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27 septembre 2008

Décryptons la schizophrénie du marketing hyper-marchand

par
En ce premier week-end d’automne, je vous propose un retour sur les grandes œuvres du patrimoine français. Pour cela, direction non pas la bibliothèque mais ma boite aux lettres.

Aujourd’hui, mon choix se porte sur le catalogue « Carrefour, le mois de l’hyper achat, 29 septembre – 9 octobre 2008 », ouvrage français probablement le plus lu cette semaine et pourtant, non critiqué. (Un peu l'inverse du dernier Christine Angot que personne n'a lu mais que tout le monde critique)

En papier recyclé, de distribution gratuite, d’un poids total de 250 grammes pour une superficie obstruant à coup sûr votre espace postal privé (merci La poste), il propose 107 pages de pure évasion et d’appel à l’imagination. Ci-dessous : La couverture du catalogue Carrefour avec son panachage social de "win attitude" salariale.


Preuve d’une légère fébrilité de la part de la direction, un préambule nous informe, le ton un peu angoissé mais en capitales d’or, que l’enseigne "se mobilise" pour son client et qu’elle lui promet 50.000 caddies et des centaines de milliers bons d’achat s’il daigne se bouger les miches jusqu'à son hyper régional. Si le client pouvait attendre juste 15 minutes de moins à la caisse, il serait déjà content !

Le catalogue, kaléidoscope de couleurs primaires avec flaques de viande, débute sur 14 pages de produits "high-tech" et entre dans le vif du sujet dès la première page, via son produit d’appel phare auquel le consommateur moyen a du mal à résister, je parle bien sur de l’écran plat LCD / Full Hd Ready / Tnt et Plug n’Play Carla Bruni intégré
Notons que les prix de la majeure partie des produits "high-tech" proposés (GPS, appareil reflex et lecteurs Blu-Ray) ont baissé de 30% ces 5 dernières années.

Après ce démarrage en fanfare, on déplore une baisse de régime, annonçant un pénible atterrissage low-tech dans le rayon triste des laves vaisselles discount et autres aspirateurs Bouse-Caille, vers la page 30.

Page 32, survient l’inattendu. En pleine crise financière, en pleine baisse des salaires et montée du chômage, Carrefour tente le tout pour le tout et sort le grand jeu, avec une double page spécial bijou ! A ma gauche, la bagouze Bling-Bling à 2699 euros, à ma droite, sur son présentoir en tranches de mortadelle, le solitaire "imitation riche" de chez J.M LAPETE à 2 SMICS brut. Et l’enseigne de préciser en aussi gros que le prix, que le clinquant de bon goût ne vaut que 90 euros par mois (avec un taux, modeste vous en conviendrez, de 19.89 %) ! Comme on dit : Plus c’est gros, plus ça passe, plus c’est brillant et cher, plus le pauvre sans espoir, sans le sou et venu au Carrefour pour s’acheter une tranche de pâté, se lâchera devant le rutilant des "grands de ce monde" à portée de carte Pass, en se disant « bo kwo fo se fèr plésir défwo ! »
Les temps s'annoncent durs ! Selon le Credoc, dans les mois qui viennent, la consommation risque de progresser encore moins que le pouvoir d’achat. C’est moche pour ceux qui ont fait de l'hyper-consommation leur mode de fonctionnement. D'où la résurgence de produits hors de prix dans des catalogues prônant "la défense du pouvoir d'achat".

Attention, nous entrons dans une zone turbulente du catalogue Planquez les mioches, c’est du juteux ! Carrefour, dans sa grande clémence, nous offre 14 pages libidineuses (P.34 à p.48, soit 14% du catalogue) de mannequins sortis de chez Marc Dorcel en slips moule paquet et autres strings dentelé en peau de biyatche. Au-delà du support masturbatoire destinant à façonner l’inconscient adolescent quant au plaisir que l’on peut éprouver en accolant les mots «bonasse» et «hypermarché», peut-être faut-il voir dans cet étalage de sous-vêtements une représentation de ce qui attend l’occident en 2009 ?

Oui, même George W. le dit :
L'occident risque de se retrouver en slip.
Suit une dizaine de pages bordélique où se mélangent valises, articles pour enfants, veste d’hiver et jeux de société. Un esprit fin peut y voir le résumé des 2 grosses tendances de la classe moyenne pour les vacances d’hiver prochain : Il y a ceux qui vont pouvoir partir en vacances et ceux qui vont rester chez eux à se les cailler méchant mais qui pourront toujours se réchauffer le moral en jouant au Monopoly.

Notons P.67, une photo mensongère d’un olivier vendu à « L’HYPER PRIX » (il en est ainsi à chaque prix) de 29.90 euros. Sur l’illustration, l’olivier présenté a 150 alors que sa fiche technique nous annonce un olivier qui en a au maximum 15.

P.70-71 : Les chanceux qui ont un jardin se délecteront d'un ensemble de tondeuses à gazons et de cabanes de jardin à plusieurs centaines ou milliers d’euros.

P.74, enfin : LA NOURRITURE !
Il était temps, je commençais à avoir la dalle...

Notons que les prix des produits alimentaires proposés (eau, pépitos, Pizza) ont d'une façon ou d'une autre (trucage de packaging, prix groupé...) augmenté de 10% ces 5 derniers mois.

1ere constatation : La majorité des prix indiqués le sont pour 3 articles achetés. Il s’agit 9 fois sur 10 de prix par lot. Ce qui, divisé au coût à l’unité, revient souvent aussi cher, voir plus cher, que la petite supérette, l'épicier ou le maraicher de votre quartier.

2eme constatation : L’origine du produit est marquée en aussi grand que son prix. Méthode Sarkozienne appliqué à l’étiquetage : Faire croire qu’il y a une menace – si possible étrangère et incontrôlable – et appuyer sur le péril pour faire passer la pilule de l’augmentation de prix. Cela s’appelle un contre-feu. En même temps si on appliquait cette méthode aux produits "high-tech" des 30 premières pages, on achèterait beaucoup moins d’écrans plasmas, vu qu’ils sont tous fabriqués au pays de la grippe aviaire !

Cette méthode atteint son paroxysme au bas de la page 87 avec la présentation d’un pack de Babybel où figure une mention plus grosse que « L’HYPERPRIX » : « TRANSFORMES EN FRANCE » voir exemple ci-dessous :

Le catalogue s'achève dans l’humilité. La dernière page se partage équitablement entre :

1 – Les règles du jeu « Des Caddies par milliers » où la direction nous explique en police Microcosmos –35 que l’on peut quand même participer au jeu sans se rendre dans le magasin Carrefour, ni acheter le moindre article, ce que je vous conseille de faire massivement rien que pour la déconne. Pour l’adresse je vous renvoie au catalogue que chaque français a du recevoir dans sa boite aux lettres.

2 – Des conseils pratiques de vie : "Consommer 5 fruits ou légumes par jour" (ce qui contrastera avec leur totale absence dans ce catalogue). "Pratiquer une activité physique pour atteindre l’équivalent de 30 minutes de marche rapide par jour, prendre l’escalier plutôt que l’ascenseur, préférer la marche ou le vélo à la voiture."

Au terme de ma lecture du samedi matin, je peux affirmer que ce catalogue est contradictoire comme un discours de Sarkozy sur le capitalisme moral. D'un côté, le catalogue fait l'apologie de la sur-consommation à fond perdu et, la page d'après, il se fait passer pour l'abbé Pierre du consommateur moyen, le tout sous le sceau du confort petit-bourgeois qui, on le sait, se contre-branle de son prochain, de sa planète ou des remous économiques tant qu'il n'en subit pas les effets dans son coquet salon décoré façon Damido.

Ma conclusion : L’effort physique prôné en dernière page commence par un effort psychique. Cela commence par aller chez les commerçants de son quartier pour n'acheter que le strict nécessaire de ses besoins alimentaires, ne pas s’acheter d’écrans plasma, de tondeuse à 900 euros pour épater son voisin qui en a acheté une à 800 entièrement à crédit, pas plus que de bagouze à 2 ans de salaires payables en 10 pour faire "riche" ou de paquets de nouilles par pack de 16 pour faire 30 centimes d’économie. Pour les plus entreprenants, il reste aussi la méthode Grand François.

Bon, c'est pas tout, il est bientôt midi...

- Chérie qu'est ce qu'on mange ?.... Comment ! T'as pas fait les courses !



P.S : Que le premier type de
Carrefour qui m'embrouille pour détournement de prospectus, soit averti que je l'attaque pour pollution de boîte aux lettres, harcèlement marketing et publicité mensongère.

19 septembre 2008

Conversation avec Seb Musset > 15.09.08

par
Actuellement, mes journées sont simples :

Réveil : 9h00. Annonce sur RMC de la taxe gouvernementale du jour.

Journée : Travail à la con pour la gloire d'un autre. (Pas pour longtemps, je vous l'assure !)

Soir : Lecture de la presse économique et ses compte-rendus des injections quotidiennes du gouvernement US (à coup de centaines de milliards de dollars) pour sauver la grande finance. (Notons au passage qu'au moment où le gouvernement américain nationalise à tour de bras, le gouvernement français, dans sa grande clairvoyance, envisage de privatiser La Poste.)

Coucher : Je m'endors avec BFM Radio, bercé par les constats accablants d'une crise financière magistrale et les appels hallucinants d'économistes "à en finir" avec le capitalisme fou.

Ci-joint, un petit épanchement vidéo-nerveux sur la politique intérieure de notre gouvernement, le grand détournement de la grande distribution, le cumul des taxes, la recrudescence des "Converses" dans les lieux publics et la grandeur du Pharaon.
Je conclus par un vibrant plaidoyer pour la jouissance à court terme !

21 août 2008

VIOLENCE DES ECHANGES EN MILIEU MESQUIN

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Dix-sept heures. Après la rédaction quotidienne d’un bouquin qui m’aura bien pourri l’été, je me présentai, assoiffé, en tatane à la caisse du Champion de La Rue du Buci.
L’hôtesse de caisse me regarda les yeux ronds. Je déposai sur son tapis noir une baguette et deux bouteilles d’eau pour un montant total de 1.07 euros.

- "Vous acceptez les cartes ?" Que je lui dis car j'aime jouer au fanfaron dans ces environnements guindés, faits de règlements intérieurs, de taux de transfert, de codes-barres et d’erreurs caisses.

Comprenant qu’elle avait déjà le doigt sur le bouton d’appel des vigiles, je m’acquittai sur le champ de la somme en espèces. Je partis avec mes articles sous le bras. Tant pis pour Monsieur Champion. Si ces sacs n’étaient pas payants je lui aurais sûrement pris deux bouteilles d’eau minérale supplémentaires.

Sur le chemin du retour, je fis un crochet par le maraîcher. Madame me proposait ses melons à 2 euros pièce*. Des tomates aussi, à bon marché, jugez plutôt : 1.50 le kilo. Je pris donc un melon et un kilo de tomates.


- "Et avec ceci ?" Me moucha la marchande.


C’est que je n’avais rien prévu. (Mon budget nourriture pour la journée était de huit euros, et encore pour peu que je ne m’achète pas un cd d’occasion de Charlie Mingus sur le chemin car de Boulinier à Gilbert car les tentations sont rudes.)


- "C’est tout." Lui dis-je en tendant les pièces jaunes que j’avais préalablement réunies dans la file d’attente, fier de mon acte citoyen qui contribuerait, à part au moins égale avec les réformes gouvernementales, au redressement de l’économie de notre pays.

- "Et Ben… Ca nous fait 3,50…" Maugréa t-elle en tapant le montant sur sa caisse tout regardant de biais ce mécréant en short à tee-shirt pas net qui osait la déranger pour si peu entre deux clients à 45 euros.


- "Ah bah oui Madame, mais fallait vendre vos tomates et vos melons à ce prix là plus tôt ! Si je me souviens bien ça tournait à 4,95 le melon charentais en juillet..." Polémiquai-je aussi sec en lecteur assidu des rapports du Credoc.

Voyant que je commençai à taper le scandale et comprenant que, dès que l’on aborde la question la hausse des prix depuis le passage à l'euro, on s’attire le soutien populaire même en tatanes et même dans les beaux quartiers, Madame La maraîchère a vite changé de ton, s’excusant presque.

- "Ouais mais maintenant on en a trop."

J’étais désolé. Que pouvais-je rajouter ?


- "C’est con… mais nous, tout l’été, on en a pas eu assez d’argent pour vous en acheter."

Sur ce paradoxe du marché qui a défaut d’enrichir l’économie du pays ruine le moral de ses habitants, je m'en allai avec mon melon, mes tomates, mes deux bouteilles d’eau et ma baguette sous le bras**. Un pyramide pourpre attira mon attention. Sur l’étal, resplendissaient de belles cerises à 9.95 le kilos, cueillies quelques jours plus tôt dans L’Utah (aux Etats-Unis). Habilement j’en dérobai une, ne faisant tomber qu’une de mes deux bouteilles et quatre tomates.

La journée n’était pas foutue, je remontai le Boulevard St Germain en savourant la cerise transatlantique, ma première de l’été. Tel le noyau de Proust, je me remémorai avec émotion ce mois de juin dernier en partie passé à me gaver de griottes à même le cerisier dans le jardin d'un ami vendéen. Il y en avait bien une tonne !

Quel con ! Dans un pays où l’on paiera bientôt les œufs de lump au prix du caviar et ses cerises à l'unité, il devait y en avoir pour un sacré pactole ! Mais la mamy de mon ami les a distribuées à ses amis. Ah si j’avais su ! En bon mesquin, je serais venu de nuit, je lui en aurais raflé des cageots et maintenant je serais à la tête d’un beau pouvoir d’achat et tiens, je ne sais pas, si je ne trouvais pas le Blues and Roots de Mingus chez aucun brocanteur de disques, j’aurais pu m’acheter le dernier Carla Bruni tout neuf dans la boutique on-line du Figaro.fr à 14.35 euros !***

Pour finir en images et sur une note plus optimiste, parce que depuis mon petit séjour à la campagne (où les prix de l'alimentation sont aussi dingues qu'à Paris), j'ai retrouvé confiance en la capacité de résistance de ce pays :




* Souvenez-nous de ce siècle de grande prospérité occidentale où le melon s’achetait à moins d'1 euro au bord des départementales sur le chemin des vacances. C’était en 2007, quand il y avait des fruits et des vacances.

** Avant que Luc Chartel ne publie une note officielle sur le sujet, voici un petit truc pour faire des économies en période de crise : Ne pas prendre de sac quand on fait ses courses.


*** On fait appel aux potes pour écouler les invendus ? Vu sur le site du Figaro, jeudi dernier, pour le prix d'un kilo de cerises françaises :

24 juin 2008

GRISE ANATOMIE

par
J’aurais pu écrire qu’aujourd’hui c’était fête, que j’avais sorti la voiture. J’aurais pu ironiser sur le fait que vraiment j’abusais : Déjà j’avais mangé de la viande la semaine dernière ! Malheureusement, je n’en avais pas mangé.

J’aurais pu faire mon matheux populo à la station de service en constatant que merde, y a trois semaines le litre de gasoil était 10% moins cher et que c’était déjà 30% de plus qu’il y a six mois ! J’aurais certainement pu m'attirer la sympathie des pompés et récolter quelques encouragements spontanés. Mais, j’ai ravalé ma rancœur en m’estimant heureux d’avoir encore pu claquer 70 euros, chérissant l'idée que l'essence du bonheur ne réside pas dans le prix des carburants. Tout de même, j’ai gobé un de mes trois abricots me sentant un tantinet découragé, presque écœuré. On me l'avait conseillé, il fallait être constructif. Alors j’ai repris le volant, tout en radio, pensant que l'idée viendrait.

En moins de dix minutes, j’y ai entendu les échos avancés de la fin d’un monde :

- Un fils de milliardaire affirma que les chômeurs étaient des parasites sociaux. Sa diatribe fut suivie d’appels d’auditeurs chômeurs d’accord avec les positions de ce rentier de l’industrie dont au passage le seul client est l’état français.

- Entre l’annonce de deux faits-divers, un gentil attaché de presse glissa imperceptiblement que l'humaniste gouvernement rendait obligatoire dès le 1er juillet et dans chaque voiture le gilet fluo et le triangle de signalisation, parce que "une vie humaine c’est du sérieux" et qu'une bonne récolte de contraventions, c’est encore mieux. A 175 euros le ticket pour défaut de gilet, ça paiera quelques robes de galas à Rachida.

- Pi-wi Chatel et T-Fou Lagarde m’apprirent dans un rigolo duo que j’étais riche, que tout allait bien et que tout irait encore mieux demain. La farce était colossale mais elle passait.

- On m'inquiétait ensuite. Mon président connaissait lui aussi des difficultés, à calmer Carla dans les médias, qu'elle était rebelle la gauchiste. Aujourd’hui ça allait, le couple pipeau avait la pèche, il était en Israël. Sur qu’au moment où tes compatriotes n’en croient plus leurs yeux, faire le péteux à la Knesset c’est essentiel.

- Un roboche polémiste m’informa enfin que le gouvernement, actif et coordonné, planchait « avec responsabilité » sur l’instauration obligatoire des détecteurs de fumée dans chaque domicile. Enfin on y venait : plus le droit de fumer chez soi. Elle était bien cette droite décomplexée, elle pensait à moi. Tout de même de quoi je me plaignais : j’avais encore un chez moi.

- Le tout fut interrompu par un spot publicitaire à 4 million d’euros. C’était encore le gouvernement qui, avec la voix douce de la speakrine d’Arte, justifiait ses décisions passées en terme de pouvoir d’achat. Ah bon, Arte existe encore ? Ca ne vas pas durer.

- Enfin, le roboche attaqua la polémique du matin. Il me souffla que les malades de longue durée coûtaient trop cher à la Sécurité sociale et que le gouvernement songeait à ne plus les rembourser intégralement.

Dans un éclair de radar automatique, l’idée me vint enfin pour renflouer les caisses déficitaires : S'il y avait de grands malades à supprimer, il fallait commencer par ceux qui soutenaient encore ce gouvernement. On ne pouvait décidément plus rien pour eux.

Le spot sympa de l'état à 4 millions :


La version "suédée", rejetée par Thierry Saussez :


17 juin 2008

A L'OMBRE DES GENS HEUREUX

par
En plein milieu du champ à quarante minutes de la première épicerie, 1200 mètres carrés de terrain et 700 constructibles dont la plupart se sont transformés en un joli palais rêvé.
S’articulant autour d'une piscine en cœur voici le pavillon en L au large salon mais avec ses chambres compactées les unes sur les autres. Il est beige en béton, très grand et sans meubles, décoré avec soin avec les décalcomanies des émissions d'M6. Il y fait bon l’été, on y craint les notes de chauffage l’hiver. L’architecte paysagiste est venu la veille, il a fait des plans et surtout un devis pour reboiser le terrain encore en friche. La tranchée défoncée au milieu des champs de blé appartient à un couple de trentenaires qui grâce au coup de pouce décisif des parents deviendra propriétaire en moins vingt ans.

Le couple a réussi, il dispose de tous les apparats de la richesse et du confort bourgeois.

Chassons le naturel il revient du boulot. En en fin de journée, après ses huit heures de boulot et trois heures
quotidiennes de trajet en 306, le mari « pète un câble » selon ses propres termes. Jugez plutôt : la deuxième voiture du couple va devoir repasser une contre-visite au contrôle technique et ça va coûter au moins quinze euros.

- Pire chérie, on risque de nous enlever la voiture !

Silence au bord de la piscine.

- Fais chier Bordel ! Ajoute l'homme brisé par la tragédie.

Sous l'épée de Damoclés de l'inique contrôle qui risque d'entraver la bonne marche de sa soumission au travail et donc au salaire, et donc au remboursement du palais, le fier propriétaire se sent soudain nu et désarmé devant la machiavélique machination manigancée au plus haut sommet de l'état, visant à perpétuellement contrer l'humble ambition qu'il a de faire riche.

5 mai 2008

M6 VOUS EN FAIT BOUFFER...

par
J’ai enfin découvert cette lamentable émission qui fait le bonheur des programmateurs de M6 puisqu’ils la balancent à toutes les sauces, toutes les heures depuis des semaines, un "dîner presque parfait". Le concept est si anémique, que vraiment je suis bluffé que non seulement l’émission cartonne mais surtout qu’elle existe ! Je n’aurais pas misé une cacahuète sur le projet : des pauvres types - là c’était à deux tiers des commerciaux mais ça marche aussi avec assistants commerciaux - s’invitent à manger les uns chez les autres et se notent en fin de repas sur des critères culinaires et de convivialité.

La cocktail-party made in M6 allie voyeurisme, cuisine, cocooning, déco, humiliation et désir d'élévation sociale, bref la batterie classique de l’hédonisme petit bourgeois formaté selon les préceptes du marché. Il n’y est bien sur jamais question d’argent. On suit nos commerciaux faire les courses mais jamais ils ne payent leurs produits. Intermède publicitaire : douze spots, onze sont consacrés à l’alimentaire. Comment reconnaît-on un spot alimentaire ? C’est marqué : mangerbouger.fr en bas. Qu’il est con cet occidental ! Même au milieu d’une émission sur la bouffe, il faut encore lui rappeler qu’il lui faut manger s’il veut continuer à bouger !

Bref, on change son fusil d’épaule à M6. Après la bulle financière, la bulle d’internet, la bulle immobilière - chacune de ces bulles fut l’objet d’une programmation appuyée de la chaîne à travers une déclinaison bipolaire : information et divertissement -, c’est autour de la bulle alimentaire que les programmes vont tourner. C’est que la crise de l’immobilier n’est plus une rumeur. M6 a le nez pour ces choses là. Fini les « Cherche appartement ou maison » sponsorisés par la FNAIM et autres « Capital » avec ses publi-reportages sur « l’importance d’être propriétaire » diffusés entre deux spots pour Century 21. Maintenant que tout le monde est propriétaire jusqu’au cou, place à la Grande Bouffe version endemol, le pain et les jeux dans la même émission : parfait pour endormir une nation.

Et puis sur la base prochaine d’une baguette à un euro cinquante, Manger une sardine au coulis de fraise dans une assiette "dizaïenneuh", c’est le nouveau bling-bling au rabais. Ca fait riche. Et concevoir un plat à la con comme ça, ça occupe ta journée de pauvre ! La classe moyenne s’offre la frime qu’elle peut. Même si elle finit SDF, faudra encore qu’elle se la joue seigneur du domaine et que ses sacs poubelles soient griffés Propsac !

Dans cette avalanche calorique, il n’y aura bien que « Déco and co » pour subsister dans la grille d’M6, en guise de soutien social. Juste histoire d’aider les primos-accédants, sans plus d’imagination que de jugeote, à régulièrement renouveler durant les trente prochaines années de mensualités qu’il leur reste à régler, l’intérieur de leurs pavillons merdeux qu’ils ont acheté au triple du prix quand M6 leur a dit.

Comme dirait une copine anorexique* qui a le sens de la conclusion : « ça me fait gerber »

* je ne peux citer son nom, je tomberai bientôt sous le coup de la loi pour incitation au délit d’anorexie.

11 avril 2008

SORTIR DE LA MATRICE, QUELQUES PISTES

par
Des courriels de jeunes lecteurs, de plus en plus nombreux - merci ;) -, me demandant comment l’individu peut changer les choses ? Comment peut-il rester en-dehors du moule salario-mercantile tout en subvenant à ses besoins ? Comment « sortir de la matrice » ? Vaste débat sur lequel je ne m’appesantirai pas en recettes bien conscient qu’il y a autant de moyens que de situations personnelles. Je répondrais donc en substance sur la base de mon cas personnel en espérant qu’il contribue à dissiper des angoisses bien légitimes à cet âge.

J’ai trente-six ans et au regard du salarié lambda, j’ai finalement très peu travaillé dans ma vie. Quand je l’ai fais, c’était en pleine connaissance de cause, de ma seule volonté, parce que le travail en question me plaisait ou alors qu’il était grassement rémunéré, et n’était donc pas, dans le sens étymologique premier, un travail.

On le voit, le travail pour moi se pose en terme de conditions - qui vont à contrario du modèle dominant (faisant règner l'angoisse) :

1 / Il faut que cela me passionne. Ce qui m’amène parfois, de moins en moins, à travailler gratuitement, ce que je déconseille lorsqu’il s’agit de sociétés. (Spéciale dédicace à nos amis stagiaires, éternelles victimes de leur soif d’intégration professionnelle.)

2 / A défaut, si cela ne me passionne pas particulièrement, il faut que le travail ce soit extrêmement bien rémunéré.

3 / l’idéal est d’allier les deux. On constatera que, passé un certain niveau de connexion – que j'ai parfois – cela devient de plus en plus facile et que le plaisir de la tâche est proportionnel à la rémunération. Constation : on reconnait un travail chiant à ce qu'il est souvent mal payé alors qu’un travail accompli avec joie est souvent trop bien payé.

N’aimant ni les églises ni la routine pas plus que le contact prolongé en immersion avec les autres et savourant bien trop mon indépendance, j’ai très tôt considéré le travail comme une longue douleur.

C’est peut-être pathologique, le fruit d’une névrose asociale quelconque mais j’ai toujours su que le travail tel que la société me le présentait serait impossible pour moi. Certes, j’ai eu quelques crises de dix-huit à vingt-deux ans, tiraillé que j’étais entre ma volonté propre sur laquelle je ne savais pas mettre les mots et les commandements culpabilisants et répétés de la société, des institutions, des parents et de la télévision quant au rôle social que je me « devais » d’avoir au sein de la collectivité : avoir un « job ».

J’ai donc tenté de m’insérer parce qu’il n’y avait soi-disant, rien d’autre à faire, en me disant que peut-être cela finirait par me plaire, vu que ça satisfaisait les autres. Même si la phrase suivante à le goût du sarkozysme ça n’en est pas, c’est même tout le contraire : J’ai travaillé plusieurs années au plus bas de l’échelle. J’ai été caissier en supermarché, puis ouvrier dans une imprimerie, puis illustrateur avant de m’engluer deux ans au service communication d’une grande compagnie d’assurance. J’ai assez diversifié mes postes au sein de petites et de très grosses entreprises dans des secteurs variés pour avoir un bon aperçu du spectre professionnel et de ses intervenants, du syndicaliste de base au Pdg de Cac 40.

Qu’ai-je appris ?

Bien que je ne crois pas aux races, je constate qu’il y a un nombre majoritaire de gens, et ce quels que soient leurs revenus, à qui ce système convient comme un gant : leur trait commun est un manque d'imagination parfaitement assumé, ce sont parfois des médiocres qui inconsciemment voient dans leur soumission au monde du travail, la condition de leur survie physique et spirituelle. Que feraient-ils sans travail ? est une perspective inconcevable dont la simple évocation les plonge dans un chaos existentiel les rendant malheureux. On les reconnaît à ce qu’ils s’identifient souvent à leurs entreprises lâchant à la moindre conversation des "nous" au sujet de leur emploi. Ex : "Nous allons ouvrir une nouvelle usine à Macao" alors que le locuteur salarié est un anonyme secrétaire de direction adjointe au deuxième sous-sol de la holding.

Il existe une catégorie de salariés, plus déprimés,
qui se soumettent au moule tout en se déclarant chroniquement insatisfaits. En grattant un peu, on s’aperçoit que l’argent est une excuse au travail et qu’il n’y a pas de prédisposition génétique à la soumission chez eux mais qu’il sont les victimes d’une prégnance comportementale. Comment faire pour changer sa vie quand depuis trente ans, la famille et le consensus ont systématiquement foulé de leurs bottes toute idée d’alternative ? On reconnaît ces salariés à ce que, malgré leurs plaintes répétées et alors que rien ne les oblige, ils acceptent souvent heures supplémentaires et surplus de responsabilités pour la même rémunération.

Existe une autre catégorie de gens soumis au travail pouvant regrouper les trois catégories ci-dessus, mais qui sont avant tout soumis au modèle consumériste. Ceux-la travaillent éternellement pour rembourser au quotidien un train de vie en rapport à la classe sociale juste au-dessus d’eux et à laquelle ils meurent d'envie qu'on les identifie. Cette motivation est suffisante pour qu'ils subissent toutes les humiliations. Ils sont généralement propriétaires endettés, vivent dans l’abondance de biens de consommation, la télévision occupe un rôle prépondérant dans leurs vies. On les appelle bien vite « les classes moyennes ». A terme, la classe moyenne ne produit rien, si ce n’est de la TVA. Elle est le rêve de tout pouvoir, en ce sens qu’elle opère elle-même, mollement, sa propre répression. Il faut juste régulièrement l’alimenter en concepts pré mâchés, en messages publicitaires et en nouveaux articles divertissants. Elle prospère sur un manque d’éducation, carbure à la recherche de la jouissance perpétuelle mais ne vit en permanence que la frustration de « ne pas avoir plus » d'où le piège du "pouvoir d’achat" dans lequel est tombé notre monarque. Cette catégorie est la plus irrécupérable. On la reconnaît dans le monde de l’entreprise à ce que rien ni personne ne peut l’influencer. Il est vrai qu’entre les emplois du temps familiaux, professionnels et de divertissement, les parents de cette catégorie de salariés en question font objectivement tout pour ne pas avoir le temps de réfléchir à leur condition. On les reconnaît d’ailleurs au niveau domestique à ce que souvent ils ont des problèmes avec leurs enfants adolescents se cognant revêches à ce modèle véhiculé de pleutre compromis, dénué de toute transcendance, exclusivement soucieux du mercantile.

Pour en revenir à moi, je me qualifierais donc d’indépendant. Je n’en tire aucune gloire, un confort minime mais suffisant et cela m’a plus souvent apporté des emmerdes qu’autre chose. Je ne peux simplement pas être quelqu’un d’autre que moi. J’ai mis quelques années à m’accepter et à m’adapter à mon environnement avec les moyens et les opportunités propre à ma situation. Je dirais bien que quand on veut s’extraire du moule, on peut, surtout dans les sociétés occidentales qui, pour le moment, n’ont jamais été aussi libres pour l’individu mais où la majorité de ceux-ci gens s’évertuent à croire, parce qu’on leur martèle depuis un siècle, qu’il n’y a aucune autre possibilité qu’une « économie de marché basée sur leur asservissement salarié ». L’important est d’être conscient des causes et des conséquences de son attitude « marginale ». d’être conscient aussi que c’est illusoire de s’affranchir totalement du moule ambiant. Il a contribué à faire ce que nous sommes. Il en va de même de la survie du « marginal » d’identifier et de se rapprocher d’autres comme lui. L’intelligence est dans l’adaptation à son environnement, la plénitude se savoure dans le respect de ses ambitions, l’épanouissement s’expérimente dans les limites des humiliations que l’on est prêt à endurer. Et pour moi, le bonheur se déguste dans l’alternative.

Pour ma part, je travaille en mercenaire de temps à autre, quand cela me plait et dans les conditions énoncées ci-dessus. Je n’ai strictement aucun désir de nouveauté matérielle. La totalité de mes possessions doit s’élever à 3000 euros et peut tenir dans le coffre d’une voiture que je n’ai pas. Je pense beaucoup à demain mais pas pour moi, à vrai dire je ne m’y vois pas. Si j’y suis tant mieux, j’espère y être encore en bonne santé : ça j’y travaille au quotidien. Le reste du temps, je me félicite d’apprécier le présent. On me parle de « retraite », de « placements », de « prévoyance », de « compétition ». Je réponds « moment présent », « bonheur immédiat tant que ça dure » et « solidarité ». Sofinco m’envoie chaque semaine des prospectus pour me persuader que « la vie a parfois besoin d’un crédit », je barre le message au Stabilo et leur renvoie que « la vie entière n’est qu’un crédit sur le néant ».

5 mars 2008

AIMEZ-VOUS LES UNS LES AUTRES (MAIS PAS DANS MON CHEMIN)

par
Je me poste las, au coin du Boulevard St Michel et de la rue de l'école de Médecine en plein Samedi après-midi par temps clément entre la bite en fer et l’entrée de Gibert. Vigie privilégiée du défilé humain. Il va par deux en couples amoureux ou par quatre en familles blasées. Il est visiblement exalté par ses achats et partage sa joie complice avec son entourage trié sur le volet affectif, en gros la bourgeoise et le mouflet. Allégresse exclusive, il émane de sa goguenarde personne une insensibilité totale à l’entourage de ses semblables, tas compact, qui s’agglomèrent à l’entrée du grand magasin cernée de cerbères basanés. Douce France. Les pauvres cerbères aux ordres du marché qui surveillent aimablement mais fermement les petits couples endettés à pouvoir d’achat en baisse pour qu’ils ne chipent pas le dernier Astérix. Joviale France des familles sarkozistes qui font du bruit pour oublier qu’elles s’apprécient peu. France du mépris citoyen, de l’antipathie ouverte pour celui qui n’est pas moi. Français qui ne croient en rien à commencer par les autres français. Français qui, parfois, heureux, célèbrent sur ordonnances des victoires nationales dans des sports qu’ils ne connaissent même pas. Français qui crachent sur les puissants et qui, pourtant, centime après centime, leurs filent tout leur argent. Français aux égoïsmes aigris, pas cyniques, se piétinant les uns les autres avec mépris dans les cohues identiques des samedis après-midi. Français de réalités télés. Français apeurés qui crachent sur les mains tendues des miséreux qu’ils ont peur de devenir. Français, carapaces de suffisances et pistes d’atterrissage aux basses idéologies. Français comme moi, plombé par ce ciel gris sur un peuple qui se hait.

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