécessaire pour faire un bon petit buzz : Un présentateur de la BBC meurt en se masturbant. Catchy, Isn’t it ? Malheureusement pas de vidéo postée de la posture. Dans une heure, cette tragique excitation sera donc oubliée.

16h14 : "RT @lioneljospin l'ile de Ré, c'est vraiment devenu inabordable ! // twit de la semaine."

Effet du manque de popularité française de twitter, la substitution d''identité. Comme Jacques Chirac, Georges Marchais, Martine Aubry ou François Mitterrand, @lioneljospin est un fake. Les fake sont souvent plus rigolos et révélateurs que les originaux. Est-ce pour cela que le verified Yves Jego s’est laissé prendre au jeu des provocations du fake Jospin pour nous livrer un twit-clash dont la blogosphère se tord encore ?

Les déboires d'Yves Jego sur Twitter

Tiny langue de bois, désarmante naïveté, publication unilatérale de communiqués de presse : Le politique a souvent du mal avec Twitter.

(Du bon usage du twit politique. Ici une candidate UMP à la présidence de région entrain de ronfler sévère en plein vote de budget, photographiée et twittée par sa concurrente. )

17h01 : "RT @zeyesnidzeno @Vogelsong Le président visionnaire "il faut rendre constructiF les zones inondables" http://bit.ly/cW8T9T"

J’apprends que notre monarque, avec sa magnanimité modulable et sa syntaxe aléatoire, a exprimé en avril dernier sa volonté de bâtir dans les zones inondables, en opposition avec ce qu’il fustigera après les inondations en Vendée. A trop parler, tu te contredis.

17h30 : "RT @xternisien Trop de tweets tue le tweet. // heureusement le Retweet le ressuscite."

Je réponds à @xternisien, journaliste se plaignant parfois sur Twitter des pas-journalistes qui se plaignent de leur vie sur twitter, en RT et //.

22h40 :
« croit avoir trouvé plus LSD que les jeunes Pop. »

Message codé destiné à quelques happy-few, une sorte de DM mais au grand jour : La twitinsinuation.

22h52 : « Trucs et astuces : Rien ne sert de nettoyer la bière étalée sur la moquette. Ça part tout seul au bout de 24 heures."

Un twit-tip de crade qui peut quand même servir. Panique pas si t’as pas de Sopalin quand ta bière est toute en flaque sur ton tapis. Détends-toi et ouvres-en une autre. Si le frigo est vide, surtout à 22h52, alors là tu peux commencer à t'inquiéter.

23h10 : "RT @dagrouik: Supprimer la bourse (Fred Lordon) http://ow.ly/1dUNg"

Je n’avais pas eu l’occasion d’écouter l’émission de Daniel Mermet avec le concis et captivant Frédéric Lordon dissertant une heure durant en digressions maitrisées sur son envie d’ «interdire la bourse ». Une riche idée.

0h00 : "RT @guybirenbaum Adieu Le Post http://bit.ly/ctpgH1"

Bah voilà une twit-journée qui s'achève comme elle a commencé : Par un départ du Post. Le chroniqueur annonce en vidéo la fin de son expérience avec la rédaction et la poursuite de son aventure blogesque dans son épicerie.

Note que twitter a ses feuilletons : Celui de la vie, de la reprise, des départs de la rédaction du Post en est un[1].

Conclusion de cette journée :

Avec Twitter tu accèdes au meilleur de la production internet, selon tes centres d'intérêts mais à condition de suivre les bons et de t'ouvrir à un maximum de followers, sauf @BritneysuckscocksXXL3468 qui te fait régulièrement des appels de l'œil.

Avec toute cette info collectée, Twitter te fait donc gagner un temps dont tu ignorais l'existence. D'un autre côté , il t'en fait perdre plus que tu ne l'imagine si tu twittes abusivement. Effet négatif : Rapidité + profusion conduit si tu n'y fais pas gaffe à la superficialité et à la perte de concentration.
Twitter tue ?

Web fixe ou mobile, dans le cadre d'une addiction, le support n'a pas d'importance. T'es accro et l'entourage te regarde les yeux ronds.

Le twitblogging, de par sa limitation, est une grammaire de la concision plus qu'un langage. C'est peut-être une des raisons de son modeste départ en France, paradis des discussions qui n'en finissent pas et des fautes de conjugaison. Sur twitter, l'expression est donc plutôt claire.

Inconvénient majeur : Aussitôt vu, aussitôt disparu. Si le blog s'efface à chaque nouveau billet, twitter est au top de l'éphémère.

Comme chacun de nous quoi.




[1] et les concours de chats.

Crédit photos : Weesk.com / Barbatruc, carrotblog.com, twitter.com et Anne Hidalgo.

5 commentaires:

Reversus a dit…

Twitter pousse à la procrastination. Tu as raison, ça fait perdre plus de temps qu'autre chose ;-)

imagespopulaires a dit…

Euh, est-il possible de résumer ton billet en 140 caractères là?

:)

Férocias
Les Peuples du Soleil
@ferocias

Vannsick R a dit…

@seb merci pour le lien

@reversus tu fais bcp ds le raccourci. La question à se poser est plutôt le temps passé est-il rentable (financièrement ou socialement ou encore intellectuellement , ...)

dedalus a dit…

On a toujours raison de lire les commentaires avant de poster le sien. J'étais sur le point de faire la même blagounette que Ferocias.

Je me contenterai donc de mon second best.

Tiens, toi aussi tu followes @BritneysuckscocksXXL3468 ?

...

En vérité, on n'a pas toujours raison de commenter. Et je retourne donc twitter.

Galactus09 a dit…

Je retrouve à l’écran quelques jeunes gai-lurons de la Guignette célébrant l’apocalypse de l'Aunis. C’est dans ces moments de beuverie au rhum et à l'embrun face au vent qui fouette que je regrette le 17.

C'est vrai qu'il a du charme ce rade. D'en emmerger à 19h la faim au ventre le visage découpé par le vent qui s'engouffre sur le canal pour marcher 30 minutes sur le port à moitié ivre pour retrouver tes pâtes et ton 20m². Dans ces moment là y'a comme un air de Brel dans tes oreilles. Faut le vivre pour en connaitre le plaisir... Et c'est avec plaisir que j'y retournerais samedi après 5 ans d'absence.