9 juin 2009

Lettre à l’homo-spectatus

par

Homo Sapiens, permets-moi à mon tour de te tutoyer puisque tu es un et indivisible.

Vois-tu, le service public new-age peine à me satisfaire. Lundi soir dernier, n’étant pas vraiment emporté par son nouveau documentaire à la thématique sociale des plus chaudes sur l’actualité, « Ces français qui gagnent au loto » (diffusé à 20h30 dans le cadre de la collection « Bling-bling ou pas, les crotteux restent des crotteux »), j'ai décidé de participer à mon tour à la communion et me suis tapé son, ton, notre "Home" vu par Yann Arthus-Bertrand dit YAB. C'est à ma connaissance le premier film documentaire totalitaire et, cocorico, il est français ! Comme tu fais là où on te dit, tu l'as plébiscité vendredi dernier sur France 2.

Marketing mondial et sortie planétaire simultanée, multi-supports et quasi gratuit pour que le monde s'émeuve à la même heure : Le film dont tu es l'acteur principal, et où l'on ne te voit presque jamais autrement que par les traces au sol de tes méfaits, fut diffusé du Champs de Mars à Moscou en passant par le net et les principales chaînes de télé. Bref, une promotion de type effort de guerre que tu a subi sans broncher puisque aucune chaîne ne s’est encore aventurée à te projeter un documentaire en prime-time sur les ravages sociétaux de la pollution publicitaire.

Je n'avais pas d'illusion sur le contenu du produit de la nouvelle gamme PPR. En 10 ans de pérégrinations dans les pavillons en béton surchauffés de ta France du milieu, j'ai déploré les influences des émissions de YAB sur ton état mental, ta sensibilité artistique et ta perception des choses.

Le coffe-table-book « la terre vue du ciel » est souvent posé en évidence dans ton salon entre l’encens et les décalcos. C’est pour toi à la fois le gage d’une vie saine, ecolo friendly, et un marqueur de connivence supplémentaire : Un truc pas clivant qui fait débat à la machine à café dans les limites du politiquement inoffensif. Parions même que ton patron reprend parfois les clichés copyrightés du sage YAB dans les plaquettes internes de l’entreprise pour illustrer ses annonces de plans sociaux.

Dans ton environnement climatisé à l’année, orné de ton 4X4 pour la frime, de la 308 pour madame et du mini-quad pour Mattéo, dans cet Eden pour gadgets toxiques produits dans des sweatshops à 30 jours de cargo, dans ce palace de la pollution où tu vis bien ta bio-attitude à coup de crédits, gare à celui qui t’affirme que sa vie en marge de la surconsommation et des bouquins de YAB pollue moins que la tienne !

Il y a des mythes comme ça, Dieu ou Tarantino, qu’il ne vaut mieux pas ébrécher dans certains milieux. Tant pis pour toi, j’y vais.

D’abord un peu d’histoire via une anecdote people dont tu es également friand, le gros livre de YAB recouvrant plus souvent qu'on ne le croit un gros Closer qui tache.

J’ai croisé YAB il y 10 ans, au hasard d’un passage chez un ami commun. Il est charmant. Pour ce qui est de la sincérité de son engagement écologique je ne peux me prononcer, le photographe ayant occupé 99% de notre temps de parole à parler nouvelles technologies, caméras numériques et longueurs de focales. Je ne peux toutefois croire qu’à ce degré d’investissement personnel et constatant l’œuvre accumulée, l’homme soit cynique ou mal intentionné. Te voilà donc rassuré, je n'en veux pas à ses intentions mais à sa façon de les exprimer.

Venons-en au film et dressons quelques constats de cinéma :

Home est vertigineux. Tu seras d’accord : Déconseillons de le prendre à ceux qui n’aiment pas l’avion.

Toujours dans la distance des grands décors, l'ode à la nature joue de tous les artifices, des fondus enchaînés les plus léchés aux ralentis les plus fluides sans jamais te mettre en perspective dans ces paysages autrement qu’en t’accablant à l'audio de toutes les responsabilités.

Surnagent dans la confiture de superbes plans dont les plus réussis sont paradoxalement ceux illustrant les méfaits de tes activités de groupe. Tu me diras : A 3 kilomètres de hauteur, une marée noire c’est vachement photogénique. Le moche est beau, on a vu meilleure dénonciation. La preuve par l’amour des images que l’on peut être un très bon photographe et un cinéaste exécrable.

Homo-spectatus, tu ne le sais peut-être pas mais notre Home est le fade remake des deux premiers films d’une trilogie [1] tournée il y a 30 ans par un moine reconverti en cinéaste, Godffrey Reggio [2]. Tu me diras : Normal, notre Home est produit par Luc Besson, inventeur d’une charte cinématographique dont l’œuvre de John Carpenter a, entre autres, subi les frais : « J’attends 20 ans qu’on oublie les films dont j’étais fan quand j’avais 20 ans. Je les copie sans classe et sans demander la permission et, en bon néo-conservateur de l'imagination, j’attaque en justice ceux qui osent me copier. »

Malheureusement, Home ne souffre pas la comparaison avec les films de Reggio [3] puisqu'il ne répond pas de la catégorie « cinéma » mais de celle du spot télé. La deuxième partie du film (après la crainte, les solutions) est une bande promotionnelle pour les futurs gros business de la green economy, de l’éolien à la géothermie en passant par le commerce équitable. Est-ce ma déformation professionnelle mais sur un plan de centrale énergétique propre, je fus pris d’une violente envie de rajouter le logo Areva en bas du cadre ? C'est qu'il m'arrive de participer encore à ce genre de films institutionnels pondus par les services com’ et budgets à la Ben-Hur des multinationales les plus polluantes. Leur finalité est d’endormir aux AG les petits actionnaires dans ton genre : "Voyez comment qu'elle est bonne pour la nature notre dernière génération d’incinérateurs et notre nouvelle gamme de centrales thermonucléaires à émulsion de protons liquéfiés !"

A la différence des films de Reggio, ton Home ne peut se passer de mots. Là où Reggio te résumait en 5 minutes avec poésie et prises de vue inventives, l’intégralité du message (film+série+bouquins) de l’œuvre-à-plat de YAB, Home te sculpte les sens à la massue.

Devant la divine hauteur des paysages qui les rend souvent illisibles, sans la psalmodie du YAB le film serait incompréhensible.

Et YAB est du genre insistant. Aussi terrorisé par le futur de notre planète que par un silence de plus de 10 secondes dans sa bande-son, il te martèle son message : La terre est un miracle qui ne te mérite pas. Il enfile ses perles de larmes sur le collier du lieu commun via un commentaire d’une indigente débilité (allant parfois jusqu’à se contredire [4]) dans les genres :

Philosophique :
« - D’où venons-nous ? » (- Qu’est-ce ça peut te foutre, t’es des RG ?)

Pratique :
« - Où est le carbone qui remplissait le ciel ? » (- Dans ce petit village perdu dans vallée de Naranda en lisière des forets du Touand-Choung, accessible en 2 jours de pirogue, et que l’on appelle : Dantonku.)

Agraire :
« - Les sols sont de moins en moins cultivés. » (- et il n’y a pas qu’eux… ce qui devrait t’inquiéter.)

Autre fondamentale différence avec les films de Reggio : Lui parfois filmait en plans serrés les visages humains lardés des stigmates de leurs vies de chien. Chez YAB, il faut attendre je crois 1h10 pour enfin voir un homme seul comme toi. Petit point noir perdu dans un paysage du tiers-monde, rescapé de la palette graphique qui court apeuré par l’hélico.

"A nous d'imaginer la suite", à moi de vous la montrer :

Avec YAB, spectateur et créateur ne sont pas au même niveau. Lui est en safari pour les dieux avec la thune à Pinault. Il capture les paradis perdus avec son matos dernier cri et réussit à te convaincre qu’il lui faut continuer à être le seul à en jouir en vrai
[5] sinon pour nous, pour toi, pour lui, tout sera foutu. Ce qui tombe bien au fond, puisque t’avait pas d’argent pour te payer le billet.

Et comme YAB à quand même une fâcheuse tendance à te prendre pour un gros blaireau et que 80 minutes de discours lénifiant ça ne suffit pas : Il le conclut par une ramée de textes accumulant les constats les plus lourds :

« - La banquise a perdu 40% de son épaisseur en 40 ans » (- si tu le dis...)

« - 1 milliard de personnes ont faim » (- moi même j'ai une petite dalle.)

« - 4 milliards d'individus subissent en mondovision les bouses à Besson » (- on m’avertit que ce banc-titre n’a pas été retenu.)

" - Il pourrait y avoir 200 millions de réfugiés climatiques avant 2050." (- voila qui va contrarier l'autre Besson.)

Arrivent enfin les dernières séquences et pour ceux d’entre toi qui se demanderait encore 'tain quand c'est que Vin Diesel il arrive dans l'histoire ?, la thèse est explicitement énoncée. Homo-spectatus t’es qu’un gros fumier qui gâche tout alors bouge ton cul et consomme propre ! (et arrête de télécharger illégalement Taxi 4).

Subjuguer par les images, t’assommer par la litanie en se servant du moindre prétexte statistique invérifiable pour te culpabiliser, toi, le spectateur complice du désastre merveilleux : Home c’est l'Apocalypse Now malgré lui des temps nouveaux version cocooning, l'annonce d'une guerre soft déclarée contre l'humain. Au passage, on t’aura fait pour un tarif discount la promotion des nouveaux far-west économiques du développement durable dont tu seras, encore, le consommateur. On t'aura également introduit sur fond de travellings mous, cette idée si humaniste que les hommes sont trop nombreux sur notre home. On voudrait te faire consentir aux futurs sacrifices de certains membres de ta collectivité, de toi peut-être, que l’on ne s’y prendrait pas autrement.

Par temps de scepticisme généralisé, il faut des croyances, du divertissement fédérateur, des émotions planétaires et des peurs. YAB te propose les 4 à la fois et en plus il te permet de tester le HD de ton super HOME-cinema made-in-china que tu as acheté à crédit chez PPR auprès d’un vendeur aujourd’hui licencié.

Mais bon, on est chez YAB : L’homme n’est pas un sujet, c'est un problême.

Alors bon, oui la planète est en danger mais Home est chiant comme une tombe (bien fleurie).

Je suis très inquiet : Quels enfants va t-on léguer à la planète, si on laisse le divertissement de masse aux mains d'Arthus et Besson ?



[1] Koyannisqatsi et Powaqqatsi étaient produits par le modèle marketing de Luc Besson : George Lucas.

[2] Des trois films de la trilogie Qatsi celui ayant pour thème "la guerre civilisée" dont la propagande par l'image est la grande alliée, Naqoyqatsi, n’aura pas inspiré Yann Arthus Bertrand.

[3] Non vraiment, de l’œuvre de Reggio dans Home il ne reste à la rigueur que quelques notes pompées à Glass, et de celle de Glass, quelques autres notes maladroitement puisées dans la partoche de « The Hours ».

[4] Pleurant à la fois sur les villes qui se construisent dans le désert et dix minutes plus tard sur les villes qui se construisent au bord de la mer.

[5] Interview du photographe-réalisateur chez Morandini le 6/8/2009 : « - Devant ce succès, on va faire un Home 2 »

6 juin 2009

De ce scrutin las

par

Mystérieux naufrage. Retrouvera t-on un jour la boîte noire des élections européennes de 2009 ?

J'ai beau chercher, je ne me sens pas coupable de mon désintérêt. Diantre, personne n'aura su me le vendre ce scrutin !

La télé d'abord. La baffe du "non" de 2005 se fait encore sentir. Rappelons que la propagande du "oui" débuta en mars sur ce média pour se poursuivre sur une ubuesque tonalité quasi "colère" après la déconvenue des urnes. Cette fois pas de risque de se gourer : Rien en prime-time tv ou pire que rien, à vous de juger.

Les politiques surtout. Idées plates et com' à la con, spots de campagne où même les bons clients nous accablent par leurs contre-performances. L'homo-politicus aligne le discours au niveau de ses ambitions. Les européennes, c'est le cadeau électoral empoisonné. Si tu gagnes, faut t'y coller et pour quelle gloire ? Siéger à Bruxelles, ce n'est pas avec ça que l'on apaise ses fantasmes de souverain. En découle une campagne pour la forme, transpirant le contrecœur, une tribune pour certains, un tour de chauffe pour d'autres et, pour ceux qui occupent déjà tous les postes de direction nationaux : Une case supplémentaire à cocher sur le QCM de la démocratie pour les nuls.

"Européennes : Pour qui votent les blogeurs ?"
s'interrogeait récemment Vendredi.

Le plus populaire d'entre nous devant cumuler en une journée d'audience ce que Supercopter récolte en dix minutes de rediffusion sur la TNT, je reste mesuré sur l'influence de ce petit monde au-delà de sa sphère de prédilection mais bon... puisque personne ne me demande mon avis mais que je le vote bien, réfléchissons ici à la question : Vers qui va mon bulletin ?

Vers le NPA ? Trop "anti" pour moi. Pourquoi voter pour casser ? Pas besoin d'un bulletin pour ça : Une bonne batte suffit.

Vers la logique d'une gauche frontale et unitaire qui rouleau-compresserait le méchant capital ? Si elle a toute ma sympathie et mes encouragements, je m'interroge encore sur sa destination finale.

Vers le PS (a.k.a stratégie du vote par l'absurde) ? Envisageable juste pour l'ulcère perforant qui déchirerait le storm-trooper Lefebvre si, au soir du 7, le parti socialiste dépassait les 25%. Mièvre consolation. Là aussi détection d'une anomalie lexicale : Au PS, si le parti se fait sentir, on cherche encore ses socialistes.

Vers le Modem ? Inquiétude fondamentale concernant les termes choisis : "mouvement" et "démocrate". Deux mots suspects lorsqu'il sont prononcés par un homme faisant main basse sur ses contradictions, dont la seule visée c'est le pouvoir suprême et le seul parti c'est lui-même.

Vers les listes écologiques et décroissantes ? Les seules à remuer des question de fond pour réorienter une Europe dont le seul ciment reste la monnaie, vers des chemins de traverse plus apaisés. Pas besoin d'un vote pour être décroissant, être sans euros aide vachement.

Vers l'alternative libérale ? Préférons le sucre à l'aspartame.

Vers la majorité présidentielle ? Seule formation à l'idéologie sans équivoque, sur laquelle je peux compter pour ne jamais me décevoir.

Vers l'exutoire d'un coup de gueule sans lendemain ? J'ai passé l'âge.

Dans ce débarras du choix (29 listes en IDF), par mon vote sous pli, nourrir la bête électorale des atomiseurs de république qui dimanche soir triompheront du haut de leur quart de suffrages exprimés : C nou kon é lé + grands !

Fidèle à ma devise "s'il subsiste un doute c'est qu'il n'y a pas de doute", témoin du ridicule des ambitions et de la médiocrité du débat, s'offre une option inhabituelle pour moi : Celle de l'abstention. Ne serait-ce qu'en mémoire du 29 mai 2005. Référendum suivi de son after-eight à la crème de cocu : Une ratification privée éclairant l'électeur lésé sur la finalité de l'Europe du marché et les moyens démocratiques dont elle se pare pour s'imposer peinard et livrer ses peuples aux lobbies.

Boycott du vote par dépit, juste pour cette fois, pour l'honneur à défaut d'utopie. Puisqu'au niveau européen nous ne sommes que des figurants, qu'au niveau national cela vole encore plus bas, que personne ne désire gagner, pourquoi ne pas hausser de la non-voix et semer le doute dans nos duchés ?

A moins bien sur qu'au dernier moment le soleil perce, que je change d'avis et que j'aille voter Europe-Ecologie.


Illustration Flickr / David Reverchon. Normal que l'Europe ne me fasse pas réver. Depuis le début, elle ne fait que compter.

4 juin 2009

Exterminons les caissières, c'est plus confortable

par
Des doutes sur votre vote ?

Premier épisode de la série "un monde de droite (et ses médias)" : "Exterminons les caissières" ou comment, en 3 mois, installer l'idée que la caissière est inutile, fautive, contre-productive et que c'est au client d'assumer gratuitement son travail... et plus encore.


3 juin 2009

Le vol UMP vers le plein emploi ne répond plus.

par

Depuis le 30 mai les autorités médiatiques sont sans nouvelles du charter mensuel de salariés à destination du Pôle emploi, probablement disparu en haute mer du pathos, éclipsé par l' ouragan de pornogrinfos nommé AF 447.

A son bord,
60.000 personnes. Certaines faisant partie depuis 2007 de la classe (on va faire des) affaires "Ensemble tout devient possible". D'autres transitaient vers l'île isolé de Précaritas ou, lauréates du grand concours "Ouf, je suis né au bon moment mais mes mômes vont en chier !", se dirigeaient les poches de chèque emploi-service vers les rivages apaisants et vidéos-surveillés de Senior-land.
Deux jours déjà et une question n'agite pas les médias : S’agiterait-il encore d’un crash en vol des promesses gouvernementales dans le domaine de l'emploi, le douzième en douze mois ?

La période pré-électorale étant moins que toujours peu propice aux dérangeants débats de fond, les rares fois où ils sont interrogés, entre deux plans fixes de l’océan, les experts es-plateaux se perdent en explications sur les raisons de ce naufrage redouté. S'il a eu lieu, il sera survenu dans une zone agitée, crainte des meilleurs pilotes, une région de turbulences entre les cumulo-bankus subprimaux et les variations de pression suivant les saisons boursières et les promesses de croissance (dans le jargon, on appelle cette accélération d'optimisme annonçant la tempête : l'effet Lagarde).

La catastrophe serait
(tout cela reste au conditionnel bien sûr) d'autant plus étonnante que la saison n'est pas des plus dangereuses. Les météorologues s'alarment déjà des violents vents d'Est dits "de la pompe à crédit européenne" pouvant s'abattre sur notre vieux continent à partir de l'automne.

Pour les économistes accrédités, c'est la faute à pas de chance. On ne peut rien contre la foudre. La catastrophe du vol d'avril serait l'inévitable conséquence de cette dépression temporaire due à une chute brutale de la conjoncture mondiale. Pour eux, il s'agit de la combattre par une privatisation totale des équipements, des avions, de la tour de contrôle et par l’ouverture massive de nouvelles lignes transcontinentales compétitives.

D’autres qui alertèrent sur une possible succession de dérèglements climatico-économiques dès 2006, face aux désastreux résultats au sol de la libéralisation aveugle des plans de vol, prônent un renforcement du code de navigation, une délimitation plus stricte des couloirs aériens et une généralisation à toutes les compagnies des amortisseurs sociaux français.

Dans la stratosphère, prétextant qu'il vaut mieux sacrifier quelques passagers que de ruiner le fret, l'équipage et de faire plonger la direction, certains pilotes de l’école néolibérale opèrent déjà de massifs délestages pour arriver à destination, même si elle n'est pas clairement définie.

D'autres sont pour un reclassement à la baisse des personnels navigants. Ces derniers passeraient d'un coup de pression psychologique de la classe privilèges sociaux à celle de low-cost salarial, histoire que la compagnie vole plus léger face aux secousses spéculatives selon la check-list initiale établie par les actionnaires.

Frédéric Lefebvre, porte-parole de la compagnie UMP victime de cette dramatique loi des séries, estime que les disparus du vol d'avril payent encore le tribu du sabotage des appareils par les socialistes au siècle dernier. Il valide par défaut que le drame a bien eu lieu.
Dans une énième déférence de presse, le président de la compagnie s'est toutefois montré rassurant : "
- La société de compétition reste le mode d'exploitation le moins risqué pour ceux qui ont le pognon et les institutions à leur pogne."

Alors que j'ai repéré quelques débris et leurs trainées de dettes aux alentours de la soupe populaire de mon quartier, malgré mes connexions dans le métier, je ne suis pas en mesure de me prononcer sur la mise en place
d'un dispositif médiatico-politique pour ceux que l'on appelle pudiquement "les victimes de la crise".

Pour eux, pas de rotation en 24 / 24 ni cellule psychologique. Pas de plans fixes devant le guichet du Pôle emploi, encore moins d'hommage œcuménique. Quant à la traque de leurs proches pour savoir si, oui ou non, leurs maris, fils ou parents, ont eu la malchance d'être à bord du charter mensuel, elle n'est pas à l'ordre du jour.


- "
Pas assez exceptionnel !" Dit-on dans les rédactions.

L’opinion fataliste, spectatrice de son propre massacre, s’habitue à la répétition de ces catastrophes intimes, les redoutant sans toutefois remettre en cause le fonctionnement du règlement intérieur, se rassurant entre deux bilans :

- "Heureusement, j'étais pas dedans !"


29 mai 2009

Banalités des bourreaux débonnaires

par
Illustration : Panorama de France.
Jeudi, 11h00 :

HAINE ès TV

- "Je refuse la dictature des bons sentiments."

Quand monarque pas content à 9 jours des élections, monarque brandir ainsi faits-divers et sortir canons pour fouiller cartables.

Est-ce pour s'épargner des bastons d’enfants ? Est-ce pour éviter des attentats ? Est-ce pour réduire la délinquance ? Bien sur que non. Vieil électeur, l’UMP a bien trop besoin de ta peur pour perpétuer son pouvoir. C'est pour cela qu'il te caresse dans le sens de la terreur : Plus ça va mal autour de toi, plus tu roules pour lui. Pourquoi s'en priverait-il ? Avec toi cette politique fait, dans tous les sens du terme, un vrai malheur.


Un cycle d'actualités commence, un autre s'achève. Au moment où le Kaiser Kinder lance tambour battant devant un parterre au garde-à-vous son programme européen (code name : Karcher 2) pour bouter les Ben-Laden-babies hors des cages d’escalier et transformer les collèges en décor de film Europa Corp, on apprend que Julien Coupat va être remis en liberté au terme de 7 mois de détention.

Des journalistes (hors Figaro) aux politiques (hors secte), on s’accordait à dire dès le second jour que cet emprisonnement était injustifié. Il fut prolongé par volonté politique de faire de "l'insurgé" un exemple.

Jeune, en démocratie antiterroriste, tu as le choix : Fais des études et tais-toi, bosses en contrat-pro ou alors ne sois pas d’accord mais tu finiras comme Coupat !

Contenter les uns avec de la rhétorique sécuritaire, soumettre les autres par la terreur. Suivant tes revenus : Flatter les fantasmes et générer de la soumission. Atomiser l'opposition grâce à un enfumage frénétique de polémiques, le tout sur fond de privatisation de la nation. Au fond, c'est simple un programme UMP.

14h39 : J’imaginai que la nouvelle de la libération déplacerait un peu plus les foules. Je fais un crochet par le charbonneux mausolée des peines. Une poignée de journalistes se grillent des roulées devant la porte en fer, sous la grisaille. C'est du discret. On est loin de la communication à gros sabots, avec équipe TV embedded, de l'arrestation de l'ennemi public numéro 1 qui ressemble tant à l'exploitation faite aujourd'hui de faits-divers servant de terreau à la campagne européenne d'un parti en peine de résultats et dont, dans les 2 cas (faits-divers et résultats), les dindons sont les jeunes.

14h40 : J’apprends au pied de la prison que personne ne sait vraiment quand Julien sera relâché. J’apprends que sa liberté sera au rabais, sous conditions, que le provincial ne pourra pas quitter l’île-de-France, qu'il ne devra pas rencontrer les autres mis en examen parmi lesquels je crois sa compagne et la mère de son enfant. Même en liberté, cassons l'innocent.


14h50 : Je repars sur le boulevard Arago. Une voiture de police ralentit à mon niveau. Quelques regards, elle part. Intimidation standard.

Là, il faudrait être plus exigeant que le monarque et refuser - seulement - la dictature, que ne constate-je autour en épiant les conversations des étudiants aux terrasses des cafés à 400 mètres de la prison de Julien ? Une totale résignation à la logique des oppresseurs. Ça sait à peine articuler une pensée plus longue qu'un texto que ça ne parle déjà que meilleur taux, bonnes affaires à faire et stage d'été pas payé mais tellement bénéfique pour "ma carrière dans le monde de la banque parce que y a que là qu'on peut faire grave du blé". A la terrasse du café des cons, en prison ou pas, Julien n'est pas une peur, pas même un sujet de conversation. Ici, à 21 ans, on est déjà comme ses parents : Inquiet pour ses points de retraite.

18h20 : La nouvelle de la libération est effective mais déjà promise à l'enfouissement sous la percée des français à Roland-Garros.

23h10 : Extrait du Grand Journal de Denisot et intervention de Michèle Alliot-Marie, ministre du décor de l’intérieur. En substance, au sujet de Julien elle ne regrette rien. Pis, c’est même pas sa faute. Denisot ne relance pas.

Disciplinée et au fait des dernières tendances vestimentaires, la centaine de jeunes sur le plateau applaudit le bourreau avant la pub, comme convenu avec le chauffeur de salle. La télé, c'est comme les mises en détention abusives, ça vient d'en haut et ça se respecte sans moufeter. Naïf que je suis, j'ai cru qu'ils siffleraient la ministre.

Comment dénoncer le sans-gêne du pouvoir dans un pays sans jeune ?

Il est tard. Sur le poste, tourne cette vidéo de Will.I.am :




'sont forts quand même ces 'ricains.

27 mai 2009

Sauvons les riches (à peu près) chez Bruni et Bolloré

par



C'est grisé par le souvenir d'une bonne tranche de rigolade lors de la vision d'un brunch à la baguette au bar du Bristol que je rejoins Mardi après-midi le collectif "Sauvons les riches !*" pour sa nouvelle action ludo-revendicative en plein ghetto pour méga-thunés : Aller célébrer la fête des voisins à la villa Montmorency.

Villa Montmorency : Cité interdite au cœur de Paris regroupant les demeures de Carla Bruni, Vincent Bolloré, Arnaud Lagardère... injustement abandonnés à leur solitude en ce jour de liesse nationale.

Fort d'un gout prononcé pour la connaissance de l'autre et d'une armada de caméras, notre collectif se trouva pourtant dépourvu lorsqu'à l'angle de la Rue Poussin et de la Rue Isabey, il tomba nez à nez avec une escadrille de la milice privée (la police nationale) de nos amis aux poches pleines.

N'écoutant que sa bonne humeur et enivré par le bon gros son d'un Licence IV qui tache, notre collectif célébra la démocratie sur son bout de carrefour dans les fumées des berlines aux vitres teintées. Dans l'esprit des lumières, il improvisa une partie de boules entre les Porsche Cayenne suivie d'une dégustation de Kro discount sous l'œil attentif des RG, dans une ambiance vache-qui-rit / CRS des plus réjouissantes.

Ce n'est que fiesta remise.

* [Le Collectif « Sauvons les riches », dans le cadre de la campagne Europe-Ecologie, vise à instaurer un revenu maximal autorisé européen, de l’ordre de 30 fois le revenu médian, au-delà duquel les revenus seraient massivement imposés, sur le modèle de qu’avait instauré Franklin Roosevelt en 1942, qui a fait chuter les inégalités aux Etats-Unis pendant 40 ans. Dans ce but, les jeunes contestataires, armés de baguettes de pain et de paquets de spaghettis, interpellent à leur manière nos amis les riches, accros à un mode de vie destructeur, non-généralisable, et finalement tellement triste.]

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