jeudi 7 juin 2012

Prometheus : le masque et la thune


Comme disait John Hurt en finissant ses céréales, avant d'être interrompu par quelques gaz abdominaux : "la chair est faible". 

J’ai donc cédé. Alléché par une bien stressante bande-annonce et un concert de critiques polémiques dont les deux tiers affichaient une admiration profonde pour le réalisateur et s’efforçaient de trouver un sens philosophique au barnum en 3D comme si il s'agissait là des saintes Ecritures, je suis allé voir le Prometheus de Ridley Scott. Le film évènement de la semaine passée, antérieur à Alien (1979), est censé expliquer le pourquoi de la présence de l’ignoble monstre dans l’astronef en fer à cheval.  Après 32 ans, 4 films et 3 spin off de la marque, il marque aussi le retour du papa de l'épisode original derrière la caméra.

Pourtant dans de bonnes dispositions dès la scène d'introduction de la chose filmique tout droit sortie d'un DVD de la scientologie, je pleure déjà mes 10 euros. La suite me le confirme. Nous sommes en présence d’une bouse intergalactique[1] dont la nullité n’a d’égale que le statut de grand film imposant le respect auquel, avec le renfort de la presse spécialisée, il prétend appartenir. 

Ce n’est pas tant le propos fin comme du papier à cigarette (après tout le pitch d'Alien est bien plus simple) que l’absence totale de profondeur des personnages (dont on ne sait pas vraiment combien et qui ils sont, ce qui gêne un peu pour se passionner pour le machin[2]), l’étonnante inaptitude du réalisateur à trancher pour un genre précis et du coup les ratant tous (action movie testostéroné ? Mystique trip pour adolescente avatarisée ? lol parodie de 2001 avec un peu de gore au milieu pour les fans de Saw ?), cette obsession à expliquer la moindre notion de WTF biologie tout en se cognant tous les trois plans de la plus simple cohérence narrative (et là c’est un festival entre les ellipses improbables, la disparation de personnages dans une scène de course poursuite ou les différentes pistes lancées juste pour la déconne) qui accableront le spectateur pourtant féru de SF. 

Soyons honnêtes, j’ai eu plus de plaisir à mater Predator vs Alien que ce navet à forme de blockbuster qui va jusqu’à rater son intérêt central (franchement serait-on allé le voir autrement ?) : sa connexion au film original.

Suivant l’exemple de Cameron avec Avatar, Ridley Scott a voulu faire le film total. Récupérer la paternité de la marque et fédérer les générations: titiller la nostalgie des parents et relancer une nouvelle franchise pour les enfants (d'où la fin ouverte) comme l’a fait George Lucas avant lui. James Cameron, lui, a créé avec succès un monde complet, lui permettant. S'empêtrant avec l’ancien Alien, affublé des scénaristes de Derrick et du set designer du Monde de Narnia (où est passé le réalisateur de Duellistes ?), Ridley Scott est prisonnier de la légende et, bien vite, Alien devient un frein pour les spectateurs de Prométheus tandis que Prométheus gâche le plaisir des fondus d'Alien, l'essentiel du film est à l'image de ce tiraillement : constitué d'incessants aller-retours entre les deux vaisseaux avec au milieu des morts dans d'atroces douleurs dont on se contrefout. 

La force du premier Alien ne résidait pas dans sa science-fiction - ce n'est qu'un décor, un contexte  - mais dans son huis clos, et la relative invisibilité du monstre. Ridley Scott semble l'avoir oublié et offre paradoxalement un prequel faiblard rapporté aux suites de Cameron, Fincher... et même Jeunet va. 

Ici on voit tout, ça bouge partout (et sans casque c'est plus pratique), on ne fait pas durer les plans plus de 6 secondes et l'on se soucie d'abord du cahier des charges 3D. La faute à Scott ou à l'avidité des studios qui ont envisagé l’objet comme ils envisagent désormais tout le spectre la production à pognon (des films pop-corn de 7 a 77 ans à voir en centre-co) ? Comme disait Ripley se jetant dans les flammes à la fin d'Alien 3, un monstro-bébé dans le bide : "il ont eu les yeux plus gros que mon ventre, voila tout". 

Toujours est-il que je m’inquiète sérieusement pour la suite annoncée par Ridley Scott lui-même de Blade Runner. Dans l'espace marchand, personne ne vous entend crier au blasphème !


[1] copyright Yannick Dahan
[2] mention au slip Velpeau de Noomi Rapace qui mérite tout de même l'oscar du meilleur costume

16 commentaires:

Anonyme a dit…

grand fan d'alien,surtout du 1er et du 3eme,je ne crois pas que j'irais voir prometheus,aux vues de tous les fans de la saga qui se sont littéralement fait chier et ne tarissent pas de critiquent,et ce d'un bout a l'autre du monde. si effectivement il doit y avoir une suite au film magistral qu'est blade runner,je n'irais pas non plus,car je vois mal comment on pourrait mieux faire. dans le premier alien,le tournage n'a duré que qq semaines,laissant place a beaucoup d'improvisation pour les acteurs,film a petit budget mais dont le coté organique et effectivement le huit clos sans quasiment jamais voir le monstre le rendait flippant,trop de pognon tue la création. une imprécision tout de même dans cette article,cameron a bien dit qu'il y aurait un 2eme avatar,film qui,la première fois m'a semblé sympa mais qu'en re-regardant,j'ai franchement trouvé chiant et sans intérêt (accessoirement puant le bon sentiment comme l’armoire d'une vieille puant la naphtaline). le cinéma etats uniens est le reflet de son pays,en pleine déliquescence,a tel point qu'on voit maintenant apparaître des remakes de remakes.

Cap2blog a dit…

Moi aussi je me suis fait avoir. Sans parler des références à Alien, je n'ai strictement rien compris au scénario. Heureusement, en tant que "vieux", je n'ai été racketter que de 8.60€...

Politeeks a dit…

J'attend le MKV en 1080p DTS. Aucun autre effort ne sera fait.

Anonyme a dit…

Y a des gens qui acceptent encore de payer 10€ pour une place?

seb musset a dit…

@anonyme > Je sais... un moment de faiblesse.

Anonyme a dit…

Tout à fait d'accord, Prometheus est une grosse bouse, et on ne sait pas où est passé le réalisateur de Blade Runner ou des Duellistes.
Mais concernant Avatar, euh quoi dire c'est une grosse bouse aussi : le scénario de Pocahontas, un univers pas très original et une réalisation très moyenne, où est le réalisateur d'Aliens et Terminator (1 & 2) ?

Anonyme a dit…

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EN DESSOUS JE SPOILE ATTENTION !
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La ou le ratage est le plus total et le plus impardonnable c'est le raccrochage avec le premier épisode d'alien.

Dans Alien I, les humains explorent le vaisseau en forme de croissant et trouve un cadavre d'extraterrestre dans ce qui semble être une salle des commandes.

A la fin de prometheus, l'extraterrestre est bien dans la salle des commandes dans la même position, sauf que...
trois scènes ineptes plus tard, on le voit en train d'essayer de buter la scientifique idiote, et finalement se faire gober par une chose baveuse qui lui injecte un alien.
Il meurt donc le bide explosé au milieu des cailloux.

Alors comment son cadavre peut-il ensuite rejoindre la salle des commandes de son vaisseau, là ou quelques dizaines d'années plus tard Ripley ira le trouver ?????

Prometheus, c'est un film à vous faire aimer Taxi 4 !

ZapPow a dit…

L'Odieux Connard analyse le film Prometheus ici :

http://odieuxconnard.wordpress.com/2012/06/03/promethee-use-et-abuse/

Ça décoiffe.

Gildan a dit…

Merci ! J'ai beaucoup ri ! Enfin...je n'aurais pas dû, t'as quand même perdu 10euros...1 mojito et demi !
:)

Anonyme a dit…

En réponse au spoiler :

Le film est bel et bien bourré d'incohérences et est bel et bien raté.
Par contre, cette remarque n'est pas recevable car il ne s'agit tout simplement pas de la même planète.
Le lien entre Prometheus et Alien 1 n'est pas aussi direct.

Anonyme a dit…

spoiler to anonyme :
ah ben merde alors. certes j'avais remarqué que c'était pas le meme climat, dans alien I la planète est en permanence traversée par de gigantesques tempêtes quand dans prometheus mis à par l'atmosphère trop riche en CO2 on se croirait en nouvelle zélande.

J'avais mis ça sur le compte d'une des nombreuses ellipses qui masquent le vide intersidéral du scénario.
google étant mon ami et pour ceux que ça intéresse :
Le Prometheus se pose sur la planète LV-223... Le Nostromo se pose sur LV-426.

voilà.
bon cest le café du commerce dans les commentaires, mais comme on nous parle plus dnas les médias de l'invasion de steacks hachés hallal qui vont poser des bombes en burka hein.... faut bien s'occuper ;))

Anonyme a dit…

Ben on a dans ce film un androide qui, déçu et "rejeté" par ses créateurs, joue à dieu en faisant de charmantes expériences de son coté, et de l'autres des extraterrestres qui décident de détruire la terre, et pourquoi ? parce qu'on s'est tourné vers un dieu unique ? mystère...à part ça fallait voir le film en faisant quasi abstraction de la première saga. Tout comme Star Trek, les puristes sont déçus.
Bon y'a des trucs marrants quand même, les pilotes qui se sacrifient limite en criant youpi, le biologiste qui croit malin de faire faire risette à un ver mutant alien dégueulasse... Pas le film de l'année, mais un bon film quand même. Enfin moi je me suis diverti.

apres je serais curieux de voir ce que va faire shaw face aux SJ, toute seule avec sa tête d'androide ^^

Anonyme a dit…

Jeux des acteurs nul à part l'androide et noomi rapace.
Pour le reste, le commandant à la fin qui se suicide joyeusement comme s'il allait boire une bière, le couple géologue punk/biologiste en homos refoulés, la blondasse de service, le copain de noomi soit disant chercheur mais avec des questions existentielles dignes d'ado red bullisé...

Mais bon je reste bon public malgré tout...J'y suis allé avec mon âme d'ado en mode collège fou fou fou. Y'a des belles images quand même et la césarienne du poulpe cosmique. Bon et pis y'a pas grand chose à se mettre sous la dent non plus. Merci à giger pour le coup de main aussi...Pourvu qu'il ne sabote pas la suite de blade runner...

Anonyme a dit…

"La force du premier Alien ne résidait pas dans sa science-fiction - ce n'est qu'un décor, un contexte - mais dans son huis clos, et la relative invisibilité du monstre"

La vie quoi... mais bien dit

Omatic a dit…

La thèse selon laquelle l'humanité serait une expérience ratée qu'il faut détruire est quand vachement forte. C'est ce qui m'a plut dans le film.

L'antithèse de la vie et de la mort présente le long du film nous ramène à notre état d'humain mortel, et face à notre ego.
L'opposition du space jokey qui se sacrifie pour donner la vie et le vieil homme fortuné,avec un ego démesuré, qui court après l'immortalité est le sens du film.

Le vieil homme représente le pire de l'humanité, le culte de la personnalité, l'individualisme, l'ambition, le pouvoir financier sans scrupule. Il se crée même un robot qu'il aime plus que sa propre fille, car soumis et sois disant parfait. Ce robot est ce que voudrait faire de nous la logique capitaliste, obéissant et sans conscience.

J'apprécie ce film car il est très négatif sur l'humanité. Quand on voit tout ce qui se passe autour de nous d'atrocité, d’égoïsme et d'oppression. On peut se demander si notre "créateur" ne voudrait pas nous détruire.

Anonyme a dit…

Encore un article du type "bouse" mais loin de pouvoir prétendre au qualificatif de "bouse galactique", il se contente d'être une "bouse commune", banale, ordinaire et insipide... sur laquelle je viens quand même de perdre 4 minutes !