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25 février 2014

L'angoisse du piéton au moment de traverser la rue

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Bientôt les municipales à Paris (et, parait-il, dans le reste de La France aussi) : c'est le moment de prendre à bras le corps ce fléau du monde autoproclamé civilisé : le passage piéton en bas de chez moi et les conducteurs qui le forcent neuf sur dix quand je suis engagé dessus. Oui, c'est dans les petites choses du quotidien que se dessinent les fondations du vivre ensemble et les grandes inclinaisons de la chaleureuse civilisation du chacun sa gueule ! 

Il y a quelques mois la Marie de Paris élargissait les trottoirs de ma rue, réduisant de fait la circulation des voitures à une file. Très bien. Malgré deux mois de marteau-piqueur, j'applaudis toute initiative visant à emmerder les automobilistes. Cela contribue par petites touches à les décourager d'utiliser en ville leurs charrettes à polluer (qu'ils occupent généralement seuls). Et ça marche (tu saisis le jeu de mots ?) : le trafic automobile parisien a baissé de 25% en dix ans. Merci Bertrand ! Ça ne tiendrait qu'à moi (allez savoir pourquoi, ce n'est pas encore le cas), la voiture particulière serait boutée hors de Paris. La moitié des parisiens n'a déjà plus de voiture et seuls 5% des trajets concernent des déplacements Paris-Paris. L'essentiel du trafic est dispensable. Les pics de pollution régulièrement défoncés, à l'origine de milliers de morts, émeuvent encore trop peu. Étonnant au moment où l'on nous impose l'installation de détecteurs de fumée à domicile.

Revenons donc à mon passage piéton quelque part entre Kiev et Caracas. C'est un simple passage, accès autorisé unique, permettant de relier mon côté de la rue à un ensemble de crèches et d'écoles (absolument non indiquées) à proximité. Il est fortement emprunté le matin et le soir, simultanément par les parents et leurs enfants. Point crucial : le passage piéton devance de quarante mètres un feu de signalisation énervant fortement l'homo-automobilus. L'heure est grave, il va perdre une minute si le truc tourne au rouge. Sûr que sur son heure et demie de trafic à touche pare-chocs depuis son pavillon à moitié fini de Cetelem-sur-Dalle (alors qu'il a une gare à trois kilomètres), c'est la putain de minute de trop qui fait déborder le vase d'une vie trépidante (quoique parfois un peu merdique). 

A cause du positionnement du passage dans un couloir d'accélération en cas de feu vert, en un an j'ai failli me faire écraser une bonne dizaine de fois, avec ou sans enfants, pour le seul crime d'avoir oser traverser la rue à pied sur un passage prévu à cet effet. La statistique de l'institut pifomètre grimpe en flèche entre 8h et 9h. Durant cette heure grise, proche du moyen-âge mécanique, galvanisé par la libre antenne d'RMC lui assurant qu'il est la victime de la répression routière, du matraquage fiscal et de la dictature socialiste, pressé d'enfin en finir avec son dimanche d'inactivité coupable et de pouvoir à nouveau se libérer par le travail, à la vue de SON feu émergeant  vert à l'horizon de son humeur vénère, dans 90% des cas l'homo-automobilus perd sa faculté d'observation du monde ambiant. Le passage piéton disparaît de son champ de vision, et les règles du Code de la route avec. Pouf, a'pu les gens ! L'homo-automobilus, philosophe de la liberté de mouvement perso avec air-bag, GPS et verrouillage centralisé, peut ainsi, suivant son impatience à retrouver son mug Masterchef au service comptabilité, forcer le passage au nez des gamins qu'il ne calcule même pas, ou s’arrêter sur les clous sans éprouver la moindre gêne à bloquer le passage des bipèdes locaux. Ces derniers n'ont plus qu'à se faufiler avec poussette et porte-bébé entre les gaz d'échappement en priant St-Paul-Walker pour que le flux des fats et furieux ne reprenne pas inopinément (sta' dire, dans un monde de progrès, un feu vert ça se rate pô !).

Dernier épisode en date ce matin. Votre rédacteur, n'écoutant que son courage et son Ipod, marche avec assurance sur le passage, alors même que le feu au loin est rouge carmin pour les voitures (je rappelle ici les bases pour nos amis crétins : rouge = ralentir). A sa perpendiculaire déboule conquérante à tombeau ouvert, une Mercedes de classe quelque chose (des années de randonnée parisienne le confirment : l'incivilité de l'homo-automobilus est proportionnelle à la taille de son engin). 

Votre rédacteur est donc à mi-chemin sur le passage piéton. La Mercedes classe moche, déjà en évident excès de vitesse, ne montre absolument aucun signe extérieur de décélération. L'individu au volant croise son regard. La dame d'une cinquantaine d'années, clope dans une main volant dans l'autre, n'affiche pas plus d'ébauche d'amorce d'un mouvement de pression sur la pédale de frein que de bonté dans l'expression envers notre trouducus-en-basketus. Votre rédacteur lui fait donc signe d'un bras tendu (certifié sans quenelle) pour qu'elle stoppe sa carriole de merde, rapport que je traverse quoi, et que ce serait trop con de mourir en pleines vacances pour la machine à pointer d'un autre !

Bien sûr, la dame ne s'arrête pas et votre rédacteur esquive le passage avec ce petit empressement pédestre réalisé avec la désinvolture du toréador urbain se remémorant in extremis qu'il ne faut jamais, O grand jamais, sous-estimer la cécité et l’égoïsme décontracté, bref la bêtise de l'homo-automobilus qui va et vient du boulot (alerte écarlate le vendredi après-midi et veille de pont). Mieux encore, votre rédacteur devine un agacement prononcé de la dame maugréant déjà que des bouts de cervelle piétonnière souillent ses jantes et la retardent dans son épopée vers l'émancipation (dont une des finalités est, rappelons-le, de rembourser les traites de ladite Merco). Il peut même lire sur ces lèvres un "non mais oh ça va pas connard tu te crois où enculé de bobo !" prononcé d'une amertume non feinte dans le confort teuton de son habitacle climatisé à l'abri de l’humanité. 

N'est pas Schumacher qui veut. Dans le coma, votre rédacteur n'aurait été qu'une donnée statistique de plus, ne provoquant aucun émoi (on est peu de choses). Un rapport d’un assureur nous apprenait la mort de 519 piétons sur les routes en 2011 dont 100 de moins de 14 ans. +7% par rapport à 2010. (Les accidents sont en baisse à Paris en 2012, sauf pour les piétons). En cas d'impact, la dame ne serait pas spécialement inquiétée : ce serait un "accident", elle n'aurait pas eu d'"autre choix que de prendre la voiture", voiture élevée au rang d'"outil de travail". La dame aurait peut-être même le droit à un comité de soutien sur Facebook pour tuer peinard sur la route. Va savoir avec ces torrents d'altruisme  nous submergeant ces temps-ci.

Malgré sa lente agonie (25% des européens envisagent désormais de ne jamais posséder de voiture de leur vie), l'homo-automobilus bénéficie encore d'une hallucinante impunité à jouer avec la vie des autres. Pourquoi en arrive-t-on encore à de tels comportements en ville, dans des zones résidentielles, avec des enfants ? Peut-être parce que ces "petites incartades" ne sont pas lourdement sanctionnées, ni même dénoncées, elles sont subies sans plainte et intégrées comme comportement normal par les conducteurs. La différence entre un criminel multi-récidiviste de la route et le type qui SMS en conduisant son 4X4 ne tient qu’à l’opportunité d’un piéton qui passe par là, et ose traverser la rue de son plein droit, là où on lui indique de le faire.

Demain, je vous raconterai comment, alors que je SMSais peinard en écoutant le dernier Snoop Dogg à fond tout en traversant sans regarder une rue que je pensai piétonnière, mais qui s'avéra un peu tard être un boulevard, j'ai failli mourir aplati par le pouvoir de ma seule connerie. On n'est vraiment en sécurité avec personne.

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23 février 2014

Une nouvelle bulle en formation

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"- Je suis en formation !". 

Un peu partout on l'entend, la phrase revient souvent. 

Alors que la loi réformant la formation professionnelle (concernant des millions de chômeurs et de salariés) était rejetée au Sénat cette semaine, quelle n'est pas ma surprise de constater que la vidéo de Michel Sapin, ministre du Travail, expliquant assez clairement pour une fois les améliorations incluses ne cumule que 104 visionnages sur Dailymotion cinq jours après sa mise en ligne.

(capture le 22/02, mis en ligne par le gouvernement le 17/02)

Donnons un petit coup de pouce au service com' du gouvernement en relayant cette vidéo :


Le truc ayant été (provisoirement) rejeté, discutons du fond

La formation professionnelle représentait en 2010 un budget de 31.5 milliards d'euros dont 13 financés par les entreprises, le reste par la collectivité (état, région, Europe). En période de restriction budgétaire, où les intermittents sont stigmatisés pour à peine un petit milliard (et encore ça se discute), à la vue des résultats de la formation professionnelle sur le chômage et la progression salariale (entre rien et nul), n'y aurait-il pas un petit ménage à faire ? 

Comme le souligne un rapport de la DARES en 2010, l'argent des formations est orienté à 85% vers les salariés (essentiellement dans les grosses sociétés). La formation devrait s’adresser, par définition, à ceux manquant de qualifications pour retrouver un nouvel emploi : les chômeurs. Seuls 8% d'entre eux se partagent les restes. Et encore, entre la complexité des paperasses et les castings, une discrimination s’opère au bénéfice des plus qualifiés.

Comme l’exposait l'émission Cash investigation en octobre dernier (voir ci-dessous, et là faut vraiment visionner) : n’importe qui peut se déclarer formateur. N’importe quel organisme de formation peur créer n’importe quelle formation, vendre sa prestation à n’importe quelle entreprise, légalement obligée d'en financer une partie. Comme l'inspection du travail, le contrôle des formations est en sous-effectif (Médiapart parle de 200 inspecteurs pour 30 milliards d'euros en circulation : autant dire rien et, sur les 80 pages du projet de loi, seuls deux feuillets sont consacrés au renforcement du contrôle, apprend-on également). Il est donc aisé pour un petit malin de bien gagner sa vie en vendant à des gens pouvant s'en passer des formations bidons, mais subventionnées. 



Deux questions se posent :

1 / Pourquoi rien n’est réformé vu les sommes en jeu et l’inefficacité du bidule ? 

2 / Pourquoi autant de gens sont friands de formation ?

La réponse à la première question est simple : ça génère beaucoup trop de pognon, trop de boites, d'organismes, de syndicats, se sucrent. C’est désormais un secteur économique à part entière qui génère de l'emploi (euh... oui pour les formateurs).

Pour les autorités, même coûteuse, cette dynamique comportementale de la formation sans fin, où chacun devient l'entrepreneur de son cursus professionnel a une utilité sociale non négligeable (comme en son temps l’accession à la propriété, et sa légende urbaine de l'enrichissement inexorable, compensait la stagnation salariale) : elle canalise les esprits, place l'individu dans une dynamique, cultive dans l'intime le concept de flexibilité professionnelle (totem libéral) tout en triturant chez le chômeur, ou futur chômeur, un fond de culpabilité sur son oisiveté supposée. Il vaudrait mieux se former, même pour rien, que de ne rien faire. 

Dans l'entreprise, la formation c’est un peu le club med du salarié. A défaut d’être augmenté, le salarié est valorisé et change d’air. La formation redonne confiance, permet de décompresser, revalorise parfois et renvoie au confort sécurisant des bancs d’école. Le salarié souffle, l’entreprise gagne un collaborateur redynamisé trois jours, des organismes en vivent, la collectivité raque. Pourquoi s’arrêter ?

En plus d'offrir à l'Etat l'opportunité de les rayer des statistiques, les 14% de demandeurs d'emploi concernés retrouvent avec la formation des perspectives, un cap. A condition que la formation soit sérieuse, bien appréhendée par le candidat et qu'il y ait une demande identifiée en face, parfois ça marche (vu et revu).

Je mets hors de l'équation ceux en quête d'un meilleur moi (inépuisable chair à canon marketing), finançant eux mêmes une formation, en toc et coûteuse (avec endettement c'est mieux), dans la kyrielle des organismes interlopes.

En tant qu'adeptes du 2+2=4, posons cette petite question à 30 milliards :

Si le stock d'emplois est limité (et avec des millions de chômeurs depuis des années, on peut se le demander), à la fin du bonneteau, quand chacun aura échangé son boulot avec son voisin (en admettant que les formations correspondent réellement à un boulot), il y aura toujours cinq millions de chômeurs.

Du pognon en masse, de l'argent public distribué sans aucun contrôle, des entreprises qui financent selon leurs intérêts, des organismes opaques qui pullulent : comme pour internet ou l'immobilier jadis ne sommes-nous pas en présence d'une belle bulle ? Une bulle de la formation ne bénéficiant pas de surcroît aux gens qui en ont théoriquement le plus besoin ? 

En attendant des éclaircissements, et un nouveau passage de la réforme à l'Assemblée, on peut juste conseiller au candidat à la reconversion professionnelle de faire la seule et unique formation assurée d’un débouché à court terme : une formation de formateur.

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Les sentiers de la gloire
La sécurité de l'emploi (de Laurence Parisot)
Les professionnels

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11 février 2014

Gattaz dernière démarque: tout doit disparaître!

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"Je suis extrêmement libre. Il n'y a pas de contreparties". 

Le président du Medef, membre de la délégation qui accompagne François Hollande à Washington, n'est pas content et le fait savoir.

En effet, la duxelles de truffes aux patates douces sur son lit de caviar dans l'avion présidentiel était déjà trop tiède à son gout, mais faudrait voir aussi à ne pas trop le prendre pour un cave. Gattaz n'est pas un numéro, c'est est un homme libre ! On ne va pas le "contraindre", le "punir", on ne l’achètera pas comme ça avec trente vulgaires petits milliards merdiques, même financés sur le démantèlement de la branche famille de la sécurité sociale ! No way José !  Créer des emplois en échange cadeaux fiscaux payés par les salariés ? "Il faut arrêter ce discours qui est insupportable". Tant qu'on y est, pourquoi ne pas demander aux actionnaires de redistribuer dans l'économie réelle une partie des profits exponentiels qu'ils réalisent les bras croisés (au lieu, par exemple, de la défiscaliser ou de le jouer contre le peuple au casino boursier ou les deux) depuis trente ans ? Ça va pas, non ? On est anti-système ou on ne l'est pas. Pas de complaisance avec la dictature bolchévique ! 

Voilà que, au prétexte d'un simple allègement de cotisations patronales, on ose suggérer au patron des patrons des contreparties chiffrées en terme d'emploi (j'écris "suggérer", parce que perso je n'ai pas encore vu passer l'ombre d'un objectif clairement chiffré, avec échéancier et mesures de contrôle cadrées. Étonnant, alors que pour percevoir ton indemnité chômage pour laquelle tu as cotisé des années, t'es parfois obligé de te justifier par internet, physiquement, par téléphone et par écrit, quatre ou cinq fois). 

De toutes les façons, Pierrot c'est un pur. En dessous de 100 Milliards de cadal, c'est pas la peine de lui causer embauche.

On m'a écrit que mon article du mois dernier sur cet, au mieux, échec annoncé du pacte de responsabilité était un poil caricatural. Merci aux principaux pantins de cette tragi-comédie à gros budget de me réaligner aussi vite dans la zone confortable d'anticipation modérée. 

En revanche, il est à craindre que salariés et électeurs ne vous remercient pas.

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[Exclu] La bibliothèque idéale de Nadine Morano

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Surfant sur la vague moisie des bigots, Nadine Morano a enfin livré son programme politique (c'est à dire qu'on l'attendait grave) dans l'émission Mots Croisés

Ecoutez bien la fin de cette vidéo. A la question de savoir si, après la sortie de Copé sur le livre Tous à poil (qui depuis cartonne sur Amazon), la prochaine étape de l'abrutea-party serait de brûler les livres "incorrects" dans les bibliothèques municipales, Nadine Morano (dont les historiens de l'art n'ont pas mémoire d'un tweet rédigé de sa main contenant moins de douze fautes d'orthographe) répond "ça ne me dérange pas" :


Soit. Bande de veinards ! En exclusivité, nous vous livrons les premiers exemplaires de la bibliothèque idéale pimpée à la Morano :











(Ce dernier sera évidemment brûlé en premier. 
Dépêchez-vous donc de vous le procurer ici en édition standard ou là en numérique)

Merci à Politeeks pour la vidéo.

10 février 2014

Zemmourity report

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Ça fait un moment que je n’écoute plus les dingo-bigoteries d'Eric Zemmour dont, à l’instar du camp réactionnaire, les sphincters mentaux semblent lâcher les uns après les autres depuis qu’il a découvert les joies du défilé sur pavé entre intégristes hétéroclites (mais tous anticlito) et savouré la capitulation (au moins symbolique) du gouvernement sur la loi famille. Mais voilà, moment de faiblesse, l'autre jour j'ai traîné devant ma télé. Et quand tu traînes devant ta télé, forte est la probabilité de tomber dans les trois minutes sur un conno de la télé-réalité, un libéral habité ou la tête à Rico.

Et samedi, c'était le tour du réac. 

Le dernier débat Domenach / Zemmour (Ça se dispute) sur Itele revenait, pour une fois, sur les intox du polémiste, lâchant sa carte de journaliste pour celle de propagandiste, dans l'émission précédente. E.Zemmour reprenait et propageait la théorie du complot sur une "théorie du genre" qui serait inculquée dans les écoles par les hordes satanistes LGBT (lesbiennes - gays - bi - transsexuels), mensonges à l'appui.  Comme d’autres avant lui, E.Zemmour a compris que dans ce climat délétère, vu l'état de confiture obscurantiste de son fan-club, il ne faut plus s’embarrasser de nuances. Il faut taper vite et fort. Il ne s'agit plus de convaincre les convaincus, mais de les pousser à se radicaliser encore plus, dans l'espoir de décomplexer les autres.

Dans cette émission et la précédente, Zemmour fait l’amalgame grossier (totalement assumé) entre la ligne azur qui est un service d’écoute pour les adolescents s’interrogeant sur leur identité sexuelle et / ou victimes d’homophobie, et l'ABCD de l'égalité, destiné aux écoles primaires pour sensibiliser les enfants aux métiers et tâches du quotidien qu'ils peuvent exercer, où il y a actuellement surreprésentation (inexpliquée autrement que par le poids des préjugés) d'un sexe ou de l'autre.

Il n'en faut pas plus à Zemmour pour voir dans la lutte contre l'homophobie, un complot dont l'objectif est de « détruire la norme hétérosexuelle ». C'en serait juste comme d'habitude con à en pleurer si l'on ne trouvait pas derrière 1 / de réels actes homophobes et des suicides. 2 / son vrai motif : la volonté de faire perdurer le modèle patriarcal, et une société encore très couillo-centrée[2]. 

Je ne vais pas rentrer dans le débat sur la bonne ou la mauvaise éducation et "la norme" sexuelle. Dans les deux cas, j'ai la faiblesse de penser que l'amour et la responsabilité sont des préalables. Je trouve juste risible que des types qui n'ont pas changé une couche de leur vie, ni foutu les pieds dans une école depuis 40 ans, fassent la morale aux Français sur l'éducation de leurs enfants et comment doivent se former les couples. Je dis bien "les couples", parce qu'à ces degrés d'amalgame et de rigidité bientôt ce seront les célibataires qui seront accusés de transgresser la "norme".

(Copé et Zemmour ont raison. 
Assez de cette littérature zoophilo-pédéraste ! Ici le dernier Valeurs Actuelles).

Derrière les propos ciselés, les calicots roses et bleus, les prétendues machinations de "la dictature socialiste" dénoncées par SMS anonymes, les slogans malins (très bonne trouvaille marketing cette "théorie du genre" amenant chacun à se positionner autour de quelque chose qui n'existe pas) ne pas perdre de vue le fond idéologique des Zemmour and co., de cet abrutea-party coagulant dans nos rues sous nos yeux ébaubis : la disparition de tout ce qui n'est pas de souche sur seize générations, catho[3], hétéro certifié et vierge avant le mariage. 

Bref des trois quarts de la société. Et c'est le plus drôle, souvent d'eux-mêmes. Mais chut, ne leur dites pas.

Illustration : un poster trouvé dans la chambre du petit Eric (je m'inquiète vraiment pour lui).

* * *

[1] Le plus inquiétant dans cette histoire : sur la seule base d'une méfiance envers les médias et la classe politique, des parents enlèvent des enfants de l’école après réception d'un SMS non sourcé. Tout ça pour les laisser devant BFM toute la journée.

[2] rappelons les bases du Zémourisme : la femme a le droit inaliénable de fermer sa gueule et de faire, en souriant et avec abnégation parce que l'avortement est un péché, douze gamins à son mari qui, lui, a le droit d’aller aux putes parce que c'est l'ordre naturel et qu'il en va de sa liberté.

[3] musulmans temporairement acceptés, mais uniquement sur présentation de la carte anti-Hollande.

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4 février 2014

Sociétal-libéral, tu perds ton sang-froid

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Le social-démocrate est un gars sympa, un peu austère, un peu rigoureux, mais pas complètement foutu. On peut encore discuter. Il est juste obsédé par des impossibilités : le remboursement de la dette et la croissance. Un jour, peut-être, il comprendra (il lui faudra le temps) qu'on ne remboursera jamais la dette et que du boulot, il y en aura de moins en moins (et que ce n'est pas une mauvaise nouvelle à moins de repenser la société de fond en comble). D'ici là, tant qu'il peut faire carrière, il appliquera encore et toujours, les recettes d'hier à la situation d'aujourd'hui avec le même échec pour demain.

Quid du "social-libéral" ?

Bon là c'est plus grave. On est dans l'imposture intellectuelle à fort potentiel marketing. Rapport qu'il y a un mot de trop à la base, social (protéger le plus faible) étant l'oxymore économique du libéralisme (que le plus fort gagne). 

En fait, le vrai terme pour qualifier le gouvernement en place serait plutôt "sociétal-libéral". Là c'est plus cohérent : une politique économique orientée à droite enrobée de réformes sociétales fortement marquées à gauche (mais compatibles avec le libéralisme, chacune créant potentiellement de nouveaux marchés). Le mariage pour tous, le droit à l’euthanasie, l’égalité homme-femme, la dépénalisation du cannabis (si si vous verrez)… Autant de combats nobles, que je partage, parfois urgents, mais qui ne sont pas considérés comme prioritaires pour les Français et ne répondant pas à la mesure du pessimisme et de la détresse sociale rongeant ce pays : chômage, précarisation du salariat (en fait, ce libéralisme mal assumé accélérera ce mouvement au nom du principe de "compétitivité") et mal-logement (la fondation Abbé Pierre publie son rapport annuel, une fois de plus accablant).

- Salut. TVA bien ?

Le combat sociétal, nécessaire, a aussi pour effet bénéfique de détourner l'attention et cristalliser la contestation autour de quelques allumés qui, au final, par leurs excès, discréditent  et fragmentent l’opposition. Méthode efficace, mais dangereuse : en coagulant les colères des réactionnaires, on leur donne un sentiment de toute puissance avec les risques inhérents (montée du racisme décomplexé, violence, drainage général du débat politique sous le niveau de la mer...). On l'a vu avec les manifs pour tous, on l’a revu avec les trépanés du jour de colère, on le revoit encore avec ce délire collectif autour d'un SMS prétendant qu'un complot socialo-maçonnico-gay masturbe gratis à l'école…  Pendant ce temps-là, la destruction du code du travail ou le démantèlement de la protection sociale se poursuivent au même rythme de croisière qu'avant dans une relative discrétion et une totale atonie de la contestation. Pour résumer : ça gueule moins que quand nous étions gouvernés par la droite alors qu'objectivement, sur le plan social, c'est pire.

C'est bien vu. Le combat sociétal, on peut difficilement être contre sous peine de passer pour ce que l'on est : un rétrograde (aussi bien pour l'union homosexuelle, que le droit de mourir dans la dignité ou même le cannabis, il s'agit le plus souvent d'aligner la législation sur la réalité de la société). Le temps d'antenne ainsi occupé ne l'est plus pour de réels reculs sociaux et économiques : l'ANI, le CICE...

Pourtant, on peut se demander ce qui passe par la tête du gouvernement sociétal-libéral lorsque, suite à un énième défilé aux pétards mouillés de frappés du caisson, il revient en arrière sur un projet de loi (ne contenant même pas ce que les brailleurs en croisade exigeaient de retirer : PMA et GPA).

Là, on touche les limites de l'exercice. Ce sera quoi après ? L'abolition de l'avortement ou le retour de la peine de mort ? (Dans la logique qui les caractérise, ce sont les mêmes qui réclament les deux). Chômeurs et licenciés savent désormais qu'il leur faudra enfiler une soutane et scander des slogans obscurantistes pour être entendus du pouvoir.

A la décharge du gouvernement, il est vrai que la bêtise des arguments de la Sainte-Alliance des absurdes est désarmante. C'est précisément pour cela qu'ils ont un avantage. Et l'actualité nous le prouve jour après jour.

Jusqu'où ?

Ne jamais, jamais, sous-estimer la connerie de l'adversaire. C'est une règle d'or.


Article connexes :
L'Abrutea-Party
Qui a peur du mariage pour tous ?
La dette, péché originel pour peuples coupables

Illustration : Abbés en quenelle. (source)

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