20 novembre 2012

Copé: la victoire à la cool

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Grâce à des contacts en interne, nous nous sommes procurés le courrier de remerciement aux militants de Jean-François Copé, élu sur le fil opaque, président de l'UMP.  


On s'est bien marrés, mais la suite risque d'être un peu lourde.

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15 novembre 2012

Tendances 2013 : La Soc-Lib mania prendra-t-elle en France ?

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Le but d’une conférence de presse présidentielle est d'abord de séduire la presse. Si j’en crois certains éditorialistes en pâmoison entamant la séquence de la lèche après celle de la lynche, l'édition  de mardi dernier est un succès. Il ne leur fallait pas grand-chose. Des invitations en grand nombre, la possibilité de faire des twit-pics depuis la salle des fêtes de L’Elysée pour souligner la véracité du LT et, surtout, que la soupe libérale que certains d'entre eux nous servent à foison depuis des mois trouve quelques échos au sommet de l'Etat. 

Il suffisait donc de répéter "compétitivité", de placer du "pas de tabou", de l'"objectif des 3%", le tour était joué. François Hollande est décidément un excellent orateur, mettant en avant l'autorité et la pédagogie qu'on lui reprochait de ne pas avoir. L’exercice formel, calibré pour satisfaire l'espérance des scribes, restait un poil bourratif pour le commun des mortels. Pas grave. Restera le digest qui en est fait pour les trois premières minutes du JT: de la responsabilité assumée, un cap annoncé douloureux, de la gravité entrecoupée de quelques traits d’humour

Ce serait presque parfait si la méthode choisie, la même qu'avant mais en mieux, n’était pas promise à l’échec. Car il me plait bien ce président. Je ne lui reproche que sa stratégie de sortie de crise et donc ses inévitables contrecoups sociaux, donc la continuation de la crise, cet état d’urgence perpétuel qui justifie tous les renoncements comme de pousser la réflexion économique plus avant. Donnons-lui à sa demande deux ans pour que cette inclinaison soc-lib à plusieurs milliards se révèle au mieux sans effet sur la qualité de l'embauche, et que, à l’approche de l’élection nouvelle après avoir été entarté aux municipales, se drapant d’un gouvernement soudainement réassorti de rouge pastels, le président réoriente enfin son action à gauche.

Ça tombe bien, on a le temps.

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13 novembre 2012

La compétitivité incomplète

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Une semaine après l'annonce de la "trajectoire de compétitivité" du gouvernement Ayrault visant à créer 300.000 emplois en cinq ans (en admettant que l'application des recettes habituelles à base de cadeaux fiscaux pour les entreprises ne produise pas les mêmes effets sur l'emploi: c'est-à-dire aucun), une note du ministère du Travail nous apprend que 300.000 c'est précisément le nombre de salariés de l'Union européenne déjà en compétition locale avec les Français. 

Aussi juste soit le diagnostic du rapport Gallois (constat de la désindustrialisation française depuis 10 ans et de l’effondrement de la balance commerciale de +3.5 milliards à -71 milliards dans le même laps de temps[1]), la réponse gouvernementale est en partie hors sujet. Comment prétendre traiter la question de notre "compétitivité" sans aborder...

1 / ...la question du protectionnisme. Quitte à augmenter les taxes pour aider nos entreprises, on pouvait la concentrer sur certains produits d'importation, hors UE, anormalement bas dans les rayons de nos magasins. Adossé à un effort financier ciblant la recherche et le développement, les PME et les entreprises de taille intermédiaire, cela nous pousserait à nous creuser la tête pour fabriquer français dans des secteurs technologiques ou manufacturiers délaissés. 

2 / ...l'harmonisation de la fiscalité et de la grille des salaires au niveau de l'UE. Tant que subsistent des disparités allant du simple au quadruple au sein d'une même zone monétaire[2] nous empêchant une dévaluation compétitive, tout discours sur le coût du travail français revient à pisser dans un violon (en l’occurrence filer du pognon aux entreprises parmi lesquelles les plus grosses - que cela n’empêchera d'ailleurs pas de massivement licencier -, le tout en tapant dans le porte monnaie des Français et en réduisant les dépenses publiques). Pour le moment, l'Europe sert encore à justifier un dumping salarial sans fin pour ceux subissant déjà la crise, tandis que rentiers et détenteurs du capital s'en servent de support de chantage à la délocalisation

Tant que ces deux questions[3] ne sont pas abordées, on peut financer autant de crédits d'impôt que l'on veut et brandir chaque jour de nouveaux sondages sur les velléités du salarié à voir sa paye ratiboisée pour conserver son emploi, la "trajectoire de compétitivité" se résumera à une course entre deux murs sur lesquels nous nous cognerons sans fin, un coup dans l'international, un coup dans l'européen. Peut-être espèrent-ils qu'à force de chocs, on ne sente plus rien.


[1] 10 ans de droite mais aussi 10 ans de monnaie unique.
[2] Le discours sur la compétitivité tend à cet alignement européen. Dommage qu'il se fasse par le bas, au détriment des droits du travailleur, du pouvoir d'achat des ménages, et sans pour autant arranger la situation sociale ici et là-bas. 
[3] Une troisième piste serait d'augmenter le nombre des inspecteurs du travail et de  contrôleurs fiscaux. Avantage: pour un investissement minimum, et avant d'avoir à leur signer un chèque en blanc, nous ramènerions rapidement des dizaines de milliards détournés par les entreprises (via les fraudes, dont par exemple le recours à cette main d'oeuvre européenne payée aux standards de leur pays d'origine alors que c'est interdit). 

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10 novembre 2012

Travail dominical chez Bricorama : Ces journalistes au chevet d'un délinquant multirécidiviste

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Les patrons ont compris. Ça paye plutôt bien de chialer à longueur de journée. Après un cadeau fiscal de 20 milliards, la réédition sans condition du gouvernement aux fariboles du "manque de compétitivité" ou l'à-plat-ventrisme express de Bercy face à trois pigeons en ligne, pourquoi s’arrêteraient-ils en si bon chemin ? Dans un climat aussi porteur, la bataille idéologique pour le dynamitage du droit du travail se doit de continuer ! Next stop, le travail le dimanche.

A ce titre, la real-tragédie se jouant à guichet ouvert sur nos écrans autour de l'enseigne Bricorama est un petit bijou de 'com. Mêlant patron en pleurs, une poignée de salariés manipulés ne voyant pas plus loin que le bout de leur nez et des journalistes chausse-pied trop contents d'en faire les martyrs de l'oppression syndicale, les péripéties salario-lacrymales du groupe à 25 millions d'euros de bénéfices l'an passé n'ont rien à envier aux épisodes les plus racoleurs du Jour où tout a basculé.

Résumons les faits.

Jean-Claude Bourrelier, boss de Bricoramaa sciemment violé durant des mois une décision de justice en ouvrant ses magasins le dimanche. Suite à la plainte du syndicat FO, l'enseigne risque désormais de régler une ardoise de 37 millions (30.000 euros par dimanche et magasin ouvert) comme par hasard non provisionnés par l'enseigne. Alors que les grosses boites sont promptes à licencier un employé pour un détournement de 3 euros de matériel, une telle erreur de gestion, en sus de l'infraction répétée et préméditée, aurait dû coûter illico son poste à Bourrelier. Et bien non! Quand le patronat veut, il ne compte pas. Pas satisfait de les avoir instrumentalisé une première fois, le patron de Bricorama menace maintenant de licencier une partie des salariés si la justice ne se montre pas plus clémente. Et voilà notre délinquant récidiviste entamant une croisade médiatique où il endosse, avec l'aide de quelques fayots et le soutien appuyé de notre éditocratie, le costume du samaritain victime de la cabale syndicale.

Car, au-delà du trou de compta de l'enseigne, nous sommes ici dans le symbolique à forte valeur libérale ajoutéeLa bataille médiatique fait rage, unilatérale. Là dans un reportage du JT de France 2 auquel il ne manque que la musique de La liste de Schindler pour me tirer une larme, on suit le Bourrelier, victime, du tribunal aux rayons de son magasin où il supplie les managers de soutenir les "collaborateurs volontaires" (aka les mecs mal payés comme des merdes le reste de la semaine) dans cette douloureuse peine de repos qui les attend dimanche prochain. Et nos plus grandes plumes d'exprimer une soudaine solidarité avec les salariés à 3 chiffres:


Sur BFM, Olivier Mazerolle et Ruth Elkrief, indignés, se livrent en roue libre à une condamnation de cette condamnation de justice empêchant les pauvres gens de travailler plus pour gagner plusAu téléthon des patrons, la jeune garde de l'éditocratie n'est pas en reste. Sur Europe 1, David Abiker, apologiste à la cool et multisupports de la soumission salariale la plus hardcore, s'aligne sur l'argumentaire victimaire de Jean-Claude Bourrelier dans une chronique pastiche à peine plus caricaturale que l'original (faut écouter, c'est beau comme du Carreyrou sous LSD). Nos procureurs médiatiques n'ont à la bouche que le mot "la liberté", nous refaisant le verdict avec un satanique FO au banc des accusés et des salariés dans une galère dont l'état "ubuesque" serait l'unique cause. Et ma brave dame, avec tout ce chômage empêcher ceux qui veulent travailler de travailler: c'est criminel!

Tant de lyrisme de la part de nos Zola du Medef ferait presque oublier que l'immense majorité des salariés ne travaillent pas le dimanche et souhaitent qu'il en reste ainsi.

Alors rappelons au minimonde des marquises en lévitation:

1/ La "période de chômage" a bon dos. Depuis bientôt 40 ans elle sert à tout justifier, des stages non payés aux coupes de salaires, de la flexibilité au cumul des postes. L'urgence n'est pas de travailler plus, mais d'embaucher plus. 

2/ La justice a tranché. Bricorama et son patron sont coupables. Je n'ai pas le souvenir, parmi les  verdicts judiciaires relatifs aux moult faits-divers dont les médias nous abreuvent, d'un tel soutien journalistique envers les condamnés.

3/ La liberté à la carte du "salarié qui veut" ne doit pas dégrader les droits fondamentaux de tous ceux qui ne veulent pas. 

4/ Si les salariés ont un combat vers lequel ils doivent prioritairement "se porter volontaire" (mais auquel les médias n'apportent bizarrement jamais leur soutien), c'est celui pour être augmenté le reste de la semaine afin d'éviter d'avoir à travailler le dimanche ! 

5/ Je sais c'est injuste, mais que les Abiker, Mazerolle ou Aphatie (payés en une chronique les pieds sous la table le triple de ce que gagne une caissière en suant toute une journée) puissent enfin jouir de la liberté de s'acheter des tasseaux de 12 le dimanche (trop occupés qu'ils sont le reste de la semaine à cachetonner d'un plateau à l'autre pour sommer les smicards d'être plus compétitifs) n'est pas une priorité nationale. 

La bataille d'influence menée par notre Abbé Pierre des temps modernes et ses disciples d'antenne pour renverser le verdict est un nouveau cheval de Troie vers une dérégulation supplémentaire du code du travail. La suite on la connait déjà. Une fois l'exceptionnel banalisé, le travail dominical généralisé, Bourrelier et consorts pleurnicheront encore. Ils nous rejoueront à grands coups de pathos et de chantage au licenciement, la tragédie du patron victime d'un code du travail bridant toujours plus la croissance entrepreneuriale, et crieront au drame, cette fois, d'avoir à payer double le dimanche pour une journée de boulot désormais comme les autres. 

9 novembre 2012

Les étudiants américains ont la grosse dette

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En une infographie, deux ou trois choses que j'ai compris de l'inflation de la dette des étudiants américains, un mécanisme pervers qui plombe une génération. Note que le schéma (crédulité du prospect abandonné à un secteur de plus en plus libéralisé dont les prix ont en moyenne doublé en 10 ans + promesses d'élévation sociale par l'endettement) est simple et applicable dans plein d'autres secteurs (santé, retraites...) et qu'il rappelle notre bulle immobilière par la clémence appuyée dont l'Etat a longtemps fait preuve. 


Cette inflation de la dette étudiante est également liée au fait que les prêts étudiants sont garantis à 88% par l'Etat alors que dans le même temps celui-ci a réduit son financement dans l'éducation (bref c'est de la subvention pure et simple aux banques contre les intérêts de la collectivité).

Reste que le mécanisme tant qu'il tient a plusieurs avantages pour le capital:
1/ Evidemment pomper mensuellement du pognon avec intérêts (enfin tant que c'est possible de rembourser).
2/ Renforcer la ghettoïsation de classe.
3/ S'assurer une main d'oeuvre docile et à bon marché.

8 novembre 2012

La victoire d'Obama ou le second crash-system de la droite forte

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Ah si seulement le droit de vote était réservé aux vieux mâles blancs cons, riches et isolés l'occident n'en serait pas là, fulminent-ils. Le suspens était donc gonflé aux hormones de droite: Barack Obama est réélu président des Etats-Unis et mieux que ses détracteurs ne le pensaient. 

A en suivre les commentateurs et les chaines d’info continue, ici comme là-bas, cette réélection est un "exploit", à deux doigts de l'inconvenante surprise. Passé le délice matinal de survoler les tweets de nos libertarés locaux et autres apprentis néo-cons qui se voyaient déjà en haut de l'affiche à Broadway, et d'un billet d'Ivan Rioufol (le journaliste du Figaro capable dans un même billet de s'insurger contre le "monde globalisé" tout en souhaitant plus de libéralisme) s'insurgeant de cette victoire de "la diversité" (on appelle ça aussi le peuple), nous ne poussons un grand ouf de soulagement. S'il ne soulève pas le même espoir qu'en 2008, ce résultat rassure sur la robustesse des peuples. La campagne financée à coup de dons de 3 dollars décroche la timbale face à celle sponsorisée par les banques et les grosses entreprises

Au niveau tricolore, après l'éparpillement façon puzzle de l'UMP d'il y a six mois, la réélection d'Obama en conjoncture merdique valide la faiblesse des stratégies électorales de type "droite forte" à la Copé-Peltier. En plus de sa richesse un peu trop affichée et de sa relégation des classes populaires à la rubrique perte et fracas, le beau Mitt a pâti des énormités répétées sur la religion ou l'avortement de son aile la plus droitière. Sur un point encore plus anecdotique, mais si savoureux, cette victoire accélère un peu plus la date de péremption d'un retour politique de  Nicolas Sarkozy, monsieur Ouiwilleouinetouguézeure qui, entre autres prétentions, s'autopersuadait d'être le frère jumeau du grand Barack.

Seule ombre au tableau: une cohabitation toujours en place qui compromettra encore le volet social de l’action d'Obama. Cette victoire ne doit pas faire oublier non plus que des forces de hétéroclites, à priori incompatibles, se sont soudées en un temps record sous la présidence d'Obama, un peu à l’image de ce qui commence à se passer ici depuis six mois. Le mouvement des pigeons ou celui des anti-mariage pour tous sont les prémisses d'une coalition contradictoire allant des libéraux aux réactionnaires, en passant par les "apolitiques" et les couvertures des news magazines les plus célèbres, d’abord unis par leur terreur fiscale, le refus de "payer pour les autres" et la détestation d'une application, même vague, du socialisme. Avec, en prime, la sucette du repli identitaire apeuré saveur musulmanopéril.

Obama quittera la présidence six mois avant la fin du quinquennat Hollande en mai 2017. Notre droite a le temps d'ici là de mettre de l'eau plate dans son vin de messe, de faire des alliances avec une extrême droite ripolinée, de propulser un candidat fourre-tout à la Fillon (réussissant l'exploit de faire oublier qu'il a été cinq ans premier ministre et qu'il est aussi violent que Copé, voire plus). Le combat sera rude pour la gauche, d'autant que celle au pouvoir ne l'aide pas particulièrement ces temps-ci

Et comme l'on doit beaucoup à l'Ohio...

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