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28 décembre 2009

[video] Le grand débat lâche

par
Retour en vidéo sur le carton d'invitation à librement exprimer sa haine de l'autre, délivré à l'approche des élections par un gouvernement camouflant sa désastreuse politique anti-sociale derrière un patriotisme de façade.



Rappel aux électeurs UMP : Il n’y a pas de déficit de patriotisme mais un manque de citoyenneté. Le patriotisme est publicitaire, la citoyenneté c’est l’expérience du quotidien.

Rappel à ceux qui se sentent visés à juste titre par ce faux débat : l'intégration est un concept de dominant. Il n'est jamais posé, ni lancé selon les termes de celui censé s'intégrer mais bien selon le calendrier et les critères de celui qui tolère. Celui qui vous parle d'intégration, n'exprime fondamentalement que la peur de ce que vous êtes, ou de ce qu'il pense que vous incarnez.

Nous reparlerons d'identité nationale lorsqu'il n y aura plus un seul citoyen mourant de froid au pays des lumières éteintes.

Le pearltrees : "A qui profite le débat ?" par Reversus.

A qui profite le débat ?

* * *

Dans la série que disaient les blogs politiques à l’époque, je suis tombé par hasard sur ce texte d'Henri Calet, chroniqueur au journal "combat", écrit en février 1945.

La France sort dans la douleur de cette guerre qui selon certains (dont on se demande encore comment ils ont pu accéder à de telles responsabilités en énonçant de telles sottises) aurait pu être évitée avec un beau débat à la Besson.

Guerre, invasion, identité, France idéalisée du passé, différence, haine et natalité, nature humaine avec ou sans guerre : Calet répond avant leur naissance à André Valentin et Christian Estrosi.


« Dans un article récent traitant de la naturalisation des étrangers en France, nous écrivions qu’il est urgent de nous en agréger un grand nombre pour pallier un peu le dépeuplement de la nation. Et nous nous référions à des statistiques de désastre. Nous y revenons aujourd’hui.

Avant, on voudrait accuser de réception de quelques lettres de lecteurs assidus, comme ils disent, et anonymes. Un monsieur me traite de « sale juif ». Bon. Ailleurs, déclarations xénophobes et antisémitiques, le tout sur un refrain chauvin. La France aux Français ! s’écrie une dame.

On espérait ne pas devoir réentendre ce vocabulaire. Ni cette propagande raciste et hitlerienne qui s’inscrit nuitamment sur les murs. La leçon de haine de quatre ans a été bien apprise.

Un autre monsieur s’indigne contre une « racaille ». Il dit en terminant qu’il débute dans le billet anonyme. On ne l’aurait pas cru : il s’y prend fort bien. Du premier coup, il a trouvé le style nauséeux qui convient. Et, là dessus, il signe, comme nous l’aurions fait à sa place : Un C… de Français. Mme Dubois, qui ne donne pas son adresse, parle également de « racaille ». Ces gens s’instruisent dans un même dictionnaire. Plus loin, elle s’emporte contre « la lie qui s’empare des emplois et des logements ». Mme Dubois est très véhémente : « A bas les étrangers s’exclame t-elle, à bas les Juifs, ce sont ceux-là qui font le marché noir. »


Pour Mme Dubois il reste évidemment encore beaucoup trop d’étrangers et de Juifs. Probable qu’on n’en a pas assez pendu, qu’on n’en a pas assez brûlé ni assez fusillé. Mme Dubois se débarbouille au sang frais tous les matins. Des mises au jour des nouveaux charniers avec des photographies à l’appui, il lui en faut dans son journal. Pour conclure, elle déclare : « J’espère qu’après la guerre il y aura un compte à régler avec les étrangers. » On voudrait pouvoir lui promettre d’importants pogromes, une Saint-Barthélemy, des Vêpres siciliennes ou des Matines brugeoises… Mme Dubois, on vous trouve, un peu ignoble sans vous avoir jamais vue.

Sortons de ce monde obscur. Et respirons.


Nous redisons qu’un apport étranger nous est immédiatement nécessaire. Que les naturalisations doivent se faire avec prudence, nous ne l’avions pas précisé. Mais on sait qu’il existe un appareil administratif qui passe pour sévère.


Depuis des années la courbe démographique ne cesse de descendre. Voici des chiffres : la fécondité et la mortalité demeurant au niveau de 1935, la population de la France serait en 1985 de 29 millions et demi d’habitants, parmi lesquels plus de 11 Millions de vieillards. Or, depuis 1935, il y a eu la guerre ; on s’en souvient , il y a les privations actuelles. Et il y a aussi la longue absence de 2 millions et demi d’hommes.


Les causes directes sont connues : diminution du nombre des mariages, infécondité, avortements (on en compte 400.000 pour 600.000 naissances), divorces.

On ne tient pas pour très efficaces les diverses mesures prises jusque ici : allocations, réductions d’impôts, etc… La courbe baissera encore, on peut le craindre.


Dans les pays de dictature, on a poussé les couples dans les alcôves. Pour obtenir des régiments tout neufs. Cette contrainte ne nous satisfait pas. Ni dans ses moyens ni dans ses fins.


Ici même on a connu un gouvernement qui avait pris pour devise : Travail, Famille, Patrie. Pendant quatre ans, il a été distribué des médailles et des honneurs aux familles nombreuses. Dans le même temps, on raflait les hommes valides pour les remettre à l’occupant. Ils sont encore en Allemagne, aux travaux forcés. Voilà pour le travail et la famille. Quant à la patrie, personne n’a oublié ce qu’il en a été fait.


Question vitale, sans doute. Recommandons aux spécialistes de s’appliquer à y trouver remède. Mais on croit que la cause véritable de la dénatalité se trouve dans l’insécurité de l’avenir. On ne dit rien des jours présents. Pour le moment l’ont tue. Mais après ?


On peut penser qu’il y aurait davantage d’enfants en France si l’on n’avait pas dû en faire un tel grand massacre tous les vingt ans. On peut penser également qu’on verrait ici plus d’enfants si le sort matériel de tous était mieux assuré. Si l’on pouvait regarder grandir un enfant sans avoir d’inquiétude et qu’on pût ne plus lui prédire : « Quand tu seras grand, tu seras chômeur, d’abord, puis tu seras un héros. »


Si l’on vivait heureusement en France, et ailleurs, il semble que les enfants naîtraient tout seuls, comme des fleurs sous un ciel tranquille.


En somme, dans le futur, le problème se poserait ainsi : faire des canons ou faire des enfants. »


Henri Calet, chroniqueur,
in « Combat » numéro du 28 février 1945

Texte publié chez Grasset en 1956 dans le recueil contre l’oubli.

[update : perle, lien 28.12.09 21.30]

2 décembre 2009

Un racisme qui en cache un autre

par

Quand le monarque est en rupture de cartouches économiques, qu'il ne peut parader avec son bilan un peu court, il sort le fusil à pompe idéologique.

Le vide gouvernemental est ainsi fait qu'il faut constamment le remplir.

Au fur et à mesure que le roi des riches se refuse à regarder la crise et ses vrais effets en face (licenciements massifs, explosion du chômage et précarisation de la classe moyenne qui ne font que commencer), par sbires médiatiques interposés, il aide au développement du ressentiment populaire.

Il se base ainsi sur le plus petit commun multiple du genre humain et de son électorat (pourtant lui aussi économiquement amoché) : le rejet de l'autre.

Identité nationale, mariage gris... Autant de contre feux marketing bricolés à la va-vite à quelques semaines des régionales pour créer du bouc émissaire et récupérer des voix au seul endroit où L'UMP croit pouvoir encore en puiser : Le FN.

Ça et le thème de l'insécurité : Rien de bien neuf. La droite peut crier à la pauvreté de la grille de lecture de l'opposition, nos hommes du progrès, eux, sont scotchés un demi-siècle en arrière. J'ai bien peur pour l'UMP que, même avec sa passion pour la ré-interprétation de l'histoire, elle sous-estime un peuple à qui il doit rester un semblant de mémoire.

Les récentes polémiques le prouvent : Si ce gouvernement aime jouer de l'amalgame xénophobe façon nov-langue, il n'aime pas être choppé en flagrant-délit de racisme pépère.

J'en ai souvent parlé, on reconnaît le véritable homme de droite, (testé et vérifié à moult reprises) imbu de supériorité coloniale, à son indignation lorsqu'on le traite de raciste.

Il trimballe du cliché sur les arabes à longueur de journée, il aime avoir ses bons petits auvergnats, il a une image arrêtée sur "tous des dealers qui niquent leur mère et crament leurs allocations à fumer des joints en bas des cages d'escalier", il ne perd pas une occasion pour stigmatiser par l'humour gras ceux dont il jauge à la couleur qu'ils ne sont pas nés sur le sol français alors que leurs familles y sont depuis trois générations mais, attention, O grand dieu des blancs, il n'est pas raciste !

Et au fond, la majeure partie du temps, je le crois. Mais il en va du racisme comme de l'amour : Seules les preuves comptent.

Notre gouvernement, soutenu par un électorat qui n'aime pas qu'on lui dise qu'il est raciste, joue donc une partie perdue d'avance : Surfer sur la haine de l'autre sans la laisser éclater autrement que par les urnes. Ce qui promet pour son futur réseau social sur internet !

C'est ainsi que le résultat du référendum helvète à 57% pour l'interdiction des minarets gêne aux entournures nos UMP nationaux qui en une rafale transalpine prennent sur la tronche les détritus qu'ils balancent depuis des mois de leur Titanic électoral.

Le résultat suisse est formel : A partir du moment où l'on pose des questions qui sentent mauvais, faut pas être surpris d'obtenir des réponses qui puent.

Élus de l'UMP, si vous tenez à piquer des voix à l'extrême-droite, allez jusqu'au bout de votre revival opportuniste d'une France purifiée. En bref, assumez. Même l'ignominie demande du courage.

Pour les autres français, un peu moins blancs que votre classe dirigeante, rassurez-vous : Elle n'est pas raciste. Ségrégationniste, oui, mais uniquement envers tout ce qui n'est pas riche. Elle préférera toujours un pas-blanc riche à un de souche fauché. Le racisme anti-pauvre est la vraie marque du régime. Jour après jour, il nous le signifie : Lui et nous ne sommes pas du même monde.

Sa façon même de relancer ces thématiques putrides est la preuve de son profond mépris du peuple. Le racisme étant avant tout une problématique de cons.

Ce qui me rassure dans cette rengaine nauséabonde : Étant donnée la culture politique au sommet, à plus ou moins brève échéance, tous les français seront considérés comme des enfants d'immigrés.

Pauvres, en passe de le devenir, travailleurs précaires, carbone-taxés jusqu'au trognon, peu importent nos origines, nos convictions et notre couleur de peau, chacun de plus en plus en colère : Aux yeux du pouvoir nous deviendrons tous des terroristes.

Faire front commun pour leur foutre une grosse branlée, ce serait peut-être ça l'identité nationale ?

[Update 02.12.09 21h00 : L'identité nationale UMP à la californienne :]


12 septembre 2009

Hortefeux : Back to basics

par

Qu'on se le dise : Un Brice Hortefeux déclarant goguenard au sujet d'un jeune militant d'origine maghrébine dont il dira plus tard qu'il s'agissait d'un auvergnat (comme si cela était moins grave), " Dès qu'il y en a un, ça va. C'est quand il y en a beaucoup qu'il y a des problèmes " n'est pas une dérive de la ligne gouvernementale.

Ce n'est pas non plus un dérapage, ni une levée de voile sur la vraie nature du ministre de l'intérieur. C'est l'expression la plus droite
de cette ligne gouvernementale (sans maquillage, ni journaliste complaisant, ni média-training) via un de ses plus fidèles exécutants dans un environnement idéologiquement sécurisé (université d'été de l'UMP) captée par une caméra qui n'aurait pas du être là. Notons : Comme pour le "casse-toi pov'con", autre keyword du quinquennat, le clip qui fait débat ne vient pas de la télévision.

En fait, pour notre chef de la police, c'est à peine une erreur de com'. A la rigueur, ce sera une pièce supplémentaire ajoutée au dossier des "dérives potentielles d'internet".

Énième exemple de racisme tranquille avec assentiment de la victime, le ministre de l'intérieur ne fait que donner aux supporters de l'action gouvernementale ce qu'ils désirent entendre.

Alors oui dans n'importe quelle démocratie normalement constituée, un ministre de l'intérieur pris en tel flagrant délit aurait démissionné mais, comme on dit chez eux, "pas ça de chez nous".


Allez savoir, c'est peut-être même bénéfique pour l'action gouvernementale. Ça ne peut qu'attiser les tensions. Ce gouvernement ayant inévitablement besoin de la crainte populaire du chaos des ghettos, il pourra ainsi à nouveau tambouriner qu'il est le meilleur remède pour contrer la montée de la violence et des incivilités dans la société même si chiffres, témoignages et vidéo du monde.fr prouvent qu'il n'a de cesse de l'envenimer depuis sa prise de pouvoir.

Ne pas oublier que dans ce type de régime, ou dans le régime de ce type, c'est avec ces petites phrases au Karcher que l'on devient roi.



30 mars 2009

Dupont Lajoie 3000

par

Ce week-end dans les médias, la polémique sur l’interdiction de la chanson d’Orel San, sale p*te, aura fait feuilleton. Le chanteur réussissant l'exploit, avec un morceau vieux de deux ans, de s'attirer les foudres conjointes de l'opposition et du gouvernement. Ce dernier, par la voix de sa secrétaire d'état à la solidarité (pour la déconne) en appelant même "à la responsabilité des dirigeants des sites de vidéo en ligne" pour qu'ils retirent la vidéo. (Nadine Morano étant en week-end Smart Box, thalasso au Touquet, ne pouvait s'occuper elle-même de cette opportune communication.)

Je ne connais pas le chanteur, je n'ai pas écouté son opus et je m'en contre-fous. Je n'entamerai pas le débat de la défense des œuvres de fiction ici, ce serait abdiquer à la logique répressive des donneurs de leçons et dérouler le tapis rouge aux sempiternelles conclusions de ce genre de polémiques : La censure des diffuseurs et, à terme, l'auto-censure des créateurs.

Penchons-nous plutôt sur le traitement de l'information ce week-end et comparons cet embrayage systématique des roboches [1] dès lors qu'il est question d'incitation à la violence ou à la haine raciale, en l'opposant à leur mutisme dès que la sauvagerie et le racisme sont avérés à deux pas de leurs rédactions.

En effet ce week-end, il fallait bien scruter la rubrique faits-divers pour découvrir que s'était joué en plein Montreuil sous bois[2], un remake grandeur nature du film Dupont Lajoie.

Résumé de l'épisode : Mi-mars, un marocain en visite en France se fait tabasser au grand jour par un collectif de riverains au prétexte qu’il ressemblait à un pédophile sévissant dans le quartier (et dont apprendra à l'occasion de son arrestation qu'il est algérien : "Ah mais vous savez monsieur l'agent ces bikos y sont tous pareils !").

Dans un entrefilet radiophonique entre le tiercé et une éditorial dithyrambique sur le popularité du président signé Catherine Nay, j'apprends que l’innocent a la mâchoire pétée, la tête défoncée, qu'il est dans un état grave et qu'il en gardera des séquelles. Pas les rédactions.

Quelques lignes factuelles
dans le Parisien, un paragraphe dans Le Point, rien sur Tf1.

RTL parle d’une "tragique erreur" : L’homme à moitié tué n’était pas "le violeur des stades". Soyons soulagés : Dès que nos amis qui nous "veulent du bien" auront trouvé le bon marocain, ils pourront recommencer.

Bien sur, pour la forme, un des Charles Bronson a été arrété. Quant aux autres, on sait juste qu'ils participèrent. Qui étaient ils ? Ton voisin, le mien, de bons français probablement horrifiés par la chanson d'Orel San.

Conclusion provisoire : En France en mars 2009, mieux vaut être une femme qui, si une chanson d'un rappeur inconnu est prise au premier degrè par un mari docile basculant sans prévenir dans l'extrême-violence, risque (peut-être, on ne sait jamais, mieux vaut interdire toute forme de musique) de se faire bastonner, que d'être un homme un peu trop typé maghrébin et, sur cette base, de se voir péter la gueule en toute décontraction par des citoyens remontés.

[1] Roboche : Journaliste français cajolant les opinions gouvernemantels et chuintant ses fins de phrases.
[2] Note pour les provinciaux : Montreuil est limitrophe de Paris.

19 novembre 2008

Avoir ou ne pas avoir la carte

par

1 / AVOIR LA CARTE :


2 / NE PAS L'AVOIR :

Remarquez dans le cas 1 comme on peut, tout en travaillant au Figaro et cumulant plusieurs piges par semaine à la télé à un SMIC la prestation, assener en toute décontraction n'importe quelle connerie. Compte-rendu critique ici et enquête là.

Notez dans le cas 2 comme on est, au mieux, un répugnant sujet de conversation.

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