26 février 2007

VERS TOURS

par
Vaine hérésie que de vouloir me ravitailler en essence dans la banlieue de Tours. Rien n’y fait, je tourne en rond, frise l’accident et la crise de nerfs. Je ramasse un auto-stoppeur histoire de rentabiliser mon voyage vers Paris, au moins il servira à quelqu’un. De Tours à paris, je discute à bâtons rompus avec l’étudiant infirmier sans nom. Il revient de Toulouse et va à l’hôpital St Joseph Rue Raymond Losserand dans ma rue rénovée de prédilection !

Je propage, j’irradie, je charismate ceux qui pénètrent dans mon intimité. Tout y passe : le cinéma français, l’hypocrisie ambiante, le néolibéralisme triomphant qui vente les entrepreneurs mais ne souhaite que des consommateurs abrutis par la propagande publicitaire généralisée, le sacrifice d’une génération, la notre ne lui en déplaise malgré ses quinze ans de moins, les séries débiles, l’avènement évident de Bayrou, le CPE qu’il n’ose même plus défendre et nous voilà arrivé à Paris dans les embouteillages habituels de fin de journée. Je le dépose Porte de Vanves. L’auto-stoppeur sans nom quitte le tank vivifié, content de son voyage, éclairé par les évidences que je lui assène, surpris que l’on puisse voir autre chose dans cette réalité que l’on nous propose.

SEB
Vas-y, va ! Va propager la bonne parole !

Nous ne saurons jamais nos noms.

20 février 2007

BABY-BOOM et BOOM-BEBE

par
Sympathique apéritif avec deux quinquas parisiens tout juste à la retraite, tous deux grippés dans leur appartement surchauffé. Mes récentes observations sur le monde du travail sont mal reçues. Quid du marché du travail et de l’annonce en fanfare d’un taux de chômage se résorbant ? Voyons les choses en face :
Lorsqu’une offre d’emploi est publiée, il convient de vérifier que :

1 / Le travail en question n’est pas inférieur en salaire ou supérieur en responsabilité ou les deux à la fois, à celui proposé.

2 / Le travail en question se situe à moins de quatre cent cinquante kilomètres de l’endroit indiqué sur l’annonce.

3 / La rémunération du travail n’est pas de 30% inférieure à celle indiquée dans le cas, improbable, où elle serait indiquée.

4 / La date de début du travail est précisée. En ce domaine, toute communication dépend du bon vouloir des services vaguement concernés. Cela peut-être dans deux semaines, deux mois ou jamais mais, dans ce cas là malgré les propos courageusement tenus, on ne vous rappellera pas.

Tentons de faire comprendre à ces enfants couvés du baby-boom, pistons et rentiers des trente glorieuses qu’aujourd’hui le candidat au travail, trentenaire perdu ne demandant pas mieux que de rentrer dans un système dont ses parents se sont gavés dès vingt ans, pointe sans fin à des entretiens d’embauche qui n’ont comme finalité que de justifier les salaires des DRH. Le candidat lucide, souvent surdiplômé, ressasse jour après jour sa haine d’un système auquel il a cru, parfois croit encore. Les offres d’emploi ne servent qu’à évaluer la qualité et les prétentions de la demande afin de la cibler au plus juste, au plus rentable, le jour diffus où celles-ci seront sur le marché.

Acharnons-nous à faire comprendre à ce couple de quinquas embêtés d’être à la retraite et dont l’un d’eux n’a jamais travaillé, que là où leur dernier enfant, né en 1983, récent employé en succursale d’assureur, est prêt à subir toutes les avanies salariales et humiliations hiérarchiques pour renflouer les crédits auxquels il a souscrit afin de satisfaire son aspirante bourgeoise de femme leur fille aînée née en 1975, n’accepte pas de se faire marcher sur les pieds que ce soit en terme de rémunération ou de niveau de soumission. Quant à moi, l’idée même de me soumettre m’est intolérable.

Là est la force de la génération montante, celle évidée aux ondes télévisées, adoubée au barbarisme, dans l’ego jusque dans l’intime et intégralement vouée à la consommation, l’insatiable appétit monomaniaque de ceux aux dents longues nés après 1983 : Cette génération est entièrement vouée au culte progressiste de leurs aïeux. Ces adeptes béats du système parfait répondent parfaitement aux attentes idéologiques de leurs parents copains en dissipant leurs angoisses naissantes de récents retraités. La génération montante leur renvoie un portrait craché, idéologiquement correcte, de leur propre jeunesse. Et tant pis si les réalités économiques n’ont rien à voir : Les uns sont trop jeunes pour comprendre, les autres trop vieux pour admettre. Comme eux, ils enfantent jeunes, comme eux ils sont propriétaires au plus vite même s’il la durée de leur crédit dure trois fois plus longtemps, comme eux ils sont croyants* que ce soit dans un retour aveugle vers le religieux ou dans les bienfaits continus de la société de marché, d’ailleurs, comme leurs parents, ils n’imaginent aucune autre alternative crédible au libéralisme.

Pour ceux nés avant entre 1968 et 1983, c’est une toute autre histoire. Les frontières de cette génération sont perméables mais la crête de ses naissances se situe en 1975. Cette génération là, après avoir été niée par ses parents sera méprisée par ses petits frères. Les trentenaires d'aujourd'hui glisseront dans les oubliettes du rendement. Génération délaissée, génération trop savante, génération exploitée, génération assistée, génération précaire. Tentons donc jusqu’au bout d’expliquer au père quinqua que c’est parce que son fils de vingt trois ans est prêt à subir toutes les réévaluations de salaire à la baisse après avoir accepter le sourire aux lèvres les surcharges de travail non rémunérées consécutives à des années de stage non-payées pour intégrer une entreprise à laquelle il s’identifie corps et âme, que sa fille de trente deux ans à qui en son temps on a fait croire qu’elle était cadre supérieur, est au chômage depuis plus d’un an parce que demander 30 % de moins que son salaire d’il y a cinq ans, c’est déjà trop exiger !

SEDUCTION CONTINUE ET HUMILIATION PERMANENTE

par
Le crédit ? Cette ruse inventée par les riches pour faire croire aux pauvres qu’ils font parti du même monde. En fait de réalité, les premiers volent les seconds et, au ras des blés, sou après sou, l’esprit satisfait, les pauvres crédules constituent ces montagnes d’or aux cimes illimitées pour quelques riches cyniques presque blasés.

6 février 2007

LE GRAND DEBAT LASSE

par
Je m’étais pourtant préparé psychologiquement, confortablement calé, les cannes allongées dans le fauteuil en osier d’Emmanuelle, une verveine dans la main gauche pour me calmer, le laptop dans la main droite pour live-bloguer.

L’arène est aseptisée, le nain trop fier d’être la star de la soirée*, l’interface des vrais gens survendue à longueur de bande-annonce par la première compagnie n’est qu’un artifice pour déballer une communication rodée en training toute l’après-midi. Je subis dix minutes de cette conférence de presse en trompe l’œil. Je reste absoluement non-réceptif à ce bon sens qui veut envoyer tout le monde au travail pour la dignité, endetter tous les salariés y compris et surtout les pauvres, combattre - chasser ? - les marginaux, un bon sens qui n’assume pas son racisme larvé et sa malhonnêteté d’état, un bon sens à géométrie variable qui, selon son intérêt, fait du cas particulier des généralités et des généralités un cas d’école. Dés que l’on a deux doigts de jugement et de recul, c’est proprement insupportable.

J’arrête l’émission et glisse un dvd dans lecteur : Violence des échanges en milieu tempéré de Jean-Marc Montout (2003). Chronique habile du déchirement intérieur vécu par un jeune consultant en management chargé de restructurer une PME de province. C'est une fiction bien plus encrée dans le concret que le show de variétés de Monsieur Sarkozy. Son émission s'appelle J'ai une question à vous poser. La seule question que le citoyen doit se poser, en chaque circonstance, c'est : A qui profite ma situation ?



Pour mémoire, résumons le projet d’avenir du candidat à la présidentielle avec ses propres phrases :

Une société qui croit en l'avenir, c'est des jeunes qui achètent un appartement.

Nous avons 30% d'emprunts de moins que dans les autres pays.

Quand on est propriétaire, on n'est plus en situation de précarité.

*L’UMP envoie trois cent mille textos à ses militants pour qu’ils fassent regarder l’émission à leur entourage afin de battre les records d’audience de la chaîne.

30 janvier 2007

L'ABSENCE DE FAIM JUSTIFIE LES MOYENS

par
Captivante enquête télévisée* sur la France des classes moyennes. De ses revenus les plus bas - les ouvriers à mille cinq cent euros / mois - à ceux les plus élevés - fonctionnaires et employés du tertiaire à deux mille deux cent euros / mois - tous ont des traits communs, un air de famille, le poids de la soumission. Autant de petits couples qui sont de véritables petites PME. Ils sont propriétaires de leurs pavillons achetés à crédit sur vingt ans minimum, cumulent plusieurs autres crédits, sont parents de deux enfants qu’ils ont eu vers vingt-cinq ans, disposent de tout le confort domestique et de toute la gamme de produits high-tech encore inaccessibles, voire non inventés, il y a dix ans. Ils sont fiers de jongler avec les crédits car ce n’est plus tabou. On les reconnaît également à cette faculté d’appréhender les problèmes sociaux selon leur seul point de vue étriqué, reportant leur manque de pouvoir d’achat sur les autres, les riches et les pauvres, les toujours plus riches et ces assistés qui ne foutent rien alors qu’eux triment toute la journée. Ne remettant à aucun moment le système de valeur basé sur l’acquisition grâce à la soumission - via le travail et l’emprunt - auquel ils se rangent euphorique et qui est la cause évidente de leur mal-être.

Car, entre être et avoir, ils ont clairement fait le choix. Ils sont prêts à toutes les brimades professionnelles, les interminables heures de transport et toutes les vilenies électorales pour préserver leur niveau de vie, généralement calqué sur celui de leurs parents, ce barnum d’apparences qui les relie au monde des autres, celui de leurs voisins clones auxquels ils n’adressent pas la parole et qui les entourent dans ces pavillons bétonnés à la chaîne en périphérie toujours plus éloignée des centres urbains. Des cocons à l’abri de la misère du monde qui sont, à l’évidence, les cités sensibles de demain mais qu’importe, la réflexion n’est pas la qualité principale des primos-accédants. Fuyant l’injustice du marché de l’immobilier toujours plus élevé, ils se sont décidés à emprunter pour acheter cette maison individuelle, le Graal français. Ils caracolent devant les fondations du pavillon en construction pas loin de la zone commerciale. Ils vont éviter ainsi de payer un loyer. Et peu importe s’ils s’assurent ainsi trente ans de résignation tout en contribuant à faire grimper les prix de l’immobilier pour accroître davantage l’injustice pour les autres : Ils sont proprios !

Tout le pari économique de la France d’aujourd’hui est de soumettre au travail et à l’emprunt toujours plus de ces classes moyennes, de les mettre au pas dès le plus jeune âge et de faire payer aux pauvres d’esprit leurs rêves d’émancipation au prix d’une soumission totale au dogme du capitalisme, et ce jusqu’à leur pierre tombale payable en douze fois.

Quel pouvoir d'achat ? Celui d’avoir plus ? Maison, confort, famille nombreuse : ils n'ont jamais eu autant. Les économistes considèrent que le modèle capitaliste sera préservé tant que les classes moyennes prospéreront comme autant de victimes et de bourreaux réunis dans le même corps social. En plus de reproduire à sa minime échelle les injustices du capitalisme, la classe moyenne, conservatrice par essence, est le ventre mou de nos démocraties. J'en parle autant décomplexé qu'avec désormais sept cent euros par mois, je n'en fais plus partie !

Pour mémoire : Le taux de progression de cette classe moyenne et la propagation au niveau collectif de son rêve standard est inversement proportionnel à celui de la probabilité d’une révolution.


* complément d’enquête, France 2, lundi 29 janvier 2007

27 janvier 2007

MOZART ASSASSINES

par
Je ne parle plus ici d’enfant, de procréation, cette lubie qui illumine l’aveugle, satisfait l’instinct, contente l’optimiste et ravit le raté*. Je n’aime pas les enfants. En tant que créations de leurs parents - souvent leurs seules -, ils m’agacent. Me préservant de leur contact, j’arrive à les oublier et ne pas subir la tyrannie de cette pression sociale pourtant de plus en plus pesante. A 35 ans, ce besoin de me reproduire m’a donc passé. Il est désormais assez peu douloureux de me fondre dans la solitude éternelle et j’ai contaminé mon aimée qui déclare ne pas vouloir de grossesse non plus.

Parfois, du fond de mon cachot de confort, à chaque confrontation avec l’image de l’enfant, j’y pense pourtant encore. Sur l’écran, des gens de prés de dix ans de moins que moi sont déjà à la tête de famille nombreuse, ils ont l’air heureux. Dans ma boite aux lettres électronique, je reçois régulièrement moult rapports de crèches et photos du petit dernier exhibés tels les insignes de la légion d'honneur. Je reçois ainsi de nulle part, et alors que je n'ai plus de nouvelles d'elle depuis douze ans, la photo d'une vieille relation, ancienne désaxée notoire, l’esprit d’une huître dans le corps d’une camionneuse, que j’ai pratiquement guidé à la lampe de poche jusqu’au lit de sa première expérience sexuelle. C’était une enfant modèle, ultra protégée, bonne élève en classe, qui, comme souvent à partir de l’adolescence, est partie en vrille, sous le regard lâche de ses parents, classe moyenne aux trente-cinq heures captivée par sa quarantaine, et celui de sa grande sœur, une nymphomane notoire à la recherche, dès ses premières règles, du Mâle qui pourrait reprendre le flambeau financier de son père.
Pendant dix ans, j’ai vu errer cette graine de toxico qui traînait son mal-être dans un bain de médiocrité pavillonnaire. Inadaptée, sûrement trop originale, trop intelligente - et il en faut peu - pour ses pairs.

Sur le site de mise en contact d’anciens camarades de classe, je vois sa photo vieillie. Elle pose avec un large sourire que je ne lui ai jamais connu et qui illumine sa vilaine tête. Elle est étendue à côté de son bébé prénommé "mon ange". D’ailleurs, les deux autres espaces réservés à ses photos d’identité sont entièrement consacrés à "mon ange". Il suffit d’une rapide balade virtuelle dans les couloirs du collège de mon adolescence pour constater que beaucoup de ces anonymes coincés de l’époque sont aujourd’hui de fiers parents mettant leur progéniture en avant dans les espaces qui sont au départ réservés à leur description personnelle. C’est symptomatique, deux cas sur trois adoptent cette posture, véritable substitution d’identité. Et dire que l’on peut être condamné pour détournement de mineurs à la seule évocation du mot "zizi" à moins de cinq cent mères d’une école élémentaire et que chaque jour des centaines de dossiers d’adoption sont refusés par la DDASS à des parents sous prétexte qu’ils n’ont pas une moralité exemplaire !

Pendant ce temps, tyrans comme des lapins au rythme de deux enfants par pondeuse, nos biens heureux locaux, prototypes standards de la vacuité occidentale, sous prétexte que cela leur fait oublier leur médiocrité, abusent de l’image d’êtres innocents !

Moi, jusqu’à preuve du contraire, je me conjugue à la première personne. Mais, ne soyons pas définitifs ! Certes, je ne crois qu’à la génétique en matière de reproduction suivant une équation qui a fait ses preuves :

Un enfant = 98% de génétique et 2% d’éducation.

Mais, des coups de génie peuvent survenir. Ils sont les exceptions qui confirment la règle. Deux esprits brillants aux physiques exemplaires peuvent en effet pondre le plus caricatural des crétins heureux. De même, deux abrutis, au hasard un mi-gradé de gendarmerie et une assistante-commerciale végétative, peuvent engendrer un Mozart. Selon le célèbre principe de Morandini, la combinaison et l’historique généalogique, l’appartenance à un patrimoine commun font que tout est possible. Il est également probable que, dans ce cas, les parents benêts s’emploieront dès les premières minutes de son existence, à piétiner de leur ignorance et de leur suffisance crasses toutes les facultés du futur génie.

Les années suivantes, comptons sur l’éducation nationale et sa mise au niveau générale sur le rythme du plus médiocre, pour annihiler au plus vite le résidu de potentiel qui subsisterait encore chez notre brillant sujet.

* je renvois pour de plus amples informations à la lecture d'Avatar, un enfant du siècle, un ouvrage brillant et haut en couleur, ouvertement humaniste, que l'on peut se procurer pour une somme modique rapportée au travail fourni.

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