12 novembre 2013

[L'abondance] Bras tendu, l'idée pue

par
Dans l'Abondance (sortie le 11 oct) : 

"Les maîtres de l’image ayant une fondamentale aversion pour les silences, on chauffait le public une heure à l’avance. On le sélectionnait même. On le triait au tour de taille, au galbe du nichon dans l’axe de la caméra. On s’assurait de l’endurance de son rire gras et de l’automatisme de son clappement à la moindre flatulence orale. Étonnant en revanche que, dans cette émission connectée, personne en régie n’ait encore remarqué ce type au bras pointé vers le bas, deux rangs derrière l’animateur. Il mime pourtant, et en forçant le trait, le court slogan de la provocation antisémite tournant depuis cinq ans sur internet."

et hier soir, 11 novembre, dans Le petit journal de Yann Barthès sur C+ :



A lire aussi : 
Lâchez-nous la quenelle (Romain Blachier)
Confusionnisme et déviationnisme (socialisme critique)

Nouveau livre de Seb Musset, L'abondance. 
+ d'infos
Disponible ici en papier ou ebook.



1 novembre 2013

Le Pen : La barbe, la "bourde" et le buzz

par

Hier matin sur l'antenne d'Europe 1Marine Le Pen, présidente du FN, a émis des réserves sur la récente libération de quatre otages français

En effet, après trois ans de captivité par AQMI, les ex-détenus ont eu l'idée (séditieuse entreprise pour le moins anti-patriotique) de descendre de l'avion à Villacoublay sans bouteille de Beaujolais  sous le bras, ni chapelets de saucisson autour du cou comme c'est l'usage en Gaule depuis la création des Hauts-de-Seine par Jeanne d'Arc (si si, je l'ai lu dans Valeurs Actuelles).

Pire encore. Certains des terrori, euh ex-otages, étaient affublés d'une barbe. Oui mesdames et messieurs, une barbe : comme l'auteur de ce blog, Carlos, le chanteur, et Dieu le père ! Pire, d'autres plus suspects portaient un chèche. Madame Le Pen apprécie peu ce laisser-aller vestimentaire quand on passe à la télé devant des millions de Français. D'ailleurs, question barbier, elle préfère quand c'est propre et net, et qu'il n'y a aucune équivoque possible. 


Il ne fallait pas plus que cette suggestion d'otages devenus musulmans (puisqu'il s'agit de cela en toile de fond) pour que les médias embrayent toute la journée sur, je cite, "la bourde" de Marine Le Pen. De la Une du Monde dans l'après-midi, le "dérapage" dérape jusqu'au JT de 20h du service public où il sera traité avant le cas des otages eux-mêmes. 

(commentaire du journaliste : 
""Elle casse le consensus". En vous remerciant.)

Keep calm et reprenons les choses dans l'ordre :

1 / Il n'y a pas plus de "dérapage" que de "bourde".
Sous-entendant qu'il y a islamisation des otages, Marine Le Pen, s'adresse d'abord à son électorat.
Qu'il s'agisse de l'électorat acquis :
- Le xénophobe de base, excédé par la "normalisation" du FN, qui a besoin que le parti lui redonne sa dose quotidienne de peur du mahométan.
- Le comploto-timbré, bercé un peu trop près de la télé, en sevrage depuis sur Facebook. 
Qu'il s'agisse de l'électorat potentiel :
- Scoop : une bonne partie de la droite n'aime quand même pas trop la barbe et les chèches.

2 / Avec cette sortie matinale, la présidente du FN, évoluant avec agilité dans son biotope médiatique, sait qu'elle occupera les ondes durant 24 heures (voire 48 avec le jour férié). L'information continue n'est qu'un feuilleton dont flemme et pyrotechnie sont les deux piliers narratifs : Marine Le Pen fournit les épisodes. Au final, ses messages codés, ou pas, atterrissent invariablement en tête des JT (à deux doigts de lui organiser une cellule de soutien psychologique pour son "dérapage").

3 / Car, Madame Le Pen, s'offre également la possibilité d'une seconde séquence, dite du remords, où elle pourra s'expliquer, interpréter l'incomprise, dupée, forcément, par des médias "qui cherchent toujours la petite phrase" (qu'elle leur donne à chaque fois).

4 / Avec le pitch de Homeland lu le matin même dans TéléZ, la chef du FN, réussit donc à parasiter une actualité qui lui est totalement étrangère (la libération d'otages français après de longues négociations), coupant l'herbe sous le pied du Président (et oui, on ne parle plus que d'elle). Et le lendemain à la même heure, son bras droit remet le couvert.

Enfin, 

5 / Ce point curieux (il n'a pas été l'objet de l'ombre d'un début de remarque dans l'agitation du jour) : si c'était le cas, en quoi la conversion personnelle ou l'adoption d'une religion par un otage serait un problème pour la nation ? 


Illustration : The Barber, Coen Bros (2000)

Nouveau livre, L'abondance. 
+ d'infos
Disponible ici en papier ou ebook.







Articles connexes :
L'occupation des cerveaux
Les JT roulent-ils pour le FN ?
FN : Lutte des classes ou lutte des races ?

30 octobre 2013

Détruire la virilité (au jardin d'enfants)

par

Cet après-midi là, j'accompagne ma fille de quatre ans au jardin d’enfants. Vu le temps de plomb, ils ne sont que deux : la petite et un gamin du même âge, appelons-le Marc-Antoine. Le garçon est accompagné par une grand-mère chic et échappée des beaux quartiers, et ce qui semble être le père du gamin : un quadragénaire sentant bon le cadre sup. dont l'insistance à ne rien comprendre au concept, pourtant pas bien complexe, du tourniquet m'incite à conclure qu'il doit être responsable financier ou un truc dans le genre.

Le petit Marc-Antoine crapahute sur la cage à poules, enchantant sa Mamy qui capture sous toutes les coutures au Galaxy S à l'étui YSL, les exploits de son héros maladroit.

MAMY NEUILLY 
"On va envoyer les photos à ta maman qui est au travail…"

Armé d’un grand bâton de bois mort, ramassé au bordure de square, voilà que Marc-Antoine entame la parade du mousquetaire avec ma fille dans le viseur. Il lui court après en manquant de l’éborgner sous le regard éteint de son père et les extases de sa grand-mère. Je vois le mal partout, mais je ne peux m'empêcher de noter le caractère phallique de l’instant, qui plus est relevé par les propos du garçon. Je cite :

MARC-ANTOINE
"T’as vu mon grand bâton ! J’ai plus le grand bâton donc je suis plus grand que toi !"

Point discutable : ma fifille à son papa étant plus grande que ce petit con. Stoïque, je m’assois sur le banc gardant un œil agacé sur le manège du Dirk Diggler du bac à sable ostensiblement snobé par ma gamine. Elle lui préfère l’ascension d’une cabane à toboggan au sommet de laquelle elle observera, vaguement blasée, ce marquage de territoire.

MAMY NEUILLY
"Lâche un peu ton bâton Marc-Antoine, tu risques de lui faire mal à la petite fille."

C’est vrai, bourgeois ou pas, il serait dommage d’entrer dans des procédures judiciaires et des frais de santé à débourser à cause d'un bout de bois brandit dans un square public. Marc-Antoine consent à baisser la garde.

Bientôt, le garçon ramasse dans une flaque un bonnet dégoulinant abandonné là. L’éponge informe suscite l’intérêt des deux enfants. Mais, devant la crasse du truc tricoté, Marc-Antoine le lance à ma fille en ajoutant un : "Tiens, nettoie-le !". Bon Ok, je range dans ma poche cette baffe qui me démange : Marc-Antoine est avant tout le fruit de son environnement. Cette thèse se trouve validée par la réplique de sa grand-mère :

MAMY NEUILLY
"Oh Marc-Antoine ! Elle me regarde avec un soupir amusé visant à créer une complicité malgré nos différences sociales sur la base idéologique supposée aussi évidente que commune : Comme quoi c’est bien dans les gênes !"

Mamy fourrure sous-entend donc que, tandis que les mini-hommes font la danse du chibre en sortant connerie sur connerie, les femelles, pas dupes, ont déjà intériorisé à quatre ans qu’elles sont là pour gérer le linge sale du super héros. Le sexisme est ici intégré et revendiqué, comme un ordre naturel, par une femme ayant sur tous les protagonistes de cette histoire l’expérience des années.

Cette anecdote m'est revenue en mémoire grâce à cet article de Crêpe Georgette (auquel je vole une partie du titre). Je vous le conseille de lire. C'est court, provocant, mais des points sont justes dans la connotation positive de la virilité, sa sémantique, et ce l'on y rattache culturellement (quelque soit les classes sociales) : implicitement la supériorité de l'homme sur la femme pour aboutir à cette bizarrerie (ne reposant sur rien de scientifique) assimilant "courage" et virilité (Ça va du fameux "pas de couilles" à "fais pas ta gonzesse").

Inversement, on renvoie au champ de la faiblesse, de la médiocrité et de la sous-performance, tout ce qui est défini (par les hommes, la ruse est là) pour être le rôle des femmes (en gros : tâches ménagères) ou ce qui est considéré comme leur nature exclusive (forte sensibilité, expression des sentiments, s'occuper des enfants...). Inversement, les travers du mec (violence, roulage des mécaniques, lourdeur de la drague et plus si pas affinités...) sont ainsi magnifiés par défaut.

Marc-Antoine est surement un bon gamin qui a déjà eu douze cours d’initiation scolaire sur l'importance de fermer le robinet d’eau quand il se brosse les dents. Pourtant, dans son environnement immédiat, on lui dit déjà à quatre ans que les tâches se repartissent selon le sexe, des années avant qu'on lui parle de sexualité (si on en lui en parle). Il fait déjà le tri entre ce qu’il est "normal" de faire avec son bâton, ou avec un bonnet sale, suivant que l’on ait un zizi ou non. (Il remplacera "zizi" par "couilles" d'ici quelques années, deviendra père à son tour, perpétuera le cycle et sera probablement effrayé par l'intolérable montée de la "domination féminine").

On peut on doit parler de la sous-représentation des femmes (je veux dire hors sphère commerciale), un manque de parité dans les institutions ou des plafonds de verre de la progression salariale, mais le cœur du sexisme commence dès les premières années. Ce sont elles qui conditionnent les représentations, l’image de soi, son degré de confiance pour faire entendre sa voix et s'imposer.

Illustration : Jeux interdits, René Clément (1952)

Nouveau livre, L'abondance. 
+ d'infos
Disponible ici en papier ou ebook.






Articles connexes : 
De la difficulté à répartir les tâches et changer les couches
Passe ton bac d'abord
Les aventuriers du Salam aleykoum maudit

29 octobre 2013

Écotaxe et Patafix

par

Encore une fois, chapeau ! Cinquante énervés en bonnets rouges, télécommandés par le Medef et la FNSEA, encouragés par Christine Boutin, Marine Le Pen et l'UMP (à l'origine de la loi en question), ont fait reculer le gouvernement sur l'application de l'écotaxe

Que voilà un Premier Ministre bien fier de lui, mais qui comprend tout à l'envers :

Jean-Marc Ayrault cède par peur de la violence, et c'est précisément parce qu'il est faible que la violence continuera. Non content de ne pas savoir expliquer les lois ou défendre ses quelques convictions, le gouvernement capitule craignant la fronde. Ça devient une habitude (enfin sauf lorsqu'il s'agit de la destruction des acquis sociaux, où là, reconnaissons-le le gouvernement montre un certain courage à défendre les intérêts du patronat).

En réponse, le syndicat des patrons fait d'ailleurs part de sa déception :

Entre le ratage total de l'affaire Léonarda et la volte-face sur cette mesure verte (Je me demande encore comment des écologistes peuvent rester dans l'équipe ?), je n'ai plus de mot pour qualifier l’exécutif sur le blog. J'ai tout mis dans le bouquin et j'y ai d'ailleurs esquissé la suite des événements. Tout le monde va s'y mettre : "et il y a trop de radars, on ne paiera plus nos PV !", "et nous on paiera pas nos impôts !"... Un vrai festival de l'individualisme sous le grand signe du "ras le bol fiscal" qui sera, plus que l'insécurité ou la peur de l'immigré, le vrai point de ralliement des droites (voir ci-dessous), et dont l'histoire retiendra que l'on en doit la création marketing à un certain Pierre Moscovici, ministre socialiste de l'Économie et des Finances.

Ah oui tiens, au passage, cet abandon coûtera 800 millions au contribuable.

La seule (maigre) bonne nouvelle dans cette déconfiture du pouvoir, c'est qu'elle survienne aussi rapidement.

Ça nous laisse trois bonnes années pour remonter la pente.

20 octobre 2013

Le piège à compassion

par

Après soixante-douze heures de pataquès compassionnel (mon petit doigt me dit que cette mise en Une a un autre motif que la bonté), François Hollande finit par trancher dans l’affaire Léonarda pour trancher à moitié. 

La jeune fille est autorisée à revenir en France pour étudier, mais sans sa famille. Alors que son expulsion (à la source du merdier) a été motivée par souci de ne pas la séparer de sa famille, celle-ci arrivant au bout de cinq ans de recours légaux. 

François Hollande demi-rate donc encore un moment de com’.

Il paye trois prix :

1 / Une politique d’immigration non assumée. Et je le répète ici, il n'y a pas de honte à avoir un contrôle des flux, même si dans le cas d’une Europe ouverte, ça se complique sérieusement. Dans le cas de Léonarda, la situation était claire : seules les conditions d’expulsion ne l’étaient pas. L'immigration n'est pas une thématique essentielle. En n'assumant pas plus franchement son traitement, la gauche laisse croire que c'est un problème de taille et sert donc la droite.

2 / Vouloir satisfaire en permanence un électorat qui ne votera jamais pour lui, et trahir à répétition l’électorat qui a voté pour lui. Quel sera l’aboutissement électoral de cette équation ubuesque : une méga tarte aux élections intermédiaires. La gauche n’ira pas voter, la droite ira voter à droite ou l’extrême droite. Valls a beau être populaire, il ne générera aucun vote pour le PS.

3 / Il se laisse encore avoir par le rythme de l’info continue. Celle-ci a horreur du vide. Sarkozy et ses sbires dictaient l’agenda médiatique, Hollande et ses ministres le subissent, se retiennent et finissent par craquer. Pour faire n'importe quoi.

Ce feuilleton (car il y aura d'autres épisodes va savoir) ne changera rien pour les autres expulsions et tous les autres drames. Quant à l'indignation suscitée, qu'en restera-t-il dans deux semaines ? Y aurait-il eu un tel barouf si cette expulsion survenait durant les vacances ? Sur cela les indignés devraient s'interroger aussi.

On notera tout de même l’effort de certains médias pour démonter cette famille, puis donner la parole à Léonarda en direct open bar épidermique depuis le Kosovo (ce qui enfonce son cas encore un peu plus). 

Les mêmes ne donnent quasi jamais la parole aux Roms en France (en bas de leurs locaux). Les mêmes faisaient d’un bijoutier assassin un héros et hésitent à aller à Trappes quand il y deux cailloux lancés.

Et pour finir, ça n’arrivera pas souvent promis, permettez-moi de citer ceci :

« Il faut, par contre, définir des critères cohérents entre eux, lisibles par tous et appliqués de manière identique sur tout le territoire pour l’obtention des titres de séjour. Il n’est pas acceptable, comme c’est le cas aujourd’hui, que les règles soient interprétées de manières différentes selon les préfectures et aboutissent à la situation absurde du « ni expulsable, ni régularisable ».
Trop longtemps en matière d’immigration, la gauche s’est retrouvée ballottée entre le discours de la droite et celui des associations. Il est grand temps qu’elle pose enfin les bases de sa propre politique en ce domaine ». 
Manuel Valls in l'énergie du changement (2011), cherche-midi editeur.

Article connexe :

Nouveau livre, L'abondance. 
+ d'infos
Disponible ici en papier ou ebook.

18 octobre 2013

FN : lutte des races ou lutte des classes ?

par
J'allais écrire un billet sur ce débat qui revient souvent : Faut-il stigmatiser les électeurs du FN ou chercher à les comprendre en y mettant les formes ? 

Et puis, je suis tombé sur le dernier numéro d'Envoyé Spécial sur les "nouveaux visages du FN". 

On y suit trois trentenaires candidats FN pour les municipales : son vice-président, Florian Philippot, un transfuge de l'UMP et une commerçante, novice en politique et propulsée candidate par le parti dans son village des Ardennes.

Au gré de sa campagne de terrain sous les caméras de France 2, cette jeune femme carbonise en quelques minutes les laborieuses tentatives de Marine Le Pen pour rendre cool, crédible et modéré le parti d'extrême droite. Après moult approximations et l'expression de diverses peurs, la commerçante finit par se lâcher totalement et comparer trankilou pépèrlito Christiane Taubira à un singe[1], en ajoutant qu'elle n'est pas raciste et a des amis noirs.

(je vous conseille de visionner le doc en entier sur Pluzz)

Réaction du FN : suspension de la candidate. Parfaite introduction pour le billet que je voulais faire depuis un petit moment :  1 / Le FN ne crée pas la bêtise, il la récupère et l'instrumentalise. Et dès fois, comme hier soir, ça lui pète à la tronche en prime-time. 2 / C'est loin d'être un parti aussi charpenté qu'il le prétend et qui reste bien embarrassée par la fougue de ses troupes (c'est un paradoxe pour un mouvement qui se veut démocratique).

La réaction du FN envers sa candidate est symbolique de ce rapport. La candidate du terrain  est envoyée au front, va trop loin devant les caméras, contrevenant avec la ligne marketing décidée à Paris, et se voit éjectée pour avoir (pour reprendre l'expression consacrée et entendue dans le reportage) dit tout haut ce que chacun penserait tout bas. 

Au-delà de "la lutte des races" qui, il suffit de gratter un peu, reste une base commune, le vote FN se divise  à mon sens en deux catégories principales :

D'un côté, la compote des colères (légitimes ou pas) provenant de gens qui n'ont juste aucune architecture politique ou instruction historique minimale. A leur décharge, à force de patauger dans la crasse de l'époque sans aucune autre grille d'analyse que celle des écrans, on finit par penser de la merde, et ce faisant, on renforce la crasse de l'époque. Et là, le boulot (colossal) est autant politique que culturel.

De l'autre côté, des gens qui savent très bien ce qu'ils font et pour qui ils votent. On aura tort de penser qu'il s'agit d'un vote de la misère (la thèse qui arrangerait tout le monde). On voit dans quel état de panique, la simple esquisse d'un demi-risque qu'il puisse y avoir une politique vaguement de gauche  a mis en transe le (large) monde de la rente dès le lendemain de l'élection de François Hollande. Ce monde-là préférera toujours n'importe quelle droite, à n'importe quelle gauche. Appelons ça l'identité fiscale. Et vu la farce qu'est devenue l'UMP, et dans quel état de porosité idéologique Nicolas Sarkozy a laissé ce parti, le pas se franchira vite (on l'a vu à Brignoles).

La seconde catégorie dupe et dupera la première. 

Pourquoi deux électorats à priori contradictoires (le type qui galère et celui qui veut protéger son capital des types qui galèrent) se retrouveraient-ils dans le vote FN ? Toujours pareil : la peur, l'individualisme et le toujours plus.

La peur.
Les uns ont peur qu'on leur vole une identité culturelle qu'entre deux tranches de Pizza au Coca devant Les Experts Las Vegas sur leur écran made in China, ils sont incapables de définir. Les autres ont peur de payer pour les autres. Les uns expriment leur peur de la mondialisation en pointant du doigt les "immigrés" ou les "musulmans" (notions vagues tant elles recoupent bien vite tout ce qui n'a pas la peau blanche). Les autres travestissent la peur Facile, pratique, pas cher, simple comme un forfait téléphonique et permettant d'éviter l'autocritique : l'autre est un type bien pratique.

L'individualisme.
Si le vote FN se veut un vote de rejet du "système" politique, il est en revanche un vote d'adhésion... à tout le reste. Sous l'angle du "tout pour ma gueule", c'est la continuation du système, mais débarrassé du vivre-ensemble. Sans les autres, le monde, euh pardon le pays, euh pardon ma salle à manger serait soudainement plus agréable à vivre. Peur et renfermement sur soi s'auto-alimentent.

Comme en son temps pour le vote Sarkozy, le vote FN n'est qu'une conséquence de la société du laid, avec sa consommation à outrance et son cortège de frustrations sur lesquelles des médias en quête de spectacle déversent des baquets d’angoisses et de tentations (passez une soirée sur les principales chaines de la TNT, et vous comprendrez de quoi je parle).

Le FN n'est qu'un récipient entre de mauvaises mains. Il se remplit des névroses, de l'individualisme bourgeois et de l'inculture de l'époque. C'est pour cela que le FN "newlook" est souvent un bon objet de télévision : ils ont la même logique pour capter l'audience. 

[1] cette comparaison tourne sur Facebook depuis un moment, bien au-delà du FN.

Articles connexes 

Nouveau livre, L'abondance. 
+ d'infos
Disponible ici en papier ou ebook.

Top Ad 728x90