Nullement perturbé par l’enjeu du soir, je termine d’une traite une fille de pasteur le premier roman de George Orwell, publié en 1935 et déconcertant de pertinence sur les rapports de classes et la tartufferie scolaire.
Je dois m’y prendre à deux fois pour aller voter, le bureau de mon petit village est pris d’assaut vers 13 heures par les jeunes couples à poussettes et les retraités en habits du dimanche qui se mêlent dans une connivence mielleuse qui me fait craindre le pire.
Retour sur la terrasse, lecture des propos d’un philosophe sous Prozac de Frederic Schiffter. Petit essai bien senti qui a le mérite de ne pas s’appesantir, contenant un excellent chapitre sur la déliquescence de l’école dont le but n’est pas d’instruire mais de le faire croire.
Je repense à ces derniers mois de campagne présidentielle, à mon retour en France, à ma découverte en Angleterre non de mon sentiment patriotique mais d’une conviction que La France, malgré la mauvaise conscience dont l’élite essaye d’accabler le peuple, se doit de résister à la grande entreprise de digestion néo-libérale. Je suis revenu en France parce que, des Etats-Unis et de l’Angleterre, il m’apparaissait soudain que mon pays malgré ses impasses est encore une terre de liberté où le champ lexical n’est pas exclusivement connecté aux valeurs marchandes, à la spéculation, au travail bref à l’argent.
C’est peut-être parce que j’ai connu, il y a plus de dix ans déjà, la vie moyenne d’un américain moyen, content de lui, de ses mortgages, de son travail de service effectué sans passion, de ses heures de télévision le soir devant des programmes débiles pour oublier, de son esclavagisme en quelque sorte, que je vois clairement le danger que représente pour l’intellect individuel et national un monde connecté à 100% à la pure logique du marché. Certes, la liberté d’expression existe aux Etats-Unis comme en Angleterre mais les esprits sont lessivés, expurgés par trente années d’American way of life de toute volonté d’initiative autre que productive, qu’ils n’écoutent plus. Pourquoi faire, ça ne rapporte rien ! C’est dans ce monde là, la version Ikea-Bébé confort du 1984 d’Orwell que La France veut sombrer ? Critiquant à longueur d’années l’Amérique et ses habitants, les Français secrètement honteux de ne pas être nés là-bas, les plus jeunes comme les plus vieux, gavés dès le biberon à l’iconographie hollywoodienne, la génération Friends et la génération Johnny Hallyday se rejoindraient pour voter moderne ? La modernité, ce vieux rêve du progrès permanent basé sur l'espoir et la crédulité.
Je reçois les premiers résultats vers 18h30. Bonne nouvelle : les Français ont voté en masse. Mauvaise nouvelle : ils ont voté ce que l’on leur a dit. S’ajoute une nouvelle qui ne manquera pas de réjouir l’aristocratie des bonnes âmes, le front national, vidangé d’une partie hard par Sarkozy et de sa partie la plus timide par Bayrou, victime d’une forte participation, semble se diriger vers un mauvais score.
20h00, c’est sans appel :
Sarkozy : 31,06 %
Ségolène Royal : 25,74 %
François Bayrou : 18,54 %
Jean-Marie Le Pen : 10,58 %
Sur fond de pouvoir d’achat donc de désir de consommation, La France des poussettes et celle angoissée par ses retraites a condamné le scrutin. Logique, la démocratie c’est, plus que jamais, la loi des plus nombreux. Maigre consolation, la droite à l’aspartame est dégagée dans les cordes. Je reste naphtalisé dans ma ouate pour la soirée par des résultats qui assomment. Les cris de détresse de ma conscience s’entrechoquent. Quand même, 30% pour Sarkozy ! Comment ne voient-ils pas ? Et dire que ce type sera encore au pouvoir quand j’aurai quarante ans ! Il n’annonce que douleur. Finalement c’est bien, ça va être le bordel ! Et si ça ne l’était pas ? S’ils se couchent gentiment comme les Anglais et les Américains ?
Le deuxième tour opposera donc Nicolas Sarkozy à Ségolène Royal. Bonnet gris et blanc bonnet.
Comme je l’ai dit récemment à quelqu’un de proche qui me provoquait sur mon choix de vote : il n’y a que la destruction qui m’intéresse. Certes, c’était un peu excessif mais je constate que face au tas de glaise modelé par strates quotidiennes de débit télé, les idées alternatives doivent souvent être assénées à coups de poings verbaux. J’entendais par destruction, la destruction de ce système pyramidal là et de sa logique de rendement exponentiel basé sur l’exploitation des plus pauvres. Ces derniers étant sciemment, et avec leur complicité bienveillante, maintenus par l’élite dominante dans un état de précarité sociale et intellectuelle. Dans cette optique de destruction, il serait logique que j’aille voter Sarkozy au second tour histoire d’accélérer le chaos. Mais à vrai écrire, j’ai plus peur du peuple que de Sarkozy. Et rien ne me dit, surtout pas le score élevé du chef de l’UMP, que le peuple ne soumettra pas au plus vite à sa logique néo-libérale sous le prétexte habituel que c’est comme ça et qu’il n’a pas le choix. Le déferlement de violence tant attendu laissera place au train-train quotidien du salarié stressé, du va et vient des trains de banlieue et du dynamisme d’une croissance retrouvée. On laissera la violence à quelques ghettos stigmatisés et le temps de cerveau populaire aux nouveaux marchands du temple. Et après ? Rien, on rejoindra le rang sans véritable espoir d’en ressortir dans un futur proche. Après des années de retenu, enfin libérée et libéralisée par Sarkozy, La France sera pire que les Etats-Unis et l’Angleterre réunis.
La croissance retrouvée, l’âme perdue.
Pour une fois, je serai du coté de la vie. De la mienne peut-être ? J’irai donc voter Ségolène. L’autre nazi-la-névrose, je ne peux vraiment pas.
Je dois m’y prendre à deux fois pour aller voter, le bureau de mon petit village est pris d’assaut vers 13 heures par les jeunes couples à poussettes et les retraités en habits du dimanche qui se mêlent dans une connivence mielleuse qui me fait craindre le pire.
Retour sur la terrasse, lecture des propos d’un philosophe sous Prozac de Frederic Schiffter. Petit essai bien senti qui a le mérite de ne pas s’appesantir, contenant un excellent chapitre sur la déliquescence de l’école dont le but n’est pas d’instruire mais de le faire croire.
Je repense à ces derniers mois de campagne présidentielle, à mon retour en France, à ma découverte en Angleterre non de mon sentiment patriotique mais d’une conviction que La France, malgré la mauvaise conscience dont l’élite essaye d’accabler le peuple, se doit de résister à la grande entreprise de digestion néo-libérale. Je suis revenu en France parce que, des Etats-Unis et de l’Angleterre, il m’apparaissait soudain que mon pays malgré ses impasses est encore une terre de liberté où le champ lexical n’est pas exclusivement connecté aux valeurs marchandes, à la spéculation, au travail bref à l’argent.
C’est peut-être parce que j’ai connu, il y a plus de dix ans déjà, la vie moyenne d’un américain moyen, content de lui, de ses mortgages, de son travail de service effectué sans passion, de ses heures de télévision le soir devant des programmes débiles pour oublier, de son esclavagisme en quelque sorte, que je vois clairement le danger que représente pour l’intellect individuel et national un monde connecté à 100% à la pure logique du marché. Certes, la liberté d’expression existe aux Etats-Unis comme en Angleterre mais les esprits sont lessivés, expurgés par trente années d’American way of life de toute volonté d’initiative autre que productive, qu’ils n’écoutent plus. Pourquoi faire, ça ne rapporte rien ! C’est dans ce monde là, la version Ikea-Bébé confort du 1984 d’Orwell que La France veut sombrer ? Critiquant à longueur d’années l’Amérique et ses habitants, les Français secrètement honteux de ne pas être nés là-bas, les plus jeunes comme les plus vieux, gavés dès le biberon à l’iconographie hollywoodienne, la génération Friends et la génération Johnny Hallyday se rejoindraient pour voter moderne ? La modernité, ce vieux rêve du progrès permanent basé sur l'espoir et la crédulité.
Je reçois les premiers résultats vers 18h30. Bonne nouvelle : les Français ont voté en masse. Mauvaise nouvelle : ils ont voté ce que l’on leur a dit. S’ajoute une nouvelle qui ne manquera pas de réjouir l’aristocratie des bonnes âmes, le front national, vidangé d’une partie hard par Sarkozy et de sa partie la plus timide par Bayrou, victime d’une forte participation, semble se diriger vers un mauvais score.
20h00, c’est sans appel :
Sarkozy : 31,06 %
Ségolène Royal : 25,74 %
François Bayrou : 18,54 %
Jean-Marie Le Pen : 10,58 %
Sur fond de pouvoir d’achat donc de désir de consommation, La France des poussettes et celle angoissée par ses retraites a condamné le scrutin. Logique, la démocratie c’est, plus que jamais, la loi des plus nombreux. Maigre consolation, la droite à l’aspartame est dégagée dans les cordes. Je reste naphtalisé dans ma ouate pour la soirée par des résultats qui assomment. Les cris de détresse de ma conscience s’entrechoquent. Quand même, 30% pour Sarkozy ! Comment ne voient-ils pas ? Et dire que ce type sera encore au pouvoir quand j’aurai quarante ans ! Il n’annonce que douleur. Finalement c’est bien, ça va être le bordel ! Et si ça ne l’était pas ? S’ils se couchent gentiment comme les Anglais et les Américains ?
Le deuxième tour opposera donc Nicolas Sarkozy à Ségolène Royal. Bonnet gris et blanc bonnet.
Comme je l’ai dit récemment à quelqu’un de proche qui me provoquait sur mon choix de vote : il n’y a que la destruction qui m’intéresse. Certes, c’était un peu excessif mais je constate que face au tas de glaise modelé par strates quotidiennes de débit télé, les idées alternatives doivent souvent être assénées à coups de poings verbaux. J’entendais par destruction, la destruction de ce système pyramidal là et de sa logique de rendement exponentiel basé sur l’exploitation des plus pauvres. Ces derniers étant sciemment, et avec leur complicité bienveillante, maintenus par l’élite dominante dans un état de précarité sociale et intellectuelle. Dans cette optique de destruction, il serait logique que j’aille voter Sarkozy au second tour histoire d’accélérer le chaos. Mais à vrai écrire, j’ai plus peur du peuple que de Sarkozy. Et rien ne me dit, surtout pas le score élevé du chef de l’UMP, que le peuple ne soumettra pas au plus vite à sa logique néo-libérale sous le prétexte habituel que c’est comme ça et qu’il n’a pas le choix. Le déferlement de violence tant attendu laissera place au train-train quotidien du salarié stressé, du va et vient des trains de banlieue et du dynamisme d’une croissance retrouvée. On laissera la violence à quelques ghettos stigmatisés et le temps de cerveau populaire aux nouveaux marchands du temple. Et après ? Rien, on rejoindra le rang sans véritable espoir d’en ressortir dans un futur proche. Après des années de retenu, enfin libérée et libéralisée par Sarkozy, La France sera pire que les Etats-Unis et l’Angleterre réunis.
La croissance retrouvée, l’âme perdue.
Pour une fois, je serai du coté de la vie. De la mienne peut-être ? J’irai donc voter Ségolène. L’autre nazi-la-névrose, je ne peux vraiment pas.