vendredi 17 décembre 2010

The dangereux network


Les grandes manoeuvres pour assurer d'ici 2012 un cadre internet digne de ce nom à notre monarchie élective (suivant l'adage  "tout ce que je ne veux pas écouter, soit je le nie soit je le fais taire" ) sont entamées

Est votée mercredi soir à l'assemblée l'article 4 de la LOPPSI 2 autorisant le ministère de l’intérieur à "filtrer" un site internet sans passer par la case judiciaire...  Outil inefficace à lutter contre sa "cible", les abus sur pitinenfants et l'escroquerie en ligne[1], mais ouvrant d’intéressantes perspectives pour la fermeture pure et simple des sites contrariant l'autorité.

En cas de promulgation de loi liberticide, si l'on ne dispose pas dans l’actualité d'un niqab, d'un rom ou d'une tempête de neige pour faire diversion, il convient de guider le lecteur vers le chemin de la sécurité où il décidera de "lui-même" que la censure, finalement, ça a du bon.

Comme par hasard, le lendemain du vote nocturne (à 20 gus dans une assemblée), l'agence "conseil" Calypso  publie le baromètre "enfant et internet", réalisé lors du tour de France des établissements scolaires "un clic, déclic, une opération nationale de sensibilisation" avec le soutien de l'association "la voix de l'enfant" (pour la respectabilité) mais aussi Apple, Google et Orange (pour le côté infiltration du marché à la source).

Soucieux de sensibiliser son lectorat au risque de viol encouru par leurs pitinenfants en cas de navigation sur internet, sans gilet de sauvetage certifié NS, loin des eaux usées des éditos de Threard ou de Catherine NayLe Figaro titre son article de synthèse sous l'angle de la catastrophe :



Je t'en propose quelques extraits revisités en mode "tu vas parler hein ? C'est quoi ton mobile et qui sont tes complices ?" et tu verras que, plus que jamais, les mots sont importants.
"Le quatrième baromètre [...] montre une escalade numérique impressionnante des 11-17 ans, qui passent notamment une grande partie de leur temps sur les outils communautaires.

Toujours plus jeunes. Toujours plus équipés. 
[La phrase "toujours plus armés" n'a pu être utilisée le copyright étant déposé par Alain Bauer] 
Enfants et adolescents plongent chaque année davantage dans le grand bain des nouvelles technologies.
[Étonnant... ce n'est pas comme s'il y avait une douche publicitaire continue pour les smart-phones et autres packs "internet illimité avec forfait bloqué", de l'abri bus devant leur bahut à la moindre émission de radio ou de télé chez eux].
Les chiffres les plus frappants de cette escalade numérique concernent les pré-adolescents. Désormais 55% des 11-13 ans auraient une page Facebook et 47% posséderaient déjà un téléphone portable. 
[Chiffres terrifiants. Je me demande combien ont la télévision chez eux ? Et plus haut dans "l'escalade" : combien ont accès à l'électricité à domicile ? Une insertion de doigts mouillés dans la prise de terre risquant de provoquer un "raz-de-marée" intime chez le jeune irresponsable avide d'interdits.]

[...]

Chez les collégiens et lycéens de 13 à 17 ans, le portable est devenu incontournable. [Alors que chez leurs parents pas du tout.] A tel point qu'il servirait de «doudou» à près d'un tiers des 15 à 17 ans qui déclarent le mettre sous leur oreiller pour dormir.
[Le mitraillage de SMS à la con sur smart-phone payé à crédit, histoire de détailler toutes les 10 minutes à Chouchounet(-te) les facettes du vide de sa vie de bureau, est en revanche la chasse gardée de l'adulte salarié. Existe aussi en mode "Poker sur smart-phone dans les transports en commun"[2]].

[Facebook] est la nouvelle star des cours de récréation
[en terme de révélations : wikileaks peut se rhabiller.].
[...] Facebook est leur nouveau couteau suisse.  Ils l'utilisent pour tout. Discuter en ligne, partager des photos et des vidéos, les commenter…
[oui, il s'agit ici de sensibiliser le lecteur du Figaro au monde opaque et alarmant de l'ouvertue à l'autre et de l'échange gratuit sur fond de technologie luciférienne.] 
Du coup, ils utilisent de moins en moins les mails. Si les messageries de type MSN ont également un peu moins la cote, un quart des 11 et 13 ans déclarent tout de même y passer plus de trois heures par jour.
[Tandis que leurs parents, en dociles citoyens friands de culture et de spectacles nobles diffusés sur des canaux indépendants du pouvoir, consacrent 3h30 quotidiennes et constructives à la télévision.]
«Quant aux blogs, délaissés par les adolescents, ils attirent désormais un public dès le CM1-CM2», avance Thomas Rohmer [patron de Calypso].
[Oui, l'âge moyen du blogueur politique est de 7 ans et demi. Ce qui tranche avec le petit monde des éditocrates de plateau dont certains approchent le siècle (ainsi que son dîner).]

Les jeux vidéo font également un malheur. 87% des 11-13 ans et 80% des 15-17 ans disent s'y adonner au moins une fois par jour. Enfin, le téléchargement de films et séries TV «explose», selon le baromètre. Plus de la moitié des 13-15 ans, contre 21% l'an passé, vont chercher ces contenus sur le web. 
[la moitié restante allant probablement les télécharger sur un autre internet encore plus dangereux.] 
Et ce de manière illégale. Chez les 15-17 ans, ce chiffre dépasse les 60%.[Comme dirait le grand philosophe Robert Menard dans ces monologues "sans interdits" de 17h45 : "dès fois on regrette l'abolition de la peine de mort". Exemple des propos pondérés et responsables prouvant la supériorité idéologique de la télévision pour vieux à l'heure où les mômes rentrent de l'école.]

(capture d'écran :
la nouvelle réclame pour le filtre anti-Robert Ménard.)

À chaque génération ses loisirs et un tel succès des nouvelles technologies ne devrait pas forcément poser de problèmes.
[Il va falloir que la jeunesse de ce pays se le mette une bonne fois pour toutes dans le crane : ce ne sont pas les anciens qui vont se mettre au vélo mais les jeunes qui doivent se véhiculer en déambulateur.]
Malheureusement, ce baromètre montre aussi la très faible présence des parents [...et s'il faut culpabiliser les parents pour ça, on ne va pas se gêner] dans ce nouveau quotidien numérique des plus jeunes qui manquent parfois d'armes pour protéger leurs données confidentielles ou peuvent être confrontés à des images choquantes. Campagnes de prévention, messages ministériels… Rien n'y fait." [et pourtant nos agences de com, people, pubards séniles, politiques, pachydermes tv, journalistes et acteurs n'ont pas ménagé leurs efforts pédagogiques pour nous démontrer qu'Internet = mensonge, pédophilie, délinquance, raclure analphabète de bidet inculte.]
(La droite ? Une certaine vision du net.)

Suit une petite intervention d'Alex Turk, président de la CNIL (Commission Nationale Informatique et Liberté) au sujet de facebook :

«Les parents et le corps enseignant ne savent pas par quel bout prendre le problème.
[Tu noteras ici l'absence de doute quant à l'existence d'une putain de tuile.]
Il faut reconsidérer l'instruction civique sous l'angle de la protection des données personnelles pour sensibiliser les enfants dès leur plus jeune âge. Ce sujet devrait devenir une priorité nationale. Des générations sont en train de s'engager dans la vie avec un patrimoine de libertés fondamentales mutilé car ils ne pourront jamais récupérer complètement les informations qu'ils ont diffusées sur la toile».
[J'imagine qu'à l'arrivée de la voiture quelques chefs de CNIL prétendirent qu'à plus de 30 km/heure les charrettes du diable rendraient stériles. Et regarde, 120 ans plus tard : on n'est pas heureux à passer nos week-end dans les bouchons pour se rendre avec les mioches chez le concessionnaire, histoire de bénéficier avant la fin de l'année de la prime à la casse et de changer de Laguna pour la troisième fois en 3 ans ?] 

Aujourd'hui, 87% des 11-13 ans ne protègent aucune donnée personnelle sur Facebook et trois sur dix acceptent systématiquement «les nouveaux amis» qui s'y présentent.
[Bien sûr : la télé et son produit star "la télé-réalité", basé sur l'exposition continue et décomplexée de l'intimité du spectateur devenu acteur discount (avec ce "petit plus" qu'elle est assortie d'une totale soumission à l'autorité a.k.a la prod a.k.a l'annonceur), n'y sont pour rien.]
Les adolescents se disent quant à eux peu concernés par le débat sur le droit à l'oubli."
[Assez logique dans une société où la célébrité, pour rien et à tout prix, représente la quintessence de la réussite.]
Nouvelle pierre apportée à l'édifice idéologique, sous l'angle "ado irresponsable, liberté technologique trop dangereuse et que ne ferait-on pas pour nos enfants ?", conditionnant le lecteur à conclure que ce n'est "pas si mal" de censurer internet (d'autant que c'est cool : on s'est comme par hasard doté de l'outil législatif ad-hoc le jour même !). L'article sous-tend l'idée, en vogue chez les promoteurs de la peur, que l’émetteur de ses données personnelles est plus coupable que celui risquant d'en abuser. Si l'on suit la même logique : celui recevant un courrier d'Hadopi[3], lui reprochant d'avoir téléchargé une oeuvre musicale et le menaçant de sanctions s'il recommence, devrait blâmer l'artiste pour avoir créé l'oeuvre à l'origine du "délit" passé et à venir. On le voit une fois encore : les réponses sont conditionnées par la façon de poser "les problèmes".

Bon, le plus beau de l'article du Figaro reste sa mise en abyme finale où le lecteur est convié à...  laisser son témoignage. 

Le Figaro s'est trompé, le besoin de s'exprimer est plus qu'une catastrophec'est une intolérable malfaçon humaine, le vrai bug des années 2000.  A défaut de nous mater physiquement, ça coûte cher et ça tache, le pouvoir et ses VRP n'auront de cesse de nous persuader qu'il faut mater l'outil (après abonnement bien sur).

(La France est à l'aube d'une révolution numérique : l'offre unique.
Thierry Solère planche déjà sur le packaging.)

* * *

[1] Pitinenfants qui devront se contenter de la trash-tv et des dissections "porno-chic" de cadavres dans les séries américaines sur la première compagnie et ses déclinaisons débiles de la TNT gratuite, bourrées de pubs pour crédits à la conso à 53% et sonneries de téléphone portables personnalisées à 13 euros la minute.
Dans le même temps, la même LOPPSI assouplit les règles du permis à point : être écrasé par une voiture grillant un feu rouge étant probablement moins dangereux pour l'enfant que de surfer sur internet.

[2] Certes, matin et soir, les mêmes avaient déjà la tête baissée dans le métro avant l'arrivée de l'heil-phone. La force d'Appeule et des opérateurs de 3G est d'avoir réussi à leur faire payer, sur abonnement, ce long tunnel d'ennui et de soumission qui, jusque-là, n'était pas profitable au marché.

[3] brillant résultat à 30 millions d'euros annuels de l'ancienne "bataille" du net menée par les mêmes grands esprits.

11 commentaires:

mike hammer papatam andropov a dit…

Merveilleux billet. Ca donne envie de redevenir un adolescent afin de faire des putains de bras d'honneur à tous ces connards d'adultes qui cherchent à nous faire vivre systématiquement au milieu de toutes leurs trouilles débiles.
Merci.

Arnaud a dit…

Salut Séb, tous,

Je vous conseille très vivement l'article et surtout le document proposé par RWW ici :

http://fr.readwriteweb.com/2010/12/09/a-la-une/wikileaks-dynamite-loppsi/

Explication en long et en large du fonctionnement de ces réseaux que la LOPSA devrait nous permettre de combattre et pourquoi cette loi a déjà 10 ans de retard.

Très instructif.

Anonyme a dit…

Super Seb, super.
Le problème, c'est quand le fessebook devient trop prenant : enfin quoi, ton "11-13 ans" il te montre à la gueule que quand y rentre, il continue à vivre avec ses potes même chez toi ! Ca énerve, certes.

cybfil a dit…

Excellent Mister Seb, pour sur n'ayant plus de boite à laver le cerveau depuis 20ans, pas de portable, pas de crédit sur la vie (cette définition ne plait généralement pas aux jeunes parents...) Je comprend mieux comment nos "zélites" arrivent à nous le mettent bien profond.....
Merci Arnaud, lien très instructif...pdf dans la boite...
salut fil.

Anonyme a dit…

Bonjour,
Un petit commentaire sur ce blog que je lis avec intérêt depuis un moment. Mi-trentenaire utilisatrice "modérée" des NTIC (ie un profil FB tranquille, un téléphone portable option mamie uniquement pour être joignable en déplacement, pas de télé et pas de Wifi), je suis surtout, concernant le sujet du billet, la mère d'une fillette de 11 ans, en effet "la seule" à ne pas avoir de téléphone portable. Mon premier argument est sanitaire, il me semble que les jeunes 11-13 ans branchés en continu sont les cobayes d'industriels toujours plus pressés, dont la devise est "pour l'effet "Mediator", on verra plus tard". Et puis, quand la demande du portable repose sur le fait qu'à la récré au collège, on peut jouer sur son téléphone ou envoyer un SMS à ses copains distants de 50 cm, bah, ma ringarditude maternelle prend le dessus... La question reste donc complexe, et pour allumer leurs cerveaux, jeunes et moins jeunes me semblent avoir toujours intérêt à débrancher (presque tout) le reste...
Merci pour la richesse des contenus et l'agilité du style, en tout cas !

seb musset a dit…

@anonyme > Paradoxalement, je suis de ton avis. Je n'aime pas le téléphone portable, je méfie du wifi, donc tu prêches un convaincu.
Le problème ici, c'est de ne pas confondre contenant et contenu. Le contenant restera (lié à la sphère marchande, abonnements, intérêts financiers en jeu..), c'est le contenu qui est en danger - ce qui est l'objet de l'article.
Le côte ondes ne m'avait pas interpellé quand j'ai écrit l'article mais les réactions suscitées semblent indiquer que c'est un bon axe d'attaque pour culpabiliser l'utilisateur -tout en lui vendant de l'autre côté les appareils-.

ShadowS a dit…

Très pertinent. Et quand on lit ça : http://www.numerama.com/magazine/14977-confession-d-un-pedophile-l-impossible-filtrage-du-web-pdf-disponible.html

on comprend mieux pourquoi l'article 4 et son filtrage ne rime à rien.

willycat a dit…

malgré les arsenaux juridiques et technologiques, personne n'a jamais réussi à filtrer la connerie.

seb musset a dit…

@willycat > J'adore ce que vous faites.

BA a dit…

Omar Bongo a été le dictateur du Gabon du 2 décembre 1967 à sa mort, en juin 2009.

25 mai 2007.

Réception de Bongo : Sarkozy frappe fort.

Il n’aura pas fallu 10 jours pour que le nouveau président accueille à l’Elysée le doyen des dictateurs africains.

Omar Bongo est le doyen des dictateurs africains : 40 ans au pouvoir. Il est reconduit périodiquement à la tête de l’Etat à l’issue de scrutins ubuesques, après avoir muselé ou arrosé tous ses opposants. Toujours avec la bénédiction de Paris, pour qui il fait fonction de gouverneur d’un dominion de l’hexagone richement doté en pétrole.

On avait peine à croire aux engagements de Nicolas Sarkozy à « refonder la politique africaine de la France sur des relations transparentes et officielles entre pays démocratiques » (programme de l’UMP), après qu’il ait précisément rencontré le vieil Omar Bongo, généreux donateur des partis politiques français devant l’éternel, à quelques semaines du premier tour.

Peut-être Sarkozy croit-il vraiment que le Gabon est un pays démocratique... et que c’est la conception gabonaise de la démocratie qu’il compte importer en France plutôt que l’inverse ?

A moins qu’il n’accueille Bongo que pour lui signifier sa rupture avec la politique de soutien aux dictateurs, comme le demande la cellule Françafrique, en saisissant symboliquement le patrimoine important dont jouit le potentat gabonais à Paris et en France ? Il n’est pas interdit de rêver. Pas encore... »

http://www.cellulefrancafrique.org/Reception-de-Bongo-Sarkozy-frappe.html

Mercredi 29 décembre 2010 :

WikiLeaks : des détournements de fonds par Bongo auraient profité à des partis français.

Près de 30 millions d'euros auraient été détournés de la Banque des Etats d'Afrique centrale (BEAC) à son profit par le défunt président gabonais Omar Bongo et auraient aussi profité à des partis français, selon des notes diplomatiques américaines divulguées par Wikileaks, visibles mercredi sur le site de El Pais.

Cette information a été donnée quatre jours après la mort de M. Bongo, en juin 2009, par un haut fonctionnaire de la BEAC à un diplomate de l'ambassade américaine au Cameroun, précise le journal espagnol.

Selon la même source, « les dirigeants gabonais ont utilisé les fonds détournés pour leur enrichissement personnel et, suivant les instructions de Bongo, ont remis une partie de l'argent à des partis politiques français, y compris en soutien au président Nicolas Sarkozy ».

L'argent aurait profité « aux deux camps, mais surtout à droite, en particulier à (l'ancien président français Jacques) Chirac mais aussi Sarkozy ».

http://www.google.com/hostednews/afp/article/ALeqM5h14SVl8xo8jbuIp9QSmjaQci-9Xw?docId=CNG.ca2d2f8ff37dcbf7a2c1b57b9809d526.5b1

Anonyme a dit…

Pour information, je peux vous certifier que la publication du baromètre n'était en aucun cas lié au vote de la loi Loppsi 2.