18 juillet 2013

L'info est un long buzz tranquille

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Jean-Philippe est un pote sympa. Durant 48 h, il a gracieusement nourri un écosystème journalistique en léthargie estivale, générant articles, bandeaux publicitaires et pognon. Du Figaro au Gorafi, vous n’avez pas pu la rater si vous passiez quelques minutes sur internet hier : la photo de la photo du petit Grégory (mort assassiné en 1984) utilisée dans une publicité pour la crèche du Festival de Jazz de Montreux, c’était la sienne. Le scoop, c'est grâce à lui.

Dans ce billet, il revient sur le buzz dont il est à l'origine et sur ce que lui inspire l'énième épisode de ce que devient l’information sur le web : du pute-à-clicking. 

Je lui laisse la plume.

(La photo originale de @koramarok) 


Autant de papiers parus sur le web ces deux derniers jours sur une histoire partie d’un tweet et d’une photo dont je suis l’auteur. Et je regarde, mi-médusé, mi-agacé, le développement de cette affaire. Au-delà du fait-divers, il y aurait bien des questions à se poser concernant cette news. Prendre un peu de hauteur, changer l’angle et dépasser le buzz.

1 / L’historique où des journalistes à l’affût sur Twitter
Tout part d’un tweet public envoyé à Guy Birenbaum à mon retour du festival de Montreux. Sachant qu’il tenait une chronique sur les réseaux sociaux, ce genre d'EPIC FAIL pouvait l'intéresser. Il m’a tout de suite demandé des preuves ou du moins des précisions (il sera un des seuls). Nos messages sont publics, et comme sa portée dans la twittosphère est plutôt conséquente, ça a immédiatement fait boule de neige. Entre le moment où j’ai posté ma photo sur Twitter et la publication des premiers articles, il s’est passé trois heures. Je n’ai été contacté QUE par Maxime Bourdier du Huffington Post, afin de faire son article. Et le soir par France 3 Lorraine pour une interview par téléphone où je certifie l’authenticité du document (ainsi que France 3 national).


2 / L’utilisation de la photo
L’émoi suscité par l’utilisation de cette image est immense, car l’affaire du Petit Gregory est encore dans toutes les mémoires (ou enfin presque). Mais, ne peut-on pas considérer que le simple fait de télécharger une image sur le net et utiliser sans autorisation la photo d’un gosse est, en soi, un gros problème ? Et plus largement, utiliser une photo sans se demander s’il y a des droits d’auteurs, sans la sourcer, n’est-ce pas aussi un FAIL ? Bizarrement, les médias n’en parlent pas. Et pour cause. Ils font pareil. L’origine de la photo du magazine de Montreux est par exemple non précisée dans l’article du Point.fr, au profit d’un “DR” (droit réservé : en gros, on ne cite pas le nom et on serre les fesses pour que personne ne réclame les droits) commode. Mieux, certains journalistes sur place qui n’avaient rien vu ont profité de l’info piochée sur Twitter pour refaire une photo de la photo, mais la leur cette fois [NDLR : que je leur pique tiens].

(ci-dessus d’intrépides journalistes de terrain particulièrement bien informés.)

Sur le site du Figaro.fr ou de Morandini, c’est encore mieux, il n’y a aucune indication [NDLR : et Morandini attribue l'info à France Tv]. Forcément, une photo faite par un amateur, twitto de surcroît, pourquoi la sourcer hein ? Pourtant, c’est quasi la seule à leur disposition pour illustrer le sujet, une seule autre étant parue sur le site de l’antenne FN de Boulogne Billancourt le dimanche, soit deux jours avant la mienne, comme l’indique le blog Big Browser du Monde.fr.

Une éventuelle demande préalable avant utilisation ? Pareil, faut pas y compter. La photo est partout, mais je n’ai au final que 6 demandes officielles pour son utilisation dans des papiers. Entendons-nous bien : je me contrefous que cette photo, prise en 2 secondes avec mon smart-phone, soit reprise comme illustration, mais bordel, ça ne choque personne que l’on pique une photo amateur sur le net pour illustrer un sujet sur le vol amateur de photo sur le net (thèse avancée par le festival) ? Ce point intéresse peu vu que l’unique angle d’attaque est le FAIL + Gregory avec en visée un buzz à fort potentiel de click, pour un investissement quasi nul des rédactions.


3 / En rester au Buzz du Fail
Le Festival de Montreux explique la bourde par le fait qu’une stagiaire étrangère a réalisé la pub. Pas un journaliste pour demander comment se fait-il qu’un festival si renommé, si prestigieux, ait recours à des stagiaires pour réaliser son journal interne ? N’a-t-il pas les moyens de se payer de vrais pros pour réaliser un document forcément en flux tendu, plutôt que de pressurer des stagiaires inexpérimentés et corvéables à merci ? Avec les prix pratiqués [Pour info, le concert de Prince, c’était 140 euros en fosse et près de 250 au balcon], ne peuvent-ils pas dégager un budget com’ qui tienne la route et qui permette d’acheter une photo à 10 euros sur Fotolia ? Le recours aux stagiaires et aux bénévoles, c’est dans quelle proportion ? Ne serait-ce pas des fois un des effets collatéraux de la sous-traitance à outrance? Quid aussi de la chaîne de validation ? [NDLR : les parents de Grégory portent plainte contre le festival au moment de la publication]. Parce qu’à un moment, le stagiaire est face à un maître de stage censé superviser son boulot non ? Non. Pas une question à ce sujet. Est-ce à croire que les rédactions reprenant le buzz, pratiquent parfois de la même façon, spécialement l'été ?

@koramarok - 18.07.2013"

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Mes conclusions: 
JP sera peu remercié comme source de l’info. Le graphiste pas réembauché par le festival. Les rédactions qui font désormais leur marché sur Twitter se sont jetés sur l’os sans parfois vérifier l'info, et sans aucune analyse allant plus loin que le simple FAIL. Evidemment tout ceci sera oublié dans deux jours pour mieux recommencer le surlendemain.

Mon conseil : 
Si jamais vous diffusez un document à fort potentiel de buzz, ne le faites jamais sans l’éditorialiser au préalable et donner VOTRE point de vue (et pas en un tweet ou un statut Facebook). 

14 juillet 2013

Brétigny et les pillards de l'apocalypse

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Toujours glaçant de constater qu'une approximation peut enflammer un segment de population, comment dire, un peu à cran. 

Dans les heures suivant le déraillement meurtrier du Paris-Limoges vendredi dernier en fin de journée en gare de Brétigny-sur-orge, le consommateur d'actualités aura assisté à une énième démonstration de la plaie qu'est devenue la course à l’information continue.

Parallèlement, dans la soirée, il aura également pu constater une multiplication de propos racistes (voir ici) sur les réseaux sociaux (jusqu'aux responsables politiques FN et UMP) au sujet de caillassages sur secouristes et policiers et de vols sur les victimes par des jeunes.

Tout part d'un article sur le site d'Europe 1 publié vers 22h et reposant sur le témoignage d'une policière du syndicat Alliance, et de quelques tweets de journalistes, immédiatement repris sur le site du Figaro puis sur une réacosphère au taquet.

Seulement voilà. C'est faux ou, au minimum, largement exagéré. Caillassages et pillages sont démentis le lendemain par le ministre des transports, les policiers et les secouristes eux-mêmes. En gros, deux connards ont dû piquer un téléphone portable et quelques mecs s’énerver (c'est mal) parce que des policiers leur ont dit de dégager du périmètre de sécurité (c'est normal) et ça a été répété, amplifié, déformé. Mais tu comprends, comme c’est la banlieue donc la zone islamo-occupée terrifiant ces grands penseurs de droite qui donnent, missel et abécédaire de la défiscalisation au poing, des leçons de peur à la France entière depuis le 16e arrondissement, on ne va pas prendre le temps de nuancer. Ça ira bien comme ça, direction Fdesouche en home page. L'info c'est ici et maintenant coco, et si t'es pas content t'as qu'à t'informer sur Gulli.

Ces trois articles reviennent sur le déroulement de l'intox :




Deux aspects dans cette histoire :

1 / A ma droite. Le business des chaines d'info continue: hystériser l'actualité en permanence pour capter le spectateur et valoriser l'espace publicitaire. On peut créer du clash, meubler sur du vide. Ici, durant les deux heures de flottement foutraque suivant l'annonce du déraillement le temps pour les équipes d'être operationnelles les chaines useront des témoins anonymes par téléphone (paye ton édition spéciale). On pille à l'antenne de la photo twittée, de l'Instagram non sourcé, les mots "scènes de guerre" et "apocalypse" sont rabâchés par les animateurs d'actualités. Disons qu'à défaut d'informer précisément, ça crée du mouvement et un climat. Nous n'en savons pas plus, mais nous progressons dans l'émotion continue. 

2 / A ma droite extrême. Sur ce préchauffage initial autour d'un drame à fort potentiel d’identification, peut s’opérer tranquille une abjecte récupération politique par l'axe FNUMP. Faites entrer les barbares. Ce soir Papy Voise prend l'Intercités.

On doit s'interroger sur ce qui permet à une goutte d'eau (des actes isolés condamnables) de devenir un jet hydropulsé, à une fausse rumeur de se propager aussi efficacement sur internet. Et de pointer nos idées reçues (on y a tous cru au moins un moment), tout autant que la responsabilité des journalistes qui fout d'un grain de sable une tempête de cailloux. Avant même d’avoir la confirmation de la non-survenance des faits (soit le monde à l'envers de l'information), on pouvait légitiment avoir des réserves sur leur véracité. Dans le catalogue d'images amateurs bon marché diffusées dans la soirée, pas une de vol ou de violence. Parmi la poignée d'envoyés spéciaux tweetant avoir vus des échauffourées, pas un pour sortir la moindre vidéo. Des journalistes dont les caméras ne filment pas un tel scoop, pas même capturé avec leur téléphone portable ? De trois choses l'une. Soit ils sont nuls, soit ils ne sont pas sur place, soit ils sont nuls et ne sont pas sur place (en langage technique, faire une Aphatie). 

Intox + course à l'info + récupération expresse par le FNUMP pour un impact maximal sur le cerveau reptilien des mononeurones de droite.

Un cas d'école de la manipulation de l'actu. Jusqu'à la prochaine fois. Ce chaos continu de l'info-pulsion favorisant la prolifération des propos haineux décomplexés ayant été, comme à l'accoutumée, un franc succès. 

Plus loin, le traitement médiatique de ce drame est aussi la démonstration que pour être mieux informé, mieux vaut parfois ne pas trop s'informer.

Illustration : Vautourus-Fnumpus, se nourrit exclusivement d'infos en décomposition.

Articles connexes :
- L'antimatiére
- Le fabuleux destin de la vidéo des pieds de l'homme qui allait à St Domingue en RER
- Le pouvoir de l'info spectacle

12 juillet 2013

De la difficulté à répartir les tâches et changer les couches

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J'avais le choix pour ce petit coucou au cœur de mon absence du blog (pour de bonnes raisons croyez-moi) : évoquer le retour de Nicolas Sarkozy ou le caca. 

J'ai choisi le caca.

Ces jours-ci une micro polémique est née sur au sujet du projet de loi sur l’égalité homme / femmes de Najat Vallaud-Belkacem. Le texte propose entre autres une réforme du congé parental (actuellement il peut s'étendre pour la femme jusqu'à la troisième année de l'enfant, dès le premier enfant). La ministre des droits de femmes réaménagerait ce congé avec 6 mois supplémentaires pour l'homme. Il n'en fallait pas plus pour provoquer le courroux beauf du patriarcat hexagonal terrorisé par toute brèche dans l'empire du chibre (et s'occuper de son enfant c'est quand même pas un boulot de mec, où va s'arrêter après ? On va quand même pas faire le ménage non plus !). 

Le classieux polémiste Eric Zemmour lui conseille ainsi de "s'occuper de ses fesses" en rappelant que le rôle de père doit se circonscrire à un rapport éducatif viril à base de baffes dans la gueule entre 16 et 16 ans et demi. Plus étonnant, la secrétaire générale déléguée de l'UMP (enfin l'une des 30, après on s'étonne que le parti soit en faillite), Valérie Pécresse, considère que l'homme à mieux à faire que changer les couches de son enfant. 

En témoigne ce petit échange entre l'ex ministre et votre rédacteur, recordman 17 secondes 2 dixièmes au changement de couches les yeux bandés au Pampers beach masters de Pampelonne. 

(En fait, Valérie Pécresse propose tellement de développer le congé parental des pères, qu'elle veut l'interdire pour le père et la mère au premier enfant.)

C'est bien parce que cette proposition de loi heurte une résistance culturelle dure (en langage technique, le couillotropismeque la droite la résume aux couches souillées. Elle balaye en fait bien plus largement la question du rapport du travail et de la vie familiale, ainsi que de la répartition des tâches domestiques à la maison (équivalant souvent pour les femmes à un travail à temps partiel en + de leur emploi avec en moyenne 4 heures par jour, soit 1h45 de + que leurs conjoints). Ceci expliquant peut-être que la Ministre devient le punching-ball tranquille de la droite dans son ensemble (et même de la gauche parfois). 

NVB, le 11 juillet 2013. 

Comme souvent, le buzz évacue le contenu du texte de loi. J'en rappelle les grandes lignes en fin de billet. 

Sur le congé parental, le constat est implacable:

- En moyenne, les femmes qui ont un enfant voient leur rémunération décrocher de 10% par rapport à celle des hommes

- 96% des bénéficiaires actuels de la prestation qui finance le congé parental (CLCA) sont des femmes. 

- Les hommes ont renoncé à 30% à prendre un congé parental par peur d'un effet défavorable sur leur travail ou leur carrière (même l’aménagement d'un temps partiel est encore mal vu dans les entreprises, et très compliqué dans les TPE). 

- Les mères sont plus souvent freinées par l'aspect financier (39%). 

- C'est souvent le salaire le plus bas du couple qui s'arrête de travailler et comme la cascade des inégalités est cohérente (la rémunération des femmes est en moyenne inférieure de 27% à celle des hommes), c'est la femme qui s'y colle (et cotisera moins pour sa retraite du coup, et paf double peine !). 

- Après la naissance d'un enfant, une mère sur deux arrête son activité professionnelle contre un père sur neuf. Toujours selon l'INSEE (n1454, juin 2013), la moitié des pères (et trois quarts des mères) qui n'ont pas pris le congé disent qu'ils auraient pu être intéressés. 

Rééquilibrer progressivement le partage du temps et des responsabilités entre l'homme et la femme va évidemment dans le bon sens. A noter qu'un congé parental peut se prendre à temps partiel. En plus, il s'articule ici d'une création nette de 100.000 places de crèches (lé congé s'est développé face au déficit de places) et 75.000 solutions d'accueil supplémentaires à l'école maternelle (275.000 en trois ans). Il y a le contenu de la loi d'un côté, et aussi le message contribuant à changer les représentations figées que l'on se fait du rôle de chacun. Ce message est clair : n'ayez pas peur d'être un père impliqué dès le départ, ne sacrifiez pas votre vie professionnelle en étant mère, rééquilibrons le job au sein du couple.

Dans ce domaine, malgré la loi de Najat Vallaud-Belkacem (dont on pourra évaluer les premiers effets sur le congé parental masculin d'ici un an ou deux), il restera encore de la marge. Que Zemmour, seigneur du domaine conjugal, prince de la torgnole et tuteur de mes couilles, soit rassuré !


Les grandes lignes du projet de loi (à la rentrée au Sénat). Texte à consulter ici.
- Réforme du congés parental (avec aménagement pour les collaborateurs-trices libéraux)
- Interdiction de soumissionner aux marchés publics pour les entreprises qui ne pourront justifier du respect de leurs obligations légales en matière d’égalité. (Ca, ça va faire mal).
- Garantie contre les impayés de pensions alimentaires. (40% des pensions alimentaires ne sont pas ou mal versées, et cela touche 9 fois 10 des femmes). En plus de la prestation la CAF se retournera contre le débiteur avec des moyens coercitifs qu'une femme isolée n'a pas.
- Renforcement de la protection des femmes contre les violences conjugales, avec notamment la généralisation du téléphone grand danger.
- Renforcement de la parité : doublement des amendes pour les partis politiques hors la loi, extension de la représentation équilibrée à tous les établissements publics.

Articles connexes :
- Passe ton bac d'abord

Illus : Seb Musset

28 juin 2013

Pourquoi Internet nuit gravement à la santé (et jamais la TV) ?

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Donc voilà. La journaliste de la télé m'appelle :

"- On m'a dit que vous étiez blogueur actif et on va faire un sujet sur l'addiction au réseaux sociaux. Qu'est-ce que vous auriez à dire ?".

Je rétorque que je vois peu de similitudes entre un blog et facebook et que, bon, je réseausociotte modérément (4000 tweets par an, une broutille comparé à Christine Boutin un matin de procession). Son enthousiasme tombe net. Je ne reproche pas aux journalistes TV d'avoir un angle, je leur reproche d'avoir toujours le même dès lors qu'il s'agit des "réseaux sociaux" sur internet. Au choix : danger ou addiction. (En option, la variante économique : "Ces jeunes entrepreneurs américains devenus milliardaires après avoir créé un réseau social").

Je réponds à la journaliste que, même virtuelles, ces interfaces de communication sont des objets comme les autres. C'est l'usage qui fait le défaut et l’excès qui est néfaste : pour Facebook  l'étalage non réfléchi de données personnelles (les siennes et celles des autres), et pour Twitter le papillonnage, au final la déconcentration aussi bien dans le travail (spécialement lorsqu'on écrit. Poke @MoiMême) que dans la vie réelle (La tête baissée sur sa Time-line, on est au mieux à 60% avec son interlocuteur physique. En marchant, la probabilité de se prendre un poteau full face augmente de 82%, ce qui est un vrai danger collatéral du net). Mais là encore, il y autant de pratiques et de conséquences que de caractères, sans compter que la fonction crée l'organe. Il est probable que les nouvelles générations développent bien plus aisément que leurs aînés la faculté du multitâches : facebooker, dire à son ou sa chéri(e) qu'on l'aime tout en évitant les lampadaires. 


Viens le test de la journaliste (aka le casting) :
"- Pourriez-vous passer d'internet une semaine ou deux ?"
"- Oui" (t'as vu un peu la tronche du héros moderne).
" - Ah

Là je sens mon interlocutrice dépitée, genre "Mais bordel, je ne trouve personne accroc aux réseaux sociaux ! Comment vais-je faire mon sujet sur les accrocs aux réseaux sociaux ?". Cherchons un peu de matière, histoire de réseauter et de socialiser avec la télé. Je ne vois que deux aspects des réseaux sociaux susceptible d'entraîner un effet de manque : le rythme d'information (le besoin de savoir tout, tout le temps, en temps réel. Pour se sentir raccroché à la communauté de ceux qui savent) et l'évaluation permanente de sa notoriété, le shoot à l'ego (Pas de mise de départ, ça commence très rapidement avec quelques mentions ou like). On parle ici d'effets pour une minorité, et rien qui ne puisse se régler sans une petite prise de distance, voire une période d’abstinence. 

Bref, je suis le mauvais client pour le reportage. Rends-toi compte, je réfléchis sur l'usage du "réseau" tout en en minimisant son importance, voire même en lui trouvant des effets positifs[1]. Pas grave, j'invite donc la journaliste à se libérer de la dépendance de la profession aux sujets négatifs sur le sujet pour s’intéresser à d'autres addictions technologiques beaucoup plus répandues comme euh... la télévision (3h16 par jour et par français en 2011). 

Pourquoi donc ne voit-on pas plus de sujets à la télé (même juste un pour commencer) sur ces drogués de Cdanslair, de Game of Thrones, de The Voice, du bulletin météo, de Plus belle la vie, de Confessions intimes ou des débilités d'M6 ou sur ces hypnotisés de l'info en continu et des priorités au direct de la TNT ou encore les cas les plus désespérés s'enquillant sans broncher 3 épisodes des Experts chaque soir depuis 10 ans ?[2] Autant de programmes d'ailleurs passablement commentés en simultané sur Twitter et Facebook, ce qui en facilite l'éloignement ces soirs-là.

Toxico potentiel, je n'en reste pas moins un gars sympa. Et, comme j'ai quand même bien envie de voir ce reportage : 

Si vous êtes accroc aux réseaux sociaux, blog ou site SNCF.
Si vous le vivez vraiment mal, en menaçant de dépecer votre entourage au smartphone. 
Si, pour combattre cette addiction à la notoriété facile, vous souhaitez la confesser face caméra à la France entière.  

Contactez-moi, je transmettrai votre dossier à la télé.

Dis-lui merde au réseau. Ensemble nous guérirons ! 

[1] Ignorés aussi les côtés positifs d'une présence active sur les réseaux sociaux, ces dizaines de personnes que j'ai rencontrées en vrai via Twitter ou Facebook, ou des opportunités professionnelles que l'on y décroche. J'ai pourtant de beaux exemples.
[2] A mon sens, bien plus inquiétant que de parler avec ses potes en ligne.

Articles connexes :

27 juin 2013

Dans l'antre du libéral de l'immo

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Libéral est furieux. Contre la ministre du Logement évidemment. Dans l’idée, il n’aime pas l'intervention de l'Etat et que celui-ci puisse renforcer l'encadrement des loyers et lui établisse un loyer de référence. Pourquoi saccager ainsi le fruit de son placement spéculatif lui-même fruit de son travail ! (et d’un avantage fiscal ou d’un héritage éventuellement, libéral insurgé n’étant pas à une contradiction près).

Libéral est en colère, il menace de tout casser : Plus personne d'entre lui ne va vouloir investir, parce que ses rendements vont baisser ! Les mises en vente vont augmenter et les prix de l'immobilier chuter ! Et tous ces logements pas assez chers ça va être la galère !  Terminé les temps de la justice individuelle où Libéral bailleur pouvait faire le bien de tous en multipliant par deux son rendement locatif en dix ans dans les zones tendues !

Mais comment va s'en sortir le pays avec tous ces loyers que libéral n'encaissera plus ? Bah, c'est simple, comme toujours Libéral le moderniste en retournera au cœur de cette révolutionnaire analyse qu'il n'a pas dépassée depuis 30 ans[1] : La France, elle est foutue ! 

Pourtant.

Libéral véhément n’est pas le dernier à gueuler sur le manque de compétitivité du travailleur français. Pas assez productif et ne tirant pas la croissance vers le haut, et pour lequel Libéral conseille un traitement de choc : qu’on le paye moins ce feignant surprotégé et qu’on l’envoie en Chine, et à ses frais, pour voir comment travailler mieux, qu’il y meurt s’il est faible car seuls les forts doivent survivre, et bon de toutes les façons 8 euros de l’heure c’est déjà 15X trop pour celui qui n’est pas entrepreneur !

Pourtant. Le faible prix des loyers (3X moins cher qu'en France) est une composante essentielle dans ce "miracle" de la compétitivité allemande, cet objet de concupiscence des gang-bangs de BFM Business.



C'est vrai que libéral venère, en plus de sa maison secondaire dans le Var, avec ses dix studettes qu'il loue à un SMIC chacune en zone tendue à du touriste japonais ou à de l'étudiant à papa friqué, on ne peut pas vraiment dire qu’il tire la croissance locale.

Même la vidéo-surveillance de sa maison secondaire, il la sous-traite à l’étranger parce que "les tarifs sont plus compétitifs". Et sur le marché du patelin où il a acheté (pardon investi), on est formel : la productivité de la cagette de fraise ou du poulet rôti, Libéral ne la booste que très rarement dans l’année. Comme ses copains se déplacent en meute, ils ont tous acheté au même endroit et désherbé la population locale : "ces péquenauds qui ne comprennent rien au marché". Ou plutôt qui le comprennent très bien, mais trop tard : il n’est plus pour eux.

Mais n’allez pas croire que Libéral hargneux a une dent contre les pauvres. D’ailleurs l’autre jour, sur une route du patelin à l’abri des regards (preuve qu’il ne fait pas ça pour la gloire), il en a autorisé un à venir s'encastrer contre son Cayenne, histoire que le damné goutte lui aussi un peu de son succès. C’est vous dire s’il n’est pas si sectaire, et au fond de lui un peu partageur. Et puis les limitations de vitesse, c'est dépassé. 

Oh, mais attendez. Je découvre aussi dans sa littérature que, dans les cas les plus graves, libéral multiproprio n’a de maison d’aisance que dans ses rêves humides de pouvoir. Que son portefeuille patrimonial en est encore à l'état de fantasmes et le Cayenne à celui de support à branlettes punaisé en poster sur le mur moisi de sa chambre d'ado attardé. Zut. Libéral courroucé a un (petit) salaire minimum garanti et à 27 ans vit encore chez papa et maman, ne disposant pas du capital risque pour se lancer dans la location d'un 15m2 qui boufferait 80% de ses revenus.

Oui, Libéral violent peut aussi être ce neuneu persuadé que vouloir avoir c’est déjà un peu être, et qu’à le regarder pathétiquement singer l’oppresseur chacun en conclura que c’est un vrai winner.


[1] Oui, cette date depuis laquelle le pays a commencé à glisser vers le libéralisme.

Articles connexes:
- Décryptons le cri du libéral de l'immo
- Pauvre petit propriétaire
- L'appel de Duflot : "Dieu est partage"

19 juin 2013

[Exclusif] Les vraies raisons du vote FN

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Il faudra d’abord retenir du premier tour de la législative partielle à Villeneuve-sur-Lot qu’un type de 23 ans sans l'once d'un début de programme peut désormais faire 26% au premier tour sur la seule base de son étiquette FN.

Ou, quand le clash de kikoolols s'applique à la démocratie.

Alors oui, je sais, il n'est pas raisonnable de faire de projection sur les prochains scrutins nationaux à partir d'un scrutin local, et le FN ne gagne ici qu'un millier de voix en un an, là ou le PS (dont c'est la huitième torgnole électorale en un an) en perd 14.790. Et puis c'était la circo de Cahuzac, et puis il a fait beau aussi...

Toutefois avançons quelques craintes de voir ce type de résultats se reproduire aux prochaines élections si le gouvernement n'obtient pas des résultats significatifs sur l'emploi très rapidement, et en usant d'un langage intelligible si possible (sans répéter Allemagne et compétitivité quatre fois par phrase).

Quelles sont les raisons qui pousseraient en 2014 (et après) ce peuple de France avec un profond sens de l'Histoire et une grande mémoire à voter pour un FN qui, malgré ses efforts de ripolinage, suinte à 300 bornes à la ronde le racisme et l'incompétence ?

Elles sont plus complexes qu'il n'y parait, et au nombre de 712[1] car la force d'un bon marchand de glaces c'est la diversité des parfums proposés :

- Les affaires,
- La dogme de l’Europe à tout prix (quitte à un peu chier sur les peuples),
- La fraude fiscale des élites,
- Les élites,
- La corruption réelle,
- La corruption fantasmée,
- La politique sociale-libérale du gouvernement,
- Les reniements des promesses du même gouvernement,
- La complaisance des médias en quête de spectacle et les efforts répétés de l'éditocratie pour dédiaboliser le parti,
- Le Hollande-bashing,
- L'Hollandisme béat,
- Les déclinologues qui prospèrent en pérorant sur l'effondrement de la France depuis un demi siècle à la télé avec un ton toujours plus alarmiste,
- Les journalistes qui les relaient encore et toujours,
- Les émissions de télé à la con à toute heure de la journée qui avilissent ou terrorisent,
- Les fonctionnaires parce qu'il y en a trop,
- Les fonctionnaires parce qu'il y en a pas assez dans mon village et que je dois faire cinquante bornes pour remplir un papier,
- Les radars automatiques et l'essence trop chère,
- La relégation loin des centres d'activité à cause de l'immobilier trop cher,
- L'intransigeance à mon égard, le laxisme envers les autres,
- La TNT gratuite,
- La publicité,
- Toutes ces choses que je ne peux pas acheter, 
- Les Grandes gueules d'RMC
- La mobylette qui passe dans la rue,
- L'insécurité (y en a partout. Oui bon pas chez moi, mais j'en ai vu à la télé),
- Ceux qui gagnent plus que moi alors qu'ils en font moins,
- Les assistés en Mercedes,
- Les Rroms qui n'ont pas payé pour leur terrain alors que nous ça nous a coûté 20 ans de crédit,
- Les étrangers. Parce que faut pas déconner on n'est plus chez nous avec tous ces gens à cartes d'identité française (mais attention je ne suis pas raciste, c'est dépassé tout ça, Marine c'est pas son père),
- Les bobos (Fiente parisienne dont j'achète les marques favorites sur le bon coin et écoute les musiques avec six mois de retard),
- Nos traditions qui se perdent, (Jeanne d'Arc, De Gaulle et euh... putain j'ai oublié le troisième, vous voyez ça commence !),
- Le mariage des pédés, 
- Le fait qu'on parle trop du mariage des pédés,
- La censure envers les anti mariage pédés,
- La persécution envers le politiquement incorrect dans ce pays c'trop intolérable,
- Allez osons l'avouer, ils n'auront pas notre liberté de penser : la dictature socialiste.
- Les impôts ouais y en a beaucoup trop (Personnellement j'en paye pas, mais ça bloque le pays),
- Mon chef (en plus il n'a pas un nom très catholique),
- La chef de mon chef, (oui, parce qu'en plus c'est une femme qui dirige le service, elles nous dévirilisent j'vous dis !),
- Le voisin qui fait encore des travaux chez lui (putain mais avec quel argent ?),
- Ceux qui me traitent de "gros con" parce que je dis que dès fois Marine n'a pas tort,
- Ceux qui tentent de comprendre et d'excuser mon vote. Je les aime bien ils me rendent intelligent, 
- L'extrémisme de l'extrême-gauche qui provoque les skins dans la rue alors qu'ils allaient tranquillement acheter un bouquet de fleurs pour la fête des mères,
- La faiblesse des mots de la gauche,
- La rhétorique de l'UMP,
- La perdition de l'UMP,
- L'explosion de l'UMP,
- Sarkozy qui a ouvert la voie, trahi, échoué et qui va se représenter, trahir, échouer.
- La cécité d'une partie du PS,
- Le retour du religieux,
- La théorie du genre (hein ? Oui, je sais pas ce que ça veut dire, mais y a le mot théorie dedans ça me donne un genre),
- Le soutien discret de la bourgeoisie (mais qui, ça ne fait pas un pli, en cas de duel préféra toujours l'extrême-droite à la gauche même tiède),
- L'appui des libéraux qui la rejoindront en remuant la queue impatients d'en foutre plein la gueule aux feignants aux 35 heures alors qu'ils pourraient facile en faire 90 comme les enfants chinois,
- Le chômage évidemment,
- Le travail mal payé aussi,
- Le travail pas payé, surtout,
- Le travail que tue l'espoir d'une vie meilleure,
- Le travail que je ne trouve jamais plus de deux mois d’affilé et jamais avec des horaires décents ou un salaire correct mais dont on me répète qu'il va falloir que je m'y colle jusqu'à la fin parce que je vis plus longtemps et que c'est une évidence SCIEN-TI-FI-QUE alors que je n'ai même plus de quoi me soigner mes hémorroïdes,
- Ma colère,
- Ma tristesse,
- Mes hémorroïdes, 
- Ceux qui disent que le vote FN va inexorablement monter,
- Ceux qui le sous estiment,
- Quand Marine parle,
- Quand Marine se tait (car finalement avec tout ça, elle n'a plus grand-chose à dire pour engranger).

Et bien sûr, last but not least :

- Et puis quoi, où est le mal ? On n'a jamais essayé le FN. On peut bien essayer ? 
(NDLR: marche aussi avec le saut à l’élastique sans élastique)

Nos conclusions sont formelles. A ce jour, TOUT strictement TOUT profite au vote d'adhésion au FN. Car, et je suis d'accord sur ce point avec Florian Philippot, n°2 du parti, qui affirmait dimanche soir: "le FN est aujourd'hui un vote d’adhésion". Oui, on ne peut faire l'impasse sur la nature profonde, morale et économique, de ce vote de merde. Et l'électeur doit faire face à ses responsabilités. Le vote FN, libéral un jour, populaire le lendemain, xénophobe toujours, est le plus simple pour ne surtout pas se remettre en cause personnellement. D'un coup de baguette magique : changer les autres sans avoir à se changer soi. 

En cela, c'est un vote profondément dans l'air du temps et promis à un bel avenir.

[1] liste non exhaustive que nous vous invitons à compléter en prospectant dans votre entourage. Vous verrez, en tapotant un peu, ça tombe tout seul de l'arbre.

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