
Homo Sapiens, permets-moi à mon tour de te tutoyer puisque tu es un et indivisible.
Vois-tu, le service public new-age peine à me satisfaire. Lundi soir dernier, n’étant pas vraiment emporté par son nouveau documentaire à la thématique sociale des plus chaudes sur l’actualité, « Ces français qui gagnent au loto » (diffusé à 20h30 dans le cadre de la collection « Bling-bling ou pas, les crotteux restent des crotteux »), j'ai décidé de participer à mon tour à la communion et me suis tapé son, ton, notre "Home" vu par Yann Arthus-Bertrand dit YAB. C'est à ma connaissance le premier film documentaire totalitaire et, cocorico, il est français ! Comme tu fais là où on te dit, tu l'as plébiscité vendredi dernier sur France 2.
Marketing mondial et sortie planétaire simultanée, multi-supports et quasi gratuit pour que le monde s'émeuve à la même heure : Le film dont tu es l'acteur principal, et où l'on ne te voit presque jamais autrement que par les traces au sol de tes méfaits, fut diffusé du Champs de Mars à Moscou en passant par le net et les principales chaînes de télé. Bref, une promotion de type effort de guerre que tu a subi sans broncher puisque aucune chaîne ne s’est encore aventurée à te projeter un documentaire en prime-time sur les ravages sociétaux de la pollution publicitaire.
Je n'avais pas d'illusion sur le contenu du produit de la nouvelle gamme PPR. En 10 ans de pérégrinations dans les pavillons en béton surchauffés de ta France du milieu, j'ai déploré les influences des émissions de YAB sur ton état mental, ta sensibilité artistique et ta perception des choses.
Le coffe-table-book « la terre vue du ciel » est souvent posé en évidence dans ton salon entre l’encens et les décalcos. C’est pour toi à la fois le gage d’une vie saine, ecolo friendly, et un marqueur de connivence supplémentaire : Un truc pas clivant qui fait débat à la machine à café dans les limites du politiquement inoffensif. Parions même que ton patron reprend parfois les clichés copyrightés du sage YAB dans les plaquettes internes de l’entreprise pour illustrer ses annonces de plans sociaux.
Dans ton environnement climatisé à l’année, orné de ton 4X4 pour la frime, de la 308 pour madame et du mini-quad pour Mattéo, dans cet Eden pour gadgets toxiques produits dans des sweatshops à 30 jours de cargo, dans ce palace de la pollution où tu vis bien ta bio-attitude à coup de crédits, gare à celui qui t’affirme que sa vie en marge de la surconsommation et des bouquins de YAB pollue moins que la tienne !
Il y a des mythes comme ça, Dieu ou Tarantino, qu’il ne vaut mieux pas ébrécher dans certains milieux. Tant pis pour toi, j’y vais.
D’abord un peu d’histoire via une anecdote people dont tu es également friand, le gros livre de YAB recouvrant plus souvent qu'on ne le croit un gros Closer qui tache.
J’ai croisé YAB il y 10 ans, au hasard d’un passage chez un ami commun. Il est charmant. Pour ce qui est de la sincérité de son engagement écologique je ne peux me prononcer, le photographe ayant occupé 99% de notre temps de parole à parler nouvelles technologies, caméras numériques et longueurs de focales. Je ne peux toutefois croire qu’à ce degré d’investissement personnel et constatant l’œuvre accumulée, l’homme soit cynique ou mal intentionné. Te voilà donc rassuré, je n'en veux pas à ses intentions mais à sa façon de les exprimer.
Venons-en au film et dressons quelques constats de cinéma :
Home est vertigineux. Tu seras d’accord : Déconseillons de le prendre à ceux qui n’aiment pas l’avion.
Toujours dans la distance des grands décors, l'ode à la nature joue de tous les artifices, des fondus enchaînés les plus léchés aux ralentis les plus fluides sans jamais te mettre en perspective dans ces paysages autrement qu’en t’accablant à l'audio de toutes les responsabilités.
Surnagent dans la confiture de superbes plans dont les plus réussis sont paradoxalement ceux illustrant les méfaits de tes activités de groupe. Tu me diras : A 3 kilomètres de hauteur, une marée noire c’est vachement photogénique. Le moche est beau, on a vu meilleure dénonciation. La preuve par l’amour des images que l’on peut être un très bon photographe et un cinéaste exécrable.
Homo-spectatus, tu ne le sais peut-être pas mais notre Home est le fade remake des deux premiers films d’une trilogie [1] tournée il y a 30 ans par un moine reconverti en cinéaste, Godffrey Reggio [2]. Tu me diras : Normal, notre Home est produit par Luc Besson, inventeur d’une charte cinématographique dont l’œuvre de John Carpenter a, entre autres, subi les frais : « J’attends 20 ans qu’on oublie les films dont j’étais fan quand j’avais 20 ans. Je les copie sans classe et sans demander la permission et, en bon néo-conservateur de l'imagination, j’attaque en justice ceux qui osent me copier. »
Malheureusement, Home ne souffre pas la comparaison avec les films de Reggio [3] puisqu'il ne répond pas de la catégorie « cinéma » mais de celle du spot télé. La deuxième partie du film (après la crainte, les solutions) est une bande promotionnelle pour les futurs gros business de la green economy, de l’éolien à la géothermie en passant par le commerce équitable. Est-ce ma déformation professionnelle mais sur un plan de centrale énergétique propre, je fus pris d’une violente envie de rajouter le logo Areva en bas du cadre ? C'est qu'il m'arrive de participer encore à ce genre de films institutionnels pondus par les services com’ et budgets à la Ben-Hur des multinationales les plus polluantes. Leur finalité est d’endormir aux AG les petits actionnaires dans ton genre : "Voyez comment qu'elle est bonne pour la nature notre dernière génération d’incinérateurs et notre nouvelle gamme de centrales thermonucléaires à émulsion de protons liquéfiés !"
A la différence des films de Reggio, ton Home ne peut se passer de mots. Là où Reggio te résumait en 5 minutes avec poésie et prises de vue inventives, l’intégralité du message (film+série+bouquins) de l’œuvre-à-plat de YAB, Home te sculpte les sens à la massue.
Devant la divine hauteur des paysages qui les rend souvent illisibles, sans la psalmodie du YAB le film serait incompréhensible.
Et YAB est du genre insistant. Aussi terrorisé par le futur de notre planète que par un silence de plus de 10 secondes dans sa bande-son, il te martèle son message : La terre est un miracle qui ne te mérite pas. Il enfile ses perles de larmes sur le collier du lieu commun via un commentaire d’une indigente débilité (allant parfois jusqu’à se contredire [4]) dans les genres :
Philosophique :
« - D’où venons-nous ? » (- Qu’est-ce ça peut te foutre, t’es des RG ?)
Pratique :
« - Où est le carbone qui remplissait le ciel ? » (- Dans ce petit village perdu dans vallée de Naranda en lisière des forets du Touand-Choung, accessible en 2 jours de pirogue, et que l’on appelle : Dantonku.)
Agraire :
« - Les sols sont de moins en moins cultivés. » (- et il n’y a pas qu’eux… ce qui devrait t’inquiéter.)
Autre fondamentale différence avec les films de Reggio : Lui parfois filmait en plans serrés les visages humains lardés des stigmates de leurs vies de chien. Chez YAB, il faut attendre je crois 1h10 pour enfin voir un homme seul comme toi. Petit point noir perdu dans un paysage du tiers-monde, rescapé de la palette graphique qui court apeuré par l’hélico.
"A nous d'imaginer la suite", à moi de vous la montrer :
Avec YAB, spectateur et créateur ne sont pas au même niveau. Lui est en safari pour les dieux avec la thune à Pinault. Il capture les paradis perdus avec son matos dernier cri et réussit à te convaincre qu’il lui faut continuer à être le seul à en jouir en vrai [5] sinon pour nous, pour toi, pour lui, tout sera foutu. Ce qui tombe bien au fond, puisque t’avait pas d’argent pour te payer le billet.
Et comme YAB à quand même une fâcheuse tendance à te prendre pour un gros blaireau et que 80 minutes de discours lénifiant ça ne suffit pas : Il le conclut par une ramée de textes accumulant les constats les plus lourds :
« - La banquise a perdu 40% de son épaisseur en 40 ans » (- si tu le dis...)
« - 1 milliard de personnes ont faim » (- moi même j'ai une petite dalle.)
« - 4 milliards d'individus subissent en mondovision les bouses à Besson » (- on m’avertit que ce banc-titre n’a pas été retenu.)
" - Il pourrait y avoir 200 millions de réfugiés climatiques avant 2050." (- voila qui va contrarier l'autre Besson.)
Arrivent enfin les dernières séquences et pour ceux d’entre toi qui se demanderait encore 'tain quand c'est que Vin Diesel il arrive dans l'histoire ?, la thèse est explicitement énoncée. Homo-spectatus t’es qu’un gros fumier qui gâche tout alors bouge ton cul et consomme propre ! (et arrête de télécharger illégalement Taxi 4).
Subjuguer par les images, t’assommer par la litanie en se servant du moindre prétexte statistique invérifiable pour te culpabiliser, toi, le spectateur complice du désastre merveilleux : Home c’est l'Apocalypse Now malgré lui des temps nouveaux version cocooning, l'annonce d'une guerre soft déclarée contre l'humain. Au passage, on t’aura fait pour un tarif discount la promotion des nouveaux far-west économiques du développement durable dont tu seras, encore, le consommateur. On t'aura également introduit sur fond de travellings mous, cette idée si humaniste que les hommes sont trop nombreux sur notre home. On voudrait te faire consentir aux futurs sacrifices de certains membres de ta collectivité, de toi peut-être, que l’on ne s’y prendrait pas autrement.
Par temps de scepticisme généralisé, il faut des croyances, du divertissement fédérateur, des émotions planétaires et des peurs. YAB te propose les 4 à la fois et en plus il te permet de tester le HD de ton super HOME-cinema made-in-china que tu as acheté à crédit chez PPR auprès d’un vendeur aujourd’hui licencié.
Mais bon, on est chez YAB : L’homme n’est pas un sujet, c'est un problême.
Alors bon, oui la planète est en danger mais Home est chiant comme une tombe (bien fleurie).
Je suis très inquiet : Quels enfants va t-on léguer à la planète, si on laisse le divertissement de masse aux mains d'Arthus et Besson ?
[1] Koyannisqatsi et Powaqqatsi étaient produits par le modèle marketing de Luc Besson : George Lucas.
[2] Des trois films de la trilogie Qatsi celui ayant pour thème "la guerre civilisée" dont la propagande par l'image est la grande alliée, Naqoyqatsi, n’aura pas inspiré Yann Arthus Bertrand.
[3] Non vraiment, de l’œuvre de Reggio dans Home il ne reste à la rigueur que quelques notes pompées à Glass, et de celle de Glass, quelques autres notes maladroitement puisées dans la partoche de « The Hours ».
[4] Pleurant à la fois sur les villes qui se construisent dans le désert et dix minutes plus tard sur les villes qui se construisent au bord de la mer.
[5] Interview du photographe-réalisateur chez Morandini le 6/8/2009 : « - Devant ce succès, on va faire un Home 2 »
Vois-tu, le service public new-age peine à me satisfaire. Lundi soir dernier, n’étant pas vraiment emporté par son nouveau documentaire à la thématique sociale des plus chaudes sur l’actualité, « Ces français qui gagnent au loto » (diffusé à 20h30 dans le cadre de la collection « Bling-bling ou pas, les crotteux restent des crotteux »), j'ai décidé de participer à mon tour à la communion et me suis tapé son, ton, notre "Home" vu par Yann Arthus-Bertrand dit YAB. C'est à ma connaissance le premier film documentaire totalitaire et, cocorico, il est français ! Comme tu fais là où on te dit, tu l'as plébiscité vendredi dernier sur France 2.
Marketing mondial et sortie planétaire simultanée, multi-supports et quasi gratuit pour que le monde s'émeuve à la même heure : Le film dont tu es l'acteur principal, et où l'on ne te voit presque jamais autrement que par les traces au sol de tes méfaits, fut diffusé du Champs de Mars à Moscou en passant par le net et les principales chaînes de télé. Bref, une promotion de type effort de guerre que tu a subi sans broncher puisque aucune chaîne ne s’est encore aventurée à te projeter un documentaire en prime-time sur les ravages sociétaux de la pollution publicitaire.
Je n'avais pas d'illusion sur le contenu du produit de la nouvelle gamme PPR. En 10 ans de pérégrinations dans les pavillons en béton surchauffés de ta France du milieu, j'ai déploré les influences des émissions de YAB sur ton état mental, ta sensibilité artistique et ta perception des choses.
Le coffe-table-book « la terre vue du ciel » est souvent posé en évidence dans ton salon entre l’encens et les décalcos. C’est pour toi à la fois le gage d’une vie saine, ecolo friendly, et un marqueur de connivence supplémentaire : Un truc pas clivant qui fait débat à la machine à café dans les limites du politiquement inoffensif. Parions même que ton patron reprend parfois les clichés copyrightés du sage YAB dans les plaquettes internes de l’entreprise pour illustrer ses annonces de plans sociaux.
Dans ton environnement climatisé à l’année, orné de ton 4X4 pour la frime, de la 308 pour madame et du mini-quad pour Mattéo, dans cet Eden pour gadgets toxiques produits dans des sweatshops à 30 jours de cargo, dans ce palace de la pollution où tu vis bien ta bio-attitude à coup de crédits, gare à celui qui t’affirme que sa vie en marge de la surconsommation et des bouquins de YAB pollue moins que la tienne !
Il y a des mythes comme ça, Dieu ou Tarantino, qu’il ne vaut mieux pas ébrécher dans certains milieux. Tant pis pour toi, j’y vais.
D’abord un peu d’histoire via une anecdote people dont tu es également friand, le gros livre de YAB recouvrant plus souvent qu'on ne le croit un gros Closer qui tache.
J’ai croisé YAB il y 10 ans, au hasard d’un passage chez un ami commun. Il est charmant. Pour ce qui est de la sincérité de son engagement écologique je ne peux me prononcer, le photographe ayant occupé 99% de notre temps de parole à parler nouvelles technologies, caméras numériques et longueurs de focales. Je ne peux toutefois croire qu’à ce degré d’investissement personnel et constatant l’œuvre accumulée, l’homme soit cynique ou mal intentionné. Te voilà donc rassuré, je n'en veux pas à ses intentions mais à sa façon de les exprimer.
Venons-en au film et dressons quelques constats de cinéma :
Home est vertigineux. Tu seras d’accord : Déconseillons de le prendre à ceux qui n’aiment pas l’avion.
Toujours dans la distance des grands décors, l'ode à la nature joue de tous les artifices, des fondus enchaînés les plus léchés aux ralentis les plus fluides sans jamais te mettre en perspective dans ces paysages autrement qu’en t’accablant à l'audio de toutes les responsabilités.
Surnagent dans la confiture de superbes plans dont les plus réussis sont paradoxalement ceux illustrant les méfaits de tes activités de groupe. Tu me diras : A 3 kilomètres de hauteur, une marée noire c’est vachement photogénique. Le moche est beau, on a vu meilleure dénonciation. La preuve par l’amour des images que l’on peut être un très bon photographe et un cinéaste exécrable.
Homo-spectatus, tu ne le sais peut-être pas mais notre Home est le fade remake des deux premiers films d’une trilogie [1] tournée il y a 30 ans par un moine reconverti en cinéaste, Godffrey Reggio [2]. Tu me diras : Normal, notre Home est produit par Luc Besson, inventeur d’une charte cinématographique dont l’œuvre de John Carpenter a, entre autres, subi les frais : « J’attends 20 ans qu’on oublie les films dont j’étais fan quand j’avais 20 ans. Je les copie sans classe et sans demander la permission et, en bon néo-conservateur de l'imagination, j’attaque en justice ceux qui osent me copier. »
Malheureusement, Home ne souffre pas la comparaison avec les films de Reggio [3] puisqu'il ne répond pas de la catégorie « cinéma » mais de celle du spot télé. La deuxième partie du film (après la crainte, les solutions) est une bande promotionnelle pour les futurs gros business de la green economy, de l’éolien à la géothermie en passant par le commerce équitable. Est-ce ma déformation professionnelle mais sur un plan de centrale énergétique propre, je fus pris d’une violente envie de rajouter le logo Areva en bas du cadre ? C'est qu'il m'arrive de participer encore à ce genre de films institutionnels pondus par les services com’ et budgets à la Ben-Hur des multinationales les plus polluantes. Leur finalité est d’endormir aux AG les petits actionnaires dans ton genre : "Voyez comment qu'elle est bonne pour la nature notre dernière génération d’incinérateurs et notre nouvelle gamme de centrales thermonucléaires à émulsion de protons liquéfiés !"
A la différence des films de Reggio, ton Home ne peut se passer de mots. Là où Reggio te résumait en 5 minutes avec poésie et prises de vue inventives, l’intégralité du message (film+série+bouquins) de l’œuvre-à-plat de YAB, Home te sculpte les sens à la massue.
Devant la divine hauteur des paysages qui les rend souvent illisibles, sans la psalmodie du YAB le film serait incompréhensible.
Et YAB est du genre insistant. Aussi terrorisé par le futur de notre planète que par un silence de plus de 10 secondes dans sa bande-son, il te martèle son message : La terre est un miracle qui ne te mérite pas. Il enfile ses perles de larmes sur le collier du lieu commun via un commentaire d’une indigente débilité (allant parfois jusqu’à se contredire [4]) dans les genres :
Philosophique :
« - D’où venons-nous ? » (- Qu’est-ce ça peut te foutre, t’es des RG ?)
Pratique :
« - Où est le carbone qui remplissait le ciel ? » (- Dans ce petit village perdu dans vallée de Naranda en lisière des forets du Touand-Choung, accessible en 2 jours de pirogue, et que l’on appelle : Dantonku.)
Agraire :
« - Les sols sont de moins en moins cultivés. » (- et il n’y a pas qu’eux… ce qui devrait t’inquiéter.)
Autre fondamentale différence avec les films de Reggio : Lui parfois filmait en plans serrés les visages humains lardés des stigmates de leurs vies de chien. Chez YAB, il faut attendre je crois 1h10 pour enfin voir un homme seul comme toi. Petit point noir perdu dans un paysage du tiers-monde, rescapé de la palette graphique qui court apeuré par l’hélico.
"A nous d'imaginer la suite", à moi de vous la montrer :
Avec YAB, spectateur et créateur ne sont pas au même niveau. Lui est en safari pour les dieux avec la thune à Pinault. Il capture les paradis perdus avec son matos dernier cri et réussit à te convaincre qu’il lui faut continuer à être le seul à en jouir en vrai [5] sinon pour nous, pour toi, pour lui, tout sera foutu. Ce qui tombe bien au fond, puisque t’avait pas d’argent pour te payer le billet.
Et comme YAB à quand même une fâcheuse tendance à te prendre pour un gros blaireau et que 80 minutes de discours lénifiant ça ne suffit pas : Il le conclut par une ramée de textes accumulant les constats les plus lourds :
« - La banquise a perdu 40% de son épaisseur en 40 ans » (- si tu le dis...)
« - 1 milliard de personnes ont faim » (- moi même j'ai une petite dalle.)
« - 4 milliards d'individus subissent en mondovision les bouses à Besson » (- on m’avertit que ce banc-titre n’a pas été retenu.)
" - Il pourrait y avoir 200 millions de réfugiés climatiques avant 2050." (- voila qui va contrarier l'autre Besson.)
Arrivent enfin les dernières séquences et pour ceux d’entre toi qui se demanderait encore 'tain quand c'est que Vin Diesel il arrive dans l'histoire ?, la thèse est explicitement énoncée. Homo-spectatus t’es qu’un gros fumier qui gâche tout alors bouge ton cul et consomme propre ! (et arrête de télécharger illégalement Taxi 4).
Subjuguer par les images, t’assommer par la litanie en se servant du moindre prétexte statistique invérifiable pour te culpabiliser, toi, le spectateur complice du désastre merveilleux : Home c’est l'Apocalypse Now malgré lui des temps nouveaux version cocooning, l'annonce d'une guerre soft déclarée contre l'humain. Au passage, on t’aura fait pour un tarif discount la promotion des nouveaux far-west économiques du développement durable dont tu seras, encore, le consommateur. On t'aura également introduit sur fond de travellings mous, cette idée si humaniste que les hommes sont trop nombreux sur notre home. On voudrait te faire consentir aux futurs sacrifices de certains membres de ta collectivité, de toi peut-être, que l’on ne s’y prendrait pas autrement.
Par temps de scepticisme généralisé, il faut des croyances, du divertissement fédérateur, des émotions planétaires et des peurs. YAB te propose les 4 à la fois et en plus il te permet de tester le HD de ton super HOME-cinema made-in-china que tu as acheté à crédit chez PPR auprès d’un vendeur aujourd’hui licencié.
Mais bon, on est chez YAB : L’homme n’est pas un sujet, c'est un problême.
Alors bon, oui la planète est en danger mais Home est chiant comme une tombe (bien fleurie).
Je suis très inquiet : Quels enfants va t-on léguer à la planète, si on laisse le divertissement de masse aux mains d'Arthus et Besson ?
[2] Des trois films de la trilogie Qatsi celui ayant pour thème "la guerre civilisée" dont la propagande par l'image est la grande alliée, Naqoyqatsi, n’aura pas inspiré Yann Arthus Bertrand.
[3] Non vraiment, de l’œuvre de Reggio dans Home il ne reste à la rigueur que quelques notes pompées à Glass, et de celle de Glass, quelques autres notes maladroitement puisées dans la partoche de « The Hours ».
[4] Pleurant à la fois sur les villes qui se construisent dans le désert et dix minutes plus tard sur les villes qui se construisent au bord de la mer.
[5] Interview du photographe-réalisateur chez Morandini le 6/8/2009 : « - Devant ce succès, on va faire un Home 2 »