14 mai 2006

BABY-LOOSERS

par
La génération individualiste du toujours plus a engendré celle du encore plus, schizophrène et secrètement honteuse d’avoir recours au crédit et de rester bloquée sous la coupe de ses aïeux pour tenter de faire perdurer, contre les éléments, le train de vie bourgeois qu’elle lui a lascivement inculqué. Génération hypnotisée qui ne peut se rendre à l’évidence : elle n’aura que du toujours moins. Ma vie consiste à passer entre ces deux générations ratées sans y laisser trop de plumes mentales.

Ceux de ma génération s’estiment globalement satisfait de pouvoir travailler juste parce qu’ils pourraient ne pas travailler. Vérification statistique que le travail salarié n’est pas une peine mais une peine de substitution à une vie de tourment. Mon choix est-il le bon ?

12 mai 2006

TGIF

par
Fin d’après-midi orageuse. Double pints de Leffe au Marylebone Tup accompagné de Lou et de ses nouveaux amis, mignons immigrés grecs. Cigarettes, lourd son et championnat de football, je peine à discerner nos mots. Je désencrasse mon anglais oral dans la limite de mes compétences sociales au fil de discussion bénignes sur la météo, les routes de campagne, le prix du café et la dégénérescence française. Anna me décrit d’un charmant accent le même type de climat malsain en Grèce. Ils en conviennent : l’Europe est un fiasco.

SEB
No. Europe is working. It’s just working here in London !

1 mai 2006

PARENTHOOD

par
Je visionne un film, scandaleux de propagande nataliste, habillement filmé jusqu’à temps que je comprenne que toute cette comédie familiale n’est nullement cynique mais bien à prendre au premier degré.
Parenthood de Ron Howard (1989), figure à mon à mon top ten des films les plus insupportables. Les messages y sont clairs : les femmes décident, les hommes doivent en conséquence rater leurs vies pour satisfaire l’insatiable désir d’enfant de leurs épouses - quelles aient quinze ou quarante ans - et ce, même si l’éducation de ceux déjà nés s’avère désastreuse. Quant aux rares mâles célibataires dépourvus de fibre paternelle - condensé ici en un seul personnage, Tom Hulce - ce sont des marginaux à la limite du cas psychiatrique qui finissent par être banni du clan ! A vomir. Je m’endors furieux d’avoir perdu deux heures et de m’être fait piège par l’efficace première partie de ce film sous la forme d’une chronique attachante.

22 avril 2006

INSOLATION

par
Grand soleil sur la terrasse. Lecture d’un Paris-match pro-Sarkoziste d’il y a deux semaines, envoyé de Francce. Le paquet est garni d’œufs de pâques, de deux dictionnaires des synonymes et d’une grammaire anglaise un peu datée. Djamila nous annonce en chantonnant que le council l’a averti que nous allons bénéficier d’une exonération totale d’impôt. Ce pays n’en finit pas de m’étonner. Un jour le council menace de nous envoyer les huissiers sous quarante huit heures exigeant que nous réglions sur-le-champ une erreur qu’ils ont commise, le lendemain le même council s’insurge que nous payions trop d’impôt car nous sommes plus d’un ménage à partager nos soixante mètres carrés. Ce n’est pas volé.

16 avril 2006

RELIGION DOMINANTE

par
A l’occasion de son discours pascal, un proéminent archibishop local se montre outré par l’influence révisionniste du Da vinci code - dont l’adaptation cinématographique au burin sort mondialement le 19 mai prochain - sur son cœur de cible habituel de fidèles chrétiens qu’il jugeait acquis jusqu’au jugement dernier. L’homme en toge violette et couronne de diamants, brandit son sceptre en or et rouspète : il insiste pour que l’on s’en tienne à la réalité des faits (sic).

2 avril 2006

RANDONNEE A LONDRES

par
Je profite de ma peur de l’extérieur pour rattraper en une matinée plusieurs journées d’écriture. Dans les soucis combinés de profiter de cette première journée de printemps, de réduire drastiquement mes dépenses, de volonté de modeler mon corps jusqu’au dernier souffle, je marche à travers la ville pour rejoindre Lou dans une courte pause amoureuse dans un square non loin de Baker Street, quartier qui, malgré le roucoulement compressé du marteau piqueur d’un chantier préolympique, ne donne pas la sensation d’être au cœur d’une mégalopole. On est, à la rigueur, dans une rue commerçante de Bordeaux un jour de faible affluence.

Lou et moi sommes ici sans être là. Les pauses sont courtes, le travail jamais bien loin. Déjà trente minutes. Je reprends ma randonnée urbaine en guise de sport quotidien. Je remonte la north circular road, éventé par les traînées de gaz d’échappement des bolides anglais. Malgré l’apparente étroitesse de la ville, les espaces de circulation sont amples et aériens. Les espaces verts succèdent aux squares et aux rives de canaux aménagées à l’écart du brouhaha. Passé l’échangeur à l’ouest d’Edgware, le long de Harrow Road, je quitte le centre touristique et glisse le long du quartier islamique qui me sépare de Kensal Green. On est à mille lieux de la discrétion gênée des quartiers équivalents en France. A Londres, les vitrines halal sont bien visibles et les enseignes calligraphiées en arabe, fières. Quelques imams se détendent bien en vue, narguilés à la barbe. Les regards des piétons sont bienveillants. Il y a bien quelques crack-heads et autres imitations à capuches de gang members californiens pour apeurer le bon blanc que je ne manque pas d’incarner au cœur de cette zone à nette dominante musulmane. Je poursuis mon chemin me sentant, sans pouvoir l’expliquer, plus en sécurité, sûrement moins épié, que dans mon ancien quartier français.

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