jeudi 6 mars 2008

10 ANS DE LOCATION... MES CONCLUSIONS

Publiée hier, l'étude de l'indice Clameur mis en place par les pouvoirs publics et les professionnels de l'immobilier, rend compte d'un dérapage des loyers entre 1998 et 2008. Un phénomène qui a largement contribué à accentuer le sentiment de perte de pouvoir d'achat des familles. « Depuis 1998, la progression des loyers de marché s'est faite au rythme annuel moyen de 3,5 %», indique Clameur.

Etrange... J'ai décidé de faire un retour en arrière et d'analyser mes 10 dernières années de location (1997-2007) et d'en tirer quelques conclusions, comment dire, plus nuancées.

Mon épopée immobilière démarre donc en 1997...

1997 - 1999 : Boulogne-Billancourt (92), 2 pièces 45m2 : 650 euros
1999 - 2002 : Boulogne-Billancourt (92), studio 35m2 : 600 euros
2002 - 2005 : La Rochelle banlieue 2km du centre (17), Maison 4 pièces 75m2 : 700 euros
2005 - 2006 : Londres (GB), Maison 3 pièces 60m2 en colocation à 3 : 1000 euros (par colocataire)
2006 – 2007 : La Rochelle banlieue 12 km du centre (17), Maison 4 pièces 90m2 : 620 euros
2007 – 2008 : Paris Ve (75), Studio 25m2 : 750 euros

1er constat :
Une augmentation des loyers en 10 ans ? Oui, mais ce n'est rien rapporté à la hausse des prix à l'achat. A moins d'avoir acheté en 1997, le type qui achète maintenant fait une bien moins bonne affaire que le type qui a loué pendant 10 ans. Le principal point noir du locataire reste sa soumission forcée à la connerie et à la mesquinerie de ses bailleurs. Ils vous demandant 36 garanties, se comportent souvent d'une façon déplorable. De l'autre côté, les bailleurs traînent quasi-systématiquement la pâte pour effectuer les travaux à leur charge (genre gazinière en panne ou porte-savon cassé qu'à la fin parfois ils vous déduisent du remboursement de la caution !)

Les particuliers, souvent des jeunes retraités, sont encore pires que les agences immobilières
. On comprend beaucoup de chose sur la bassesse de l'humain à leur contact (mépris, racisme, vote Sarkozy...). Mais, les agences immobilières ne sont pas en reste dans le domaine de l'escroquerie de base. J'ai du en attaquer 2 en justice pour récupérer mes cautions. Leur excuse : « c'était les vacances, on a pas pu faire les chèques ! ».

Bref,on se rend compte vite en tant que locataire que tout est fait du basau sommet de la pyramide de la société pour transformer le salarié de base en fier propriétaire, endetté bien sur. Acheter Cash ? Quel non sens ! Il n' y aurait plus d'économie mon bon monsieur.

2e constat :
Si c'était à refaire, avec mes revenus (environ 1800 euros/mois) je le referais. Hors de question de m'endetter pour payer un loyer à ma banque pendant 30 ans. Qui dit que je vivrais jusque là avec tout le Coke light lemon que je bois ? J'ai plein de potes qui l'ont fait (pour ne pas dire tous) et leur vie au quotidien est devenu un enfer où chaque centime compte. J'en connais même qui, en couple, sont contraints de rester ensembles même s'ils ne s'aiment plus depuis belle lurette juste rembourser les traites. Le crédit, c'est une philosophie de la vie qui va toujours en package : On en a pas ou en a plein. Ils sont propriétaires, sous antidépresseurs, à cran au boulot et bouffent des nouilles discount à tous les repas. Moi j'aime bien le saumon fumé (avec le coke light Lemon c'est délicieux). Si mon père m'a appris un truc c'est la rationalité : « Quand t'as pas beaucoup d'argent, joue pas au riche, c'est le moyen le plus sur de rester pauvre ». Il m'a dit aussi « Achètes quand c'est bas, vends quand c'est haut ! ». A méditer pour tous les « primos-accédants » aveuglés par les prêches télévisés d'M6 sur « le bonheur d'être propriétaire » et « la connerie d'être locataire » qui sont prêts à vivre en slip 70% de leur vie pour faire construire leur rêve d'une vie : toujours ce même pavillon pourri, véritable insulte urbaine et écologique, trônant dans une zone d'autres pavillons à 70 kilomètres du centre-ville. Au passage, ces quartiers pavillonnaires moches et excentrés sont les futures cités sensibles de demain. Ce sera dur alors de faire votre plus-value, amis « primos-accedants » actuellement persuadés d'être assis sur un tas d'or.

De mon côté, la part de mes revenus passant dans mon loyer est toujours conséquente mais en nette diminution (je suis passé de 60% à 40% en 10 ans) et je vis donc plutôt mieux.

Le côté positif d'être locataire ?
Cela m'a permis d'être nomade et de partager plusieurs styles de vie : provincial, méridional, en studio, en pavillon, en ville, à la campagne et même à l'étranger, et de vivre succéssivement tous les rêves de propriétaires dans des coins de gauche, de droite, de riches et de pauvres. Cela m'a aussi habitué à ne pas m'attacher aux choses matérielles. Fatigué par les déménagements, j'ai de moins en moins d'affaires et quasiment pas de meubles. L'essentiel de ma vie passée doit tenir dans le coffre d'une voiture. Et bien, amis primos-accédants, ne rien posséder allège l'âme d'une façon bien plus efficace que tous les antidépresseurs du monde.


Si j'avais de l'argent d'avance, acheterais-je ?... Non. J'irai à l'hôtel.


3 commentaires:

Anonyme a dit…

Seb, un grand merci à toi pour avoir le courage d'exprimer ainsi tes opinions, dans lesquelles je me retrouve à 200% !
J'ai parcouru tes articles et visionné tes vidéos avec un très grand plaisir. Que du bonheur ;-)
Ta philosophie de vie est sans nul doute la plus raisonnée et la plus pereine. Si seulement l'humanité pouvait prendre conscience de cela et tendre vers un peu plus de sagesse...
La question que je me pose parfois, c'est comment raisonner tous ces gens (tu as déjà trouvé un semblant de solution) ? L'internet est évidemment le moyen incontournable d'y parvenir. C'est peut-être pour cela que j'en ai fait mon métier...
Encore merci et bonne continuation.
Halhex

Anonyme a dit…

Bonjour,
C'est un bon point de vue si on se place dans le cadre d'une location qui ne te reviens pas plus cher qu'un achat...Et en province c'est loin (même très loin) d'être le cas...

De plus des réseaux d'autoconstruction se forment un peu partout,ce qui développe en parallèle des liens sociaux basés sur l'entraide...

Et, bien que l'on s'endette également (mais dans une moindre mesure)de cette manière,le lien avec l'habitat n'est pas le même,je pense, que celui d'avoir une plus grande maison que celle du voisin (plus saine parcontre sans l'ombre d'un doute!)...

Je salue ton combat pour faire surgir une autre manière de pensée
sandra

Roland a dit…

60%, 40% consacrés au seul logement! c'est affreux cette société actuelle, il y a quelque chose de pourri (et de caché?) au Xix siècle le loyer représentait 5% du budget d'un ménage, y compris ouvrier...

C'est comme l'hotel, oui autrefois il était possible de vivre à l'hotel, il y avait des gens qui faisaient ça, y compris des pauvres (dans de pauvres hotels, mais justement IL Y EN AVAIT, de nos jours si vous n'êtes pas cadres sup vous ne pouvez plus voyager!! il n'y a plus rien d'abordable).

Il parait que Albert Cossery vit toujours dans le même hotel où il a débarqué à Paris dans les années 50. Mais ça doit être le dernier dans ce cas.