21 janvier 2013

ÜberAppart révolutionne l'immobilier parisien

par

"- Y’en a un, là !" 
" - Mais non, quand c’est allumé à l’intérieur, ça veut dire qu’il y'a quelqu’un dedans !"

On la connait tous la complainte du parisien pour se loger. Vous pouvez l’oublier ! Après avoir conquis New-York, San Francisco ou Londres, voici ÜberAppart, service de logement express privé débarque dans la capitale. Il ravira les locataires et comblera les propriétaires !

Le procédé, alliant modernité et libéralisme, est tout simplement révolutionnaire. Avec ÜberAppart, la commande de logement se fait en temps réel, en direct depuis votre mobile.

A toute heure de la journée ou de la soirée, dès que cliquez sur l’application, l’appart à la meilleure offre est immédiatement localisé à proximité.

Grâce à la performance de son réseau centralisé mettant en relation prospect et proprio sur le marché du mètre carré parisien, ÜberAppart vous libère un logement dans les 10 minutes.

Exemple: Banlieusard, touriste, seul ou accompagné, vous sortez un peu imbibé de boîte et vous cherchez, là tout de suite, un endroit pour la sieste ou l'accouplement ? Terminée la galère de la chambre d’hôtel à chercher ou du code de carte bleue à se rappeler: nous vous trouvons ce magnifique studio de 1,56m2 en plein Paris

(parquet vintage, couchage japonais et éclairage zénithal, pour ce produit de notre gamme "nature" certifié sans électricité)

Tout le confort à portée de main allié au charme bohème d'une mansarde d'époque. Au prix normal constaté de 330 euros le mois, ÜberAppart vous négocie la couche au tarif préférentiel de 170 euros la nuit.

Le secret de cette réussite, simple et gagnant-gagnant, pour le locataire comme pour le propriétaire ? Une mise à la porte expéditive du précédent locataire par nos videurs professionnels ÜberAppart[1] afin de vous recevoir dans les meilleures conditions au tarif optimum.

24h / 24, trêve hivernale ou pas, dès que vous cliquez sur l'application, l’appartement le plus proche est immédiatement localisé. Vous visualisez l’expulsion du locataire sur votre écran (ici une mère de famille et son fils dans 4m2 Boulevard Brune) avec le temps d'attente indiqué pour que vous puissiez emménager. 

(Pour toute commande, un mp3 du dernier Benjamin Biolay vous sera offert)

Le petit plus + d'ÜberAppart par rapport à la concurrence des marchands de sommeil et des vulgaires propriétaires spéculateurs ? Un verre de punch à la papaye et une verrine de fruits rouges[2] vous attendent dans votre nouveau logement, bref le respect du client et le charme addictif de la vie de palace. Et tout ça pour à peine 20% de plus qu'une nuit à tarif habituel sur Paris[3].

Pas besoin de cash, pas besoin de CDI dans la fonction publique, ni de parents devant se porter caution. Pas de mois d'avance à déposer ni de bite à sucer pour décrocher sa studette, non. Vous êtes directement débité via l’application. Complètement grisant.

Des témoignages de clients: 

" - Grâce à ÜberAppart ce soir j'ai pu conclure ! Dommage qu'il n'y ait pas de lavabo." Nadine M, responsable d'agence de com en province.

" - UBERAPPARTE SAY POUR LES WINNERS." M. Vendetta, bogoss. 

" - Les videurs de ÜberAppart sont très gentils. Tout cela s'est fait avec beaucoup d'humanité et sans gros mots. Euh, si je pouvais récupérer mes papiers ce serait sympa"  Un locataire précédent.

" - Après une bonne manif anti-pédés rien de plus pratique pour se reposer sur Paris." Hervé M, député.

" - Encore une idée géniale que les Français n'ont pas pu avoir, entravés qu'ils sont par le joug  anti-entrepreneurial de notre dictature communiste". A.Verdier-Molinié, tête chercheuse.

" - Très bon concept, mais la déco est à chier". Valérie Damidot, animatrice.


Vous aussi, grâce à ÜberAppart, vivez une nuit de rêve à Paris !

ÜberAppart et Seb Musset vous offrent 10€ de réduction pour votre premier essai, en tapant le code "FuckLeControleDesLoyers"[4]. Finies les galères de la soirée téquila qui finit dehors sous la neige!

Un videur ÜberAppart. (photo non-contractuelle)


[1] ÜberAppart s'engage à ce que chaque videur ÜberAppart, soit "musclé là où il faut et top craquant !".
[2] ou cacahuètes suivant la saison.
[3] Forfait 8 heures. Passé la 480e minute, tarif à la minute [7,80 euros / min]. Expulsion dès nouvelle commande pour l'appartement concerné grâce à l'application ÜberAppart.
[4] Prix moyen de la couche avec la réduction: entre 100 et 350€ la nuit dans Paris intramuros

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14 janvier 2013

Du bleu, du rose et du moyen-âge

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Ils ont marché sur Paris contre le mariage homosexuel. Ils visaient le million, ils étaient moitié moins dimanche dernier. C’est néanmoins une grosse mobilisation, un joli pot-pourri de tout ce qui se fait dans le domaine du de l'intolérance et du dépassé, abondamment mis en valeur par des chaines d’information à la communion suspecte (spécialement celle à 3 lettres avec un dispositif qui je l'espère sera équivalent pour la manifestation des pro-mariage le 27 janvier prochain).


A la manif pour tous, ça dérape ! par Bonjourladroite

Et après ? Rien. Non seulement la loi sera votée, nos opposants s’auto-intoxiquant sur la possibilité d'un référendum (c'est anticonstitutionnel), mais la "manif pour tous", malgré son évidente dimension antiHollande, n’aura pas de réelle répercussion politique. Resteront les images du moment de gloire d’une pétée du casque s’égosillant sur la scène du Champs de Mars et de sa caution homo explosant le point Godwin dés la deuxième minute de manifestation, plus une couverture collector du Figaro sur laquelle on se paluchera avec des frissons d'exotisme à droite en attendant la prochaine manif en 2048. On a beau avoir un bon gros financement derrière tout ça: un message du siècle dernier + pas de leader crédible = la tête à toto du poids politique.

Si la "manif pour tous" est un succès de com, je doute que le défilé de dimanche ne rapporte ne serait-ce qu’une seule voix aux partis représentés dans le cortège. Entre positions et discours contradictoires, si le ni-ni confus du FN et de l'UMP ne leur permet pas de s’associer au succès du jour, leur implication dans la manifestation reste suffisante pour que la ringardise leur colle à la peau  longtemps après le vote d’une loi qui rentrera vite dans les mœurs.

Je réitère ma comparaison entre la montée du tea-party US et les mécanismes de mobilisations auxquels nous assistons depuis mai 2012 chez nous, avec ce coup-ci l'église catholique en toile de fond (et les autres se ralliant sans souci à la cause). Pour autant, rappelons que c’est précisément cette montée sur le terrain d’un radicalisme populaire se voulant "apolitique" (mais éparpillé entre toutes les composantes de droite et n’ayant comme seul tronc commun la peur pathologique soit de l'autre, soit d'avoir à payer pour les autres) qui a contribué aux échecs électoraux américains de MacCain, puis de Romney

La "manifestation pour tous" de dimanche a au moins le mérite de nous rappeler de ne JAMAIS mêler religion et république. Ce n’était pas le but de François Hollande, mais en laissant traîner ce texte il a joué avec le feu, laissant ouverte au nom du débat une porte dans laquelle s'est engouffré le tout-venant d'une homophobie décomplexée (cf. la vidéo plus haut) qui, elle, laissera des traces.

11 janvier 2013

L'abrutea-party

par
Carnet de bord du mariage pour tous. 8e mois.

S’en remettre au ciel et croiser les doigts pour que la météo soit immonde dimanche prochain sur Paris, histoire de pourrir la déferlante annoncée de cathos secs, fachos moites, foldingo abîmée de la jet-set, apprentis scouts manipulés, UMPs sur le retour, packs de rombières versaillaises à crucifix chromé et autres conservateurs faisandés. Voilà où en est.

Avoir appelé ça "mariage pour tous" et non pas "mariage civil gay" (confusion sémantique permettant aux religieux de s'infiltrer dans un projet de loi qui ne les concerne pas), puis avoir fait traîner le vote, laisser grandes ouvertes les portes d’un débat offrant une exposition médiatique à des illuminés: Chapeau, bien joué! Soit, il s'agit d'une stratégie délibérée pour détourner l’attention d'autres débats comme celui de la refonte du CDI ou la hausse du chômage. Soit, c'est la conséquence d'une mauvaise appréhension par le pouvoir de la défiance à son encontre sur le terrain. Soit, plus probablement, un peu des deux. Quelle que soit l'issue, l'épisode laissera des traces.

Dans la déconfiture idéologique de l'après Sarkozy, ce combat est, avec la fiscalité "confiscatoire", le tronc commun des droites hétéroclites sur lequel elles rebâtissent en un temps record, en usant intelligemment des médias et d'internet, un discours d'opposition, à chier certes, mais omniprésent sur les ondes. Avec tout notre anti-sarkozysme à gauche et les (bien plus) violentes mesures fiscales à droite au début du mandat précédent, nous n'avions pas atteint une telle masse critique aussi rapidement. Assistons-nous à la montée d'un tea-party à la française, sur un canevas proche de ce qui s'est passé dans la foulée de l’élection d'Obama ?

Telle la taxe à 75%, devenue l’emblème d'un "matraquage fiscal" alors qu’elle n’aurait concerné (elle n’existe déjà plus) que 1200 à 1500 personnes, le mariage pour tous devient, au pays du divorce et des familles recomposées ou monoparentales, le fantasme terrifiant d'une perte de l’identité familiale qui serait provoquée par la gauche du diable. Ce gouvernement ne fait pourtant que répondre (laborieusement) à une évolution de la société. La loi concernera au final bien moins de gens que la réforme des retraites[1] ou les négociations syndicales du moment, n’aura aucune incidence sur la vie quotidienne de la majorité de la population et renforce plutôt même le concept du mariage.

Ce qui aurait dû être une mesure emblématique, un symbole immédiat d'avancée de début de mandat et qui n'aurait excité qu'une poignée d'énervés, laissera les images d'un long flottement du pouvoir, propice à la mousse médiatique, au doute, puis aux démonstrations de force des opposants galvanisés par le boulevard qui leur est abandonné. Les anti mariage pour tous ont gagné la bataille de la com'. Ces droites n'ayant d'unité que la haine du socialisme ont même réussi à éclipser médiatiquement le pathétique rabibochage Fillon/Copé  après le fiasco de l'automne dernier. C'est dire si l'UMP devrait prendre en compte ligne et méthode Barjot dans sa stratégie de reconquête.

J'en ai d'avance mal à la tête.

Articles connexes :

[1] cette époque pas si lointaine où Jean-François Copé considérait que manifester était un truc du passé.

9 janvier 2013

Non Virgin n'est pas tombé à cause d'internet !

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Travail, repos et loisirs: il y a un toujours un internet à maudire.

La Ministre de la Culture, Aurélie Filippetti, déclare ce matin sur I-Télé que le dépôt de bilan du Virgin Megastore serait la conséquence d'"une véritable révolution et à une concurrence déloyale qui est le fait, il faut bien le dire, de certaines grandes entreprises de type Amazon".

Si les contournements comptables d'Amazon ou d'autres entreprises non domiciliées fiscalement en France sont effectivement condamnables et doivent être contrecarrées (on rappellera juste que l'optimisation fiscale n'est pas l'apanage des entreprises de la nouvelle économie, mais aussi le quotidien de groupes biens français qui vendent aussi des CD et des livres), elles comptent pour peu dans le succès des plateformes de vente de produits culturels en ligne et à l'inverse le désamour croissant pour les enseignes de vente physique.

"La véritable révolution" dénoncée par Aurélie Filippetti a bon dos.

1 / On ne refera pas le match sur la musique en ligne et le piratage, on peut juste dire qu'il était perdu d'avance pour ceux qui depuis 15 ans se contentent de le dénoncer sans innover.

2 / La suprématie des Virgin et autre Fnac à la fin du siècle dernier a d'abord reposé sur l'avènement  du CD. C'était la "révolution numérique" d'une époque où le vinyle, encombrant et craquant de partout prenait un coup de vieux, alors que le moindre graveur CD de salon coûtait 5000 euros. Prix, manque d'espace, démocratisation de l'informatique, le CD musical comme le DVD sont désormais obsolètes et bizarrement toujours aussi coûteux pour le consommateur sauf à passer par internet.  

Virgin a mal négocié le virage de la musique en ligne, mais surtout raté celui de la vente physique par correspondance alors qu'il avait l'obligation d'anticiper et les moyens de mettre en place des offres et services dans le domaine. On ne peut blâmer les consommateurs, et spécialement les jeunes qui n'ont pas connu de monde sans internet, d'aller vers le moins cher et le plus pratique: le e-commerce et la musique dématérialisée. Ironiquement. 20 ans après le CD, la nouvelle "folie" d'achat numérique c'est la tablette qui facilite encore plus le téléchargement de tous les contenus que Virgin persiste à vendre dans des boutiques énormes dans les coins au foncier le plus cher.

Le commerce en ligne est en croissance exponentielle et les offres payantes de musique en stream se développent aussi. Ces deux évolutions de la vente de produits culturels étaient largement prévisibles (d'ailleurs Richard Branson, le créateur de Virgin, l'annonçait en 2000 dans une interview que je n'ai pas malheureusement pas retrouvée) et pouvaient, devaient, être anticipées par Virgin dont c'est le coeur de métier. Il faut croire que la stratégie de long terme n'était pas la priorité des actionnaires (Virgin  appartient depuis 2008 à un fonds spéculatif).

Au final, ce sont les salariés qui payent le prix d'une mauvaise gestion (ça rappelle PSA). Ce n'est pas Amazon qui est responsable du déclin de Virgin comme le prétend notre ministre, mais le manque de réaction de Virgin aux nouveaux modes de consommation de culture depuis une dizaine d'années qui a contribué au succès d'Amazon.

Comme je fais déjà partie de ces vieux qui ont connu l'ouverture hollywoodienne du Megastore sur les Champs-Elysées en 1988, je n'oublie pas que dans la foulée de cette centre-commercialisation de la culture à laquelle Virgin a contribué (et qui correspondait à une époque sans autre alternative : pas de chaines TV musicales, pas d'internet), nombre de petits disquaires et libraires ont purement et simplement disparu. Avec le comeback du vinyle d'un côté et la montée de la  dématérialisation de l'autre, on peut espérer le retour de petits commerces spécialisés, aussi bien pour les disques que pour les livres, avec un vrai contact entre le vendeur et le client. Cette expertise et ce rapport humain que les sites de vente en ligne, aussi économiques et performants soient-ils, ne pourront jamais fournir, et que Virgin, comme d'autres grosses enseignes, ont délaissé avec les années.


Illustration: Anne Zamberlan, campagne publicitaire pour Virgin Megastore (1989)

5 janvier 2013

[video] Quel sera le fabuleux destin de la vidéo du journaliste homophobe et raciste ?

par
Tu te souviens de la vidéo des pieds du cadre d'Orange qui, sur le chemin de St-Domingue, insultait une employée SNCF en gare RER de Viroflay il y a deux mois ? Le truc avait connu un buzz expéditif dans les médias. Étonnant pour une brève séquence où l'on ne voyait rien, la caméra étant pointée vers le sol et la violence du contenu purement sonore. J'avais d'ailleurs pensé au début à un fake. 

Mon ami le blogueur @jegoun a filmé hier soir une scène qui expédie celle du cadre d'Orange au rayon bande-annonce de prochain Dora l'Exploratrice. Là c'est du lourd. Un plan séquence, full face, de 10 minutes (en 9/16e, mais Jegoun débute dans la vidéo) filmé au comptoir de La comète au Kremlin-Bicêtre, d' un type se prétendant journaliste au Parisien qui insulte un serveur, puis un client, puis un autre avec toute la gamme de la haine malheureusement ordinaire: racisme, homophobie et un superbe "je suis journaliste, vous n'êtes rien".  

Le récit des minutes qui précèdent est dans l'article de Jegoun. Voici l'objet: 


A la différence, de la vidéo du RER, on voit les intervenants et j'en connais 2 sur 3 plus celui qui filme, donc c'est garanti sans fake. En revanche, rien ne prouve que le type est effectivement journaliste. De plus, hors racisme, selon les critères qui ont fait l'expéditive popularité média de la vidéo du RER, le contenu social est aussi fort: mépris haineux du petit personnel. 

C'est un test que je te propose aujourd'hui. Voyons-voir si, avec ton aide, cette vidéo d'un mec se qualifiant de "journaliste" est autant reprise dans les médias (même avec visages floutés) que la vidéo des pieds du cadre d'Orange ?

[update: 05.01.2013, 17h] 

Réponse expéditive de notre test de 10h. Vers 11h tombent sur Twitter les salves spontanées de la veille journalistique unanimement indignée par de telles méthodes de buzz ou les moquant.

FranceInfo
Canal+
Le Monde
Huffington Post
Voici.
12h. Le Parisien dément enfin que le journaliste soit de sa rédaction. Ouf. 
 et le Huff Post verrouille quelques minutes après. 
(Note l'expression "tour du web" alors que la vidéo n'est reprise que sur 4 blogs. Le "web" est une chose externe, un peu sale, à laquelle le site ne contribue pas). 

13h50. Affaire classée. Raciste, homophobe, peu importe: l'homme n'est pas journaliste au Parisien et on n'a pas à filmer les gens qui insultent les gens, c'est un procédé dégradant et ce sont des propos de comptoir. Circulez y a rien à voir. Le larron a fait l'occasion et démonstration est faite: On ne touche pas aux journalistes, fussent-ils hypothétiques. 

Jetez un oeil à la chronologie du buzz de la vidéo des pieds de Viroflay. Egalement publiée la veille au soir, le lendemain à 13h, alors que des doutes subsistaient sur son authenticité et que le type semblait au minimum aussi "malade" que celui du bar, la vidéo avait fait le tour des sites de presse, des radios et des chaines d'info continue. 

En attendant un éventuel rebondissement, notamment sur l'identité et le métier du quidamla vidéo de @jegoun, n'en déplaise à ses détracteurs, contient une information capitale: Si d'aventure, lors de sorties nocturnes, tu insultes arabes, salariés ou pédés[1] et que tu réalises un peu tard que tu es filmé, dis que tu es journalisteÇa peut aider pour le SAV en ligne.  

1] Nous ne te rappelons que c'est 1/ juridiquement répréhensible, et que 2/ tu serais d'abord un gros con.

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4 janvier 2013

Les damnés de la thune : le cas Maurice Levy

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"Ça va être dur" a prévenu François Hollande au sujet de 2013.

Quelle sera donc la première victime économique de 2013 à se plaindre ?

Oui. Tu as deviné. Un grand patron. (c'était facileMais pas n'importe lequel. Une des plus grosses rémunérations de l'an passé: Maurice Levy, 4,6 millions  + prime de 16 millions (en prévision de la fameuse année qui sera rude).

Dans une interview donnée à L'Express; le PDG de Publicis alerte le peuple de France, sans pathos aucun, sur le drame humain qu'il traverse, lui, pas le peuple de France.

Âmes sensibles s'abstenir, c'est un modèle du genre à classer dans le portfolio "Les riches ça ose tout. C'est même à ça qu'on les reconnait" à côté des plus belles flaques de Serge Dassault.

Maurice débute pourtant normalement, en TINA de croisière, se réjouit même de l'obsession gouvernementale à se caler sur les 3% de déficit. Mais après de sombres pronostics économiques (à cause des 35 heures bien sûrl), la 216e fortune de France s’inquiète du manque de lisibilité du cadeau de 20 milliards euros qu'il a obtenu. Si si.

Car Maurice Lévy est aussi le boss de l'AFEP (Association Française des - grosses - Entreprises Privées) dont le lobbying n'est pas étranger au cadeau fiscal accordé aux entreprises (CICE) financé  sur la future consommation des Français.

Disons-le franco, Momo n'a pas la pèche. 20 milliards pour ses poteaux c'était peut-être pas une si bonne idée:  "La vertu, en matière fiscale, c'est la simplicité: il eût été beaucoup plus efficace et bien plus simple de réduire les charges sociales pour les entreprises."  Comme quoi pas la peine de palabrer des heures sur l'ingéniosité de nos "capitaines d'industrie" supposée justifier leurs rémunérations exorbitantes pour les retenir en France alors que, en matière de fiscalité, la sophistication de leur raisonnement tient en un tweet de Nadine Morano: Ne payer rien ni personne, ce serait tellement plus génial.

Mais, voilà qu'au détour d'une question sur le moral des Français, l'interview glisse trankilou de l'économique au social, bref de l'entrepreneur au rentier ou, plus précisément, à la défense d'une minorité opprimée dont le droit à la parole est perpétuellement bafoué: les ultra-riches.

A la question "Et les Français ne vont pas bien..." Maurice, que l'on surnomme dans le milieu the lonesome jackpot (le jackpot triste), répond que le "pays a du mal à vivre en harmonie avec tout ce qui symbolise la réussite, l'argent ou le succès. Tous les signes liés à la performance et à la richesse sont ici stigmatisés."

"..Et il m'a dit: toi tu me fous les glandes, arrache-toi de là t'es pas de ma bande. 
la la la.. et marche à l'ombre."

Moi qui croyais benoîtement que les ménages Français étaient à 15 euros près, galérant sans fin pour régler leurs factures d'énergies, se chauffer, offrir une boite de playmobils (les vrais, pas les low-cost empoisonnés) à leurs mômes à noël, se loger, manger pour certains... Non, le vrai drame pour Maurice est que les Français vivent mal "la performance" et "la richesse" des autres. Enfin d'une poignée (parce qu'à son niveau, ils ne sont pas des milliers dans ce pays). Note ici comme Maurice associe les deux mots. Si tu es "riche" c'est que tu es "performant". En toute logique syntaxique, on en déduira l'inverse: le pauvre est une feignasse contre-productive. 

"Je connais peu de pays comme la France où l'on assiste à de véritables lynchages médiatiques visant des hommes et des femmes dont le seul tort a été de réussir dans la vie!"

Curieuse plainte émanant du patron d'une entreprise dont l'activité est liée à celle des médias (et comme c'est réciproque, la virulence du "lynchage" est somme toute condamnée à rester dans le domaine du light). Visiblement, les millions ne suffisent pas et, telle une Lorie payant l'exigence de son oeuvre d'un bannissement social bien cruel, Maurice Lévy a besoin d'amour. A travers le récit poignant de cette tragédie, puissent ces ingrats de pauvres, ne sachant déjà pas reconnaître leur bonne fortune de n'en avoir aucune, enfin réaliser que l'argent fait d'abord le malheur de ceux qui en ont beaucoup ! 

"Un tel climat m'inquiète: à vouloir donner un signal fort en direction des classes sociales les plus défavorisées, on en est venu à donner, concomitamment, un signal tout aussi percutant aux élites, qui se sentent mises au ban de la société".

Et oui, la stigmatisation de l'ultra-riche est un problème de société aussi crucial que la mise au ban des élites, contraintes à une pudique relégation en ghettos vidéo-protégés dans ces arrondissements parmi les plus injustement fleuris de France. En vérité, Maurice a raison: il faudra en finir un jour avec cette dictature des miséreux dont le mode de vie, gangrené par l'assistanat et les repas toujours plus cyniquement accommodés des restes de la veille, est valorisé à longueur d'ondes sur nos médias d'obédience communiste (un autre scandale de société sur lequel Jean-Michel Aphatie reviendra prochainement, et pour un prix modique, dans une trépidante enquête de tabouret).  

"Qu'avons-nous entendu durant la campagne de la présidentielle, qui a été d'une violence extrême? Il ne s'est pas agi de dire à celles et ceux qui incarnent la richesse ou la réussite de contribuer à l'effort de redressement, non. On leur a jeté à la figure que le fruit de leur travail et de leur réussite était tout simplement immérité, illégitime!"

En plus de ne pas trop se tenir au courant de l'actualité fiscale du moment, c'est-à-dire du retoquage par le Conseil Constitutionnel de la loi sur les 75% au-delà du premier million de revenu (dernières traces résiduelles de gauche dans ce gouvernement), le supplicié à 16 millions (dont on comprend que cette taxe précise aurait charcuté les jolis revenus 2012, ne lui laissant que 4 ou 5 millions, bref pas de quoi décemment tenir jusqu'à Carême) nous refait cette sordide campagne présidentielle où, à la nuit tombée, les bandes de socialistes lui jetaient des cailloux alors qu'il allait chercher de l'eau au puisard avec son vieux seau rouillé récupéré à Emmaüs: 

"On semble déjà avoir oublié la violence des attaques portées contre tous ceux qui gagnent de l'argent, des "parias" à qui l'on demande aujourd'hui de raser les murs. Il ne faut donc pas s'étonner que certains aient un sentiment d'exclusion."

"- Tu te souviens quand on était pauvres ?
- Non.
- Moi non plus."

Oui. Le porte-parole des ultra-riches a senti le souffle du boulet lors de la dernière campagne  et dans les semaines qui suivirent le triomphe des forces du mal. Rien de bien grave au final, juste une petite sueur printanière. Mais tout de même: quel inconfort moral de se faire reprocher au plus haut sommet de l'état (même pour de légitimes prétextes marketing) ses excès de rémunération. Faut pas jouer avec ça. Le souvenir de 1789 est encore bien gravé dans l'esprit des nantis. Ça commence par quelques populistes osant signaler des indécences humainement injustifiables dans la répartition des richesses et puis, si l'on n'y prend pas garde, on finit avec la tête massicotée en place de Grève devant deux ou trois milles énervés autour qui, sous la direction de Philippe Torreton, karoakétent en phonétique des chants révolutionnaires. 

Maurice explique d'ailleurs que c'est la violence des propos politique depuis quelques mois qui pousse (parait-il, j'attends qu'on me le confirme) les riches à s'expatrier. Alors que la violence sociale exercée, elle très concrètement depuis des années et dont on nous annonce qu'elle va s'accentuer en 2013, sur la majorité des français ne leur permet ni l'exode climatisé, ni de pleurer toutes les larmes de leurs corps entre deux Cognac dans les colonnes de L'Express.

"Plus grave est l'état d'esprit des jeunes entrepreneurs et des cadres qui veulent travailler ou entreprendre ailleurs".

C'est de la vieille corde à pigeons mais, avec des médias conciliants, elle fonctionne toujours autant: assimiler le jeune entrepreneur et la grosse fortune pour en faire les associés d'un même combat fiscal. 

Vient le vrai moment d'émotion de l'interview. Maurice a eu le sommeil perturbé pendant les fêtes au sujet des critiques au sujet de sa petite prime sur objectif. Perso j'ai rien entendu, mais bon s'il le dit:

"Je me suis senti profondément humilié."  S'en suit un raisonnement chiffré expliquant que, évidemment, il mérite sa rémunération.

Soyons clair. Rien, strictement rien, ne vaut qu'un patron soit payé 10 fois plus que le plus petit salaire de sa boite. Et là, Maurice a bien pété le ratio. A vrai dire, à ce niveau je ne vois même pas pourquoi chercher à se justifier. Toute explication autre que l’égoïsme, l'avarice ou une pathologie de l'accumulation est soit de la branlette, soit la preuve que sa conscience le taraude quand même un peu.

Signalant avoir été jeté dans la boue par les politiques (Ouh les méchants qui disent des gros mots sur une poignée de riches et puis, finalement, augmentent la TVA pour tous), Maurice exprime des regrets, en toute humilité: "On me reconnaît des qualités dans le monde entier, mais c'est dans mon pays, dans celui qui m'a accueilli, que l'on me piétine.".

Incroyable non, cette France qui martyrise les riches depuis 30 ans alors qu'ils n'ont jamais été aussi nombreux et aussi riches ?

"Mais je vois bien dans mon entourage, chez les jeunes notamment, ce sentiment qui monte: quittons ce pays, partons loin! Or la France, qui risque de franchir bientôt le cap des 3,5 millions de chômeurs, n'a besoin que d'une seule chose en ces temps mauvais: retrouver de la cohésion et de la compétitivité. Et cela, qu'on le veuille ou non, ne peut se faire qu'avec ceux qui font tourner son économie, c'est-à-dire les entreprises et leurs dirigeants".

Et hop, ni vu ni connu Maurice Lévy fait le lien entre le traitement qui lui est réservé (ou plutôt qu'il fait croire qu'il subit) et "les jeunes" de son "entourage" (sérieux, si vous avez des photos: je prends). La finesse du raisonnement mérite un ralenti pour mieux en saisir l'essence: 

1 / Maurice Levy gagne 16 millions.
2 / Maurice Levy est essentiel aux emplois 
donc 
3 / Maurice Levy mérite ses 16 millions. 

Dans le même temps, le patron prendra soin de glisser les chiffres du chômage et de rappeler l'impératif de compétitivité, les deux leviers essentiels pour un bon dumping salarial pour les autres, ceux d'en dessous : en gros tout le monde.  

Bon Maurice. Je sais bien que tu bosses dans la pub et que donc le bullshit est ton métier, et qu'on ne va pas laisser le monopole du pleur aux acharnés du DAL ou aux Restos du coeur, même avec une hausse de 25% des inscriptions cet hiver, mais quand même: c'est pas un peu fini la comédie ? 

1 / Deux ans plus tôt, tu demandais à payer plus d’impôts. A croire que ton soucis de cohésion nationale est proportionnel à la popularité des socialistes dans les sondages.

2 / Va vivre avec 700 euros par mois, après ça on reparlera de stigmatisation et du sentiment d'être piétiné. 

3 / Les Français se contrefoutent de ton argent. Eux veulent juste de quoi vivre décemment et pouvoir espérer meilleur pour leurs enfants. Ils sont prêts à encore faire à un effort pour peu que "les élites" comme tu les appelles donnent l'exemple à la hauteur de leurs rémunérations au lieu d'en foutre partout avec leurs sanglots dès qu'on leur parle mal ou qu'on leur prend trois centimes sur leurs centaines millions histoire de contribuer au bien commun.

Ton effort appuyé pour raviver la lutte des classes, plus efficace que la plupart des tribunes de gauche, méritait néanmoins d'être signalé. 

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