
Bientôt deux ans de règne du héros réformateur de la modern politic qui allait sauver La France prise en otage par l'héritage de 68. Résultat : Une croissance négative, une hausse record du chômage, une classe moyenne défoncée, des milliards dilapidés pour sauver les amis banquiers... Et la sale histoire n'en est qu'à son début.
Pour ceux qui ont raté les premiers épisodes:
Ce beau matin de mai 1993, je découvre les images (déjà sur la première compagnie) du jeune maire de Neuilly-sur-Seine sauvant un enfant des griffes d'un Human Bomb à qui il a promis qu'ils pourraient être amis et qui sera neutralisé d'une balle dans la tête quelques heures d'après. J'ai la conviction qu'un jour, le héros du flash spécial, occupera la plus haute des fonctions.
Quatre ans plus tard, un matin de janvier 1997 suite à ma rencontre musclée avec la police municipale de la même ville me molestant au prétexte que j'avais une caméra à la main dans la rue des riches et pas de carte de presse, je suis soulagé que les méthodes utilisées les nervis de la mairie (sous le choc, je mis quelques minutes à saisir qu'elles étaient totalement illégales) ne soient étendues à la nation.
Début 2007, je ne ménage pas mes efforts pour alerter des dangers économiques qu'impliquerait pour la plupart de ses électeurs, l'investiture au pouvoir suprême du représentant de commerce des puissants.
Mai 2007, rendez-vous avec le grand dégoût.
Puis, très vite, sur la base de signaux monarchiques relayés par une presse de palais qualifiant jouissance, horlogerie ostentatoire, inconséquence et suractivité de coup de jeune pour la fonction présidentielle, je retrouve la niaque nécessaire au cassage du cabot nabab.
A partir de la fin 2007, les électeurs des couches populaires, extasiés d'hier, ne cessent d'être déçus. Ils seront surpris sur la forme (exemple : un mannequin milliardaire à Eurodisney là où on pouvait s'attendre à une présentatrice à nom de voiture de luxe au Parc Astérix) mais le fond du programme est respecté :
Consolidation du communisme des possédants.
De la mi 2007 jusqu’à la fin 2008, j’accompagne dans la joie et la bonne humeur littéraire les escroqueries du vainqueur, sa kermesse gesticulante tapissée de bon sens et de costards trop grands, ses humeurs de Bad boy, ses risibles démonstrations de force sur la scène internationale, ses soubresauts en jet de Vierzon à Melun et du Guilvinec à Saint-Lô, les insultes envers ses ouailles et les rebondissements quotidiens des polémiques lancées le matin et démenties le soir par ses sbires zélés[1] maniant goguenards de la nitroglycérine idéologique avec la complicité des radios périphériques.
Fin 2008, il me semble que j'ai fait le tour de l'homme qui voulu être roi. Je calme la cadence des plaidoiries. Démonstration est faite par l'intéressé : Monarque d'opérette, il se révèle président pitoyable. Il se fera bien plus de mal tout seul que je ne pourrais lui en faire.
Pourtant, les rares fois où je supporte plus de dix secondes de voir le héros s'agiter sur l'écran, reste ancrée cette viscérale sensation qu'à travers lui, une sombre destinée attend les Français.
Dans l'épisode de cette semaine :
Février 2009, chaque titre de l'actualité le concernant confirme à la nation américanisée que celui qui s'autoproclame omni-président n'est ni De Gaulle ni Jack Bauer mais plutôt de ces personnages quelque part entre Kinski en Aguirre et la tête-à-claques de Junior le Terrible qui sont du genre à emporter avec eux leur pays-jouet à l'enfer des enfants gâtés. Pas loin de deux tiers des français et une partie de son camp partagent mon opinion. Le reste se scinde en deux : Les riches et les crétins. Ceux-là ayant comme ultime argument qu’avec l'aut' folle ce serait pas moins pire.
Les constats s'imposent, cinglants. Du pouvoir d’achat, de la croissance et du travail, ce président a tout foiré.
[2]
Ajoutons à l'incompétence, la lâcheté et le mensonge et le portrait de l'autocrate se complète, façon caricature, sous les regards abattus des ravis du 7 mai.
Certains purent se hasarder à penser que la crise, cette méchante épidémie venue de l'étranger, révélait ses qualités du leader. Les mois s'enfilant dans le gris et la crise s'enfonçant dans le concret, l'omni-bande-annonce révèle jour après jour à l'opinion publique les limites de son seul logiciel d’analyse :
Protégeons mes copains les blindés et sacrifions les cons[3].
Seulement voila, l'update vérolé par les bugs n'en finit plus de planter le système (scandaleusement installé par défaut sur toutes les machines).
En titillant sans trop la brusquer la France du milieu, je constate qu'au regard de la destruction progressive de ses perspectives promises (à savoir thune, toit et boulot garantis à vie et toujours plus gros) encore deux ou trois boulettes présidentielles sur fond de baisse des salaires et elle sortira les couteaux. Dans les conversations son nom n'est pas mentionné (et pour cause il y a 18 mois ici bas on le vénérait) mais il est là, omni-pesant dans l'air comme l'annonce d'un ouragan.
Au rythme des déconvenues économiques et des décisions impopulaires, la cohabitation d'un pouvoir qui se voit, comme ce matin de mai 93, en sauveur d'une fiction fabuleuse mais abandonne ces sujets à leurs ternes réalités[4] va devenir problématique, voire dangereuse pour l'omni-dépassé.
Ne lui resteront bientôt que deux modes opératoires pour, encore, tromper la rue et se maintenir au sommet[5] :
- Criminaliser l'individu. De l'interdiction de la cigarette au crime de lèse-internet en passant par les caméras de surveillance ou la dénonciation de son voisin donneur de fessées, le tout noyé dans une surabondance répressive, le quinquennat aura au moins accompli une chose : L'avènement d'un état policier.
- Impliquer l'individu dans une guerre (urbaine ou externe) qui transcende ses malheurs domestiques tout en re-calibrant la nation sur une dialectique simpliste et bipolaire.(- Bah oui con, si t'es pas pour la guerre, t'es un ennemi de la nation.)
Dans le prochain épisode:
Comme disait ma grand-mère en 1980 face à la montée du péril socialiste chez les jeunes à cheveux longs écoutant du Renaud : Il leur faudrait une bonne guerre[6].
En accord avec la logique du système d'exploitation définie plus haut, d'un point de vue de management en ressources humaines, pour l'entreprise France, la bonne guerre a des avantages :
- Sacrifier au front les inactifs et l'embarrassante jeunesse surdiplômée ne répondant pas aux attentes du marché (à savoir être des esclaves sous-payés).
- Détruire et préempter le marché de la reconstruction. Et derrière, remettre au travail les survivants. Croissance accomplie : Regain de popularité pour le chef des armées.
Promis que nous sommes aux charrettes de 90.000 nouveaux chômeurs par mois, en pleine déconfiture des industries à papa, avec un immobilier en chute libre et la cascade des liquidations de commerces, chahutés par des marchés tourneboulés et des banquiers indécents, agacés par ces bataillons d'imbéciles heureux qui au milieu du chaos trouvent que c'est génial tous ces prix pas chers, encadrés par les rabatteurs du guide débitant décontractés de l'abjecte à longueur d'ondes, le tout quotidiennement aspergé d'essence par un pompier pyromane promu président par des cupides cocufiés : Voilà, je le crains, l'heure tragique à laquelle au premier prétexte passant, il faudra prochainement réajuster nos montres made-in-china.
La sophistication apparente de notre époque ne garantit en rien sa modernité. Elle permet juste à la barbarie d'être plus performante.
Forts d'une minutie et de témoignages bouleversants, les livres d'histoires détaillent toujours un demi-siècle trop tard, ces mécaniques du pire qu'aucun contemporain ne voulait alors voir. Reste à l'histoire en marche, c'est à dire à toi, à moi et à lui, de décider : Qui détruira qui le premier ?
* * *
[1] Ils sont déclinables en 5 catégories, avec possibilité de cumul : Les fous furieux, les idiots du village, les témoins de Jéhovah, la caution quota, les traitres décrédibilisés. Catégorie subsidiaire : Les hommes de l'ombre.
[2] Étant à la fois un supporter de la décroissance et de la dépénalisation idéologique de la glande, je me réjouis de la destruction progressive des valeurs référencées par celui qui en avait fait son crédo.
[3] Définition du wiki-lexique-libéral des merdes bronzées : " - Ceux qui n'ont pas de Rolex."
[4] Depuis 6 mois, pas une journée à Paris sans sa manifestation (à la médiatisation inversement proportionnelle à la force policière déployée).
[5] C'est désormais l'endroit où il est le plus en sécurité. Son espérance de vie dans un environnement non-MAMisé ou non préalablement décoré de supporters encartés, étant au mieux de deux minutes.
[6] Mamy gardait un tragique souvenir des années d'occupation. Le plus déchirant des drames fut ce cruel matin de Mai 42 où elle fut contrainte à nouveau de changer de régime, et de passer des topinambours aux rutabagas.