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27 novembre 2019

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Le coffret 1999 de Prince : 1982 en 2019

C'est noël le 29 novembre pour tout fan de Prince qui se respecte. Ce vendredi sort le coffret "deluxe expanded édition" de l'album 1999 de Prince : 10 vinyles et un DVD, rien que ça. Après Piano and a Microphone et Originals, 1999 expanded édition est le troisième effort discographique de la Warner à destination des fans en moins d'un an. Et cette fois, il y a du vraiment massif. 


Reprenons depuis le début.

Fin 1982. Un an et demi avant le ras de marée planétaire de Purple Rain, 1999 est le double album qui a rendu Prince populaire aux Etats-Unis. C'est avec ce clip d'un inconnu ligoté par deux femmes sur un lit, diffusé un soir de 1983 sur Antenne 2 dans l'émission Sex Machine de Jean-Pierre Dionnet et Philippe Manoeuvre que je découvre Prince. Calibré à la soupe du Top 50, le garçon de 11 ans ne comprend pas immédiatement ce qu'il voit et entend mais il sent bien que la vérité est par là, et qu'il lui faut convaincre un monde incrédule que plus rien ne sera pareil après :



L'album 1999 est passé « relativement » inaperçu en Europe à la différence du Thriller de Michael Jackson sorti la même semaine. Composé à l’hiver 81/82, entièrement réalisé dans le sous-sol de la maison de Prince, minimaliste, parfois pop, souvent très électronique, home-studio avant l'heure, 1999 vise à dépasser la seule audience noire américaine (les classements musicaux, passages radio, sont encore très compartimentés aux Etats-Unis à cette époque). Avec l'essor de MTV et des clips un peu chauds, l’alchimie électrique et sensuelle va fonctionner : l’album et la tournée qui va suivre seront un triomphe.


1999 est l’album de Prince que j’ai le plus acheté. Une fois en cassette en 87, puis en CD dans sa version simple à la fin des années 80, puis dans sa version complète dans les années 2000, puis en vinyle double quelques années après, puis en vinyle simple l’an dernier pour le Record Store Day puis enfin cette semaine avec ce coffret 10 vinyles qui propose :
- le double album remasterisé,
- un double album de face B,
- un double album de 24 chansons inédites enregistrées durant la période de la conception de l’album,
- deux doubles albums d’un concert de la tournée à Detroit,
- un dvd d’un concert de la tournée à Houston.


La première surprise de cette réédition, c’est l’album lui-même. Le nouveau mix de 1999 fait ressortir des nuances jusque-là inédites. 1999 est le sixième album de Prince à seulement 23 ans, mais c'est le premier vraiment composé au cordeau, moins spontané que les précédents mais plus audacieux aussi, où la place de chaque morceau est étudiée. Le son de 1999 suit deux tendances : une très synthétique, certains diront new-wave voire techno (Détroit n’est pas loin de Minneapolis où l’album est enregistré) et l’autre plus organique et soul avec Free ou International Lover. Les titres sont longs, hors formats classiques (entre 5 et 10 minutes d’où le double album), souvent hypnotiques, basés sur la répétition et des paroles assez crues. Y figurent plusieurs hits : le titre phare 1999 (un morceau prolifique débordant de sons que Prince compose en quelques minutes dans une chambre d’hôtel après avoir vu un documentaire sur Nostradamus), le torride Little Red Corvette ou l’antienne DMSR (Dance Music Sex Romance, qui aurait pu être l’autre nom de l’album).



La compilation des faces B et des différents mix, même si elle est cohérente, a peu d’interêt sauf pour les quatre perles qui s’y perdent. How come U dont call me anymore, Horny Toad et Irresistible Bitch sont des faces B d’une telle qualité qu’elles auraient méritées de figurer sur de vrais albums. Idem pour le « dance mix » de Little Red Corvette qui a, parait-il, lancé la mode des maxi 45t.

Le véritable intérêt de cette édition pour les fans ce sont les deux double albums de chansons inédites extraites du coffre fort de Prince et toutes enregistrées entre fin 1981 et début 1983. Même si les fans en connaissaient certaines, dans ces versions ou d’autres, nous en découvrons beaucoup dont même les archivistes les plus pointus ignoraient jusque-là l’existence : Rearrange, Money don't grow on trees, No Call U, Vagina ou Colleen. Cette abondance de morceaux inédits, inégaux, déroutants pour certains, témoigne d’abord d’un éclectisme fou. A l'époque Prince déstockait son excédent musical au travers d'autres artistes qui lui servaient de couverture : le groupe masculin The Time et celui féminin de Vanity 6. On connaissait donc déjà ce côté touche-à-tout chez lui, mais c'est encore un autre univers, ou plutôt des passerelles entre chacun de ces univers que l'on découvre ici.



La quintessence du son 1999 se retrouve sur les fabuleux Purple Music (repris 25 ans plus tard sur la scène du New Morning), Possessed ou Moonbeam Levels. D’autres titres prennent des chemins de traverse, voguent vers la pop ludique, les rivages de la country, voire du reggae. Prince aurait-il souhaité qu'ils sortent en l'état ? C'est une question à laquelle je n'ai qu'une réponse "- tu n'avais qu'à laisser un putain de testament !". En attendant il y a de quoi se régaler dans ce coffret. On découvre par exemple au milieu de la compilation des ébauches déjà bien affirmées d’un album qui sortira huit ans après, Grafitti Bridge (et dont il semble désormais évident avec des dernières pièces à conviction qu’il est quasiment exclusivement composé de « vieux » morceaux ré-assaisonnés au son des nineties).

Des prises alternatives enregistrées « live » en studio (International Lover, How come U ou un medley autour de Lady Cab Driver) fascinantes de maitrise et d’émotion, complètent ces disques. C’est le plus grand interêt à mon sens de cette compilation qui aurait pu même consacrer un ou deux disques complets à ces prises directes.



On regrettera l’absence d'Extraloveable, morceau indispensable enregistré à cette époque. La crainte par Warner d’une cabale #MeToo pour une rime sur le viol a déchiré tout espoir de réhabilitation discographique. Mais pas de panique à Puritanisme Park, la bite dessinée par Prince sur la pochette se dresse toujours sur le coffret. 


Le titre interdit en question (parce que what the fuck)

Le disque final du 1999 tour à Détroit (fin 82 donc), bien qu’inédit, est plus anecdotique pour les fans, puisque nombre d’enregistrements de qualité existent d’autres dates. En revanche, pour celui qui découvre le son 1999 et de sa tournée il faut impérativement commencer par là : l’album et le concert sont des versions différentes sur les mêmes thèmes (alors qu’une poignée de mois seulement séparent les deux enregistrements).


extrait du DVD du concert de Houston du 30 /11/82

Ce coffret qui vise à satisfaire tous les niveaux de fans est une réussite. 1999 c’est aussi un de ces albums de Prince qui ne prend pas une ride des décennies après sa sortie tant il est précurseur et a inspiré des générations de producteur. Il ne reste plus à attendre que Warner archives et Sony Legacy, fassent la même chose avant la fin du monde avec les... 39 albums officiels restants.

A écouter le podcast "The story of 1999" (en anglais)

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