6 novembre 2012

Ce jour où la gauche a augmenté la TVA

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Ainsi en ont décidé les oracles après avoir lu dans les entrailles de ce rapport Gallois attendu tel Paul le Poulpe pour déterminer les grands axes à même de sortir la France de son supposé "manque de compétitivité". 

Alors qu'il faudrait supprimer les niches fiscales, taper le capital et augmenter les salaires, ce gouvernement fait l'inverse et annonce un crédit d’impôt de 20 milliards d'euros pour les entreprises (sans condition d'effectifs, donc directement dans les poches des grands groupes qui croulent sous les bénéfices pour une imposition déjà ridicule). L'ardoise est financée par une réduction des dépenses publiques et, en totale contradiction avec les promesses encore chaudes et l'ADN de la gauche, par une augmentation de la TVA dés 2014 de 19.6 à 20%, soit l’impôt le plus injuste puisqu'il impacte proportionnellement plus les petits revenus. Il est précisé par le premier ministre que le taux de TVA baissera sur les produits de première nécessité passant de 5.5% à 5%. Chouette alors.  

Mais attention, le gouvernement "exigera" de "la transparence" avec les grosses entreprises (houla elles tremblent), alors qu'elles ne payent déjà pour la plupart plus d’impôt en France dans la plus totale impunité et que la fraude fiscale de leur côté, rien que sur les cotisations et la TVA, tourne déjà dans les 40 milliards par an.  

Sans pour autant partager les analyses de droite, et en se basant sur le passé, hormis les prix, ces mesures ne vont rien faire évoluer du tout. Des cadeaux aux grosses entreprises, on ne fait que cela depuis 30 ans. Si la croissance doit être tirée par la consommation interne, pas de mystères: il faut des consommateurs et d'une façon ou d'une autre payer plus les salariés. Et ce n'est pas avec une hausse de SMIC de 6 euros, un salaire moyen à 1600 face à des loyers à 1200 que l'on va y arriver, sans taper fortement dans le dur de ce que personne ne veut toucher: la rente.

Une fois de plus, les lobbies ont bien bossé. De l'intoxication médiatique du "coût du travail" répétée à longueur d'ondes par les sbires de la bonne parole libérale (alors que rapporté à sa productivité notre pays a un des coûts du travail les plus faibles d'Europe) à la tétanie d'un gouvernement abandonnant la question économique à ces fossoyeurs, la machine à perdre est enclenchée. 

Car entre l'UMP dans la compote de ses pains au chocolat et de son accablant bilan, et maintenant ce pouvoir flageolant, face à la colère qui monte j'en connais une qui se frotte les mains dans son coin en silence. 

Merci pour l'effort.

De la supériorité télévisuelle de l'alcool sur le cannabis

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Moi qui croyais que la publicité pour l’alcool était interdite sur les ondes.

Arret sur Image relève mon tweet lors du visionnage samedi dernier de l’émission On n’est pas couché sur France 2. Face à Marisol Touraine, la journaliste Natacha Polony y a lâché une phrase stupéfiante sur la supériorité du vin comparé au cannabis. Au sujet du joint, je cite "Les effets ne sont pas les mêmes, ça grille des neurones", la chroniqueuse de doubler sa réflexion d’un "Tous les gens qui boivent de l'alcool ne le font pas pour être ivre" que je m’empressais de dédier aux chauffards imbibés et à leurs victimes innocentes qui décéderaient ce samedi soir en sortant de la soirée Vodka-torchage au Klapton's de la ZAC (et dont le suivi judiciaire sera au mieux étiqueté d'un "homicide involontaire"[1] avec du sursis).

Comment établir, encore plus en une phrase dans une émission de divertissement du service public, une hiérarchie culturelle péremptoire, mais surtout un palmarès de la nocivité ? Sans vexer personne, on va dire qu'alcool et cannabis sont potentiellement aussi dangereuxIntrigué par cette sortie pro-alcool / anti-cannabis qui visiblement tient à coeur à la journaliste, je consulte à tout hasard la fiche Wikipédia de son mari (dont Ruquier a donné l'identité un peu plutôt dans l'émission) et j'y apprends qu'il est, entre autre, producteur de vin AOC à Azay-le-Rideau. D'où tweet:


Je n'aime pas réduire le ou la journaliste aux activités de son ou sa conjoint(-e), mais un autre twitto m’apprenait que Polony s'était fendue d'une discrète apologie du vin quelques semaines plus tôt face à Copé (les deux extraits sont visibles ici) et comme on dit: pour toutes les bonnes choses,  alcool, joint ou défense des petits producteurs, seul l’excès est dangereux.

[1] probablement parce que le lobby des victimes n'est pas aussi fort que ceux de la voiture et de l'alcool. Rappel: l'alcoolémie positive d'un conducteur est présente dans les accidents causant 30.8% des tués sur la route. Soit environ 1000 personnes par an. 

5 novembre 2012

[video] Qui a peur du mariage pour tous ?

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A un moment, il faut arrêter de débattre et avancer.

Au pays du mariage jetable, des divorces-party, des familles recomposées, des adoptions de traverse  par des couples homos, je ne comprends pas que l'on pinaille encore de l'extension du mariage civil en 2012. Le mariage pour tous est une normalisation logique qui assure les mêmes protections aux couples homosexuels (héritage et reconnaissance paternelle en cas de décès de l'un des deux conjoints) et ne met aucunement en péril la cohésion sociale, ni même la "valeur mariage", pas plus que le célibat... voire moins en fait.

Le vote de la loi sans cesse repoussé laisse place à un débat, une porte ouverte dans les médias béats des buzz en bouche d'égout où s'engouffrent rétrogrades trépanés et autres chefs de section trop heureux de remettre du religieux là où il ne devrait pas en être question. Certains allumés du casque exigent même un référendum. Il a eu lieu le 6 mai dernier avec l'élection d'un président qui l'avait inscrit dans son programme.

(Pour les + pressés, la version Barbier de ce billet est disponible ci-dessous)


Pourquoi laisser traîner cette histoire (dont l'opinion se moque avant que, excédée par sa surmédiatisation et pour exprimer son mécontentement dans d'autres domaines, elle ne finisse par se prononcer contre) au risque de 1 / cristalliser la contestation  2 / céder à la fin 3 / passer pour des nuls ? 

Est-ce une question de calendrier parlementaire ? Est-ce par volonté d'occuper le temps d'antenne avec du contre-feu ? Auquel cas c'est un jeu dangereux qui fait les affaires de la droite (dont on sait pertinemment que, malgré ses babillages et si elle reconquiert le pouvoir, elle ne reviendra jamais sur cette loi).  Est-ce par manque de courage ?  Si François Mitterrand avait attendu l'avis de chacun sur la peine de mort, son abrogation n'aurait jamais été votée. 

3 novembre 2012

Quand Le Figaro fait du faux

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Lors du passage de l'ouragan Sandy sur la côte est américaine, la presse nous a prévenu: Dans ce torrent de sensationnalisme hypnotique et racoleur, attention aux méchants détournements et fausses images qui pullulent sur les Internets.

Heureusement que la presse là pour trier le faux du vrai. Enfin, quand elle ne se consacre pas elle même à ce jour de pratique avec il est vrai bien moins de talent. 

Extrait d'un billet animé du Figaro.fr intitulé "Les Etats-Unis avant et après le passage de l'ouragan Sandy". La dernière photo montre une entrée de parking inondé, "avant et après".

Sauf que les deux images sont tirées de la même. 1 / Ce n'est pas précisé. 2 / Le forfait est escamoté par un infographiste en mode Photoshop pour les nuls.
 (Une banderole, un peu de gomme magique et la fête est plus folle)
(Introducing la nouvelle Prius sans moteur, la promo flash sur le parasol et l'homme invisible en visite presque secrète dans le New Jersey)

Question: Google Street view demandera-t-il une taxe au Figaro.fr pour ce montage ? (Le parasol en plein ouragan, c'est moyen au niveau crédibilité). Sinon pour l'original, il est ici

[Update 03.11.2012 / 14.00 :Initiation à la retouche et making-of, ici]
[update 06.11.2012 / 16.00 : Le Figaro.fr modifie l'animation, s'excuse et s'explique dans les commentaires]

31 octobre 2012

10 solutions audacieuses pour sauver la presse française face à Internet

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Amis de la presse, nous entendons vos revendicationsNe cédez pas ! Google doit vous rétrocéder cette part du magot dont elle vous dépouille en amenant gratuitement les lecteurs vers vos déclinaisons web truffées de publicités qui ne payent pas comme vous l'escomptiez

Oui, certains rétorqueront que vous n'avez pas attendu la démocratisation d'internet pour voir vos ventes papier décliner. D'autres, plus taquins, prétendront qu'avec les 1,2 milliard de subventions publiques cramés annuellement pour que survivent vos investigations de tabouret sur la franc-maçonnerie des agents immobiliers menacés par l'Islamvous auriez pu construire un ambitieux portail internet de la presse française au lieu d'offrir pour la plupart des versions en ligne de vos journaux fourre-tout et au rabais.  Nous ne sommes pas de ces sous-crottes sans carte de presse  et nous nous félicitons que le gouvernement, à votre chevet, songe à un dispositif législatif en passe d'étendre la propriété intellectuelle aux liens hypertextes. 

Cette démarche révolutionnaire renforcera à n'en point douter la fascination internationale qu’exerce la vision du numérique à la FrançaiseAussi voudrions-nous apporter notre pierre à l'édifice avec 10 autres audacieuses pistes pour aider la presse, pardon "l'information", à survivre face à l'internet tueur d'enfants. Servez-vous, c'est la maison qui régale:

1/ Facturer leur présence sur vos déclinaisons web aux blogueurs et aux contributeurs dont vous êtes les gros consommateurs des textes gratuits.

2/ Au cas où le blogueur ou le contributeur ferait un lien depuis son blog vers son texte repris sur votre site, ce dernier sera en droit de lui demander et d'obtenir des dommages et intérêt pour concurrence déloyale

3/ Instaurer un droit de twittage. Que chaque tweet ou like facebook de ou vers l'un de vos articles soit soumis à un tarif forfaitaire d'au moins 6 euros (soyons raisonnables, la presse doit rester accessible au plus grand nombre et ne pas s'enfermer dans le carcan de l'élitisme germanopratin)

4/ Établir une taxe carbone du tweet et facturer à l'utilisateur de réseau social, la pollution entraînée par la reprise de son ou ses messages dans une de vos multiples rubriques "ça gazouille sur les réseaux", "c'est pas nous qu'on l'a dit c'est le net" et autre "Tu le sens mon gros buzz ?".

5/ Forts de vos méthodes de gonflement artificiel des ventes par abonnements massifs dans les entreprises, inclure dans la liste des fournitures scolaires obligatoires pour chaque écolier entrant au CP, un abonnement forcé à trois news magazines (inclus la montre-cadeau, le réveil matin et le CD-ROM interactif TINA et le secret de la main invisible raconté en chansons par Alain Minc et Gerard Carreyrou. 16Mo ram nécessaire. Compatible Windows95). 

6/ Au titre de l'effort de solidarité avec les contributions sociales généralistes des éditocrates: création d'une part dédiée dans la redevance audiovisuelle. Il en effet intolérable que vous ne touchiez rien alors que le peuple jouit à longueur de journée sur ondes et écrans de la bonne parole de Laurent Joffrin, Franz-Olivier Giesbert, Guillaume Roquette ou Christophe Barbier qui n'ont pas que ça à faire et aussi des journaux à faire tourner merde !

7/ En outre, l'amendement Joffrin prévoira une contravention en cas de tutoiement sur les réseaux sociaux avec un représentant du clergé éditorial. Top tweet ou pas, la relation journaliste / bouffeur d'info doit rester Top down. Les recettes seront utilisées pour l'élaboration d'un service minitel d'optimisation de transfert de stagiaires et pigistes d'une rédaction à l'autre. Trop de précaires du journalisme végètent, voire bloguent, entre deux payes pourries.

8/ Toute frappe du mot "information" sur les réseaux sociaux sera soumise aux lois concernant la propriété morale, et propriété exclusive de la presse, et sujette à poursuite judiciaire via Hadopi.

9/ En interne, un observatoire de bonne copie des dépêches AFP sera mis en place. On trouve encore trop de fautes dans le clonage de celles-ci. Un mauvais formatage de l'information et c'est l'image de la presse en ligne qui est impactée. 

10/ L'abandon définitif du modèle payant pour s'orienter définitivement vers un financement par des marques et des grands patrons (et toujours les subventions publiques, soyons ouverts[1]), et enfin se vivre, sans complexe, comme presse d'accompagnement du capital et de complaisance avec les puissances de l'argent (avec un peu de trash en Une et du Trierweiller au milieu).

[1] Le Point + L'Express + Le Figaro = 28,1 Millions de subventions publiques / an (pas mal pour les pourfendeurs de La France des assistés, non ?)

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur Dieu, les Sarrasins et les Unes du Point

par
Le Point est un journal soucieux des forces de l'esprit, du mystique et de la question religieuse.  Le Point aime ses lecteurs et ses lecteurs aiment Dieu, mais semble t-il, pas n'importe lequel.

Comment se construisent donc les couvertures du news magazine sur la religion et les croyants ? Grâce aux retranscriptions des conversations entre Franz-Olivier Giesbert et Coco, son maquettiste, durant ces 7 dernières années, nous en savons désormais un peu plus sur les coulisses des Unes du Point.

2005.
- Coco. Question croyance. Au Point, on est modéré. Fais-moi un truc qui ne blesse personne.

Toujours 2005.
- Bon, coco. C'est mou du genou. Nous faut un truc punchy, comme notre ministre de l'intérieur. Un truc à la Rocky contre Mister T...


...ou Les envahisseurs, saison 2


- Coco. Les vacances c'est sacré, et c'est l'époque parfaite pour apaiser les tensions. Remplissons, sans le froisser et en lui donnant le sentiment d'être intelligent, le quota spirituel du lecteur harassé entre deux grilles de Sudoku:


Début 2010.
- Fini les aquarelles existentialo-interrogatives, notre président est en difficulté. Faut resserrer les boulons sur du solide. Allez zou coco balance-moi du bien racoleur !


Été 2010. 
- Coco, on apaise. Ressort-moi le dossier "spirituel", on se la joue scientifique ce coup-ci.
- Encore ? Mais on l'a déjà joué scientifique deux fois en deux ans.
- Je te rappelle que la moitié de notre lectorat s'est abonné pour le stylo cadeau et que l'autre moitié a Alzheimer.


2011. 
- Coco, qui dit janvier dit Islam. Et qui dit Islam dit menace culturelle. Qui dit culture en danger dit nous, qui dit nous dit cathos. Bah voilà, on l'a notre Une. Allez au boulot  ! Et colle moi une femme, comme ça calmera les hystéros de la parité qui se plaignent toujours de ne jamais être en couv'.


Février 2011. 
- Zut, les peuples arabes se révoltent, ça craint ça. Bon, faut vite tourner ça en menace. Je te laisse faire coco, tu commences à maîtriser l'esprit maison.


Déjà fin 2011.
- Mais dis-moi coco, c'est encore les vacances ? 
- Et qui dit vacances dit mégaquizz mystique, c'est ça ?
- Ouais ! T'es moins con que ton salaire de merde ne le laisse penser en fait.


Mars 2012. 
- Bonté divine ! L'affaire Merah. On ne peut passer à côté. Allez coco, titres en gros sur Allah.
- Mais euh, on n'avait pas mis "fou de Jésus" pour Brevik ?
- Ta gueule. Les gens comprendront.


Été 2012. 
- Nom de dieu, on a perdu les élections ! Pourtant on avait mis le paquet. C'est à se demander (encore) s'il existe ? 


Octobre 2012. 
- On ne se laisse pas abattre. Coco, tu sais ce qu'il te reste à faire. Prends le dernier discours de Copé pour la table des matières, tu me fais un photo-montage avec un cliché de burqa pris dans une manif de 10 personnes. Tu colles la typo dégueulis là-dessus et zou: 3 euros 50 en kiosque ! 


- Avec ça on doit pouvoir tenir jusqu'à la noël. 

[Update 31/10/2012 10.00]
Belle réponse du collectif contre l'islamophobie en France :

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