Ingrédients : Une terrine, de la pâte à tartes, une truffe, de la verdure, un os à ronger.
1 / Tapissez le fond du plat de beurre bio médiatique et préchauffez la terrine à bonne conscience.
2 / Se saisir de la pâte à tartes (On la débusque souvent en hypermarché, pas loin de son 4X4, les bras pleins de saloperies en plastique, à l’étiquette opinion publique). La travailler pendant 3 ans à l’idée qu’elle est coupable, qu’il lui faut sauver les petits enfants de ses petits enfants (par contre Marcel le SDF qui crève là maintenant tout de suite en bas de l’immeuble, c’est pas un soucis.)
2 / Incorporez des épices vertes de Grenelle, indispensables à la saveur du plat et facilitant sa digestion.
3 / Juste avant la cuisson, sortir une figure socialiste pour l’émulsion chimique sur fond d’inconscient populaire de droite : Socialistes = impôts. Détournez ainsi le palais d'un éventuel arrière-goût d’iniquité.
4 / Passez au four, thermostat calé sur consensus. Grâce au modelage préalable des points 1 et 2, les étapes législative et sénatoriale ne seront qu'une formalité.
5 / Avant de servir ajoutez une pincée de cynisme pour l’amertume. Après tout, à la longueur de journée vous répétez à ceux qui vont se mettre à table que c'est bien de consommer plus.
6 / Pour le régal des yeux et couper court à toute tentative d'opposition, accompagnez le plat de sa garniture : Un DVD de Home.
7 / Si vraiment les convives font la fine bouche, ressortez la saucière socialiste ou autre succédané de condiments et dites que ce plat fait un tabac en Finlande. Personne n’ira vérifier.
8 / Voila. Les Français sont servis. Ils voulaient de l'écologie, qu'ils la payent. Récoltez la thune et dite : « la nature vous le rendra. »
Attention : Pour plus de succès, servir en période creuse : congés payés, jours fériés, dimanche en famille.
Ne pas servir en même temps qu'un cake à la croissance. [Pour éviter ce genre d'usines à gaz, la rédaction limitée à moi-même préconise un régime hypocalorique, sans sucres saturés ni matières grasses.]
Suite de la vidéo de Vendredi. Si l'insurrection vient, ce n'est ni sur twitter ni sur Friendfeed. Concrètement, elle est pour le moment l'affaire de ceux que l'on aurait pu penser les plus pantouflards et les moins connectés.
Thèmes également abordés dans la vidéo : la culture d'entreprise du gouvernement, le remodelage des ambitions occidentales...
Mes excuses à l'intéressé pour le "U" de trop. C'est bien Pierre Larrouturou qui explique en crobard, le processus de tiers-mondialisation sociale actuellement en œuvre en Europe.
Attention, billet deux tons sur le même thème : La soumission coupable des salariés (et surtout des plus jeunes). Vidéo pour les pressés et texte pour les autres.
Même quand j'ai décidé de prendre un peu de recul et de ne plus m'en occuper, les échos des désordres salariaux viennent me provoquer. Le temps d'un week-end, Loralie me rend visite dans ma retraite forestière.
Loralie "manage" sa boutique parisienne en juillet selon les échéanciers et les indicateurs de performance de sa direction, en abusant d'employés dits contrats sparadraps, avec horaires abracadabrants tirés au minimum suivant les estimations de fréquentation.
LORALIE LA RESPONSABLE Oh Seb Musset, c'est affreux : Les jeunes ne veulent plus travailler !
Loralie, pas bien âgée, 28 ans tout au plus, est elle aussi payée au plancher de sa tranche salariale. Elle table mensuellement sur ce complément illusoire : Cette fameuse prime sur résultats calculée au plus juste par quelque mathématicien des hautes sphères pour qu'elle la rate à chaque fois, mais d’un cheveu c’est trop bête, histoire de ne pas perdre l'espoir de la décrocher le mois suivant.
LORALIE LA RESPONSABLE Mes jeunes me claquent entre les mains, les uns après les autres. Ils ne se présentent plus à leur poste de travail et sans me prévenir en plus. Depuis trois mois c’est l’hémorragie. Ils sont découragés.
SEB MUSSET Sans blague ! Les loyers dans ta ville sont de 1000 euros en moyenne et tu les payes 800 pour du temps partiel avec des horaires pourris. Ajoute à ça les frais de transport et la formule du midi au troquet du coin à 12.50 - TVA à 5.5 incluse -, faut être sacrément con, idéologiquement lessivé par la doctrine de "La France qui se lève tôt" ou avoir le couteau sous la gorge pour accepter un boulot dans ces conditions.
LORALIE LA RESPONSABLE Oui mais que faire ? SEB MUSSET Toi tu fais ce que tu veux, moi je brosse régulièrement les profiteurs avec mon karcher à dire non. Sors la tête de tes indicateurs et de tes taux de rendements et fais pression sur ta direction pour qu'ils embauchent des gens pour te seconder. Arrête de stresser pour rien. C'est tout ce stress que tu gardes pour toi qui engraisse chaque jour un peu plus celui qui t'exploite. (N.D.L.R Une entreprise cotée au CAC 40)
Elle y pense et puis oublie. Avec les prix qui se cassent la gueule, elle espère enfin pouvoir acheter. Sa banque est de nouveau prête à prêter. Youpi !Bien malin celui qui pourra dire au fond, quel est le plus coupable des deux ? Le patron qui abuse ou le salarié qui se laisse abuser chaque jour un peu plus, sans moufeter. Quelques heures plus tard.
Suite à l'invitation d'une amie d'enfance, je me faufile incognito avec carnet et appétit dans un barbecue de sexagénaires CSP+ en villégiature dans leur résidence secondaire, voire tertiaire, de l’arrière-pays. J'y contemple un festin des générations de 7 à 77 ans aveuglées, comme tout bon beauf de base, par les pipoles et le pognon. Entre deux résumés du dernier épisode de Fringe, la question du travail en France est timidement abordée.
SYLVANIE, LA FIFILLE A SA MAMAN (24 ans, Bac +36 en école de commerce, deux pièces à Paris et voiture payés par papa, sirotant à la paille son coke lightlemon lime) Trop dure la crise. Je ne trouve rien...
LA MAMAN A SA FIFILLE (60 ans, au foyer depuis 24 ans) Tu pourrais faire des efforts Sylvanie. On t'a proposé un stage d'été à la "Broud" et tu l'as refusé !
SEB MUSSET (qui ne peut s'empêcher de l'ouvrir en milieu hostile) Grand bien lui fasse. Ne pas vouloir travailler pour rien est une preuve de bonne santé mentale. Peine perdue. Une de perdue pour le marché, 350 de récoltées. Trop nombreuses sont encore les Sylvanie de ce pays qui acceptent de bosser pour des clopinettes l'été parce que papa et maman les nantis, les ont persuadées qu'il fallait privilégier la valeur travail. Croyez bien que si ces courageuses devaient compter sur le seul revenu de leur turbin estival pour croûter, elle ne s'activerait pas aussi guillerette en stage recommandé dans ces grosses entreprises qui, pour les mêmes fonctions cumulées, auraient les moyens d'embaucher trois CDI (ceux qui se présentent au guichet de leur banque ou de leur assureur durant les vacances d'été savent de quoi je parle.) Avant d'être touché par cette crise qui permet de niveler les critères communs à la baisse et de remodeler fingers in the nose la législation du travail, le salariat a largement été sapé par cette nouvelle génération de salariés de l'humanitaire : Ces fils et filles de classes moyennes, euphorisés aux diplômes et trépanés au sarkozysme de leur parents qui pouvaient se permettre de bosser pour rien d'un stage à l'autre tout en croyant selon les termes de l’évangile libérale que cela leur ferait une expérience, qu’ils pourraient faire leur preuve voir qu’ils auraient un pied dans l’entreprise. Depuis 20 ans c'est la même chanson et pour quel résultat : Chômage des jeunes comme jamais et stagnation des salaires comme toujours.
Et toi le clodo, quinqua licencié parce que tu coutais trop cher, garde-toi bien de leur demander une piécette :Ces Sylvanie et leurs parents te sortiront qu'"il ne faut pas encourager les feignants !"
Je ne dis rien et reprends du roti bio aux épices exotiques issues d'un commerce équitable à 32 jours de cargo. On bouffe bien chez les rupins. Dans ce genre d'environnement où personne n'est disposé à vous écouter, il vaut mieux ne rien dire, se goinfrer et noter. L'équilibre social de la collectivité étant le cadet des soucis de mes hôtes qui se flattent d'être les courageux fer de lance d'une nation triomphante alors qu'ils contribuent activement à son naufrage social et libertaire, d'autres sujets sont abordés.
Et dans ces cas d'urgence, on ne cherche pas bien loin : Le conducteur du JT de Chazal ou la une du Fig Mag feront l'affaire.
LA FIFILLE A SA MAMAN Michael Jackson était quand même le plus grand. LA MAMAN A SA FIFILLE Vous avez vu ces crashes d'avion... Ça fait peur. On est bien tous ensemble... en famille.
La maman à sa fifille lance un regard perçant à Seb Musset. Toi l'outrecuidant, tu ne seras plus jamais invité au banquet des bienheureux.
Survolant hier soir les émissions télévisées commémorant les premiers pas de l'homme sur la lune, 40 ans plus tôt, me viennent à l'esprit quelques considérations.
Dans les années 80, les émissions type "L'avenir du futur" m'assuraient qu'avant la fin du siècle l'homme retournerait sur la lune. En 1995, version talk-show, on me repoussait l'échéance à 2005. En 2005, version libre-antenne, on évoquait 2015. Et bingo, hier soir chez les Bogdanoff, version experts en plateau, on me le jure : La colonie lunaire, c'est pour 2020 !
Seule certitude : En 2019, nous aurons une belle émission en 3D-HD sur les 50 ans de l'évènement.
Moi qui, gamin, espérait un jour orbiter autour de la terre comme l'on prend aujourd'hui le RER, je sais qu'il n'en sera rien.
Excusez-moi d'être un peu sceptique dans ce concert de louanges à la gloire du génie humain mais nous ne reverrons nous pas de si tôt un homme là haut.
Déjà, et c'est beaucoup, en 1969 Microsoft n'existait pas. C'est tout bête mais si l'on compte sur la fiabilité de ce Fenêtres qui équipe encore la majorité des ordinateurs de ce monde, on court au désastre. Pour la plupart, nous disposons à domicile d'une puissance informatique 1000 fois supérieure à ce qu'avait la NASA pour lancer et diriger Apollo et personne n'a réitéré l'exploit. Un silence qui en dit long non ?
Ensuite, replaçons les exploits dans leur contexte. En 1969, après 20 années de terreur atomique, il fallait faire rêver les masses et leur redonner confiance dans la technologie. Aujourd'hui, on nous bassine que l'ennemi de la planète c'est l'homme pollueur, pédophile, populiste ou pire, pauvre. Quand ce n'est pas les quatre à la fois. Quant aux pays hors point G, leur grand projet n'est pas de marcher sur la lune mais de posséder cette arme atomique qui impose le respect parce qu'elle permet de pulvériser la terre.
Guerre froide, bourbier vietnamien, il fallait pour l'Amérique détourner les regards et asseoir définitivement sa mythologie. Rien a changé de ce côté là : Cinéma, Obama, rêve américain des présidents européens et célébration de la marche lunaire avec force drapeau étoilé. A qui cela servirait de cramer des milliards de dollars pour refaire ce que l'on peut se contenter de fêter ? Laissons Ron Howard s'en occuper.
A la rigueur, constaterons-nous dans les années à venir l'essor du tourisme spatial pour quelques collecteurs de parachutes dorés qui, lassés de leurs orgies terrestres ou apeurés par les conflits des miséreux affamés et grippés, se regrouperont entre membres du club dans quelques bases géostationnaires à la Moonraker.
Joueurs d'X-Box 360 Elite et autres PS machin chose, déplorez avec moi la pauvreté de la réalité spatiale face aux ingrates virtualités terrestres qu'elle a engendrées. La conquête de l'espace a généré un monde d'images plaçant la barre bien haut : Star Wars, quatre décennies de cinéma de science-fiction aux effets toujours plus crédibles, des jeux vidéos plus vrais que nature et des univers de substitution qui endorment des générations. A moins de crashs spectaculaires, ces trompe l'oeil picturaux en haute définition rendent iconographiquement caduque toute conquête de l'infini, à moins d'y envoyer du très terre à terre : Des people nus, Jean Sarkozy et un transsexuel nymphomane.
Ce qui m'amène à la raison majeure pour laquelle nos regards ne se tourneront pas de si tôt vers les étoiles : De la base au sommet de la pyramide nous sommes obnubilés par nos baskets. Le délire spéculatif des happy-fews de la stratosphère financière n'a d'egal que l'individualisme à œillères de chacun des maillons de la chaine des soumis. En haut, on ne rêve pas de triste satellite gris mais d'indécents bonus toujours plus juteux. En bas, ma voisine, vendeuse en cosmétique assignée en studette, préfère sacrifier ses vacances juste pour avoir de quoi s'acheter des lunettes Dolce Gabbana afin impressionner ses collègues de mine à la rentrée. Si je lui parle de décrocher la lune elle me répondra surement : - "Oui d'accord mais en combien de mensualités ?"
Ne soyons pas si négatifs. Pour certaines des raisons mentionnées au-dessus nous verrons peut-être un homme sur la lune d'ici peu. Il aura probablement les yeux bridés et à défaut de révolution technologique, il signifiera que l'humanité entre dans un nouvel ordre économique sous un nouvel équilibre géopolitique, celui du far-east.
Durant les heures de célébration et de prospective observées la nuit dernière sur les ondes françaises, cette éventualité inconcevable pour l'occidental auto-satisfait n'aura pas été évoquée.
Sache lecteur que la musique occupe une grande partie de ma vie et qu'elle seule depuis un quart de siècle me fait oublier le reste...
Par ces temps, j'en ai grand besoin.
Samedi 18 juillet, 10h.
Le wagon du TGV Paris-Montreux regorge de fans à moitié réveillés. Nous arrivons à midi en pleine tempête dans la station suisse et luxueuse au bord du lac Leman. 14 degrés maximum.
De toute l'Europe, ils convergent pour les deux shows exceptionnels que donne ce soir Prince en conclusion du festival de Jazz de Montreux. Fixant dubitatifs les cimes enneigées des alpes, la poignée d'adeptes de la première heure s'interroge sur le pourquoi et le comment de ces concerts sortant de nulle part interrompant deux années sans tournée. Les billets furent discrètement mis en vente il y a quelques jours, presque uniquement auprès des fans, et depuis rien ou presque n’a filtré.
Seule hypothèse économiquement crédible : Les prestations seront filmées pour l’édition d’un dvd.
Sam, compagnon de concert de longue date, nous rejoint. Je me dirige avec lui chez Johnny, fan helvète, qui nous héberge pour la nuit dans son magasin de musique. Direction l’auditorium Stravinsky en milieu d'après-midi où s’entassent depuis l'aube les plus acharnés.
Torture inutile que s’infligent ceux désespérant d’être au plus près de l’événement : Attendre est de ce genre de comportements dont je suis physiquement incapable sauf pour ce type de concerts.
Patience. Nous discutons entre autres sujets du manque de recul de l'artiste sur sa propre musique du à un ego surdimensionné. A l’inverse d’un Michael Jackson, conscient de ses lacunes musicales et qui savait s’entourer des bons producteurs, Prince, musicien hors pair mais à la poursuite de sa popularité passée, n'écoute personne, refuse les collaborations et sort des albums fourre-tout où il ratisse large, survolant trop de genres musicaux sans en approfondir vraiment aucun et, globalement, les ratant tous. Durant ce temps, d'autres producteurs, Pharell Williams, Neptunes et autrespiochent allègrement dans son "son" pour concocter les tubes du moment.
Les exceptions notables de sa discographie en 10 ans furent ses albums concept, rock ou jazz, tous mal distribués : The Vault, Chaos and Disorder, l’excellent Rainbow Children, l’instrumental News (enregistré en une prise) et les désormais légalement introuvables Xpectation et C-Note inspirés par Miles Davis.
Pour le reste, Prince réserve ses fulgurances pour la scène : Du Bataclan en 2002 à sa série de shows à l’O2 de Londres suivis de concerts à l’Indigo Club durant l’été 2007 (40 performances en un mois, prouesse qui influencera Bambi à réitérer « ce coup » pour sa tournée "This is it !" annulée pour cause d’infarctus).
Seul problème, à l'image des 2 concerts suisses : La promotion reste confidentielle. Bien loin des annonces de ses collègues stars des années 80, Prince joue à guichets fermés mais pour une poignée de conquis, se coupant des nouvelles générations.
19 h. Les portes de l'auditorium s’ouvrent. Ruée des fans. Dans la mêlée, un suisse en costard se prend les pieds dans les miens et se banane sur une vingtaine de mètres devant sa belle qui pouffe. Rien à faire, dans ces cas avérés de fanatisme aveugle : C’est chacun pour soi. Confiture de timbrés dont je fais partie ! Bien que nous soyons enflammés par une passion positive, ce genre d'excitation collective donne un bon aperçu de ce qui se passerait avec les mêmes en cas d’incendie ou de contamination massive à la grippe A.
Deux méduses géantes, une moto, un écran circulaire et des caméras. Notre impression est confirmée. Ce soir, c’est un film qui sera tourné.
Extinction des lumières. Introduction psychédélique, Prince de rouge vêtu entre sur scène, stratocaster en bandoullière. La formation est minimaliste : John Blackwell à la batterie, Renato Neto aux claviers et Rhonda Smith à la basse. Il entame When I lay my hands on U, morceau enregistré avec Carlos Santana il y a une dizaine d’années. S’en suit un show d’une heure trente orientée jazz où s’additionnent des titres rarement joués sur scène : When the light go down, willing and able, I love but I don’t trust you anymore, she spoke 2 me, Love like jazz, Elixer, In a large room with no light (morceau inédit ressorti de ses archives pour le festival)…
A 51 ans, Prince abandonne les prestations physiques risquées qui contribuèrent à sa notoriété et réoriente sa carrière direction "crooner" privilégiant sa voix et les solos de guitare à tomber par terre. Ainsi la version d'Empty Room (titre confidentiel à la puissance équivalente à Purple Rain) est sublime. Il en va ainsi de chaque chanson de ce show plutôt court mais dont il n’y a pas un seul moment à jeter. Même les quelques hits interprétés sont retravaillés de fond en comble (Little Red corvette, Beautiful Ones et Nothing compares 2 U…)
Fin du premier show. Nous venons d’assister à quelque chose d’unique et sortons de là lessivés. Direction la ballade sur le bord du lac Leman pour se restaurer. Au pied du palace des rupins, j’ai un aperçu immobilier de la lutte des classes à la Suisse : Sous l’étage des limousines et du casino s’entassent façon barrios, les paillotes à kebab au graillon pour les sans thunes du pays. On y parle pas beaucoup musique, par contre on y fume et l’on fume de la substance illicite allègrement de 15 à 75 ans (forte présence de vieux babas). J’imaginais la suisse aseptisée, j’y découvre une liberté de la défonce à ciel ouvert inédite même dans les quartiers les plus interlopes de la banlieue parisienne : Distribution quasi gratuite d’alcool, Redbull en self-service et Jazz Café, night club ouvert à tous.
Nous nous posons dans un parc avec nos bières (j'en suis déjà à 7) et nous refaisons le match.
23h00. Retour dans la file d’attente pour le 2e set de la soirée. Cette fois, nous évitons la cohue, nous placant sagement devant la console d’enregistrement. J’y retrouve un ami qui lui aussi se console de ne pas être au premier rang en enregistrant le show.
Deuxième entrée de la star du soir, habillé comme pour le premier concert. Il entame à nouveau When my I lay my hands on U. Tous comprennent ici que nous aurons une deuxième version de la set-list initiale, pas si unique que ça finalement. Ne boudons pas le plaisir. Les versions sont plus carrées et sortant de la redite, il revisite d’autres morceaux comme le Stratus de Billy Cobham, le Spanish castle magic de Jimi Hendrix et leAll Shook upd’Elvis Presley.
Prince livre enfin ce qui sera le clou du deuxième show : De furieuses versions de Peach, When U were mine et All the critics love U in New-York (rebaptisée All the critics love U in Montreux) et surligne ici, cela n'engage que moi, le fait qu’il est bien plus crédible lorsqu’il laisse s’exprimer son côté rock que son côté jazz.
Pour contenter les non-fans désappointés par ce concert hors des hits, il conclut tout en lyrisme avec un bon vieux Purple Rain. La version, qui figurera à n’en point douter sur le dvd, fera date.
2h00 du matin. Me voilà donc avec 3 heures de concert dans les pattes et j’en redemande. Nous nous dirigeons donc avec Sam et Phil vers le Jazz café que Prince a réservé jusqu’à 4 heures pour, peut-être, y livrer un de ces aftershows mythiques. La salle souterraine du palais de la débauche est sursaturée de monde. C’est samedi soir et toute la suisse adolescente est venue se fracasser la tête ici. Mes semelles collent sur un lino tapissé à la bière et au vomi. Il y a plus de monde dans ce pandémonium que dans l’auditorium. Nous mettons 15 minutes pour descendre au dance floor, 25 minutes pour en remonter. A l’évidence, Prince ne viendra pas jouer les prolongations ici, en tous les cas pas avant 2 bonnes heures.
Retour dehors pour une Xème bière.Heineken est un sponsor du festival et ça se sent. Nous recroisons les fans de la mi journée qui nous confirment, après discussion avec le staff, l'annulation de l'aftershow.
It’s time to drink. Nous poursuvons la soirée au bord du lac avec bières, vin rouge offert par le tenancier de la paillote (les commerçants suisses savent y faire), en échangeant des considérations sur les tailles des poitrines des protégées successives de Prince.
5h du matin. Je marche avec Sam et Phil le long de la promenade bien moins peuplée vers le magasin de Johnny. Passablement imbibés, nous nous remémorons hilares nos pires souvenirs de concert à la tête desquels figure la tragique expérience du groupe Mother’s Finest au festival d’Issy les Moulineaux remplaçant au pied levé un James Brown privé de concert à la dernière minute pour cause de prison, le tout devant 20.000 personnes déchaînées qui jetèrent alors tout ce qu'il est possible de jeter sur une scène.
SAM
Ce soir là, Mother’s Finest ils ont mangé de la pastèque !
Devant le magasin, nous croisons Johnny sapé en beau gosse se dirigeant vers le Jazz café, encore confiant dans la possibilité d'un after. Défait par nos informations, Johnny me propose de noyer son chagrin avec une bière : Cela ne se refuse pas. Prévoyant et pour ne gêner personne vu que mon train est dans deux heures, je m’étends devant la porte des chiottes pas loin de la sortie. Scannant les ondes suisses sur mon Heil-pod, je ne trouve à me mettre sous l'oreille qu’une interview de Laurent Joffrin nous expliquant comment à 16 ans il a fait, à lui seul, mai 68.
Même ici, même à cette heure là !
Contre toute attente sa belle histoire m’endort.
Sam qui a carburé à la Bison Rouge, face aux ronflements et flatulences de la dizaine de fans entassés, ne trouve pas le sommeil et me réveille au bout d'une demi-heure. A l'aube, nous titubons vers la gare de Montreux. Nous y croisons des revenants du Jazz Café aux looks de zombie qui tentent en vain de nous faire croire un instant qu'un troisième concert a eu lieu.
Mais non, n’ayant pas collecté les confidences de Morris Hayes à temps, ils ont poireauté 3 heures supplémentaires dans la boite bondée.
Dans le train régional de la CFF qui file le long du lac, nous discutons entre affranchis des arnaques de sa majesté pourpre, notamment de son dernier site payant, ainsi que de la crédulité assumée des fans de divers horizons qui, abasourdis par ses prestations scéniques et à jamais nostalgiques de leur ouverture aux autres genres musicaux provoquée par son prolifique éclectisme, crachent avec bonheur au bassinet et le suivent dans ce genre de délires nocturnes.
Cette aventure s'achève en terrasse de la gare de Lausanne autour d’un Fernet-Branca réparateur, à lire le compte-rendu des concerts dans l’édition du Matin.
Notre train est enfin là et moi déjà un peu ailleurs.
Dimanche 19 juillet, 10 heures. Au pays des rêves funky teintés de jazz, j’ai encore pris ma princière mandale.
crédit photo : des spectateurs mieux équipés que moi.