4 mars 2009

L'arme fatale

par
Plus juteux, moins coûteux et plus savoureux qu'une balle de 9mm :


Économique (1.95 euros le pack de 6 chez ED) et recommandé pour la croissance. De sa souillure fruitée sur tête de thon, il saura distraire un bref instant de leurs déchirantes problématiques de crise les hommes d'état infatués.

1 mars 2009

Quand le roi foire

par

Bientôt deux ans de règne du héros réformateur de la modern politic qui allait sauver La France prise en otage par l'héritage de 68. Résultat : Une croissance négative, une hausse record du chômage, une classe moyenne défoncée, des milliards dilapidés pour sauver les amis banquiers... Et la sale histoire n'en est qu'à son début.

Pour ceux qui ont raté les premiers épisodes:
Ce beau matin de mai 1993, je découvre les images (déjà sur la première compagnie) du jeune maire de
Neuilly-sur-Seine sauvant un enfant des griffes d'un Human Bomb à qui il a promis qu'ils pourraient être amis et qui sera neutralisé d'une balle dans la tête quelques heures d'après. J'ai la conviction qu'un jour, le héros du flash spécial, occupera la plus haute des fonctions.

Quatre ans plus tard, un matin de janvier 1997 suite à ma rencontre musclée avec la police municipale de la même ville me molestant au prétexte que j'avais une caméra à la main dans la rue des riches et pas de carte de presse, je suis soulagé que les méthodes utilisées les nervis de la mairie (sous le choc, je mis quelques minutes à saisir qu'elles étaient totalement illégales) ne soient étendues à la nation.


2005, coup de Karcher chez les pauvres, j'ai la certitude qu'elles vont finir par l'être.

Début 2007, je ne ménage pas mes efforts pour alerter des dangers économiques qu'impliquerait pour la plupart de ses électeurs, l'investiture au pouvoir suprême du représentant de commerce des puissants.

Mai 2007, rendez-vous avec le grand dégoût.

Puis, très vite,
sur la base de signaux monarchiques relayés par une presse de palais qualifiant jouissance, horlogerie ostentatoire, inconséquence et suractivité de coup de jeune pour la fonction présidentielle, je retrouve la niaque nécessaire au cassage du cabot nabab.

A partir de la fin 2007, les électeurs des couches populaires, extasiés d'hier, ne cessent d'être déçus. Ils seront surpris sur la forme (exemple : un mannequin milliardaire à Eurodisney là où on pouvait s'attendre à une présentatrice à nom de voiture de luxe au Parc Astérix) mais le fond du programme est respecté :

Consolidation du communisme des possédants.


De la mi 2007 jusqu’à la fin 2008, j’accompagne dans la joie et la bonne humeur littéraire les escroqueries du vainqueur, sa kermesse gesticulante tapissée de bon sens et de costards trop grands, ses humeurs de Bad boy, ses risibles démonstrations de force sur la scène internationale, ses soubresauts en jet de Vierzon à Melun et du Guilvinec à Saint-Lô, les insultes envers ses ouailles et les rebondissements quotidiens des polémiques lancées le matin et démenties le soir par ses sbires zélés[1] maniant goguenards de la nitroglycérine idéologique avec la complicité des radios périphériques.
Fin 2008, il me semble que j'ai fait le tour de l'homme qui voulu être roi. Je calme la cadence des plaidoiries. Démonstration est faite par l'intéressé : Monarque d'opérette, il se révèle président pitoyable. Il se fera bien plus de mal tout seul que je ne pourrais lui en faire.

Pourtant
, les rares fois où je supporte plus de dix secondes de voir le héros s'agiter sur l'écran, reste ancrée cette viscérale sensation qu'à travers lui, une sombre destinée attend les Français.


Dans l'épisode de cette semaine :
Février 2009, chaque titre de l'actualité le concernant confirme à la nation américanisée que celui qui s'autoproclame omni-président n'est ni De Gaulle ni Jack Bauer mais plutôt de ces personnages quelque part entre Kinski en Aguirre et la tête-à-claques de Junior le Terrible qui sont du genre à emporter avec eux leur pays-jouet à l'enfer des enfants gâtés.
Pas loin de deux tiers des français et une partie de son camp partagent mon opinion. Le reste se scinde en deux : Les riches et les crétins. Ceux-là ayant comme ultime argument qu’avec l'aut' folle ce serait pas moins pire.

Les constats s'imposent, cinglants. Du pouvoir d’achat, de la croissance et du travail, ce président a tout foiré.[2]

Ajoutons à l'incompétence, la lâcheté et le mensonge et le portrait de l'autocrate se complète, façon caricature, sous les regards abattus des ravis du 7 mai.

Certains purent se hasarder à penser que la crise, cette méchante épidémie venue de l'étranger, révélait ses qualités du leader. Les mois s'enfilant dans le gris et la crise s'enfonçant dans le concret, l'omni-bande-annonce révèle jour après jour à l'opinion publique les limites de son seul logiciel d’analyse :

Protégeons mes copains les blindés et sacrifions les cons[3].

Seulement voila, l'update vérolé par les bugs n'en finit plus de planter le système (scandaleusement installé par défaut sur toutes les machines).

En titillant sans trop la brusquer la France du milieu, je constate qu'au regard de la destruction progressive de ses perspectives promises (à savoir thune, toit et boulot garantis à vie et toujours plus gros) encore deux ou trois boulettes présidentielles sur fond de baisse des salaires et elle sortira les couteaux. Dans les conversations son nom n'est pas mentionné (et pour cause il y a 18 mois ici bas on le vénérait) mais il est là, omni-pesant dans l'air comme l'annonce d'un ouragan.

Au rythme des déconvenues économiques et des décisions impopulaires, la cohabitation d'un pouvoir qui se voit, comme ce matin de mai 93, en sauveur d'une fiction
fabuleuse mais abandonne ces sujets à leurs ternes réalités[4] va devenir problématique, voire dangereuse pour l'omni-dépassé.

Ne lui resteront bientôt que deux modes opératoires pour, encore, tromper la rue et se maintenir au sommet
[5] :

- Criminaliser l'individu. De l'interdiction de la cigarette au crime de lèse-internet en passant par les caméras de surveillance ou la dénonciation de son voisin donneur de fessées, le tout noyé dans une surabondance répressive, le quinquennat aura au moins accompli une chose : L'avènement d'un état policier.

- Impliquer l'individu dans une guerre (urbaine ou externe) qui transcende ses malheurs domestiques tout en re-calibrant la nation sur une dialectique simpliste et bipolaire.(- Bah oui con, si t'es pas pour la guerre, t'es un ennemi de la nation.)


Dans le prochain épisode:
Comme disait ma grand-mère en 1980 face à la montée du péril socialiste chez les jeunes à cheveux longs écoutant du Renaud : Il leur faudrait une bonne guerre[6].

En accord avec la logique du système d'exploitation définie plus haut, d'un point de vue de management en ressources humaines, pour l'entreprise France, la bonne guerre a des avantages :

- Sacrifier au front les inactifs et l'embarrassante jeunesse surdiplômée ne répondant pas aux attentes du marché (à savoir être des esclaves sous-payés).

- Détruire et préempter le marché de la reconstruction. Et derrière, remettre au travail les survivants. Croissance accomplie : Regain de popularité pour le chef des armées.

Promis que nous sommes aux charrettes de 90.000 nouveaux chômeurs par mois, en pleine déconfiture des industries à papa, avec un immobilier en chute libre et la cascade des liquidations de commerces, chahutés par des marchés tourneboulés et des banquiers indécents, agacés par ces bataillons d'imbéciles heureux qui au milieu du chaos trouvent que c'est génial tous ces prix pas chers, encadrés par les rabatteurs du guide débitant décontractés de l'abjecte à longueur d'ondes, le tout quotidiennement aspergé d'essence par un pompier pyromane promu président par des cupides cocufiés : Voilà, je le crains, l'heure tragique à laquelle au premier prétexte passant, il faudra prochainement réajuster nos montres made-in-china.

La sophistication apparente de notre époque ne garantit en rien sa modernité. Elle permet juste à la barbarie d'être plus performante.

Forts d'une minutie et de témoignages bouleversants,
les livres d'histoires détaillent toujours un demi-siècle trop tard, ces mécaniques du pire qu'aucun contemporain ne voulait alors voir. Reste à l'histoire en marche, c'est à dire à toi, à moi et à lui, de décider : Qui détruira qui le premier ?

* * *

[1] Ils sont déclinables en 5 catégories, avec possibilité de cumul : Les fous furieux, les idiots du village, les témoins de Jéhovah, la caution quota, les traitres décrédibilisés. Catégorie subsidiaire : Les hommes de l'ombre.

[2] Étant à la fois un supporter de la décroissance et de la dépénalisation idéologique de la glande, je me réjouis de la destruction progressive des valeurs référencées par celui qui en avait fait son crédo.

[3] Définition du wiki-lexique-libéral des merdes bronzées : " - Ceux qui n'ont pas de Rolex."

[4] Depuis 6 mois, pas une journée à Paris sans sa manifestation (à la médiatisation inversement proportionnelle à la force policière déployée).

[5] C'est désormais l'endroit où il est le plus en sécurité. Son espérance de vie dans un environnement non-MAMisé ou non préalablement décoré de supporters encartés, étant au mieux de deux minutes.

[6] Mamy gardait un tragique souvenir des années d'occupation. Le plus déchirant des drames fut ce cruel matin de Mai 42 où elle fut contrainte à nouveau de changer de régime, et de passer des topinambours aux rutabagas.

24 février 2009

Bouclier fiscal j’écris ton chiffre

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Publication Lagardienne du jour : Pour la première année fiscale du mandat Sarkozy, le nombre de foyers payant l’ISF augmente de 7.2% alors que dans le même temps les collectes totales de l’impôt diminuent de 660 millions soit - 5.5%.

Il y a donc plus de riches mais ils payent moins.

Voyez Français que le rendement de cet impôt de solidarité sur la fortune, discriminant et coûteux, à force de dégrèvements et de boucliers fiscaux, se réduit comme peau de chagrin et qu’il faudra songer à le supprimer.

D’un autre côté, malgré la baisse des prix dont ceux qui payent leurs courses, de Pointe-à-Pitre jusqu'au Shopi de la Rue Pierre Nemours, s’accordent à râler qu’ils augmentent, la consommation rebondit de 1.8% en janvier. Et les recettes de TVA de gonfler d’autant.

Il y a donc toujours autant de pauvres mais ils payent mieux. Merci Monsieur Sofinco.

Voyez Français comme cette taxe sur la valeur ajoutée équitablement répartie entre précaires et nantis est, elle, très rentable et que l’état se doit de la conserver ne serait-ce que pour compenser le prochain manque-à-imposer des foyers les plus riches pour cause de déchirante dépréciation de leurs placements boursiers et immobiliers.

23 février 2009

Happy horreur chez Baby et Rico

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Le récent silence émanant de la studette qu’occupait Rico au cinquième étage ne présageait rien de bon quant à la quiétude de l’immeuble. A quelques encablures de la Sorbonne où il étudiait, le jeune provincial demeurait dans cette chambre sponsorisée par ses parents, au terme d’un pèlerinage Erasmus à travers l'Europe, au prétexte d’une sixième année d'étude en sciences économiques et sociales.
Malgré ses vingt quatre ans et l’étroitesse de sa studette, Rico (Kévin dans le civil) s’y était installé en couple avec sa collègue d’études parisiennes : Baby la blonde (Karine la châtain dans le civil).
Rico et Baby cumulaient les années d'apprentissage selon un ration effort / récompense de 1 sur 15. Ainsi, pour quatre nuits de bûche par semestre en raison de partiels imminents, les résidents de l’immeuble, une belle brochette de croulants en leur temps déjà outrés par les remous du quartier lors de ce satané mois de 68, pouvaient redouter, à l'issue des examens, au moins le triple en soirées de techno toni-frappée depuis la chambre du couple surpeuplée de fêtards clonés.
Passé le profond mépris ce monde antique les entourant et auquel il faudrait bien, une fois leurs thèses respectives validées, un jour s'attaquer, le couple moderne se concentrait pour le moment à ne pas décevoir ses darons, gauchos nostalgiques pour Baby, mécènes intégraux de la chambre d'études studieuses de Rico située à l’épicentre de toutes les distractions, en plein quartier latin.

Finis les échos forts des confidences angoissées entre étudiants chatant à tue-tête sur msn quant à savoir si c’était de la Colombie ou du Panama que Caracas était la capitale. En ce début de soirée fin février, dans l’intimité de la cuisinette tout équipée,
Rico et Baby mitonnaient un repas signé petitesbouffes.com. Au menu : Ragoût de mouton sans mouton avec alcool à profusion sur fond de Voltage Radio.

- Y a pas à dire : Voltage c’est quand même la référence en matière de musique. Décrétait d'une voix à la mue pas encore achevée, un Rico aux biceps moulés par son juste au corps I love LA se dandinant en saccade sur du Lady Gaga.

Malgré son look de gamin, le torse body-buildé aux hormones de croissance, l'étudiant supportait déjà l’hypocrisie et ce poids des mensonges dignes de ceux d’une vie active et respectable d'adulte standard. Homosexuel refoulé, il lui faudrait passer par le filtre d'un mariage pour, d’ici une décennie, au terme d'un divorce cradingue où il sacrifierait deux enfants, avouer à son entourage qu’il ne serait et ne fut jamais autre chose qu'un pédé.

Backstage, plus motivé que jamais à remonter en selle depuis qu’il s’était fait dégager en deuxième semaine du casting de La Nouvelle Star, Rico se motivait devant la glace de son cabinet de toilette pour enfin avouer à ses sponsors, à sa prochaine livraison de linge sale, que vraiment il n’en avait rien à foutre de leurs études à la con et que, comme Cindy Sanders, il finirait bien par trouver la gloire en chantant.


Couple, réussite, sentiment d’appartenir au grand monde en opposition à ces loosers de chômeurs n'ayant pas fait les études qu'il fallait : Rico se forçait à vivre selon les souhaits de ses parents. Son paradigme : Ne pas les décevoir. Rico respectait la tradition de la Grande France d'avant. A force de bûcher, ça finirait par payer. Belle gueule et pas méchant, les rares fois où il lui arrivait d’en discuter avec son entourage aseptisé, que ce soit au tour d'un verre dans un pub ambiance, à la sortie du dernier film de Danièle Thompson ou du spectacle de Florence Foresti, il l'avouait sans complexe :
- C’est évident, je vois même pas pourquoi on en parle, bien sur que je suis de droite. La gauche, c'est pour les fonctionnaires et les vieux.
20h00 : Tambourinèrent à sa porte, Tan’ et Tobias de la même promotion.

Tan’ était la copie filiforme de Baby. Préchauffée en pub à la Red Bull, la conquérante auburn alternait généralement l'appel à la fornication au moindre type rencontré pour lui signifier la minute d'après que non, vraiment, elle était trop classe pour un minable dans son genre. Sur la base de ce comportement, il lui arrivait de temps à autre de se faire gang-banger dans certaines latrines interlopes. Heureusement, l’alcool qu’elle ingurgitait par tonneaux depuis bien avant sa majorité (mais seulement après les cours et hors période d’examen), effaçait la plupart du temps toute séquelle neurologique des assauts.
Par précaution, en souvenirs douloureux de récupération matinale de slip petits bateaux en confetti, Tan’ s'affublait depuis d’un bodyguard ouvertement homo : le guttural Tobias. Plus pour longtemps, l’erasmus allemand confiait à qui ne voulait pas l'entendre son exaspération de La France. Au grand regret de son alibi de copine, il retrouverait la Saxe natale de Tom, sa sexe machine.

21h10 : Alors qu'au même moment, à quelques centaines de mètres sur le parvis de la faculté, leurs collègues appelaient à la grève générale, Baby, curieux mélange platine de sénilité mentale et d’hystérie éthylique, prit à partie son comité d'amis :


- Merde Bordel, font chier ces bâtards de grévistes !


21h30 : Alors que les conservations du quatuor ne s’éloignent jamais bien longtemps des lieux communs de la pseudo rébellion adolescente, à savoir la transgression par le sexe et la biture, poussés à bout par la chaude actualité des universités, au risque de gâcher la fête, les amis se salirent à aborder de dégoutants thèmes sociaux. La poussée de contestation universitaire de leurs compagnons de fac paralysait le bon déroulement de leurs six heures de cours hebdomadaires.
- A cause d’eux, on ne va pas être notés !

La perspective d’un monde dénué de toute évaluation représentait le summum de l’abjection pour cette jeunesse aux apparences mutines aspirant au fond à la plus profonde des soumissions.
- Qui sont-ils ? Questionna Tobias le candide.

- A l’évidence, ils sont manipulés par la LO ou la LCR ! Répondit Rico qui depuis deux mois se demandait comment il pouvait attirer l'attention du copain germain avant qu'il ne s'exile, sans se faire griller par sa bourgeoise. Celle-ci malgré, l'apparence d'ouverture et sa connaissance de la moindre réplique des épisodes de Sex and the city, n'éprouvait que mépris pour ces déviants.

Suivirent dix minutes de profonde introspection entrecoupée de trous normands à la Tequila pour tenter de décrypter ce que signifiaient les abréviations LO et LCR. Les étudiants s’accordèrent sur un terme fédérateur : Gentils connards de gauche.


- C’est vrai ils sont sympathiques avec leurs utopies mais ils ne comprennent pas les enjeux. Du coup ils nous font reculer
! Râla Tan’ sur un hoquet rôteux.


Baby prit la bouteille :
- Pourvu que Sarko tienne le coup !
Beugla-t-elle avant d'entamer au goulot l'amphore à vinasse dont la moitié du contenu s'échappait sur le sol en coco.

Et Tan’ de revenir dans la douleur sur sa première expérience démocratique :

- Je me suis engueulée avec ma mère en 2007. Elle a voté Bayrou cette conne ! Du coup je parle plus politique avec elle.
22h05 : Le ton montait mais on ne le devait qu’à l’alcool, tous s'accordant sur le fond du problème français :
- La grève, c’est la plaie des plaies !

22h20 : Cuvant son Ratafia, Tan précisa :
- Ils manifestent pour manifester, ça coûte cher à l’état !

Le rejeton CSP+ dilapidant en mini-jupes dispendieuses signées de grands noms toutes les subventions de son daddy, grand lecteur de Libération, professait sa leçon de comptabilité sociale, dont même les petits vieux, FN et sourdingues, du premier étage saisirent la pertinence. Objet de la plainte :
- Jeudi, à cause de ces cons, j’ai été enfermé 5 minutes dans la Sorbonne !
A quatre pattes, le wonderbra Victoria's Secret sous le nez de l’étudiant teuton, tentant vainement de remettre dans la carafe la bibine renversée, Baby balbutia en bavant :

- Ce sont les lycéens les pires !

- Des enfants gâtés, comme les fonctionnaires ! Rajouta Rico épongeant la table basse Muji à 650 euros, qu'après la bague de Baby, belle-maman offrit au couple comme deuxième cadeau de fiançailles.
- Ils défilent pour défiler. C'est comme les fonctionnaires du 29 janvier, ils se rendent pas compte que ça a empêché les gens de circuler et du coup y en a qui ont perdu leur travail !

- Les enculés !

Tobias, dont à ce moment précis la moue signifiait quelle bande de gros cons, s'étonna qu'à rebours de son pays, l'absorption massive d'alcool semblait Helmut Kohliser les jeunes français. Conscient qu'à ce stade il ne
pouvait déjà plus endiguer les clameurs arrosées des pétasses mdr à deux doigts d'uriner sur le tapis, il tenta tout de même un timide :

- Les grévistes représentent ceux qui ne peuvent pas défiler. S'ils étaient pas là, ce serait peut-être le fin de la liberté pour tous non ?


La naïveté de l'hypothèse fut mise sur le compte d'une mauvaise compréhension de la langue. Baby contre-attaqua, rétorquant au fils de métallo est-allemand, mort d'une crise cardiaque sur sa chaine d'ajustage au terme de sa vingt deuxième année d'ajustement d'essieux de Trabant :

- Mais non Tobias, tu ne comprends rien ! En France c’est pas pareil ! Nous on a été élevés avec les grèves. Moi je me souviens en 95, avec ma mère on ne pouvait même plus faire nos courses de Noël au "Bon Marché". On s’est retrouvées bloquées sans bus. La haine.


- En France, on a la culture de la grève. C’est la voix de la rue, c’est tellement démodé. Conclut Tan' en s’excusant : Il fallait sur-le-champ qu’elle aille gerber.
Pendant que Tan dégobillait, Baby qui se vantait comme ses amis de la nouvelle génération de ne pas avoir la télé, leur déblatéra au mot près la logorrhée concernée d’un Jean Pierre Pernault de type "entre deux tours".
- On est pris en otage. Avec leur connerie, la France va encore être paralysée !

23h50 : Tobias se tût, déplorant amer l’exception française dans laquelle pataugeait l’élite estudiantine du début de siècle.

0h20 : Tan' se dévisageait depuis quarante minutes dans le miroir du cabinet de toilettes. Elle frotta d'un coup de tunique le dernier filet qui lui coulait
sec et kaki du menton au cou.

- Encore cinq kilos en moins et je trouverai l'homme de ma vie.
0h45 : La soirée dégénérait. Rico défendait avec ardeur les vertus du 49-3 pour en finir avec l'obstruction systématique au progrès représentée au parlement par les sociaux-rétrogrades.
1h30 : Après avoir regardé avec émotion leurs photos de leur année de fac trop top de Barcelone, tout frais payés par cet état qu’il fallait réformer pour cause de fainéantise de ces fumeurs de joints en première année, ayant lessivé une deuxième bouteille de Smirnoff et, parce que merde y en a marre à la fin d’être social, Baby excédée brandit le bras de la bagarre :
- Allons au Kool Chaos ! J’ai envie de danser !

Avides d'ébriété mais horrifiés par le risque qu'elle impliquait de finir tous torchés à domicile, gisant le nez dans leur vomi comme ces beaufs branleurs des bars bouseux de leurs bleds d'origine se défonçant à la 8.6,
les étudiants en science des rêves de leurs parents, rassemblèrent péniblement ce qui leur restait de force à jouir.

A trainer hilares dans les rues serpentines en aboyant leur soif de décrocher avant trente ans les montagnes de Rolex qui leur étaient dues, Baby et les garçons ratèrent le dernier métro pour la joie.
Même en partageant les frais, l’hypothèse de la prise d'un taxi, fut vite écartée.

- Moi j'ai juste de quoi payer l'entrée et trois consos' au Kool Chaos !
Se dédouana promptement la blonde la plus comptable des quatre.

Elle ne poussa pas plus loin l'explication. Pour elle comme pour ses compagnons, la paye parentale ne se transférait généralement qu'à la fin du mois.
- Pareil pour moi, j’ai claqué toute ma thune en Vodka. Confessa Tan' en se tournant vers le maitre de cérémonie.

- Ah non, pas moi ! J'ai déjà payé la dernière fois ! S’insurgea Rico.

Tobias était le seul à encore disposer d'une épargne pour poursuivre la soirée mais bon, il était hors de question qu’il avance un centime pour ces Arschloch de français. Il leur fit la bise et prit congés.

2h25 : A l'angle du pâté de maison les séparant, un taxi de marque Mercedes s'arrêta au niveau de l'étudiant allemand après que ce dernier, se délectant de l'ironie de l'instant, lui eût fait signe du bras.


2h30 : Noyant en secret le chagrin de son Tobias enfui dans la nuit, Rico pédala dur, sa Baby beurrée sur le porte-bagage du Velib. Sans avoir conscience qu'elle ne le pourrait que grâce à l'initiative vélocipède socialiste, résolue à rallier sa boîte avant l’aube histoire de célébrer dans la murge et la sono forte la supériorité de son rang, la relève UMP zigzaguait en bicyclette sur le pavé du Boulevard St-Germain direction Nation.

Longue et tape-cul serait la route vers la félicité.



Seb Musset est l'auteur de Avatar et Perverse Road disponibles ici.

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