mardi 29 novembre 2011

Forever RGPP

Comme Gérard Lanvin, cessons cet inutile mauvais esprit envers notre Sauveur et son équipe gouvernementale. Notre Astérix et ses Idéfix ne ratent pas tout. En effet, la croissance française du chômage est stupéfiante: +33% depuis 2007. Mais le gouvernement a le triomphe modeste et préfère aborder la question cruciale du vote des étrangers ou faire voter une 36e loi sur la délinquance prénatale.
Attardons-nous donc sur d'autres succès de ce gouvernement infiniment moins médiatisés. A la catégorie destruction, nous trouvons: la RGPP - Révision générale des politiques publiques - dont le premier Ministre doit dresser aujourd’hui le bilan (sans aucun doute merveilleux) à Bercy.

La RGPP, mise en place en juillet 2007, est le round-up des services et missions de l’Etat. A l'époque, il s'agit de Faire mieux avec moins (slogan que nous ré-entendons aujourd'hui à peine modifié pour la prochaine campagne présidentielle de droite). Au palmarès de la kermesse RGPP: suppressions de tribunaux, nouvelles répartitions et fusions d’administration, développement des services sur internet, non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux (150.000 postes supprimés en 5 ans, 500.000 selon le livre noir de FO), généralisation du principe de mobilité...) et moult autres mesures de cost-killing multi azimuts décrétées d'en haut et sans aucune concertation avec les élus  ou spécialistes de terrain.

La RGPP est l'application progressive du néo-libéralisme au secteur public, sous l'angle unique de la performance. Mais comment évaluer la performance d'un juge ? Pour avoir des enfants dans de bonnes conditions, les mamans doivent-elles habiter dans une région présentant un taux annuel d'accouchements suffisant pour que l'Etat y daigne laisser une maternité ?

La RGPP, peu médiatisée, remodèle complètement les territoires de province, enclavant certaines zones où il faut désormais faire une 1h30 de voiture pour passer un examen de santé, et une heure de plus pour en faire un autre complémentaire, où les perceptions et les gendarmeries ferment.

La RGPP détruit peu à peu l’égalité républicaine supposée dans l’accès aux soins et à l’éducation.

Certes, pour l’illuminée Pécresse moins d’hôpitaux mieux équipés améliorent la qualité du service public. Toujours est-il que, grâce à la RGPP, il devient plus risqué d’être cardiaque en vivant dans certaines régions de France pour cause d’hôpital désormais à 60 kilomètres trop loin. Ne te plains pas, c'est ça la modernité.

La RGPP est un des ces facteurs de déclassement médiatiquement discrets, mais affectant des millions de Français. Voyons d’ailleurs dans la récente victoire de la gauche au Sénat, une remontée de colère des élus de terrain envers des mesures souvent absurdes, imposées sans concertation et dont ils sont, par manque d'information, tenus pour responsables chez eux.

Le plus beau c’est que la RGPP rate ses ambitions budgétaires. Elle aurait permis d’économiser 15 milliards d’euros depuis 2007, soit l’équivalent de ce que l’Etat a dilapidé en cinq minutes le mois dernier pour la Grèce, histoire de contenter les marchés.

Le gouvernement avait promis de reverser sous forme de primes 50% des économies générées. "Ce taux de retour a en réalité atteint 67,3% en 2010" selon la Cour des comptes citée par Le Figaro. Et d’ajouter "Gilles Carrez, rapporteur UMP du budget, a même démontré que dans certains ministères, comme l'Intérieur, les primes avaient dépassé les économies." Oups.

Mais peu importe le résultat pour la droite, seul compte le processus.  Dégrader froidement les services publics est un moyen à peine déguisé de progressivement convaincre les esprits de l’impérieuse nécessité de laisser gérer la santé ou l’éducation par le secteur privé. 

Dès octobre 2007, Fillon avait annoncé la couleur: "La réforme de l’État supposera que chacun d’entre nous accepte qu’il y ait moins de services, moins de personnel, moins d’État sur son territoire".

La droite est droite, c'est pour ça qu'on l'appelle ainsi. Comme pour le chômage ou le pouvoir d'achat, on ne change pas les méthodes qui foirent. Fort de ce maigre résultat économique, source d’un beau bazar sur le terrain et de drames humains aussi bien pour les personnels impactés que pour les citoyens abandonnés, soyons assurés d'un violent renforcement de la RGPP si ce président (qui a révisé la politique personnelle de son salaire de +173%) est réélu.

Rêvons ensemble d'un monde encore plus moderne. Il reste tant à faire: privatisations des rues, le casting des maladies à soigner, consultation médicale par SMS surtaxés, l'école maternelle au mérite, la police privée ou l'armée de mercenaires… 
+
A lire sur le sujet :
- Philippe Merlant : la RGPP dans les faits, Mediapart.
- Le livre de Jacques Cotta "Qui veut la peau des services publics ?"  JC Gawsevith éditeur, 2011.
+
Illustration : L'équipe du budget au grand complet.

6 commentaires:

Anonyme a dit…

Pour ma part je suis tout à fait impressionné par la retenu de l'opposition face aux résultats tout a fait catastrophiques de l'UMP !

Peut être attendent-ils un peu janvier ou février, je ne sais pas.

Toutatis a dit…

Oui mais les exemples de la Grèce et de l'Espagne laissent prévoir que si c'est l'autre qui est élu, eh bien ce sera exactement pareil.

Anonyme a dit…

Salut Seb

Ayant grandi dans une zone de montagne ou justement l hopital est loin, je suis pas sur que tu ait raison.
car l hopital pas tres loin, c est bien quand tu as un bobo mais si c est serieux, c est la meilleure solution pour te retrouver handicape ou dans un cerceuil.
Dans mon cas personnel, si c est serieux, direction grenoble. Certes c est a 150 km mais c est plus sur

Sinon, l echec de la RGPP me rappelle un vieux commentaire a l epoque d allegre ministre: "si on degraisse le mammouth on a un squelette de mammouth".
C est exactement ce qu on a fait. moins de personnel mais autant de missions remplies de la meme facon.
L echec est alors evident.
Ce qu il aurait fallu faire c est

1) se demander si la mission est vraiment necessaire (par exemple a t on encore besoin d un ministere des anciens combattants ? de subventionner les corses ? d avoir autant de planton devant les ministeres ?)

2) changer les methodes. Exemple tout simple: remplacer les flics par des secretaires pour saisir les plaintes voire mettre un PC a disposition des victimes. Pour toutes les plaintes qui sont de toute facon classees sans suite (genre vol de mobylette, cambriolage), on peut tres bien se satisfaire d une solution web

Un partageux a dit…

La RGPP est une guerre avec des dégâts collatéraux multiples...

Je connais une dame qui bosse comme une malade pour compenser la baisse des effectifs dans son service. Elle assure seule le boulot qui était effectué par trois personnes... Parce qu'elle ne se résout pas moralement à laisser partir à vau l'eau le service où elle bosse depuis vingt ans.

Anonyme a dit…

"Dans mon cas personnel, si c est serieux, direction grenoble. Certes c est a 150 km mais c est plus sur"

Donc il faut supprimer le petit hôpital et faire 150 km même pour le petit bobo ? Je comprend pas la logique...

Anonyme a dit…

"voire mettre un PC à disposition des victimes" : ! ... MOUHAHAHAHAHAHAHAHHAHAHA !!! ... Désolé...