dimanche 21 février 2010

[video] Partage du travail, création monétaire, revenu de vie : vers le big-bang économique


En ces temps de pessimisme général, voici deux visions filmées de pistes économiques pour une sortie de crise "vers le haut" émanant de deux personnages croisés récemment...

Opposées, complémentaires, radicales, utopiques ? Elles ont ce point commun de sortir du prisme des analyses classiques.


1 / Pierre Larrouturou et la réduction du temps de travail.
Pour le définir, citons l'économiste aux killer-graphiques lors de la conférence sur la crise à laquelle j'assistais le 13 février :

"La France est encore le seul pays où un a un petit bonhomme qui, en période de chômage, nous dit qu'il faut travailler plus."

Il cite l'exemple du Kurzarbeit allemand : En 2009 de l'autre côté du Rhin, la récession de -5% a été deux fois plus importante qu'en France, et pourtant il n'y a "que" 220.000 chômeurs de plus alors que chez nous sur la même période de 18 mois nous en sommes à +800.000 chômeurs.

"Si nous avions fait la même chose, nous aurions 600.000 chômeurs de moins. Mais Madame Merkel, au lieu de citer Léon Blum et Guy Moquet, elle a mis 4 milliards sur la table !"

Bon... la réduction du temps de travail n'est pas l'analyse tendance du moment. N'empêche qu'elle inclut un paramètre systématiquement écarté des réflexions des économistes ayant pignon sur cerveau depuis 30 ans, une révolution technologique sous estimée par les gouvernements successifs et grâce à laquelle on pourrait, en théorie, enfin accéder à l'amélioration des conditions de travail et à la diminution de sa durée : La révolution de la productivité.

Bref, on a besoin de moins de monde pour produire plus, ce qui est plutôt cool.

Que les pourfendeurs acharnés des 35 heures sachent que ce partage s'opère déjà .... mais d'une manière déséquilibrée : A travers la précarité. Il y a aujourd'hui ceux qui ont les bons boulots (travaillant en moyenne 39 h), une bonne partie de chômeurs et ceux au milieu avec des contrats à temps partiel et de plus en plus rognés. Problème : Le politique ayant rendu les clés de l'économie à la finance mondialisée, continue à diriger en local avec 30 ans de retard pour les premiers (en voie d'extinction) tout en faisant rêver les autres à des meilleurs lendemains de sempiternelle croissance.

Celle-ci est compensée par la dette (des particuliers ou des états) jusqu'à l'écroulement de tous. La dette a cet avantage de rendre euphorique les marchés et les banques selon le principe désormais mondialement connu du : Youpi, Krach, Boum (dans ta gueule) !

Le retour de la croissance n'est donc pas l'unique parade pour contrer le chômage. Larrouturou propose de passer à la semaine de quatre jours.

Son interview en collaboration avec Reversus > 6 mns :



Pearltrees de Reversus : Pierre Larrouturou et la diminution du temps de travail

P.Larrouturou et la réduction du temps de travail

Pour faire tourner la machine, faut du pognon, donc faut le partager : C'est sur ce constat tout simple qu'arrive le second théoricien....


2 / Stéphane Laborde : la création monétaire et le revenu de vie.

«- A force de concentrer les richesses au sommet et d’appauvrir la base, tout va finir par s’écrouler et ça va pas prendre dix ans. »

Stéphane Laborde, ingénieur de formation, est entrepreneur, un odieux libéral en quelque sorte (d'ailleurs régulièrement confronté à Gérard Filoche dans de tonitruants twit-clash) mais il veut remettre l'homme au centre de l'économie (et pas seulement à coups de fouet).

« - Ils te vendent du libéralisme mais ils n’ont pas un échantillon sur eux. On ne peut pas dire aux chinois, on va jouer dans le même marché avec des différences de salaire pareilles. La vraie concurrence doit être libre et non faussée donc l’esclavagisme doit être interdit. »

Laborde est un think tank à lui tout seul.

« - Je ne sais pas ceux qu'ils foutent là-haut mais moi j’ai bossé […] Il faut changer de paradigme »

Pour le monomaniaque de la monnaie : tout est argent. Qui le crée qui le perçoit.

« - La masse monétaire est la question fondamentale dont découlent toutes les autres et personne n’en parle !"

Son crédo : "les banques ne peuvent pas vivre sans hommes, les hommes eux peuvent vivre sans banques." Son antienne : le revenu de vie ou dividende universel. Indexé sur la création monétaire dans la zone euro, le dividende universel serait mensuellement redistribué à part égale entre chaque citoyen de sa naissance à sa mort, qu’il travaille ou non.

« - Parce que vivre c’est une activité bordel ! »

Larrouturou, Laborde et moi-même (et même Filoche tiens) nous retrouvons probablement sur ce constat : Du fait de ce rapport faussé où le travailleur n'est perçu qu'en tant que "charge", il devient un troufion sur pressurisé jusqu'à épuisement par un management lui-même oppressé et hautement jetable. Ceux qui ne travaillent pas, vus comme du "passif", sont plus ou moins discrètement chassés des statistiques et du monde des vivants.

Pour comprendre le raisonnement "philosophiéconomique" ayant amené un libéral à proposer du pognon pour tous, il est nécessaire de visionner cette première partie, instructive, sur la création monétaire...

Part.1 : La création monétaire



et donc...

Part 2 : le revenu de vie (ou l'argent conçu comme un flux commun dont personne n'est jamais déconnecté) > 6 mns.


Pour représenter la mutation du monde en cours, Laborde file la métaphore spatiotemporelle.

L'économie actuelle serait "comme un trou noir" avec deux espaces temps : Le temps relatif de ceux qui sont très prés (riches, banques, spéculateurs et endettés…) et celui, plus rapide, de ceux qui sont éloignés du trou noir et de son pouvoir d'attraction (marginaux, hors système, économie de l'échange, non-endettés…). Ces deux temps sont deux économies, deux systèmes de valeur opposés. Le premier monde disparaît, attiré par le trou noir de la croissance. Le second se fortifiera en innovant et en recyclant la matière morte. La nouvelle économie est invisible pour l’ancienne économie qui, le nez dans son ancienne grille de lecture, n'arrive même pas à la concevoir.

Pearltrees d'Olivier Auber sur le revenu de vie
Revenu de vie

Malgré les interrogations qu'en joyeux pessimiste j'ai encore sur les effets secondaires indésirables que pourraient provoquer l'application unilatérale de l'une ou de l'autre des propositions, elles ont ce point commun, sans sombrer dans le délire, de dépasser l'incantatoire et illusoire "moralisation du capitalisme" et son pendant, la diabolisation, et de viser la redistribution et le partage.

- L'une sous l'angle du travail et d'une remise à plat des gains de productivité, couplée à une véritable fléxicurité.

- L'autre sous celui du partage de la masse monétaire, favorisant et tablant sur l'initiative personnelle. (Colossal Achtung : S'assurer que ce revenu de vie ne se substitue pas au reste, couverture santé, indemnisation chômage... )

Il y en a d'autres (gratuité des échanges, autogestion..) qui imposent souvent de dépasser "le vortex de la croissance infinie" et de regarder plus loin que les évidences assénées par les mêmes qui nous ensuquent dans leur logique pour nous maintenir, à leur seul bénéfice, dans le fatalisme.

* * *

- Site de Pierre Larrouturou. Ancien délégué national Europe du PS, il est tête de liste Europe Ecologie dans les Hauts-de-seine.

- Site de Stéphane Laborde. Sans étiquette, il votera pour le candidat qui se prononcera en faveur d'un revenu de vie.

Illustration : "les temps modernes" de Charles Chaplin 1936, MK2 diffusion, disponible ici.

13 commentaires:

massism a dit…

Extrêmement intéressant, tant l'un que l'autre. Particulièrement le deuxième, d'ailleurs.

benjamin a dit…

Bonjour a tous, les deux sont bien pour leurs idées mais tout sa est il possible avec "l'état" que nous avons pour l'instant . Et aussi sa va etre normalisé sur que la france ou dans l'europe car si t_elle est le cas pour l'europe ne faudrait il pas améliorer la vie de l'europe de l'est qui a une vie moins intence en fonction de l'argent pour l'instant .

je voudrais savoir puisque notre président est pour les banques et qu'il va amenez notre pays droit dans le mur pour moi c'est une certitude .
Que va t_il se passe aprés que nous aurons plus rien ?

En espérant avoir les réponse que je recherche sur ce blog .

fabien a dit…

Avec "un d'actif", la banque crée "dix de monnaie". Avec un tel rapport, c'est mieux qu'au monopoly!

J'opterais bien pour une solution commune: la semaine des 4 jours avec un revenu minimum de vie.

Mais, à mon avis, c'est un doux rêve...

Abdel a dit…

salam,

merci pour nous avoir fait connaître ces deux personnes, elles savent mettre des mots à des idées que nous partageons tous ensembles et cela n'a pas de prix.

@++

Kaos a dit…

@ fabien : la semaine de 40h, les congés payés et la semaine de 5 jours étaient aussi de doux rêves.
Y'a pas à s'en désoler, la question, c'est : comment faire?

tassin a dit…

Seb, tu dis "une révolution technologique sous estimée par les gouvernements successifs et grâce à laquelle on pourrait, en théorie, enfin accéder à l'amélioration des conditions de travail et à la diminution de sa durée : La révolution de la productivité."

Comment peux-tu être pour uns réduction de la consommation matérielle et en même temps par une augmentation de la productivité? Moins de consommation et plus de productivité c'est beaucoup moins d'emplois! Même en semaine de 4 jours et 32h.
J'ai peut-être mal compris mais j'aimerais un éclairage là dessus.

Sinon bravo pour ce billet... comme d'hab!

Kaos a dit…

@ Tassin : il parle de productivité horaire, si on peut produire 100x plus aujourd'hui en une heure qu'on le faisait il y a un siècle, on devrait bosser 100 fois moins. Mais on ne travaille que deux à trois fois moins, pour nourrir le capital, qui peut spéculer sur/exporter/capitaliser des marchandises en fonction de l'état du marché. Ce qui n'a pas beaucoup de sens, mais c'est là qu'on est rendus.Parce qu'on continue de sacrifier à la propriété privée et sa conséquence social : le commerce.

Ca nous a certes débarrassé du féodalisme et du servage. Mais je ne suis pas certain qu'avec le capitalisme et le salariat, on ait gagné au change.

tassin a dit…

@ Kaos :

Oui mais aujourd'hui c'est bien en grande partie à cause de la productivité démentielle qu'il y a tant de chômage et de consommation inepte.

Le remède à ces 2 maux sont la réduction du temps de travail. C'est évident.
Mais cette mesure impose de ne pas avoir de concurrence déloyale de la part de pays low cost.

-> Régulation des échanges et protectionnisme intelligent

Juanes josé-miguel a dit…

Merci Seb pour ton travail toujours aussi incisif.

Notre modelé monétaire n'est pas équitable, il y d'autres solutions comme celles que tu nous proposes. La monnaie fondant couplé avec le revenue universel dans des proportions a taille humain (de groupe allant de 50 à
300 individus) permettra je pense de fonder un avenir propice pour notre économie. L'interface numérique crypté pour les échanges.

Évidement il faut repenser la location et la propriété intellectuel et matérielle.

Sans parler de nos chemin de vie.

Nous sommes proche du moment où l'on prendra en conscience notre destin mutuel.

Mary Smith a dit…

C'était une bonne idée que de présenter ces alternatives dont nombreux les trouveront farfelues, mais il y a de l'idée.
Je ne suis pas tout à fait convaincue par la première proposition car la productivité individuelle a ses limites, les compétences ne sont pas forcément interchangeables et je ne suis pas vraiment sûre que les 35H aient "réellement" créé des emplois, mais bon.
Pour la seconde, même si c'est très mal expliqué par l'auteur, cela me rappelle singulièrement le travail de l'économiste Maurice Allais ( prix Nobel) que je vous invite à lire qui avait prévu il y a 20 ans à la lumière de l'histoire passée ( puisque les conneries se reproduisent immanquablement)ce qui arrive aujourd'hui. Il est interdit aux états de l'UE de faire fonctionner la planche à billets pour leur propre compte, les banques privées le font donc à leur place en créant de la monnaie ex nihilo par simple jeu d'écriture. Ca ne leur coûte rien. En revanche les intérêts, de plus en plus exorbitant eux, sont bien réels. Un peu ( beaucoup) de spéculations, de manipulations boursières qui jouent de la "psychologie" - confiance ou crainte et la Banque est maîtresse des états.
Je crois - pardon, j'ai lu rapidement l'article- qu'il était un peu évoqué la mondialisation de l'économie ( qui, entre nous doit être au service de l'homme et pas l'inverse). Je pense que ce fut une grave erreur car sans une rigoureuse régulation la chose échappe complètement aux états qui deviennent complètement démissionnaires par pas d'autre choix vis à vis de leur peuple qui n'y gagne que la misère..Il faudrait être vraiment un politique très courageux et très intègre pour aller à contre- courant des "règles". Et je ne crois pas, malheureusement, qu'il en existe.
Et puis pour finir et désolée d'avoir été aussi longue, il convient d'avoir en mémoire que la loi du libéralisme et même de l'ultra- libéralisme est tout de même de" mutualiser les pertes et de privatiser les gains en faisant payer aux plus pauvres les errements des riches". On aura beau essayer de poser des cautères sur des jambes de bois on s'enfoncera irrémédiablement pour la majorité dans la m...tant que le système n'explosera pas. Pendant tout ce temps les étrons bardés d'or ou de dollars continueront à pagayer à la surface....

gauchedecombat a dit…

Mouais... Ton analyse serait juste, sur le partage du temps de travail, si les qualifications des salariés précaires et des chômeurs correspondaient avec celles de ceux qui travaillent beaucoup trop... mais tel n'est pas le cas ! je ne suis donc pas franchement convaincu...

Peut mieux faire.

Mary Smith a dit…

Désolée, j'aurais dû mettre un lien pour éviter aux invités de chercher.C'est un peu ardu à la lecture si l'on n'est pas du métier mais accessible tout de même sur le fond. J'ai trouvé ces éléments sur le site d'Etienne Chouard qui, j'espère, ne m'en voudra pas d'avoir relayé son travail et ses archives dans le seul but d'éclairer le débat.
http://etienne.chouard.free.fr/Europe/messages_recus/La_crise_mondiale_d_aujourd_hui_Maurice_Allais_1998.htm

Abdel a dit…

@Seb :

Hors-sujet, peut-être, mais ce serait bien de mettre en parallèle les deux dernières décisions de Carrefour :

http://www.leparisien.fr/flash-actualite-economie/carrefour-va-creer-une-banque-europeenne-19-02-2010-822235.php

et la volonté de fermer 21 magasins en Belgique.

Je trouve que les médias ne font toujours pas leurs travail correctement en traitant les sujets avec une objectivité souvent criminelle.

@++