11 décembre 2006

GLISSEMENT PROGRESSIF DU DROLE

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L’humour des clowns populaires est le thermomètre d’une nation. Après une décennie subversive puis une de ricanements, l’humour des comiques est indolore. Les drôles du moment - entreprises commerciales en perpétuelle promotion télévisée - s’aventurent peu sur le terrain politique. Ils n’en ont pas besoin, l’absence de politique dans leur humour est la preuve de leur politisation : une soumission complète à l’ordre établi.

En vingt-cinq ans, les enfants de la subversion sont devenus des conservateurs.

10 décembre 2006

LA VIEILLE GARDE

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Heureux de constater que le thème du (non)partage générationnel s’insinue sournoisement dans la campagne présidentielle. Les médias traditionnels aux mains de la génération des baby boomers, vieille garde qui remise jalousement vers elle depuis quatre décades les richesses et la jeunesse d’une société qui sombre à petit feu, taisent cette onde sismique remontant du fond des provinces, des ghettos urbains et des sales d’attente de guichet d’allocations chômage.

Les politiques, fils d’ambassadeurs parmi les énarques sur trois générations, eux, n’ont même pas ce cynisme. Ils ne perçoivent rien.

Deux poids, deux mesures, deux générations, deux façons d’appréhender la suite des évènements. Prédominance dans une génération de la campagne présidentielle underground sur internet, tirant tout azimut, sans filtre, directement du producteur à l’électeur. Les blogs politiques pullulant virulents sur la toile sont autant d’agoras sans-gêne et de laboratoires d’hypothèses interconnectées.

De l’autre côté du pouvoir, dans les médias unilatéraux de la vieille garde, c’est la pérennité pépère du traitement conservateur, bipartite. Les messes de vingt heures et les chaînes télévisées d’information étant les relais fidèles du vide des contenus de programme des deux challengers souhaités lisses. Parfois, par peur diffuse ou souhait de dépoussiérer son image en faisant étalage de son avant-garde, quelques magazines portent un regard condescendant et générique sur ce mouvement souterrain qu’ils considèrent comme structuré. Comme ceux qu’ils représentent, les médias baby boomers aiment plus que jamais en début de XXIe siècle, annonciateur évident d’un chaos biblique, compartimenter, classer, répertorier et donner des notes. Les listes sont dressées, plus vagues et hors sujets que toujours, autant de preuves de la déconnexion géographique et générationnelle des roboches parisiens répétant le reste du temps à longueurs d’éditoriaux ampoulés avec la même suffisance débonnaire d’il y a cinq ans que l’extrême-droite ne sera pas présente au second tour. Cette caste médiatique n’est que l’écho d’une classe politique de palais elle-même représentative d’une partie bourgeoise de cette génération des baby boomers, vaste frange il est vrai tant il était facile d’être bourgeois dans la France de Pompidou. Génération que l’on reconnaît aujourd’hui à sa propension à regarder la réalité de biais tout en assénant des diagnostics lapidaires incriminant d’autres qu’elle : généralement les Français - qui sont le plus souvent des cons - ou ces maudits étrangers - pour rester politiquement correct -. Génération du plateau doré économique, matrice de l’individualisme et somme d’égoïsmes se gavant d’agapes au self-service du progressisme sur fond de dette sociale, génération triomphante envisageant l’existence comme un concept au présent, génération au mieux hypocrite, le plus souvent atrophiée de tout sens critique par manque de combats existentiels et sociaux, génération déclinante qui s’agrippe, et c’est bien légitime, à ses acquis, ses habitudes et son train de vie. Génération en tout point inverse à celle qui l’a suit et qu’elle méprise pour sa fainéantise supposée, son absence de valeurs notamment celle du travail, sa volatilité et l’image dégradée qu’elle lui renvoie d’elle-même, de son laxisme éducationnel, de son renoncement idéologique, de sa soumission complète à l’ultra libéralisme avec le consumérisme comme seule ligne d’horizon. Génération qui a engendré le malheur et ne récoltera même pas la tempête.

Qu’importe le résultat du scrutin, ces élections et les évènements qui suivront marqueront-ils enfin la fin du règne de la vieille garde ?

P.S : Je renvoie à la lecture de L’express de cette semaine, l’hebdomadaire dépassé s’amusant à classer les blogs politiques - enfin selon ce que l’hebdomadaire considère comme blog et comme politique - ainsi qu’à la lecture du récent et guilleret supplément au roman national de Jean-Eric Boulin aux éditions Stock, variation prophétique à la violence poétique sur le futur proche de notre nation d’égoïstes que notre vieille garde a marqué de son sceau.



P.S 2 : Il est bien évident que, né trente ans plus tôt et à leur place, j'aurais agi exactement de même.

30 novembre 2006

DER DRITTE GENERATION

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Je visionne Der dritte generation (1979) tourné par Rainer Fassbinder à la suite de Maria Braun. Film ouvertement politique, précisément encré dans une époque l’hiver 79, à la fois documentaire, farce et caricature froide d’une génération de terroristes de pacotilles post-Bader, fils et filles de bourgeois, coquilles vides narcissiques, conjointement manipulés par la police et le capital. Je ne connais rien de Fassbinder mais les compositions de ses plans parfois poussées à l’extrême des possibilités du moment et son propos mêlant opacité déconcertante et théorèmes socio-historiques énoncés avec l’évidence de la simplicité sont, j’imagine, de ces images et pensées qui restent encrés dans l’esprit du spectateur bien longtemps après la vision initiale de ses films, expérience proprement sidérante à chaque séance.
Sur l’affiche de Der dritte generation, cet autographe signé Fassbinder qui pourrait être la page d’entrée de mon site si seulement j’étais plus productif :

Je ne pose pas de bombes, je fais des films

20 novembre 2006

VICTIMES DE LA MODE (update)

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La messe serait donc dite. En effet, comment résister au bulldozer du consensus ? Ségolène Royal c’est comme Arte, ça fait bien de dire que c’est la meilleure chaîne mais de là à détailler le programme…

Ceux qui voteront pour elle auront sûrement l'impression de se sentir plus intelligent. C'est que de ce côté là le petit Nicolas a créé un vide alors que lui-même répondait déjà à un vide de la classe politique. Attention à la gueule de bois à la première minute où elle aura investit l’Elysée. On ne parle pas de mode là, mais de cinq bonnes années où l’on pourrait en venir à regretter Le Chi et sa Bernadette.

La politique du pire serait donc abandonnée au profit de l’idéalisme du lisse qui navigue au gré des sondés. L’unique particularité de La Royale, sa seule différence, ce qui la démarque des éléphants du PS dont elle fait pourtant parti : son sexe, un noble gouffre mystérieux qui absorbe tout débat, tout argument, toute contestation. La politique est réduite au premier multiple commun.

Ne pas s'y tromper : un ou une candidate qui prend en exemple Tony Blair n'est assurément pas de gauche. J'ai vécu en Angleterre, j'ai vu ce qu'était concrètement l’aboutissement de l’Europe, l'apothéose de ce néolibéralisme totalitaire que les socialistes appellent un socialisme renouvelé ne servant que les intérêts des possédants : les Etats-Unis d’Europe. Ca me fait mal de le dire mais, au moins, avec Le petit Nicolas au pouvoir, il y aurait quelque chose à combattre. Avec La Royale, son sent-bon et son tube de vaseline, on se fera prendre le cul en chantonnant la vie en rose et ce sera le camp militaire et les chansons scouts pourles dissidents (ex libres penseurs) et autres troublions (ex racaille).

Pour le Petit Nicolas, de plus en plus pataud, le seul espoir de remonter sur sa planche dans le sens de la vague, ce serait de surfer sur les remous d’un attentat islamique - ou vendu comme tel - en plein Paris. C’est à peu prés tout mais c’est déjà beaucoup.

* cf Avril-Septembre 2006

14 novembre 2006

TANT QU'IL Y AURA DES POMMES

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Nicolas Hulot menace de se présente aux élections présidentielles si aucun des autres candidats ne prend sérieusement en compte ses revendications écologiques. Cette remontée du totalitarisme écologique dans tous les domaines est des plus inquiétantes.

Déjà, et c'est la raison principale car la pollution est insoluble, vouloir contrer la pollution humaine, ce n'est pas imposer le tri sélectif des ordures ménagères et mettre en place des péages automobiles à l'entrée des agglomérations, ce n'est pas non plus de belles phrases, implications terroristes au lyrisme glorifiant ses prophètes à paillettes, c'est, à plus ou moins long terme, aboutir aux contrôles des naissances.

Deuxièmement, la thématique escamote d'une façon radicale en ridiculisant sur le tableau mondial le cas particulier de minorités sociales gesticulant dans le mépris au sein d'une petite nation en déliquescence.

Pour finir, comme si le citoyen téléspectateur n'avait déjà pas assez à trembler face aux banlieues musulmanisées, à la globalisation libérale et à son pouvoir d'achat qui part en fumée, il doit désormais faire attention quand il respire, quand il sort ses poubelles, quand il prend un bain, se lave les dents et fait caca. S'il ne le fait pas pour lui, car pour lui finalement ça va, qu'il le fasse pour ses enfants lui hurlent les ayatollahs verts. Si ce soucis écologique - qui semble répondre à une demande de la population, somatisation de son manque de confiance généralisé - vient s'installer à la table du pouvoir, cela sera l'occasion de mater encore un peu plus les peuples. Après tout, le discours de Sarkozy sur les banlieues, celui de Le Pen sur l'immigration et celui de Lambert Wilson parlant écologie sur le plateau applaudit d'une table ronde people, se ressemblent de prés :

LAMBERT WILSON
Il faut avoir peur.

Je suis bien décidé à contribuer au nettoyage de ce caillou vert, à virer ce chiendent populacier autoproclamé race suprême, race humaine, ce nom me fait horreur. Et si pour cela je dois prendre quatre bains par jour et jeter mes poubelles non triées par la fenêtre, je ferais mon devoir d'individu à conscience propre et non de citoyen à comportement fortement incité.

13 novembre 2006

EN CAMPAGNE

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Je ne relate plus ici la pathétique campagne présidentielle qui se déroule molle et attendue, avec son cortège de petites phrases préméditées et autres retournements de veste sur le dos des enquêtes d'opinion sous les yeux désabusés d'un auditoire silencieux qui a plus d'un tour dans son vote. Dire que je suis revenu en France pour m'infliger ce spectacle. J'ai soif de révolution, il n'y aura, au mieux, qu'une plate redite du 21 avril 2002, un grand soir maté au petit matin par le peuple lui-même. Gagnons du temps en relisant nos classiques :

« Le suffrage universel représente une moyenne d'opinion dans laquelle mon opinion personnelle est comme noyée et annihilée. Ma liberté politique se réduit à voter tous les quatre ans* pour un candidat que je n'ai pas choisi, qui m'est imposé par un comité que je connais pas ; sur des questions qui ne m'intéressent peut-être pas, alors que d'autres questions qui m'intéresseraient ne sont pas posées devant le suffrage universel. » in les antinomies entre la société et les individus, George Palante, 1912

« La médiocrité de pensée et d'aspirations des dirigés réagit sur la médiocrité de pensée et d'aspiration des dirigeants et inversement. C'est surtout en démocratie que se vérifie le mot connu : « Je suis leur chef, il faut bien que je les suive » ». R de Gourmont, Epilogue Tome I

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