Il faut bien que l'info continue. Après la journée consacrée au développement de la notice d'utilisation du nouveau président globalement considéré par l'éditocratie comme un accident de l'histoire[1], voici en ce 8 mai sur nos écrans de divertissement le nouvel épisode de l'info-feuilleton version politique: Pleurer Sarko. Ou, comment les larmes journalistiques sont parfaitement solubles dans la commémoration historique.
Avouons qu'à défaut d'avoir réussi sa campagne, Nicolas Sarkozy négocie parfaitement sa sortie. Après un discours rassembleur quelques minutes après la défaite (peut-être son meilleur depuis 5 ans), celui qui parait-il veut arrêter la politique entame avec le concours appuyé des chaines d'info[2] une séquence anesthésiante de ripolinage de son image. L'acmé lacrymale en sera incontestablement ce dépôt de gerbe ce 8 mai sous l'Arc de Triomphe en compagnie de son successeur, François Hollande.
Sur les chaines de news TNT, ce jour de célébration de l'armistice de 1945 vire vite à l'hommage au président du passé, avant que ses sbires (Pecresse, Zadig et Voltaire), fidèles à la tradition, taclent à l'antenne le nouveau président à 10 mètres de la flamme.
Terminées les consignes de campagne: avant de changer de cheval d'ici quelques jours, Mazerolle livre la météo de ses émotions et y va de son commentaire de poète-pouet dans ce qui tourne sur BFM à la cellule de soutien psychologique de sortie du sarkozysme. Et si la question politique du matin répétée par Jean-Michel Aphatie ou Ruth Elkrief (et surement par d'autres dans une journée ne fait que commencer) fut "A quoi pense-t-il ?", la leçon à retenir est que "Sarkozy est apaisé". Super. On est content pour lui.
(Une autre claudette en larmes ne s'expliquant toujours pas l'électrocution de la popstar.)
Et les victimes de sa politique tombées au champ d'honneur de sa guerre anti peuple, à quoi pensent-elles exactement en ce moment ? Ouais, bah coco tu comprends: c'est pas avec ça qu'on va capter le spectateur et puis aujourd'hui c'est l'armistice. Priorité aux anciens opposants.
Partir sur l'image du rassemblement et de l'apaisement avec un commentaire dégoulinant de guimauve à la nostalgie alors que durant cinq ans le président n'a fait que diviser les Français et cliver le débat, et qu'il appelait à siffler les journalistes en meeting il y a encore quatre jours: il fallait le faire, ils l'ont fait.
Il est vrai qu'en ce jour médiatiquement silencieux du 10e anniversaire de l'attentat de Karachi voir Sarkozy sur la sortie se faire relooker façon ancien combattant sur la flamme du soldat inconnu par les experts en carton de l'info-feuilleton, oui, il y a de quoi pleurer.
[1] comme quoi, ils devraient plus souvent lire les blogs.
[2] N'y voyez aucun complot, on est dans le réflexe pur.











