samedi 22 septembre 2007

HYSTEROVALIE

Ce soir là La France rencontre l’Irlande pour un match éliminatoire de la coupe du monde de Rugby. Inutile de préciser que le chauvinisme d’un peuple dont le moral est aux abois sera au rendez-vous. A l’occasion d’un changement de dvd entre deux films*, je tombe en pleine deuxième mi-temps de match. Je me penche, un instant mais pas plus, sur ce sport dont je garde un souvenir assez inoffensif des sympathiques supporters**. Avec le football, on a souvent à faire a des cons bêtes et méchants, avec le rugby nous avons là de gentils cons, bien disciplinés. Je ne saurais dire quel est le pire ?

Quant au sport en question, sa complexité est sur-annoncée pour flatter l’improbable intelligence du téléspectateur moyen. Rassurons-nous : il s’agit bien de mettre le ballon dans le camp opposé. A la vue de ses brutes sanguinaires, niveau zéro ou bien aboutissement suprême de la civilisation, de ce ballon qu’on ne voit jamais, de ce va-et-vient de spectateurs leurs hot dogs à la main dans les tribunes et de people peinturlurés de bleu blanc rouge, je ne peux m’empêcher de faire la connexion entre cette passion spontanée*** pour un sport collectif hautement chiant et l’hystérie commerciale autour du football américain, encore plus soporifique, qui agite le peuple du nouveau-continent depuis vingt ans. Une fois de plus, nous sommes plus américains que les Américains. Valeur de fraternité et tactique de l’effort collectif, cohésion nationale autour de bourrins écervelés : Le Rugby est le sport sarkoziste parfait. Manque de bol, ce soir, les trépanés édentés propulsés au rang de Dieux ont gagné. Sale soirée qui, inévitablement, en annonce d’autres.

* Caché de Michael Haneke (2005) et Retour à la bien-aimée de Jean-François Adam (1979)

** qui, par un habile mécanisme, m’ont assuré une rente financière de 1993 à 1997.

*** unique résultant d’une fine conjonction entre avidité du marché en conquête de nouveaux territoires, le besoin de communion des masses sur la base du plus petit dénominateur commun et, surtout, de sa propension à croire. La croyance étant ici comme toujours : la supériorité de la nation. C’est sur ce même sentiment de base que les élites planquées plongent régulièrement leurs peuples dans la guerre.

MESQUINS DU MONDE

C’est là bien la seule valeur de l’électeur sarkoziste, l’unique corde sensible dont le nain gris de l’élite à su jouer à la perfection pour conduire le troupeau à l’élire : l’égoïsme bourgeois qui siège en chacun de nous, occidentaux obscurantistes de plus en plus acculturés.

Ma propriétaire, Madame G., affolée de mon départ annoncé, parce que c’est du manque à gagner devient hystérique dès lors qu’il s’agit de faire visiter à de nouveaux locataires la grange réaménagée qu’elle me loue et qui sert d’attrape citadin. Hors de question bien sur qu’elle me reprenne à prix cassés les équipements électroménagers flambant neufs que j’ai du acheter pour son endroit dénué de tout confort à ce niveau, ça ne [l’]intéresse pas, [elle n’en a] pas besoin. Hors de question d’annoncer aux nouveaux locataires qu’ils ne pourront ni brancher une plaque électrique ni une plaque de gaz, qu’ici rien n'est aux normes, que tout a été bricolé à l'économie, pas plus que de les avertir que l’endroit est soumis aux inondations et qu’à ce propos, bien que le mal fut identifié par votre narrateur rien n’ait été réparé. Pas d’espoir de ce coté là non plus ni de celui d’un remboursement de mes trois pauvres derniers meubles ayant survécus à mes moult déménagements et qui furent détruits par l’inondation d’août dernier. Par contre, Madame G., qui conduit les visites de nouveaux locataires, ne manque pas de me de me demander où elle pourra m’envoyer la facture pour l’entretien annuel de la chaudière que je suis censé effectuer une fois l’an. La mesquinerie du petit-bourgeois pro-sarkoziste est reconnaissable entre milles, il s’agit de pauvres qui, bercés par les sirènes télévisées, jouent aux riches mais n’arrivent pas à se défaire de leurs habitudes de pauvres sans toutefois avoir l’honnêteté ou l’intelligence - souvent les deux - de le reconnaître. Et dans les faits c’est vrai que comparé à leurs modèles, l’élite de Neuilly, ils sont en fait bien plus proche de ma misère que de l'opulence stratosphérique des patrons du CAC. Pourtant, ce sont mes propriétaires. Ils possèdent et moi pas. Mais, ils possèdent à crédit, le plus souvent en échange d’une vie complète de soumission. Une fois arrivés à la retraite ces bourgeois là tremblent de terreur parce que leur locataire leur a déposé un préavis de départ d’un mois et qu’ils auront un manque à gagner d'un mois de loyer ! Trembler pour six cent vingt euros et refuser de faire le moindre frais pour améliorer le quotidien basique de ses locataires, est-ce une preuve de richesse ou de mesquinerie Madame G. ?

Ma seule force, qui me rend libre, est de savoir dans quelle catégorie je danse, leur unique faiblesse, cause de leur interminable terreur d'avoir moins, est de prétendre incarner ce qu’ils ne seront jamais : l’élite financière ou intellectuelle. Ils sont à la richesse ce que l’aspartam est au sucre. Ils sont à la bêtise ambiante du modèle sarkozien ce que le sucre est à l’organisme : un carburant indispensable.

Comme je le dis souvent à ma simplette de mère qui se la pète encore dans son pseudo chateau pourri : "Quand on a pas les moyens de faire le plein de sa Jaguar, c'est qu'il est temps de se mettre au vélo !"

mercredi 19 septembre 2007

BREVE DU POITOU

Place du marché désert, un village reculé du Poitou profond, le cœur d’un de ces après-midi chauds figés dans l’intemporalité, j’écarte le rideau de lianes en perles de plastique multicolores et entre dans la boulangerie poussiéreuse parce que, con comme je suis, je cherche une baguette. Pas de baguette ici monsieur. On a de la 80, de la festive, de la joyeuse, de la granité, de la au Sésame, au noix de cajou, du pain au réglisse, à la moutarde et à la merde me grogne dessus le Kubota aux plis moulés à la louche dans un tablier à fleurs jaunes, bleues et vomies. Tant pis, je ne lâcherai pas un euro cinquante pour une demi-baguette au prétexte qu’on y a rajouté un arachide de synthèse. Mais, merde j’ai faim. Mon regard tombe sur cette dernière viennoiserie molle autour de laquelle quelques insectes orbitent endoloris à l’approche de l’automne et dont je ne pourrais décrire si elle est décorée de fruits confis ou de fientes d’insectes.

SEB MUSSET de sa voix penaude teintée de bienveillance et d’un amour naïf et pour son prochain
Bon bah, je vais prendre un pain aux raisins.

Le tromblon à conne lisse s’exécute.

LA BOULANGERE que je me représente avec un mégot à la commissure de ses lèvres couleur vinasse aboie sa dernière question d’une voix rauque - ça c’est de la didascalie - :
- Et avec ceci ?

SEB MUSSET fier de ne pas avoir à sortir plus de quatre vingt centimes d’euros de sa précieuse cassette, regard de braise, de trois quart, pince la bouche à la manière d’une stagaire à LCI fraîche émoulue de l’école de journalisme.
- C’est touchhhh*.

La boulangère déjà d’humeur cendrier pousse un long soupir de mécontentement à pépites de glaviot. Zut, moi qui comptais lui laisser un pourboire bien que dans ce domaine je pense qu’elle dispose déjà de ce qu’il faut backstage. La monnaie rendue jusqu’au dernier centime que je m’empresse de recompter, je sors majestueux, soupesant la friandise tiédie par l’après-midi et une vitrine en plein soleil. Apercevant une pancarte suspendue me faisant dos, je décide d’un geste aérien de détendre l’atmosphère guindée de l’endroit si select et pivote l’écriteau vers moi. Un cri guttural remonte de l’enfer et me saisi d’effroi.

LA BOULANGERE
On touche po à ço, c’est fragile, ca tient po ! On touche po !

La vibration tétanise le pédant auteur et votre narrateur redevient soudain ce qu’il n’aurait jamais du cesser d’être, un petit connard piqué en flagrant délit de chourravage de sa dose quotidienne de Carambars au Monoprix du Boulevard Murat.

Sur la pointe des pieds, je tente d’immobiliser l’écriteau qui se balance au-dessus des babas au rhum et je sors sans un regard, sur la pointe des pieds, préparé à recevoir d’une seconde à l’autre une rafale de chevrotine dans le cul. Une fois dehors, j’estime que je m’en sors plutôt pas mal. Cela aurait pu être pire : j’aurais pu être anglais et ne pas parler un mot de français. Sur la place du marché pas plus peuplée qu’avant JC, j’enlève de son papier gras le petit pain aux fientes confites et, parce que la curiosité me tuera, me tourne vers l’échoppe pour découvrir ce qui est inscrit sur la table des lois en police manuscrite Oui-Oui 130 :

« Coupe du monde de Rugby : Ce soir France Namibie ! »

Il faudra que je me penche sur ce virus soudain du Rugby qui, du Boulevard St Germain au marais poitevin, rend hystérique ce peuple français. Peuple désarmant à la naïveté touchante de ses délicats mouvements de masse - tout y est fait par paquets de quinze millions minimum -, peuple si déprimé qu’il veut gagner à tout prix quelque chose, une coupe du monde, le trophée des cons ou un tournoi de boules.

* se référer à Avatar un enfant du siècle, un livre qui vaut ce qui vaut mais qui en vaut bien
d’autres.

vendredi 14 septembre 2007

IT'S A MADDIE WORLD

Quelle surprise ! Après quatre mois d’enquête au Portugal, du chagrin on-line déversé par kilotonnes sirupeux via avatars et bannières dans la blogosphère larmoyante et moutonneuse des jeunes mères de famille qui s’emmerdent à domicile immobilisées avec des enfants-rois qu’au fond elles apprécient peu dès lors qu'ils se mettent à interargir en tant qu'humain, après le kaleidoscope à l'unisson des unes mondiales du tabloïd le plus crasseux à l'honorable quotidien communiants tous dans la douleur indescriptible d’une famille faisant face à l’adversité, ce couple modèle de beaux blonds médecins contrant courageusement l’horrible pédophilie galopante qui gangrène le monde des gentils des adultes. Après David Beckham et l’équipe nationale de football chantant à l’unisson pour la réapparition miraculeuse de l’enfant martyr, après une bénédiction du pape en mondovision*, après l’indiscutable innocence face à l’impardonnable lâcheté appelant la loi du talion voici venir le temps du doute. Il aura donc fallu quatre mois et la découverte de quelques indices troublants pour que les enquêteurs portugais susurrent ce dont je suis certain depuis plus de trois mois : il n’y a dans cette histoire pas plus d’enlèvement d’enfant que pédophile hideux. Avant le grand lynchage, et histoire de ne pas retourner sa veste trop vite, les médias travaillent l’opinion populaire pour lui faire comprendre que, peut-être mais c’est à prendre avec des pincettes, ce serait ses parents qui auraient accidentellement tué la petite Maddie**. Ils lui auraient injecté une trop forte dose de somnifère pour qu’elle reste, bien sage, dans leur chambre d’hôtel pendant qu’ils se torchaient la tête à coup de gros blanc*** entre colons prétentieux de l’upper-middle-class anglaise dans cette cantine portugaise sans âme pour touristes se la jouant jet-set.

Pour le moment, avant les aveux, le consensus mou nie toujours l’évidence. Discrètement, les bannières de soutien aux parents de Maddie disparaissent des blogs.**** Le monde dans ses grandes largeurs médiatique et idéologique s’est fait ridiculiser. Le nez dans sa merde, il nie toujours mais à voix basse : Les parents sont innocents et les pédophiles sont méchants. Quelle étrange curée envers les abominables abuseurs d'innocence lorsque les chiffres montrent clairement qu’au hit-parade des viols et violence sur enfant on retrouve en tête de classement… les parents ! Que l’homme devient encore plus con des lors que l’enfant entre dans l’équation de sa réflexion limitée ! Quand bien même on dénombre quelque chose comme un attouchement pédophile pour mille tabassages d’enfants par leurs parents biturés, la voix populaire des parents angoissés le réclame : que l’on coupe les couilles aux condamnés! Et si l'on a doute sur la culpabilité, tant pis, on coupe aussi ! Pendant ce temps, l’alcool se répand à flots détendus sur la planète des crétins qui laissent crever leurs bambins. Selon le même principe de précaution, c’est donc l’homme dans son intégralité merdeuse qu’il faudrait songer à stériliser.

Une pensée pour Maddie puisque dans cette histoire, que ce soit pour les plaindre ou désormais les lyncher, l'opinion a toujours vu cette histoire du point de vue des parents.


* étonnant que Sarko ne s'en soit pas mêlé.

** depuis début mai, la disparition de la petite Maddie dans une chambre d’hôtel d’un village de vacances portugais tient le monde médiatique en haleine et à susciter une sympathie planétaire pour ses parents, beaux et convenablement friqués, les prototypes de l’humble réussite occidentale.


*** 14 bouteilles pour 8 selon un témoignage.

**** avant bien sur le prochain déferlement anti-Kate Mc Cann.

mercredi 12 septembre 2007

ECHOS PARISIENS

Jean-François Bizot, fondateur d’Actuel et de Radio Nova est mort. Encore un sur le fil du rasoir, et ils sont de plus en plus nombreux, à ne pas avoir supporter l’avènement sarkozien.

* * *

Un constat depuis mon retour à Paris. C’est désormais à Londres que l’on trouve les meilleures viennoiseries, les boulangers français les plus pointus y ont planté commerces. Les boulangeries de Paris, elles, cèdent peu à peu leurs pas de porte aux seuls travailleurs acceptant de se lever à trois heures du matin qui restent en lisse intra-muros, c’est à dire une poignée de maghrébins. Entendons-nous, je n’y vois rien de mal. Mixant labeur et perpétuité de la tradition, boulanger est la plus honorable des intégrations. Si ce n’est que quand je veux un couscous, je préfère aller chez un restaurateur kabyle que poitevin. Trop gras, fade, mou et de plus en plus cher, la qualité du croissant est en chute libre sur Paris. Optez désormais pour les pâtisseries plus sucrées.

* * *

Brêve de serfs chez Gibert.

LE PREMIER VENDEUR
Tu vois pour l'instant on a la première partie : travailler plus.

LE DEUXIEME VENDEUR
Te plains pas c'est déja bien, tant que ça dure.

LE PREMIER VENDEUR
T'inquiète ca va durer... encore quarante ans.

* * *

Je suis pas économiste ni adepte du" travail" mais la logique de ce travailler plus pour gagner plus me semble absurde dans l’optique d’un rétablissement de croissance, elle s'adresse à l'individu et non à la collectivité. Ne faudrait-il pas plutôt être plus à travailler ?

* * *

A Paris, même les aveugles sont teigneux. L’un d’eux me bouscule en m’insultant. Cette ville est un exploit de bêtise, son plus beau monument : la mine blafarde des cafardeux qui ont la haine d’être là.

LE SEIGNEUR DES EGARES (compte-rendu impressioniste de la première université d'été d'EGALITE ET RECONCILIATION)

Chemin tortueux, directions contradictoires, fausse route : je ne suis pas loin de tout laisser tomber et d’aller me recoucher. Subtile mélange d'arobica, d’instinct et de volonté, j’atteins enfin le lieu de la rencontre : le domaine de Grand Maisons. C’est ici qu’est organisée ce 8 et 9 septembre, la première université d’Égalité et Réconciliation, mouvement naissant et en cours de solidification autour des analyses et de la personnalité d’Alain Soral. Guest-list et coup de tampon, j’entre dans l’ancienne étable. Deux cent personnes sont déjà présentes à quelques minutes du lancement officiel. Premier sentiment, je suis agréablement surpris par l’hétérogénéité et la jeunesse des participants. Une moyenne d’âge de vingt-huit ans est citée par Soral. Je grappille quelques conversations et constate que la curiosité est un motif de participation au moins aussi fort que la volonté de combattre le système. Chacun veut transformer l’essai virtuel et voir ceux qui se cachent derrière le clavier. Bienvenue au speed dating socio-politique en milieu champêtre.

Tout de même, je m’étonne moi-même. Me faire venir ici est un exploit. Qui me connaît saura que je suis mal à l’aise dès qu’un groupe se constitue dans ma proximité et j’entends par groupe toute assemblée de plus d’une personne. Qui me connaît saura que je suis un farouche indépendant dans tous les domaines et que celui qui me fera devenir supporter aveugle d’un parti politique - même pas né - n’est pas né. Pourtant, je suis là. Pourtant j’y crois. Je suis là pour me rassurer. J’y crois sinon c’est la fin. Il n’y aurait plus qu’à me prendre un abonnement Canal Satellite, refermer le cercueil et le recouvrir de terre. Dans ce monde sarkozien, l’individu ayant un peu de sensibilité, un début de lucidité, un soupçon de réflexion et que, par nature, toute injustice empêche de jouir en rond, ce maudit là va au devant d’une lente et douloureuse agonie. Je suis un perdu parmi les autres : un mélange de conviction et d’impuissance, à la fois intimement convaincu d’être dans le juste et donc exclu de la pensée mainstream. En voyant les grandes affiches du mouvement trônant sur l’estrade, je réalise que la contraction d’Egalité et Réconciliation, c’est « égaré ». C’est le mot me venant à l’esprit quand je regarde cette assemblée, plus si petite, de gens jadis dépolitisés, de sceptiques qui cherchent à croire, de révoltés pur-jus et d’ennemis du passé. Nous cherchons nos marques dans le cercle des égarés.

L’organisation est minimaliste, l'effort de quelques irréductibles sur-motivés, Soral est visiblement tendu. Enjeu des deux jours : début du concret ou fin du rêve. C’est le combat qui commence ou le KO final.

L’université débute. « Restons cordiaux » précise Soral. La salle est divisée en deux rangées de chaises : à gauche et à droite. D’instinct les corps se disposent autour de cet axe au gré des sensibilités politiques. Bon signe : les placements se brouilleront au fil des débats.

Les interventions du samedi matin sont centrées sur l’islam, son histoire et son rapport à la notion de nation. Ces interventions s’adressent à l’évidence à la sensibilité FN en présence et aux diverses mouvances en bataille à l’intérieur de celle-ci. De culture dépolitisée, d’éducation radicalement anti-Fn, c’est un monde inconnu pour moi. Pas de réconciliation possible sans principe d’égalité. Ce qui me semblait être acquit, et qui fut le moteur de ma venue à Villepreux, ne l’est pas forcément pour tous ici. Inquiétude. Mais, cela se passe sans heurts et l’état des lieux dressé par Christian Bouchet, certes non-exhaustif, est difficilement contestable. Un petit encouragement de Dieudonné détend l’atmosphère et redonne l’impulsion.

A la pause de midi, je reste sur ma faim. Ce que je considère comme une évidence depuis longtemps, bien avant l’élection de l’antéchrist, à savoir qu’il faut dépasser les clivages des partis populaires décrétés incompatibles par l’intelligentsia au pouvoir n’est pas encore, malgré les défaites de plus en plus cinglantes de leurs partis respectifs, une priorité pour les sympathisants d’extrême-gauche et d’extrême-droite. C’est ici la dernière fois que j’emploi par écrit les termes « gauche » et « droite » qui n’ont de signification que dans les actes.

Au fil du méchoui, je discute avec des gens charmants de divers horizons. Unis dans la casse successive de nos fourchettes en plastique, nous échangeons « cordialement » nos vues et je retrouve confiance. Sensibilités éparses mais convergentes, l’agréable fluidité des conversations entre inconnus sous un ciel d’azur prête au moment les tonalités d’un repas de famille idéal. Pour les deux cents personnes présentes ici, combien n’ont pas fait le pas ou n’ont pas pu venir, peut-être dix fois ce chiffre, peut-être plus ? Et après cela, combien n’ont simplement pas accès parce qu’ils n’ont pas le temps ou pas l’idée, à une analyse alternative ? Sûrement cent ou mille fois ce nombre. Combien d’entre eux, une fois affranchis, seraient alors en mesure d‘éclairer deux ou trois personnes dans leur entourage ? La majorité.

Curieux ou convaincus, nous sommes donc ici à quelques degrés de séparation amenés à s’estomper, de la même famille. Ok, c’est bien. Encore faut-il en informer l’entourage et les amis. Encore faut-il avoir les mots. A ce titre, je suis étonné de certaines réactions sous couvert d’« éthique » au long de l’exposé de Marie-Therèse Philippe sur les techniques de communication. Nous sommes tous ici rodés à la propagande médiatique continue mais à l’ère de l’idéologie people et de la société des apparences, il faut aussi savoir ne pas se laisser piéger soi-même dans une rhétorique pouvant desservir nos convictions. C’était là une des interventions les plus « concrètes ». Dépasser le stade virtuel est une chose, il faut sortir du cercle des initiés.

Entre L’islam, la nation et le trostkysme, une autre intervention également intéressante de Giorgio Damiiani sur les pièges d’internet. Je crois intimement à la force des mots, de nos analyses et à la transmission de nos arguments de vive voix. Comme l’a prouvée l’expérience pré électorale, ce délire médiatique d’un internet qui allait bouleverser la donne s’est avéré trompeur. Les clics ne se transforment pas en vote et la moitié des électeurs ne réfléchissent à la question politique qu’une fois dans l’isoloir pour finir le plus souvent par revêtir le manteau confortable de la raison supposée du plus nombreux. Ce que Nietzsche appelait « l’instinct du troupeau ». La sarkoze a gagné sur le terrain, en séduisant les cercles familiaux qu’elle infiltrait par tous les bouts. Le virus de la gagne tranquille a contaminé une audience croyante travaillée au corps depuis des années par la bouillie à paillettes de la télévision. Le fils de pub a embourgeoisé l’esprit français jusqu’aux plus précaires en leur faisant croire avec des formules creuses, voire absurdes, qu’ils seraient les guest-stars d’un épisode des experts-miami. Résultat, il est le seul à avoir décrocher la super cagnotte. Mais ce n’est pas le sujet et je vous renvoie en bas de page pour un complément de dégoût*. Revenons plutôt à nos égarés dont l’aversion anti-sarkozienne est le plus solide des ciments. Comme le précise Frank Timmermanns, on peut à ce sujet remercier en cette seule et unique fois - notre hyper-président : Quelle matérialisation plus concrète d’un parti extrême que celui arrivé au pouvoir en mai dernier ?

Toujours de qualité, quelques interventions sonnent pourtant parfois comme des tentatives de récupération du mouvement par le FN, preuve de l’intérêt de l’entreprise. L’audience attend plus que ça d’une université d’été. La première journée se conclut sur un texte d’Alain Soral sur les ravages de l’esprit petit-bourgeois et un débat politique avec son public acquit, le tout sur fond de tire-bouchonnage de gros rouge. C’est tout l’esprit revolutionno-festif que j’estime. Je repars sur Paris, tout va bien, je ne mets que deux heures à rejoindre ma base.

Pour diverses raisons dont la principale est une pochetronnerie tardive, je ne suis pas présent le lendemain matin pour les interventions sur le libéralisme et celle de Jean Robin dont on me dit le plus grand bien à mon arrivée vers 14 heures. L’audience a changé ce dimanche. Certains curieux de la veille ne sont pas revenus, la moyenne d’âge a augmenté et il y a encore moins de filles qu’hier. Conseil aux organisateurs : En plus d'une distribution préalable de GPS, il faut absolument amener des personnes extérieures aux prochaines rencontres, avec entrée gratuite pour les filles avant 22h et première conso offerte !

Costard soigneusement taillé, précédé de son nuage de parfum, je croise un Jean-Marie Le Pen classieux et accessible qui a soigneusement préparé son intervention. Je sens l’homme apaisé et, malgré son âge, résolument tourné vers le futur. Leçon de jeunesse. Sa venue et son discours vitalisent la dernière partie de l’université.

Les interventions suivantes gagnent en profondeur, des thèmes de réflexion sont esquissés, l’esprit d’Egalité et Réconciliation se clarifie. Une étape est franchie, on y va pas à pas. Mais ce n’était pas là le plus important. Sans rien enlever à la qualité des intervenants, les colloques furent avant tout la trame de fond, le prétexte à la cohésion des volontés éparses. Rien ne sera accompli sans volonté(s). Ce qui compte n’est pas tant le résultat que la direction à prendre pour atteindre ce résultat. Par des actes individuels et collectifs, il faut détourner de son chemin le bulldozer de la raison du plus fort. Ce n’est pas parce que le marché nous écrase qu’il faut lui cirer les pompes. Ce sont par le rythme et la multiplicité de ces actes - et les actes sont initiés par des rencontres comme celle-ci - que nous y arriverons. Je pars de l’Université d’été réconforté et avide d’action. Ce furent là les deux principaux buts des organisateurs. Ca et récolter des adhésions car maintenant faut faire tourner le bouclard.

Quant aux mises en garde de Soral sur un éventuel embourgeoisement du mouvement, vu le côté roots de sa première université d’été, on est encore loin. A ce propos, je tiens à féliciter les organisateurs, Soral et tous les participants - et je m’inclus dedans pour avoir, deux fois de suite, galéré pour atteindre cette destination improbable - pour cette recharge de confiance dès la rentrée. Nous en avions besoin.

PS : Le soir, le bon sens féminin de l’aimée casse ma baraque. Je cite : « Ouais, en fait, je ne vois pas la différence entre un club de tricot et la finalité de ton Egalité et Réconciliation ? » Je réponds à cette impétueuse qui sait trouver les mots : « certes, tu as un très bon esprit de synthèse. Mais il te manque l’imagination et la vue à long terme**. Rappelle-toi 1789. Ce truc que l’on célèbre plus de deux cents après et qui, on le veuille ou non, à jeté les bases du système républicain. Et bien ma chère, ce soulèvement des masses à démarré quarante ans plus tôt dans l’intimité conviviale de clubs de réflexions entre gens lucides et bien éduqués. Face à l’oppression aristocratique - système de droit divin implacable qui ne venait pas à l’esprit du commun des mortels de discuter - et sur la base d’un constat - l’iniquité de système est intolérable -, des gens de divers bords et sensibilités prirent sur eux de se réunir. D’abord pour se rassurer, donc pour se sentir plus fort, ils organisèrent une réflexion et des arguments à travers des œuvres et propagèrent leur vision éclairée dans d’autres cercles à priori plus hostiles jusqu’à influencer le cours de l’histoire. »



* Paté-Sarkozy a donc niqué La France, c’est un fait. Mais, il continue l’insatiable. A défaut de proprement honorer sa bourgeoise, il se fait La France depuis cent jours et garde son extase pour lui bloquant la porte de sa chambre à L’Elysée avec son autre pied pour que personne n’y rentre. La France, c’est ma gagneuse ! L’hyper-président court vers la méga branlée : c’est une évidence qui se confirme jour après jour et plus vite que je ne le pensais en mai dernier.

** Tiens prends ça ! (…avant que j’aille faire la vaisselle et repasser le linge).