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26 février 2013

En quête d'un leader au-dessus de tout soupçon

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"L’incertitude politique gâche la joie des marchés". Voici ce que l’on peut lire dans l’Expansion au lendemain des élections italiennes. De ce que j’entends à la radio, les peuples ont encore mal voté. En Italie cette fois. 

Saloperie de peuple italien gâchant la bonne marche des marchés par son égoïsme et son manque flagrant de tolérance envers la politique d’austérité qui le frappe depuis deux ans. "Le comique" Beppe Grillo sème sa zone au Sénat avec un tel résultat (25%) qu’il provoquerait "une impossibilité de gouverner". On pourrait écrire que c’est le comeback invraisemblable de Silvio Berlusconi qui fout le brun ? Non. C’est son reflet médiatique inversé, Grillo, qui devient le diable. La montée de l’un et l’autre (et la claque des urnes pour Monti) n'est que la conséquence de l’application froide d'une de ces politiques de rigueur qui font l’impasse sur les peuples au nom de la sauvegarde de l’Europe et des "marchés". 

Les peuples d’Europe ont des "gestionnaires", ils veulent des leaders prêts à apporter si ce n’est du rêve, au moins le sentiment qu'ils sont écoutés. Oui, dans le cas de Berlusconi, c’est risible. Néanmoins, le blocage électoral italien (dont je ne doute absolument pas qu’il se résolve par l’émergence d’un gouvernement de cohésion de retour à la case départ) est révélateur 1 / de l’impasse européenne sur les bases actuelles. 2 / ce qui attend inéluctablement les autres pays si leurs dirigeants poursuivent sur la ligne de l'autisme social. 

Le peuple, une fois de plus, se retrouve au banc des accusés. On fustige sa tendance au "populisme", son manque de culture politique, sans se pencher sur le coeur des rancoeurs: la vidange progressive chez nos dirigeants, devenant chefs comptables de succursales bancaires une fois au pouvoir, de leur part d’humanité. Derrière le "blocage", le message italien est clair : le sacrifice de peuple pour contenter des divinités énigmatiques, Bruxelles et les marchés, n'est pas une politique viable à long terme dans une démocratie.

Traitez les gens comme des chiens, ils finiront par vous mordre. Ce n’est qu’une question de temps. 

Illus : Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon, E.Petri (1970)

22 février 2013

La dette, péché originel pour peuples coupables

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Sur les ondes ou dans les éditoriaux des experts autorisés, on n'entend et ne lit que "réduction des déficits", "retour à la croissance" avec comme seul but de "rentrer dans les clous de Bruxelles" (ou plutôt que les clous de Bruxelles nous rentrent dedans). Pour 7 Français sur 10, la priorité serait la réduction des déficits publics. Tous les moyens sont bons pour la réduire cette ardoise maudite sans trop s'appesantir sur les raisons de son accumulation autres que celle d'un "Etat qui dépense trop".

Tous les moyens ? 

Freiner l’évasion fiscale ? (50 milliards / an) Taper dans les niches fiscales ? (120 milliards / an). Non. La priorité gouvernementale pour résorber notre dette publique de 1900 milliards, c’est bien sûr de fiscaliser les allocations familiales et ses 2,5 milliards de déficits (ou tout au moins de le faire croire, afin de sonder les esprits sur une austérité étendue à d'autres secteurs, école ou santé). 

Dans le même temps, les prêcheurs d'austerité insistent sans relâche de Cdansl'air au JT sur la compétitivité (donc le manque de compétitivité) du salarié français, comprendre qu'il doit travailler plus ou être moins payé. Ou les deux. Problème, il n'est pas assez payé et travaille déjà trop.

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Vu le niveau élevé de la productivité française (45,4 euros / heure travaillée) et la baisse continue de la part des salaires dans le PIB depuis 30 ans au profit du capital (- 9.3 % en 20 ans, soit 100 milliards passés de la main du travailleur à celle de l'actionnaire), si l'on voulait inverser la dynamique, remplir les caisses de l'état tout en redistribuant du pouvoir d'achat pour faire repartir la consommation, il s'agirait prioritairement de taxer plus fortement le capital, d'augmenter les salaires et de partager le temps de travail (les 35 heures sont un mythe, la moyenne d'un temps plein en France est à 41.2 heures). Bref, les trois pistes que l'on s'interdit "moralement", en persistant à prolonger la stratégie de l'échec.

Ces pistes interdites, blasphématoires, ne sont que rarement évoquées dans les multiples débats médiatiques sur le sujet, se réduisant au SAV des inclinaisons gouvernementales. En 80 minutes dans le dernier Mots croisés sur "le retour à la croissance" sur France2, un seul intervenant (Laurent Neumann de Marianne) à abordé la question de l'augmentation des salaires, pourtant préalable à tout débat sur ce sujet. 

Comment les apôtres de la croissance espèrent-ils la relancer sans consommation ? En misant sur des salariés mal payés uniquement voués à produire pour l'export ? Bref, en nous transformant d’un coup de baguette tragique en Allemagne conquérante (si confiante en son modèle qu'elle ne fait plus d'enfant). A ce petit jeu, nous finirons tous perdants. 

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Le mécanique était pourtant bien huilée. La diminution de la part des salaires dans le PIB au profit du capital et les habitudes qu'elle a permis de démultiplier (cupidité maladive exponentielle, avec au milieu une crise financière favorisée par ce déséquilibre[1]) a généré une montagne de chômage, sacrifiant sur l'autel du méga profit pour club fermé non plus une, mais deux générations (les 30 piteuses sont maintenant les 40). Le chômage a permis à son tour de peser à la baisse sur les salaires (et au passage ratiboiser toute contestation dans l'entreprise). L'illusion de la croissance ne reposait plus que sur le pouvoir d'achat des baby-boomers et la stagnation salariale des autres se compensait par leur endettement et l'acquisition de produits d’importation à bas coût (chacun fermant les yeux sur les conditions de travail et les mécanismes fiscaux ou marketing mis en place aux mépris des lois et de l'éthique pour faire gonfler les tarifs: prix de transfert, marges arrières ou obsolescence programmée).

Nous sommes au bout de ce cycle (et comme toujours, l'immobilier en est un révélateur: c'est le gel des transactions). Chacun le sait au moins intuitivement, mais tout continue comme si nous désirions l'agonie la plus longue possible en braillant la dette ! la dette ! 

Du haut en bas de la société, nous ne nous autorisons plus à songer à d'autres pistes que l'austérité: par manque de courage et d'imagination de nos dirigeants[2], sous le poids d'une idéologie et de méthodes économiques dictées par les intérêts financiers d'une poignée ("les riches sont indispensables", "les 35 heures c'est mal", "il faut travailler plus"), parce que nous avons le nez dans le guidon d'une urgence quotidienne coupant toute réflexion et qu'il devient plus simple (et plus consensuel) d'affirmer que si La France a le nez par terre c'est la faute à Kader ou aux fonctionnaires mais pas à PPR ni aux multi-millionnaires. 

Le salariat implose, la flexibilité s’impose, le travail gratuit s’invite progressivement dans les consciences. Prochaine étape: payer, donc s'endetter, pour avoir un job.

Dans la meilleure des unions, l'augmentation des salaires et le partage du temps de travail (ce qui n'est pas de la flexibilité) évoqués plus haut devraient s'accompagner d'un alignement fiscal des pays européens, un contrôle plus scrupuleux des gains et des conditions de travail dans les entreprises, un encadrement des flux financiers et une taxation plus lourde du capital (tout en favorisant l'essor des PME). Oui je sais, il se passe exactement l'inverse. On préfère l'assurance du drame en misant sur des peuples soumis au courage de l'ambition en pariant sur des peuples éveillés. 

A ce jour, alternance ou pas, il y a bien plus de chances que l'on tape sur les allocations, les retraites, les collectivités locales, que l'on démantèle le service public pour le brader pièce par pièce en glissant sur la résignation progressive d'un peuple culpabilisé et mis en compétition, un peuple austérisé, délaissant peu à peu le principe d'universalité au nom de la dette. Ce nouveau péché originel rabâché à chaque messe par le clergé de la sainte-rigueur, écrasant toutes les causes et les responsabilités sur son passage. Cette dette sous le poids de laquelle le citoyen isolé se doit de tout considérer, avec en ligne de mire l'inévitable baisse de son salaire pour celui qui en a encore un.

La dette, cette arnaque fondamentale qui n'a pourtant pas vocation à être remboursée. Ses créanciers ayant bien plus d’intérêts à ce qu'elle ne le soit jamais.



[1] Passé un niveau d’accumulation, plus rien ne peut humainement ni être dépensé, ni "ruisseler" sur les peuples. Spécialement dans un contexte favorable à l’évasion fiscale. En résumé, l'accumulation de fortunes des uns ne fait pas l'enrichissement de ceux d'en-dessous. Pire, cet argent réinjecté dans des mécanismes de spéculation finit invariablement par les appauvrir encore plus.

[2] A lire: La gauche n'a plus le droit à l'erreur, P.Larrouturou et M.Rocard, ed.Flammarion 2012

Graphiques: Le Figaro, Le Monde Diplomatique

Articles connexes :
- Vers un surhomme autonome et défiscalisé
- La bonne éducation des endettés
- Qui a peur de la dette ? 

19 février 2013

Le petit train

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La France trace à grande vitesse sur la route du progrès. La SNCF s’apprête à lancer son offre de trains low-cost à nom débilo: Ouigo. Je ne doute pas qu'à l'instar des lasagnes Findus ou de la diversité de l'offre culturelle des chaines TNT ce produit à coûts fracassés saura trouver un large public. Méfions-nous toutefois de ce passage à niveaux. Une rhétorique peut en cacher une autre.

Ce qui ressemble à la réintroduction de la 3e classe permet en fait la disparition progressive de la classe intermédiaire, oui d'accord appelons la "moyenne". Derrière la riposte aux compagnies aériennes low-cost et la préparation à l'ouverture à la concurrence, la SNCF s'adapte ici à la conjoncture: comprendre faire un blé avec les fauchés, et si possible encore plus de blé qu'avant. Plus révélateur de l'impasse d'une époque sans autre perspective que rationalisation et austérité, la SNCF opère cette révolution ou retour en arrière (au choix) en exploitant l'héritage d'une technologie développée il y a 40 ans grâce aux investissements publics (la vitesse du TGV) pour concentrer son "innovation" sur le marketing bourrin et la taille des coûts à la tronçonneuse (et donc ne générer aucun emploi, voire à terme en supprimer).  


Bon. Voyons plus loin que le bourrage marketing du moment. Au bout de quelques années si tout se passe bien:

- D'un côté, nous aurons des trains "classes affairesconfortables, prioritaires et arrivant en centre-ville. 

- Et, ailleurs, le train "classe tous risques". Des sortes d'ID-TGV hardcore, cost-killés (plus ce serait la robotisation totale et l'absence de conducteur), avec des rames hideuses (parce que le train pour gueux se doit d'être laid) lardées de publicité et utilisées jusqu'à la corde (deux fois plus de rotations), une offre d'abord baptisée low cost pour susciter l'envie chez une cible clientèle ne pensant plus qu'en termes de rabais immédiat, de prix à négocier et de soldes permanents[1]. 

Bien évidemment les rames au confort minimum (20% de voyageurs de plus) et aux gares excentrées, où tout "service", du bagage à l'usage des toilettes, finira par être facturé, se révéleront à l'usage plus chères pour l'utilisateur que les offres économiques actuelles du TGV. 

C'est fait pour. On opérera en deux temps: l'introduction "test" de l'offre puis l'effacement progressif d'une gamme de produits à prix réduits de l'autre côté sur les rames standards. De plus, le low-cost présente cet avantage de pouvoir faire progressivement glisser les critères du "normal" et du toléré chez l'usager. Passant de l'optionnel à la norme, le succès de l'offre Ouigo permettrait à l'offre basique telle que nous la connaissons (comprendre avoir une place assise avec de la place pour poser son sac) d'être cataloguée "premium" avec le tarif qui va avec. 

Bon, nous n'aborderons pas la question de la sécurité et des horaires. Chacun, à la lumière  de cette logique comptable, pouvant appréhender ce qui découlera de cette baisse des ambitions de service (au départ public si cela intéresse encore quelqu'un). 

[1] Une troisième catégorie convoitée et nécessaire à l'image, une niche du surclassement bon marché, appelons-là "les miettes", se développera dans les interstices des disponibilités de la "classe affaire".  C'est déjà en partie le cas.

Articles connexes :
- Le tour du mystérieux train magique
- Le ticket de métro est plié
- ID-TGV La facture sonne toujours quatre fois

15 février 2013

[Test] 4mer, le contre-troll européen

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Selon Marianne qui le tient du Daily Telegraph, le Parlement européen prépare un programme d' "analyse qualitative des médias" et "d'outils de surveillance de l'opinion publique", une cellule pour cibler et réagir sur les conversations et polémiques naissantes sur les réseaux sociaux et faire la promotion de l'union européenne (car bizarrement après 20 ans, l'UE cherche toujours à convaincre de ses bienfaits les peuples qui la composent).

A cette occasion, sera lancée une application de contre-trolling pour smartphone: FourSea. Son but ? Riposter rapidement à l'euroscepticisme en ligne et le tuer dans l'oeuf comme nous avons pu le constater au travers de la beta-version francophone que nous avons testée: la 4mer


Comne son nom l'indique la 4mer existe 4 modes d'utilisation: Journalistes / Mépris / Godwin et Turboclash. Il est simple d'utilisation:

1 / Entrez votre remarque.
2 / Obtenez une réponse personnalisée dans la minute.

Captures d'écran réalisées par notre rédaction lors d'une journée standard:














Inconvénient: Sensible, consomme beaucoup d'énergie.
Avantage: se recharge tout seul, stabilité en tache de fond, permet de saisir tout l'esprit de l'union en un click.

Verdict de la rédaction: Une bien belle invention qui, à n'en point douter, vous fera aimer l’Europe.

Illus : Wikimedia commons / S.Musset

13 février 2013

Le problème avec les FEMEN

par

Le problème avec les Femen, c'est qu'elles sont trop violentes,
qu'elles sont trop mal habillées,
qu'elles se déshabillent,
que leurs angles d'attaque ne sont pas assez saillants,
qu'elles sont trop dans la provocation,
qu'elles manquent d'ambition et devraient viser plus haut,
qu'elles ne savent pas communiquer,
qu'elles ne pensent qu'à la 'com,
qu'elles croient trop à ce qu'elles font,
qu'elles ne respectent pas les croyances,
qu'elles crient beaucoup,
qu'on ne comprend rien quand elles crient,
qu'on les entendrait mieux si elles se taisaient,
qu'elles ne comprennent rien aux hommes,
qu'on ne voit qu'elles,
qu'on ne les entend pas rapport que les slogans tuent le discours,
qu'elles sont calculatrices,
que l'extrémisme de l'égalité c'est d'abord de l’extrémisme,
qu'elles sont sectaires,
qu'elles font trop dans le happening,
qu'elles ne comprennent rien à la société du spectacle,
qu'elles sont radicales,
qu'on doit pouvoir faire des opérations de com' efficaces sur internet après avoir couché les mômes au lieu de pathétiquement chercher à passer à la TV,
que, hey ho, c'est pas l'Ukraine ici,
qu'elles ne pensent qu'aux apparences,
qu'elles sont trop dans les idées,
qu'elles sont trop épilées pour être honnêtes,
qu'elles s'en foutent des licenciés chez Goodyear,
qu'il y a quand même des drames bien plus violent dans le monde genre la famine ou les gens qui mangent du cheval,
qu'elles ne pensent qu'aux femmes,
que les femmes c'est pas ça,
que la rhétorique de la domination masculine c'est dépassé,
qu'elles n'ont pas autre chose de plus constructif à faire, sérieux ?
qu'il y en a parmi elles qui ont l'air tellement chiantes et bah je ne sais pas si un mec en voudrait à la maison,
qu'il y a en dès qui sont vraiment trop mignonnes pour se gâcher là-dedans et feraient mieux de se trouver un mec,
qu'elles sont mal baisées,
que ce sont des salopes, 
que les vraies féministes agissent dans l'ombre sans faire de vague,
que si elles s'imaginent qu'elles nous font peur en gueulant comme ça, et qu'elles seront plus représentées dans les médias, et qu'elles obtiendront la parité dans les institutions civiles ou religieuses, et qu'elles seront payées au même salaire, et qu'on va les considérer d’égal à égal, et bien... elles se gourent.

Bref, le problème avec les Femen, c'est que c'est jamais le bon moment ni la bonne manière d’être féministe.

Et je m'y connais, j'ai de très bonnes amies femmes. 

Illus: S.Musset

11 février 2013

[Exclusif] Pourquoi Benoit XVI démissionne !

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La nouvelle fait l'effet d'une bombe : Le pape démissionne. Chacun y va de son hypothèse. La  vérité est ailleurs.


Nous leur souhaitons tout le bonheur du monde.

10 février 2013

Voisins du 3e type : du rire aux armes

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Un film avec Ben Stiller, c'est la garantie d'une dérision de qualité: Dodgeball et Tropic Thunder ou la matrice du plan de com' de Geoffroy Didier, j’ai nommé le déflagrant de connerie Zoolander (avec au passage la dernière prestation filmée de David Bowie). 

Pourtant, il y a comme un malaise avec son dernier film (ce coup-ci, Stiller n'est pas le producteur mais juste l'interprète), The Watch de Akiva Schaffer (sorti ici en 2012 sous le titre voisins du 3e type).

Le pitch. Dans une zone pavillonnaire aseptisée de l’Ohio, trompant l’ennui, le manque d’assurance et leurs problèmes conjugaux, quatre quadras forment une patrouille de surveillance de voisinage afin de traquer l’assassin d’un employé de supermarché. Se faisant ils croisent la route de méchants extra-terrestres venus conquérir la planète. Au-delà de la farce, ce canevas permet, comme souvent dans les films des anciens de SNL, de brasser des sous-thèmes et de tirer le portrait des névroses et des travers de groupes sociaux américains. Là où une comédie française se contenterait de son casting, cumulant stand-upers, présentatrice météo de Canal et autres stars de la télé, pour balancer de la grosse vanne pas drôle à la recherche de la réplique culte pour cours de récré, c’est cette double lecture sociologique qui fait souvent l’intérêt des comédies de leurs homologues américains. On appelle ça travailler son scénario.

The watch est bien en dessous des autres films des anciens du Saturday night live. Mais là n'est pas le problème. 

Bon OK, le premier mort du film est un immigré, fraîchement naturalisé américain, et dont on insiste sur le fait que c’est un abruti doublé d’un tire-au-flanc, donc pas une grande perte. Jusque-là malheureusement rien de nouveau, il y a souvent une minorité de service pour mourir en premier dans un film US. C’est ensuite le personnage de Jamarcus (le génial Richard Ayoade de la série UK It Crowd) qui est présenté au début comme européen (sic) lorsqu'il rejoint la milice et [SPOILER] se révélera être un alien. Logique. 

Autre scène plus troublante que l'ensemble de Zero dark thirty: Après avoir tué un extra-terrestre (le top de ce qui se fait en matière de menace immigrée clandestine), les quatre amis emmènent leur prise de guerre dans le garage de Vince Vaughn et, sur du Bob Seger, posent en photo devant sa dépouille avant de la grimer, de danser avec et de lui faire subir tous les outrages. Toute ressemblance avec les exactions d'Abou Grahib est-elle fortuite ? Au travers de ce qui nous est montré, doué est celui qui trouvera un point de vue moral des auteurs sur cette scène. Après tout, il n’est pas comme nous, il nous veut du mal. On peut donc se comporter sans humanité avec lui, sans l’once d’un sentiment de culpabilité. L’Amérique résumée, mais sans la distance et l’ironie habituelle de ce genre de comédie.


Au coeur de l'intrigue, la milice citoyenne. Malgré toutes ses tares (l’alcoolisme qui l’anime et les dérangés qui la composent), elle n'est pas remise en cause et apparaît au final comme la solution sécuritaire ultime (pour peu qu'on lui donne des flingues). Du début à la fin, la police est montrée aussi incompétente que dans un film de justicier avec Charles Bronson. Argument de choc pour la NRA en plein débat sur le contrôle des armes automatiques, le psychopathe de l’équipe, Jonah Hill, dont la présence au sein du groupe est le dernier retranchement avant qu’il n’aille faire exploser des crânes de gamins dans un cinéma ou une université[1] avec l'arsenal qu’il cache sous le sommier de sa maman, se révèle si doué qu'il est engagé par la police locale lors du happy-end final.

Parce que ça finit bien, évidemment. Le monde est sauvé grâce à un comité de voisins vigilants. Dans un sursaut de testostérone, une des dernières séquences du film fait le lien entre fertilité masculine et virée virile en patrouille de quartier. Je passe sur les deux seuls rôles féminins, minimes et hyper orientés du film, je ne vais pas tout raconter non plus.

Des moments très drôles autour d’un script dont le second degré n'est pas toujours évident à déceler. Derrière le rire, le truc visant un large public, notamment de jeunes, laisse une sale impression. Sans que l'on sache si c'est voulu ou non, The watch en dit beaucoup sur l’état d’esprit de l'Amérique par rapport à "l’étranger" qu’il soit immigré ou terroriste ce qui, grosso modo, revient au même.


[1] Le film devait s'appeler The neighborhood watch et la promotion avait déjà été repensée suite au meurtre d'un adolescent par un milicien de quartier. Il est sorti en salles aux USA le 27 juillet, 5 jours après la tuerie d'Aurora.

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5 février 2013

Sophie de Menthon, le plan social de trop !

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RMC. Trois lettres couleur sang, visibles à un kilomètre à la ronde, se découpent dans un ciel anthracite rappelant l’âpreté de la conjoncture économique et son cortège de drames humains. C'est ici, au bord du périphérique, qu'est installée la filière chaude du groupe NextRadioTv.

Il y a dix ans, la radio RMC renouait avec audace avec un genre d'émission racoleuse et pas cher, la talk-radio. Une réussite qui métastase depuis sur les autres antennes. Pourtant, après une décennie de bons et loyaux services pour fédérer la colère populaire et la canaliser dans le sens des intérêts du Medef, c'est la douche froide: Sophie de Menthon, intervenante canal historique du show matinal les grandes gueules, est mise à pied. 

C'est le plan social de trop pour la passionaria de la cause patronale.

"- Avec la fermeture de mon micro, où vais-je retrouver la possibilité de m'exprimer 35 heures par semaine ?" S'insurge la chroniqueuse qui, depuis quelques jours, multiplie les émissions de télé pour nous alerter sur sa privation de parole.

"Je suis  sonnée. J'ai passé des années à défendre les coupes salariales au nom de la protection des actionnaires. J'ai combattu à m'en casser la voix pour la moindre imposition des multimillionnaires en faisant gober aux smicards qu'ils avaient les mêmes revenus. J'ai même justifié le travail des enfants. Tomber pour une vulgaire histoire de femme de ménage, c'est non seulement injuste: c'est du sexisme !"

Les accusations sont violentes, à la hauteur du préjudice moral. 

"- Oui, on ne m'aime pas et je paye pour les autres car je suis une bourgeoise !"

Acrimed et Arrets sur Images rappellent l’enchaînement diabolique du 21 janvier 2013 qui conduira la présidente d'Ethic à l’échafaud médiatique. Tout avait pourtant commencé normalement au micro des GG. Comme chaque matin, avec un poujadisme de comptoir, on y commentait l'actualité en mode yakafokon. Un matin aussi décontracté qu'un autre où l'on s'autorisait au nom du "politiquement incorrect" et de la "libre antenne" à enfoncer encore un peu plus les barrières de l'abjecte. 

C'est avec son franc-parler que la chroniqueuse, au diapason macho de son équipe, débordera  de son expertise économique pour aller peser le pour et le contre du "moment extrêmement désagréable" subit par Nafissatou Diallo dans la  chambre 2806 du Sofitel de New-York. Le viol appréhendé comme un pur produit spéculatif, quel meilleure synthèse de la vision libérale des relations humaines ?

Son collègue d'émission, Franck Tanguy, ajoutait alors avec cet humanisme, teinté d'un soupçon de déterminisme social, que l'on connait au conseiller financier : "Elle n’a rien pour elle, elle ne sait pas lire pas écrire, elle est moche comme un cul, et elle gagne 1,5 million, c’est quand même extraordinaire cette histoire !".

Le conte de fées matinal aurait dû s'arrêter là, perdu dans le flot incessant des clash et des caquetages hystériques modelant à l'envi l'humeur déjà anxieuse d'auditeurs travaillés par leur sentiment de déclassement. Mais l'époque est d'une violence sans nom. Les propos ont une autre audience, et prennent une autre portée, lorsqu'ils sont rapportés par écrit dans les colonnes de Rue89.

Tandis que F.Tanguy s'excusera platement le lendemain à l'antenne, probablement pas alertée des progrès de la technologie d'enregistrement sur support magnétique à bande trois-quart de pouce, Sophie de Menthon étalera son cas partout d'un plateau à l'autre entre déni et regret mou.

Est-ce donc cette simple erreur de média-training qui coûtera sa place à l'employée de RMC ? Toujours est-il que le couperet finit par tomber en début de semaine. C'est la mise à pied.


Désormais pour SDM, le salut est dans la lutte. 

"- Cette mise à mort médiatique n'est qu'un complot du CSA !"' s'insurge la victime du plus douloureux des racismes, celui qui, faisant peu de cas de votre évidente supériorité, s'abat sur vous. 

Pourtant. En off, dans les couloirs de RMC, les commentaires ont la simple et glaçante cruauté de la rentabilité économique.

" - Que voulez-vous que je vous dise, Sophie de Menthon n'est plus assez compétitive !" nous lâche un cadre de la station qui souhaite rester anonyme. Un responsable marketing ajoute "- Oui j'avoue, elle nous a toujours cassé les couilles, mais jusque-là c'était une bonne cliente pour la populace. Aujourd'hui, nos enquêtes de satisfaction sont formelles: dès qu'ils entendent Sophie de Menthon nos auditeurs se barrent sur France Inter. Est-ce l'effet Hollande ? Ils préfèrent qu'on leur prône de l'austérité et des coupes salariales avec gentillesse, sans éructation. Ils veulent de la rigueur Cajoline. Regardez la montée fulgurante de notre autre produit maison, le François Lenglet [transfuge BFM la branche TV du groupe]. Les gens veulent bien des coups de bâton, mais donnés avec compassion. Et puis, François c'est un mec ça, un vrai.". 

Sur la thèse d'une cabale du CSA, taquin, un technicien de studio ajoute: "- Comme quoi, Sophie avait tort: c'est la preuve que mes impôts servent à quelque chose !"

Sophie ne se démonte pas et multiplie désormais les appels sur Twitter

"- Tel Eric Zemmour en son temps, autre martyr sous-médiatisé tombé sous la censure des biens pensants germanopratins en raison d'un amour trop démonstratif pour le mâle blanc occidental, derrière le fallacieux alibi antiphallocrate de mon éviction, c'est la liberté d'expression que l'on  bâillonne!"

Des contacts ont été pris avec Force Ouvrière (branche Brunch) et SUD Neuilly pour la défense d'une travailleuse du micro qui ne comptait pas ses heures:

" - Oui, quand il fallait prôner un allègement de charges pour les entreprises, ou la hausse de l'âge de départ à la retraite, croyez-moi que je n'hésitais pas à cumuler les apparitions télé et radio la même journée!"

En attendant la réponse des organisations syndicales, Sophie a fait dresser par ses gens un brasero et une tente bivouac Marithé et François Gerbaud camaïeu kaki-prune devant les locaux de la radio. 

" - Je porterai mon cas devant la Cour européenne des droits de l'homme s'il le faut !"

Blackberry au poing et carré Hermés en capuche, un moral de battante alors que l'averse pointe, Sophie nous confie toutefois sa crainte que la mobilisation populaire retombe avant même qu'elle n'ait commencé. 

"- Vous savez les gens sont résignés. Ils n'ont plus envie de serrer les coudes. A présent, c'est le chacun pour soi. Je ne comprends pas ce qui les a mis dans cet état-là.".

En attendant, en soutien avec Sophie, nous ne saurions trop vous conseiller de boycotter RMC

Et si vous ne le faites pas pour elle, faites-le au moins pour votre santé mentale !


Articles connexes:

Illustration: Politeeks

2 février 2013

[Exclusif] Comment la presse va utiliser l'argent de Google !

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Il est toujours bon pour le pouvoir de ne pas se mettre la presse à dos. Et si on peut le faire sans taper dans le budget de l'état, c'est encore mieux.

Après trois mois de négociations, sous l'égide du Président, un accord financier a été trouvé entre Google et les éditeurs de presse pour les aider à survivre dans cet univers virtuel soumis à la concurrence internationale, j'ai nommé internet (internetus diabolicum).

Rappelons le contentieux. 

Chahutée par l’émergence du BASIC, les récents bouleversements de la télématique et la fragilisation de l’écosystème de l'information que préfigure la sortie imminente du Commodore 64la presse française est irritée à l'idée qu'une entreprise exotique nommée Google place des annonces publicitaires sur son moteur de rechercheGoogle). De plus, putain de camion, ce moteur de recherches référence scandaleusement son contenu sans la rémunérer, lui amenant au passage probablement les deux tiers de son lectorat.

Le géant californien alimentera donc un fonds de 60 millions d'euros dans lequel pure-players et presse papier puiseront pour faciliter la "transition vers le numérique" de leurs sites internet. Oui, je comprends ton incrédulité: Et pourquoi pas une aide au pain de mie pour transiter vers le sandwich ?

Cherche pas. Ça se passe comme ça au pays du mot-dièse.

(L.Joffrin : "Il faut rappeler que si le net est un merveilleux outil de diffusion, il ne produit rien")

Une question te brûle déjà les lèvres: que va donc faire la presse de ses 60 millions d'argent de poche en sus des 1,2 milliard de subventions publiques qu'elle encaisse déjà ? 

Bien que pas payés cher[1], nous sommes en mesure de te révéler en exclusivité les premières 10 pistes envisagées pour l'usage de ce pognon:

1 / L'embauche massive d'éditorialistes économiques pour réaffirmer, avec intransigeance, que seuls la concurrence et le libre-échange non-subventionné permettront à notre économie de renouer avec la croissance.

2 / Un plan de renforcement de stagiaires dans les rédactions pour que ces dernières ne soient plus confrontées, faute d'effectif, à ce dilemme: Quelle information traiter en priorité dans le cas où, par exemple, il se met à neiger en hiver alors qu'au même moment, à la terrasse chauffée du Flore,  Florence Cassez boit un Picon-bière? Forte de sa nouvelle enveloppe numérique, la presse en ligne pourra désormais enquêter de front sur ces deux brûlants topics. 

3 / La mise en place de boutiques et services clients (powered by Google) sur les sites de presse. Sur I'm a Barbier worldle lecteur pourra se procurer les légendaires écharpes rouges du patron de L'Express. Plug-in intégré au Plus, le générateur de vouvoiement, le vuvuzeteslà, traduira tes tweets de crevard dans un français intelligible. Le Figaro, lui, planche avec des spécialistes du droit sur des formulaires de commentaires préremplis afin de canaliser l'expression de ta xénophobie la plus distinguée sans risquer de malencontreuses poursuites judiciaires. Pas la dernière sur l'interactivité, via l'application Fogorama, La rédaction du Point proposera à ses lecteurs de choisir dans quelles émissions de télévision Franz-Olvier Giesbert interviendra la semaine suivante.

4 / Pas en reste sur l'innovation, Libération réfléchit à un service de téle connectée autour des émissions politique françaises dirigé par Jean Quatremer et entièrement en allemand.

5 / Bien au fait des possibilités offertes par la transversalité des supports cognitifs, la fin du papier quoi, Le Monde réfléchit à la mise en place de deux rédactions. Une double édition en ligne comblera enfin toutes les sensibilités politiques tout en permettant un ciblage publicitaire optimal. Le Monde de gauche et Le Monde de droite offriront une vision de l'information tout à la fois clivée et consensuelle où chacun pourra se retrouver sans se croiser selon ses affinités idéologiques.

(F-O Giesbert: "Je vais en prendre plein la gueule demain sur internet")

6 / La direction de Le Monde de ceux qui en ont rien à foutre de rien[2], la déclinaison "culture et tendances" des Monde parallèles, sera confiée à Jean-Marc Morandini. Ce nouveau titre sur lequel le groupe Niel-Pigasse-Bergé mise beaucoup (avec 100% de l'argent de Google), ambitionne de réunir la France d'en-haut et La France qui ne lit plus la France d'en-haut. Il regroupera les tweets de la crème journalistique relatant en temps réel les rebondissements des émissions de télé-réalité. 

7 / Mais attention, coupons aux rumeurs d'une presse que l'on achèterait à coups de millions à défaut de l'acheter en kiosque. La presse française tient à garder son indépendance tout en restant fidèle à sa tradition. Les fonds de Google serviront donc aussi à la constitution d'un comité de vigilance des Sages pour le maintien dans les rédactions d'une majorité d’apeurés et de pédants n'ayant que du mépris pour internet mais souhaitant continuer à palper sans prendre l'once d'un risque, le CVSPMRMAPAQDMPIMSCAPSPOUR.

8 / Suites aux nombreuses réclamations des différents acteurs de l'édition, le principe d'un vaste plan de rénovation des machines à café dans les rédactions est d'ores et déjà acté.

9 / Les pure-players ne sont pas délaissés. On annonce l'arrivée de Médiaphatie, premier site uniquement constitué de preuves, mais garanti sans information. Y seront distillés à toute heure de la journée, et avec un vocabulaire limité à 40 mots, analyses et vérités indiscutables sur les bienfaits de la compétitivité, de la réduction des dépenses publiques et sur les désastres économiques, environnementaux, éducationnels et hygiéniques causés par les 35 heures. Au programme de la première enquête: "Pourquoi les fonctionnaires ne servent à rien ?"

10 / Plus iconoclaste. Une grille de rémunération concernant les reprises des textes de blogueurs est envisagée. (Non là, je déconne).

En vérité, un nouveau jour numérique se lève sur la presse mondiale. Et nous en sommes l'avant-garde.

" - Ouais et avec votre nouvelle maquette à 5 patates, on va niquer tous les blogueurs !"

[1] Toi aussi, aide-moi à transférer mon blog vers le numérique. Bouton Paypal en haut à droite.
[2] On a d'abord pensé à appeler ça Le Post.

Articles connexes :
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- Pourquoi Jean-Michel Aphatie est-il le pire métier du monde selon Jean-Michel Aphatie ?
- Les blogueurs sont-ils des cons ?

1 février 2013

Le mal-logement en 2013

par
La fondation Abbé Pierre présentait son 18e rapport annuel sur l'état du mal-logement en France, ce vendredi à la Palais des expositions de la Porte de Versailles

"Les nouvelles sur le front du logement ne sont pas bonnes" annonce en préambule Christophe Robert, le président de la fondation. Quand on épluche le rapport, c'est même pire que ça[1].

Avec 3.642.177 personnes non ou très mal-logées (dont 680.000 privés de domicile personnel) et 8.221.412 personnes fragilisées (surpeuplement, situation d'impayés, personne en hébergement résigné): plus de 10 millions de personnes sont touchées, de près ou de loin, par la crise du logement. On comptabilise également 4 millions de personnes en situation de précarité énergétique et 565.000 propriétaires ou accédant ayant rencontrés des difficultés de paiement de leurs charges ou de leurs remboursements d'emprunts immobiliers. 

Derrière les chiffres, des mères, des pères, des enfants. Chaque cas est un drame, doublé du sentiment d'être dans une impasse. Je vous renvoie à l'intégralité du rapport pour les chiffres, les tableaux et les recommandations.

Du constat, je retiens notamment: 

1 / La généralisation des situations de mal-logement à l'ensemble du territoire. Chacun a souvent tendance à circonscrire le mal-logement à une catégorie sociale ou à une zone géographique. C'est plus complexe. Si les zones tendues sont exposées à des prix vertigineux pour des surfaces réduites et un manque de confort, l'exode des ménages, surtout les plus jeunes, vers des zones rurales n'est pas synonyme de vie meilleure: Isolement, manque d'infrastructures, hausse des frais énergétiques, de garde d'enfants, achat d'une deuxième voiture, zones de faible emploi...  Paradoxalement, ce n'est pas à Paris et dans les grandes villes à loyers élevés que l'on trouve le plus de situations de mal-logement (30% des ménages), mais dans les grandes villes à loyers bas (39% des ménages). Les inégalités sociales et territoriales s’additionnent  Pour l'écrire crûment,  il y a de plus en plus de pauvres dans les zones pauvres, la ségrégation géographique s'amplifie. Les familles intermédiaires sont également prises dans l'étau: impossibilité d'habiter en ville dans une surface décente, ils augmentent leur surface disponible en s'éloignant des centres-ville mais baissent du même coup leur niveau de vie. 

2 / Hausse du mal-logement chez les familles monoparentales et les célibataires. Baisse des ressources, hausse des charges: 32% des familles monoparentales vivent sous le seuil de pauvreté (contre 6.5% des couples avec enfants). A l'heure où l'on parle tant de la famille (et qu'elle reste le modèle standard pour les acteurs du logement), de plus en plus mères seules avec leurs enfants prennent de plein fouet les situations de précarité (une mère célibataire sur deux déclare terminer le mois à découvert). Souvent non prioritaires pour le logement social, les célibataires supportent le plus gros effort financier pour se loger. Ils représentent 39% des ménages disposant de reste-à-vivre inférieur à 500 euros par mois. 

3 / Hausse de la cohabitation subie face aux tarifs, et aux folles demandes des bailleurs. Entre des jeunes adultes retournant vivre chez leurs parents,  des parents (souvent l'un des deux) forcés d'habiter chez leurs enfants, ou encore les couples séparés, mais contraints de vivre ensemble. 


De l'espoir et de la vigilance. 

Avec l'alternance, et l'apparition d'un vrai ministère du Logement et de l'égalité des territoires, ces 8 premiers mois de présidence Hollande (qui, en campagne, avait signé le "Contrat social pour une nouvelle politique du logement" rédigé par la fondation) marquent néanmoins un changement dans l'appréciation d'une fracture sociale qui pèse tout autant sur la santé des individus, l'éducation des enfants que, au final, sur l'économie du pays. On ne peut pas se soigner ou consommer lorsqu'on injecte les 3/4 de ce que l'on gagne dans son loyer, il devient particulièrement compliqué d'avoir un parcours scolaire correct quand on partage 20m2 vétustes avec ses parents et ses frères et que l'on doit faire des rotations pour s'asseoir, ou dans une maison que l'on n'a plus les moyens de chauffer. 

2012 (et une partie de 2013) seront une période de transitionUne grande loi sur le logement arrivera d'ailleurs au printemps.  Des mesures ont été prises, des engagements prononcés faisant souvent grincer des dents aux habitués de la thune qui tombe tranquille prospérant peinards jusque-là, ce qui est bon signe, mais s'il est trop tôt pour en percevoir le résultat. 

Le budget 2013 pose l'objectif de 150.000 logements sociaux, même si le rapport souligne un flou sur la localisation des logements de type PLS (1/3 des logements sociaux aux plafonds de ressources plus élevés qu'un HLM standard, inaccessibles à la majorité des demandeurs). S'ils sont construits dans des zones où il y a déjà du logement social en nombre, cela renforce la mixité et c'est une bonne chose. Si on les localise uniquement dans les coins plus "riches", on renforcerait encore les inégalités territoriales. 

Même si elles ne vont pas assez loin, au rayon bonnes mesures, on rappellera la hausse des plafonds des livrets d'épargne destinés au logement social, la mise en place d'un dispositif d'investissement locatif dans le logement privé pour 40.000 logements à loyer intermédiaire dans les zones souffrant d'un déséquilibre entre l'offre et la demande (avec plafonds de loyer et de ressources inférieurs à ceux du Scellier social), la loi relative à la cession gratuite de terrains publics en vue de la réalisation de logements sociaux, l'augmentation de la taxe sur les logements vacants (on passerait à 25% dès la deuxième année) étendue aux zones d'urbanisation continue de + 50.000 habitants et le renforcement des obligations SRU et des sanctions pour les communes récalcitrantes.  

A la fin de la présentation, Cécile Duflot s'engage à nouveau sur les réquisitions (les premières arriveront en mars), un traitement "à la racine" des propriétaires voyous (logements insalubres ou micros-logements) et sur les questions des expulsions locatives, elle assure qu'"il n'y aura pas d'expulsions de prioritaires DALO sans relogement à la fin de la trêve hivernale [...] - Tant qu'il restera des familles sans logement notre travail ne sera pas terminé." 

Tu l'auras noté, j'ai décidé d'être positif. Malgré le climat budgétaire à l'austérité, ce gouvernement ambitionne de réduire le mal-logement avec en ligne de mire prioritaire ceux qui en souffrent le plus, au lieu de s'acharner à favoriser la rente selon la bonne vieille théorie foireuse du ruissellement en cours depuis 10 ans. Pour le coup, c'est un vrai changement dont on mesure encore mal les effets. Nous sommes arrivés au terme du dogme de la propriété à tout prix qui a placé une partie de la société dans une position de force financière et morale, tandis qu'elle en expédiait une autre dans le mur, invisible et pourtant toujours plus nombreuse. 

Maintenant, nous attendons la transformation sur le terrain.

[1] La fondation pointe le manque d'actualisation des statistiques publiques dans le domaine. Plusieurs chiffres étant basé sur des évaluations de l'INSEE sur le base de mesures qui ont parfois plus de 5 ans. La situation est donc surement bien pire. 

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