8 décembre 2008

Quand l'ump invente l'assurance-bourse

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J'étais relativement détendu quand, ce dimanche soir au sortir d'une frugale collation à base de paté et de clémentines avariées, j'allumai, pour la première fois du week-end (je le jure), mon poste sur le bulletin informatif de l'ORTF 2.0.

Stupeur, je manquai de m'étrangler avec mon Babybel lorsque je vis la tête poudrée d'un sénateur UMP nous expliquant en toute décontraction qu'il allait proposer au Sénat de voter ce
Lundi (sacrebleu c'est aujourd'hui) un amendement permettant à ceux qui ont perdu en bourse en 2008, de déduire ces pertes du montant de leurs revenus imposables en 2009. Mais attention, dans la limite de 10.700 euros et du moment qu'ils n'aient pas vendu pour plus de 25.000 Euros. Ouf, j'ai cru un moment que cet amendement ne concernerait pas l'homme de la rue qui, c'est bien connu, entre deux files d'attente aux restos du coeur, place ses excédents de salaires sur du Dexia ou du Natixis !

Dans son bureau à dorures, style Régence, Philippe Marini sait s'y prendre pour sensibiliser le spectateur : "Cette loi s'adresse à ceux qui furent obligés de vendre leurs actions cette année." C'est vrai qu'il y a de ces tortures, comme se faire niquer en trois mois les deux tiers de ses placements alors qu'on pensait doubler sa mise pépère, qui sont dures à avaler pour le député UMP et ses électeurs.

Faudrait penser à leur créer une cellule de soutien psychologique.
Subventionner aux frais de l'état les pertes des petits porteurs qui, c'est plus fort qu'eux, veulent jouer aux riches : Mr Marini ne décèle t-il pas ici une "minime" incohérence par rapports aux fondamentaux de son parti qui chante en continu les louanges du risque entrepreneurial et les vertus du labeur acharné ? Vraisemblablement pas. Comme dirait Audiard s'il était encore en vie : "Les UMP ça ose tout, c'est même à cela qu'on les reconnait."

Tu me diras lecteur, rien n'arrête une équipe qui perd !

On renfloue bien des banquiers méritant d'être traduit au Nuremberg de la cupidité, alors pourquoi ne pas tendre la main aux gentils spéculateurs moyens qui (on le constate au détour d'une discussion avec l'un d'eux sur des sujets aussi divers que ces "putains de feignants d'enseignants" ou ces "connards de grévistes qui font encore grève avec notre argent") votent plutôt à droite ?

Innocentes victimes d'un carnage boursier provoqué par ce "capitalisme fou" (qui selon d'éminents experts en psychiatrie serait toujours en liberté).

Misère, les pauvres gens ne te suffisent plus : C'est sur la classe moyenne de centre-droit que tu t'acharnes désormais ! Bénis soient les députés et les sénateurs UMP toujours présents pour rétablir ordre et équité pour les plus aisés.


Rappels :
Rappelons à tout usage que la bourse est un casino, sophistiqué certes, mais un casino. Je vois mal Les etablissements Partouche rembourser un parieur dépouillé à la roulette sous prétexte que la couleur tombée ne lui convenait pas.

Rappelons aux gentils spéculateurs UMP pour leurs prochains investissements garantis sur le CAC que la règle d'or du pari boursier c'est de miser avec de l'argent dont on a pas un besoin vital. Dans le langage populaire cela s'appelle une épargne. On peut l'investir ou pas, dans du concret ou pas, dans du solidaire ou sur les marchés mais, dans ce dernier cas, c'est à vos risques et périls, enfin jusqu'à aujourd'hui puisque l'on risque bien de leur créer une assurance spéculation à un tarif défiant toute concurrence.

Rappelons enfin qu'en ces temps de disette sociale et de déficit budgétaire, il est peut-être, comment dire, profondément abjecte et totalement stupide, de subventionner avec l'argent public l'avarice contrariée des boursicoteurs du dimanche.

J'écris sur le champ à Philippe Marini pour qu'il fasse voter par Le Sénat un remboursement de mon Babybel recraché en catastrophe sur la moquette :

6 décembre 2008

Larbin de rentier, un métier d'avenir

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Dans l'océan de marasme soumis au flux et reflux des mauvais chiffres, cette dépêche de L'AFP reprise illico par Le Figaro évoque l'île, promise et idyllique, dont certains jetés par-dessus bord du paquebot France aperçoivent résignés les contours de la servitude institutionnalisée :

"Plus de 2 millions de particuliers employaient un salarié à leur domicile fin 2007, soit une hausse de 4,3% en un an.. [...] l'augmentation des employeurs à domicile est "étroitement" liée au développement du chèque emploi service."

(...et à l'augmentation d'une certaine classe d'âge,
à la retraite et plutôt aisée, toujours plus inventive pour qu'on évite de l'appeler "Grand-père" et "Mamy" ou qu'on la traite d'inactive, mais qui ne dit pas non pour qu'un petit jeune lui fasse les courses, le ménage et la boustifaille, le tout à prix réduit.)

En vérité je vous le dis, c'est de domestiques dont manque ce pays !


5 décembre 2008

La politique du média-training

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Parce qu'on me l'a demandé (il se reconnaitra) et parce que le point-presse du bonheur de Christine Lagarde, ce matin sur RTL, me l'a remémoré, je reviens en vidéo sur mes premières amours professionnelles : Le média-training.



A garder en mémoire en toute circonstance télévisée.

2 décembre 2008

SDF (Marque déposée de la société France)

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Après avoir croisé quelques tentes de sans-logis sous le métro aérien face à une rue commerçante crachant ses décorations de Noël sur un demi-kilomètre à moitié habité, après avoir croisé le regard résigné de cette vieille femme de 29 ans encadrée par 4 policiers la sortant du lavomatic où elle avait trouvé un peu de chaleur, le tout sous les soupirs agacés du patron de l'eden sans salariés, je ne peux que, comme l'année d'avant et celle encore avant, faire le même constat : La grande misère est là pour durer. Non pour des raisons économiques (il y aurait de quoi nourrir et loger toute La France si le pouvoir déployait d'autres boucliers que ceux fiscaux ou bancaires) mais pour des raisons idéologiques.
Faire confiance aux apôtres français du marché roi pour la diminution du nombre de SDF est un leurre. Au mieux, l'élite en place s’arrange pour les faire disparaître de son chemin favori : L’axe Faubourg-St-Honoré-Concorde-Neuilly. Tache de vomi dans le décor qui risquerait de choquer des pays plus civilisés, le loqueteux à Quechua est également éradiqué des spots touristiques. Le soldat inconnu oui, l’indigent gênant non. Certains touristes, pas entièrement néo-libérés, pourraient mal comprendre que la cinquième puissance du monde puisse laisser mourir ses citoyens sur une base désormais aussi traditionnelle que le Téléthon, la messe de minuit et la bûche du réveillon.

Vous me direz, chacun ses traditions.

Mais c'est plus qu'une question de folklore, il en va de la sécurité intérieure. Sous régime UMP plus que jamais, le miséreux en grande détresse ne disparaît. Plus qu'un taux de perte toléré, et même s'il est non-productif, il occupe une place capitale dans l’idéologie néo-libérale. Le SDF a une dimension publicitaire fondamentale. C'est l'hérétique, écartelé en place publique, des temps modernes. Derrière la vague compassion des puissants à son égard aux trois secondes les plus froides de l'année, vous devez entendre :

Soumets-toi ou tu seras comme il est ! Voilà où cela conduit de ne pas respecter le marché.

C’est le genre d’argument inhumain qui peut tenir en période de croissance forte lorsque la majorité des moyens se gavant tranquilles, ferment les yeux sur les petits couacs sociaux blessant leurs prochains moins chanceux. En période de récession, les artifices de la consommation hédoniste venant à manquer et les crédits commençant à peser, chaque "moyen" est un SDF potentiel qui, maintenant, devrait moins s'ignorer.

Et pourtant.

Trop souvent conditionné par la voix de ses maitres, le pauvre, terrorisé de devenir encore plus pauvre, se trouve de nouvelles raisons de mépriser celui qui l'est totalement. Réflexe qu'à l'approche de n
oël, si j'en crois ma boîte aux lettres et la radio, les organismes de crédit à la consommation ont bien compris.

Fort à parier que l'on retrouvera certaines de leurs victimes (mais pas trop non plus faut pas déconner) aux fêtes de noël de 2009, délestés de leurs biens, givrants à la belle étoile dans nos rues enguirlandées, pour une question de marketing.

C'est cela aussi l'équilibre de la terreur.

1 décembre 2008

Faites vous-même votre complot !

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Au début je n'y ai pas prêté attention. C'était la part de folklore qui du "penis enlarger" aux suppliques de Mr Babacar Traouré d'Abidjan désirant mon RIB pour me transférer 10 millions d'euros, faisait le charme de l'internet.

Comme souvent avec les mythologies populaires d'après-guerre, c'est arrivé d'Amérique. Cela a commencé en douceur avec Loose Changes, wiki-enquête alternative sur les attentats du 11 septembre. Un film dont le seul mérite est de remettre en cause le package War-on-terror de la version officielle mais dont l'accumulation des accusations nuit à la crédibilité.

Cela se poursuivit avec L'argent dette de Paul Grignon que l'on m'envoya en juin dernier. Ce film avait le mérite de vulgariser et désacraliser certains principes bêtes et méchants de la finance, avant de flirter avec l'antimaçonnisme. J'avais été alors troublé par la forme à la South Park de ce documentaire à thèse qui en disait long sur la cible visée. Le même film, sans son animation multicolore, n'aurait suscité aucun buzz.

Car à la fin de l'été, après la chute de Lehmann Brothers, je reçus une deuxième vague de courriels accompagnés de L'argent dette bien plus abondante et dépassant le cercle des conspirationnistes de service. Je découvrais des commentaires tombés des nues du genre "t'as vu c'est dingue, tous des voleurs ces banquiers !" émanant de types endettés à vie qui suivaient confiants depuis 20 ans les prescriptions de leur conseiller financier à La Société Géniale qui en 87 leur vendait
euphorique de l'Eurotunnel, en 92 de l'Eurodisney, en 2000 de l'internet et en 2006 leur logement entièrement à crédit et une ration supplémentaire de Natixis, les deux bientôt valorisables au tarif du papier-cul.

Désormais, pour cause de "chroniques de guerre néo-libérale", pas un jour ne passe sans que je reçoive ma cargaison de messages m'alertant d'un grand complot mondial visant à nous asservir : Bilderberg, pourfendeurs de francs-maçons, anti-illuminatis, fan-clubs de Nicolas Tesla, de la part du voisin de ma belle-sœur ou de docteurs auto-proclamés es-loges sataniques fondées en - 6500 par le père d'Elvis Presley avec l'aide de la CIA.

Parallèlement à la montée de la crise que j'avais identifié dès l'été 2007 (alors que Christine Lagarde toujours pas), j'ai constaté
une nette inflation de ces courriels m'expliquant sur la base de constats fumeux, de raccourcis historiques taillés au sécateur et de montages aussi malhonnêtes et grossiers que les manipulations exposées, que le malheur du monde était l'effet programmé d'un ordre secret mêlant Vatican, francs-maçons, Israël et les crypto-bouddhistes. Le tout brodé selon les polémiques de la semaine. Par exemple et alors que l'on ne m'en parlait pas il y a un an, au marché de la conspiration Barack Obama est aujourd'hui à la hausse.

Lorsque l'organisme est dépassé par son environnement, qu'il baigne dans un marécage cognitif imbibé par vingt ans de séries américaines, qu'il est littéralement assommé par ses réalités proprement assommantes, qu'il est resté calfeutré dans le cocon de la doctrine consumériste distillée depuis sa naissance par son entourage et pour peu que ses références philosophiques se limitent à l'évangile selon Jason Statham, Matrix ou le Da Vinci Code, voilà faute de mieux le genre de stratagème de "salut mental" qu'il met en place.

Bon vieux besoin humain de rationaliser, même et surtout, par l’irrationnel.


Un complot sinon rien
A défaut d'analyser ses propres frustrations, pourquoi faire simple lorsque l'on peut faire compliqué et pourquoi ne pas prendre du même coup ses désirs pour des réalités ?

Amis conspirationnistes, avides de raisonnement bien carrés, vous voulez du rationnel ? A votre avis, quelle est la probabilité que l'on démonte sur la place publique un complot mondial fomenté par l'élite dominante, aujourd'hui, en 2008, alors que jamais dans l'histoire de l'humanité, grandes industries, états et pouvoirs, n’ont disposé d’une telle force de frappe médiatique pour imposer leurs idéologies rétrogrades (réussissant d'ailleurs le parcours sans fautes de les faire passer pour « modernes » à ceux qui en sont les premières victimes) ?

Hein, hein ? Combien ? Et oui, aucune.


Alors à quoi bon chercher de ténébreuses culpabilités sur lesquelles vous n'auriez de toutes les façons aucun pouvoir de modification, quand le véritable âge des ténèbres est à portée de main :

- Au pied de vos immeubles, mourant dans des cartons tandis que vous vous délectez sur Dailymotion d'une énième conférence sur la secte Deus Sodomix qui, en accord avec les plutoniens, aurait planifié en 1632 de liquéfier votre cerveau.

- Dans le supermarché qui vous emploie lorsque, via l'interface d'un petit-chef pourtant d'accord avec vous sur le fait que "les salauds sont vraiment tous pourris", la direction insiste pour que vous fassiez l'impasse sur votre dimanche
chômé ainsi que votre siège de caisse au nom de cette productivité suprême et indiscutable que d'ailleurs vous n'osez jamais discuter parce que c'est bientôt noël et qu'il y a la Nintendo DS annuelle du p'tiot à payer (cette année on prend la bleue).

- Dans vos postes de télévision lorsque des gens que vous ne connaissez pas et qui ne connaissent rien de vous, vous assènent que 100% des gagnants ont tenté leur chance, que vous êtes de mauvais parents mais que vos enfants sont encore pires et qu'ils seraient mieux en prison, que l'important pour être heureux c'est la croissance et de passer au plus vite au Blu-Ray parce que c'est le progrès, que tout émetteur d'une pensée divergeant de celle de l'UMP est, tôt ou tard, bon à emprisonner sans autre forme de procès.


Pas la peine de débusquer de la franc-maçonnerie derrière les Unes du JDD, de Paris-Match ou du FIgaro. Leur violence parle d'elle-même.

Amis théoriciens du complot et spammeurs de bonne foi : La vérité n’est pas ailleurs. Elle est sous vos yeux. Pathétiquement sous vos yeux. Le pouvoir n’a aucune imagination et les soumis n’ont qu’un défaut, celui de cumuler les lâchetés.

Pour avoir croisé quelques francs-maçons dans ma vie qui étaient de parfaits cons, je vous assure que la suprématie de la réflexion chez la plupart de ces gens-là relève également du fantasme personnel.

Pour ce qui est du "haut du panier", PDG et autres chefs d'état, ce serait leur prêter trop d'intelligence que de les soupçonner de confection de complots complexes.* Non, il y a chez les puissants du bon sens. Ils ont beau vous persuader du côté suranné du syndicalisme dans votre entreprise et des dangers du communisme pour la société, ils ont parfaitement compris l'intérêt d'appliquer ces solidarités pour leur caste. Ils protègent leurs intérêts avec la même ardeur que vous protégez vos pavillons, avec une alarme et un gros chien, méchant et très con, qui fait ouaf-ouaf sur les passants dans la rue, ces étrangers qui convoitent votre magot.

Nos "puissants" sont des humains comme les autres,
ils font caca et aiment le pognon.

Autrement exposé, vous trouverez chez eux la même proportion de cupides, d’arrogants et de bons gars que dans une grosse réunion de famille standard. Seule différence, de taille : Ils jouissent d'une absence totale de difficultés matérielles leur offrant le temps d’être au fait de thématiques et de mécanismes que nous autres de la plèbe, quotidiennement
coincés entre huit heures de boulot à la con, trois heures d’embouteillage et cinq heures de télé, n’avons que peu, voire pas, l’occasion d’aborder dans une vie.

Dans un monde qui, du plus haut au plus bas de l'échelle, a fait de l'argent son idole et du confort individuel son idéal, pas étonnant que chacun, du plus petit au plus puissant, finisse par massacrer plus faible que lui pour atteindre ou conserver l'idole et l'idéal.
Au terme de fusions-acquisitions bien senties et selon les fluctuations de la météo économique, les puissants disposent simplement de plus d'options pour vous oppresser, vous essorer et en extirper la substantifique thune, que vous n'en aurez jamais (bien que pour vous pourrir inutilement la vie, vous ne vous débrouillassiez pas si mal que cela tout seul).

Croire au complot "des puissants", c'est leur faire un grand honneur. Constatons en regardant M6 que depuis longtemps les oiseaux du marché ne se cachent plus pour mouler à "la pensée correcte" ce qui vous reste de libre-arbitre, c'est à dire bien peu de choses puisque TF1 a déjà fait le gros du boulot.

Comme la religion adoucit cette inintelligible injustice qu'est pour l'individu sa propre mort, le conspirationnisme soulage un peu la "peine de vie" de certains groupes sociaux tout en occupant un temps libre qu'ils pourraient, par exemple, passer à s'entraider.

Comme à la source de tous les maux, montée du chômage ou fuite d'eau dans l'immeuble, on retrouve toujours ces grands responsables que sont "les autres", la conspiration venue d'en haut et d'ailleurs est un processus qui, derrière l'apparente subversion et la sophistication de ses appellations, débouche inéluctablement pour l'individu à la résignation maugréée de sa condition (généralement de merde puisque le conspirationnisme est d'abord un hobby de pauvres).

Le conspirationnisme est un fatalisme comme un autre.

Je sens qu'à ce stade-ci du billet, les conspirationnistes sentant qu'ils sont entrain de me perdre, trépignent.

- Alors Seb Musset, t'es avec nous ?


Pour mettre un terme, j'espère, à un nombre croissant de courriels me demandant mon avis sur telle ou telle thèse, je répondrai ceci : Sceptique en toutes circonstances, athée d'instinct, je ne crois en rien. Plutôt, je crois en ce que je vois et ce que je vois est suffisant pour me mettre en colère.

Les choses, les êtres, les complots, sont ou ne sont pas. Pas besoin que je les valide pour qu'ils existent ou non. Théoriser un complot secret dont par essence je ne peux rien connaitre, revient à chercher l’équation mathématique qui accréditerait l’existence de Dieu. C’est plus qu’une cause perdue, cela ne changera en rien le contenu de mon assiette.

Amis conspirationnistes, je compatis à votre malheur mais sachez, comme l'écrivait Paul Watzlawick, qu'il ne tient qu'à vous. Vos efforts à concevoir l'inconcevable en maniant des références au petit bonheur la chance sur la base historique de Gladiator ou du seigneur des anneaux vous détournent d'un monde, lui bien réel, sur lequel vous pourriez avoir prise si vous aviez un peu moins d'imagination et un peu plus d'indignation : Celui de la barbarie triomphante.


Complot ? Non. Connivences, oui. Favoritisme, oui. Népotisme, oui. Clubs de réflexion, oui. Lignée, oui. Conjonctions d’intérêts, oui. Cynisme, oui. Parachutes dorés, oui. Sacrifices humains sur l'autel de la rentabilité, oui. Soumission du peuple, permanente.

Amis conspirationnistes, malgré l'imagination foisonnante de vos suspicions, je reste étonné que vous ne vous soyez pas encore interrogés sur l'origine de vos cabales virtuelles. Ne seraient-elles pas ordonnées par un grand complot Wall streeto-microsoftien visant à vous visser éternellement derrière vos PC pour éviter que vous ne défiliez dans les rues en réclamant les têtes de vos banksters ?

Plus fort que le complot des autres, il y a votre instinct.
Fidèle instinct. Tu m'as toujours évité de sombrer dans les galères. Avec les années, à la différence des banquiers, des hommes politiques et des marchands de soupe, constatons que tu ne m'as jamais trompé.

Mon bon instinct, tu m'avais soufflé déjà très jeune alors que je n'y connaissais rien à rien, c'est à dire à peine plus que maintenant, que confier mes maigres économies à un banquier ou confier les institutions de la république à des gens comme notre Président équivalait à donner la gestion d'une crèche à un pédophile ou une portée de pitbulls à un serial-killer : Ca ne peut, au choix, que mal ou très mal finir.

Instinct, tu n'as qu'à te balader dans la rue cinq minutes ou écouter la libre antenne d'Europe 1 et RMC
à n'importe quelle heure de la journée pour me rappeler que ce monde glisse, la fleur au fusil et avec son plein consentement, vers le moyen-âge (avec des libertés individuelles bien plus réduites).

Instinct, mon bon instinct, tu m'avais prévenu il y a déjà quatre ans quand tu voyais cette boule de mépris ne respectant que le fric s'énerver dans son Ministère : Effectivement
la machine s'emballe et la vitesse s'accélère.

Instinct, mon bon instinct, tu m'incites à ne pas me précipiter, à ne jamais me fier à la tête du client, à ne jamais rien croire mais à toujours comparer, à ne pas perdre de vue que nous ne sommes que des humains, qu'aucun pouvoir ne subsiste sans une majorité de soumis jamais à court d'arguments ou de thèses conspirationnistes pour se dédouaner de leurs responsabilités.


* A titre d'exemple, tiré totalement au hasard : Avez-vous bien regardé qui nous dirige ? Je parle bien sûr de cet homme qui poursuit des poupées en justice et dont l'évident complexe de taille, son passé d'enfant abandonné et le désir de "tuer le père" expliquent en grande partie le comportement.


J'ai vu la nouvelle émission télé du gouvernement

par

Et il fallait que ça tombe le dimanche où Le ministre de la Culture et de la Communication Christine Albanel prônait l'interdiction de la télé-réalité sur le service public !

Pas de télé-réalité, certes, mais de l'avenir-réalité oui. Dimanche après-midi sur France 5 en lieu et place du Ripostes de Serge Moati, fut diffusé un docu-drama d'anticipation au titre à peine orienté "2017, chronique d'une faillite annoncée" produit et interprété par Nicolas Beytout : un made-in Neuilly, ancien du Figaro, des Echos, sur la guest-list de la nuit du Fouquet's, dans les petits papiers de Nicolas Sarkozy et qui vise, ni plus ni moins que la direction de Tf1.

J'ai ma petite idée.

Reprenons la présentation qui en est faite sur le site de France 5 : "Ce film de 52 minutes truffé d'éléments futuristes permet de mieux comprendre les mécanismes qui peuvent conduire un pays à la faillite. Un scénario improbable, mais pas impossible."

Après visionnage, voici ma présentation : "Ce publi-reportage gouvernemental, au travers une anticipation du stress que provoque chez l'élite la poursuite des dépenses de l'État dans des domaines aussi inutiles que la santé, l'éducation ou la culture, et grâce à la présence appuyée de gadgets visuels tout pourris de type "Les Experts chez mon beau-frère" avec profusion d'écrans plats à commandes tactiles, provoquera chez le spectateur âgé (c'est France 5, un dimanche après-midi) fasciné par la technologie et la pertinence du propos, un sentiment de culpabilité. Sensation confortée par l'abondance de témoignages unidirectionnels d'acteurs et d'économistes (au point où il devient difficile de les différencier) et de références aux "autres pays" qui, eux, "ont su se réformer". Le spectateur tirera alors la conséquence qu'il doit faire des efforts et devra travailler, encore et toujours, et ce au moins jusqu'à sa mort".

En d'autres termes, en surfant sur une forme à peine plus chiadée que celle des vidéos conspirationnistes glanées sur Dailymotion, voici 52 minutes de "fabrication de consentement" financée grâce à votre redevance.

Je dois l'avouer j'ai regardé d'un œil cette sous-fiente propagandiste réalisée avec les pieds et produite à l'économie (un œil attentif constatera que dans le bureau du super kador français de l'informatique en 2017, il y a encore des écrans à tubes cathodiques : Le nase !).

Pour ce qui est de l'histoire, tout est dans le titre. Le docu-drama narre le parcours de 4 enquêteurs (journalistes aussi expressifs que leurs gadgets bluetooth) dans un Paris qui, "le jour où La France s'arrête", est le théâtre des plus grandes émeutes qu'elle ait connu depuis Mai 68. Et ce, sans que l'on voit l'ombre d'un figurant casseur d'ultra-gauche. Cest que, tu comprends coco, ça coûte cher les figurants !

Nicolas Beytout, superman-journaleux-économiste est le héros du film. En ce 11 juillet 2017 ensoleillé, le bling bling discret, notre homme de l'ombre passe les 52 minutes de l'histoire high-toc dans sa BMW décapotable à errer peinard dans une capitale (parait-il) à feu et à sang parce que le bon peuple ne peut plus tirer d'argent avec sa carte bleue. En voilà de la bonne cause révolutionnaire sur lequel s'accorderont toujours pauvres et puissants !

Tout en conduisant, Beytout est en plein conference-call avec ses 4 fantastiques (le Geek de service, la working-mum en télé-travail sur l'île de Ré, l'économiste américain pété de thunes et qui a tout compris - normal il est américain - et la gentille beurette asservie au marché regardant avec condescendance les victimes de la crise (NDLR : ces cons de chômeurs) et prévoyant de se taper l'américain d'ici le générique fin). En même temps, Beytout visionne sur le rétroviseur central de sa BM, les discours prophétiques d'Alain Juppé et François Fillon, en 1996 et 2007, sur La France malade de sa dette ! Dans la panique générale et le stress distillé tout au long du film, surnage tout de même une bonne nouvelle pour notre avenir : En 2017, on pourra téléphoner à quatre personnes à la fois et regarder la télé tout en conduisant sa BM à fond la caisse en plein Paris, sans risque de perdre des points à son permis !

Parce que Nicolas Beytout a dès aujourd'hui tout capté au monde de demain et qu'en 2017, il s'est lancé dans la direction d'un blog qui fait aussi web-tv (c'est dingue comme les gens de droite sont toujours à la pointe de l'avant-garde !), il demande à sa bande de caricatures de lui dresser l'historique des événements ayant conduits La France a être en cessation de paiement. En l'absence de faits (logique c'est le futur), sont ressorties pour l'occasion, les éternelles remontrances contre la fonction publique des ministres de droite entrecoupées d'interventions d'économistes traitant les français d'irresponsables (alors qu'une simple collecte comparative de ce que ces "spécialistes" ont dit entre 2007 et 2008 montrerait à quel point ils n'y connaissent rien) et l'on remonte ainsi le fil d'une une histoire par anticipation plutôt floue. Car, si en 2017 on a bien compris, à force de répétitions Beytou-esques, que La France était en faillite et que notre wonderboy des médias établisse clairement que 2008 fut (est, sera, je ne sais plus trop) la première année des "trois piteuses", quid des années allant de 2012 à 2017 ? Qui a dirigé La France durant cette période reste LE mystère du film. Tout ce que l'on peut affirmer c'est qu'au moment où La France est déclarée en faillite, ce 11 juillet 2017, Nicolas Sarkozy n'est plus président depuis deux mois (si l'on s'en tient aux déclarations passées de l'intéressé sur son désir de ne pas effectuer plus de deux mandats).

Moi je n'en tire qu'une leçon : C'est qu'en 2017 Nicolas Sarkozy a poussé La France à la faillite.

Bref, vous l'aurez compris, l'intérêt de cette crotte filmique réside dans sa visée idéologique explicitement répétée : Les Français doivent travailler sinon... et bien sinon y aura plus de France comme le conclut dramatiquement le récit sur la vente bradée du Château de Versailles à un milliardaire américain. La vache, la honte pour La France ! S'ils partent à la retraite, c'est le patrimoine des vieilles pierres et de leurs jolis tableaux qui va foutre le camp : Ca coco ça parle aux seniors ! Vas-y coco c'est dans la boîte, tu fais valider par Bercy et t'envoies la bande à France 5 !

Pour ma part, question patrimoine national, entre La Joconde et Le Front Populaire, mon choix est vite fait. Si cela peut nous assurer un meilleur climat social et un quotidien plus heureux, n'hésitons pas à vendre au plus offrant la radasse au sourire niais. Quant à Versailles, et l'ensemble du parc immobilier de l'Etat, en pleine explosion du mal-logement, on a qu'a en faire du logement social, ça nous éviterait peut-être d'autres crises de subprimes (c'est juste un point de vue d'économiste amateur) !

Après le film, un débat débute. Pour changer, il est présenté par Nicolas Beytout.

Sous un compteur de type téléthon où s'égraine en temps réel le montant astronomique de la dette, s'agglutinent dans un décor bleu (comme presque toutes les émissions de plateaux du Paf depuis 2007), une belle brochette d'inutiles : D'Eric Woerth au président de la BNP en passant par un représentant d'Opinion-Way-of-the-president et la patronne du Medef.

A ce stade-ci, alors que je suis proche de la gerbe en réalisant que je viens d'assister à la diffusion du pilote de l'émission gouvernementale souhaitée par Mr Saussez (honnêtement une telle bouse ne peut provenir que du cerveau vérolé d'un pubeur à la dérive), je n'ai pas le courage de me farcir l'heure et demie de palabres qui suit où, s'y j'en crois toujours le site de France 5, "des décideurs politiques, des acteurs économiques clés et des analystes financiers apporteront leur éclairage sur la situation économique, sociale et financière de la France".

Comprenez que sur ce genre de sujets, nous autres, "pauvre cons" ou "ultra-gauchistes" de citoyens ne sommes conviés qu'à être les spectateurs de leurs belles paroles, de leurs énergiques éditoriaux sans tabous et, c'est nouveau, de leurs jolis films.

Votre pouvoir désormais ? Celui d'arrêter de gober les salamalecs des porte-paroles du néolibéralisme, résidus de leurs logiciels encrassés de décodage d'un monde qui s'écroule et auquel eux-mêmes ne comprennent plus grand chose.

Regardez plutôt c'était demain, c'est pas plus mal et ça vous fera moins de mal.

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