lundi 15 octobre 2012

Capital : Comment faire passer un désordre immobilier pour un "bon plan" logement ?

Après avoir soufflé dans la bulle immobilière pendant 8 ans, M6, nous livrait hier soir un Capital spécial "J'achète, je loue, comment se loger à moindres frais ?" (voir ici pendant 7 jours). Trop sympa.

Hormis un reportage hors-sujet démontant l'intox des bilans énergétiques (non pas dans l'idée, mais dans la réalité de ce qui en fait) et un autre sujet sur l'arnaque des listes immobilières (déjà vu à l'identique dans Compléments d'enquête), rien de transcendant en terme de "bons plans": l'achat groupé ou des solutions de rangement en box pour ses vêtements (nous confirmant que là ou l'on peut assurer un logement sans risque d’humidité pour des babioles à 120e/mois, on trouve encore des excuses dans ce pays pour se coltiner 2.000.000 de très mal-logés).

Pour finir sur une note "optimiste", Capital sort un sujet sur le gardiennage de biens "atypiques". Ce "bon plan" vient de Hollande (le pays), passe par l’Angleterre, et se lance en chez nous sur la niche prometteuse de nos 5.5 millions de m2 de bureaux vides

(- Oui, je sais, pendant dix ans on t'a dit d'acheter coûte que coûte. Maintenant t'es divorcé, endetté, sans toit ni thune ? Pas de problème: compose avec ce que te propose le capital).

La méthode fait un malheur chez les étudiants hollandais: Un intermédiaire propose à un propriétaire d'une usine ou de bureaux vides, de louer son bien démesuré à un tarif cassé (le maximum prévu par la loi pour les "résidents temporaires" 200 euros ) à une ou plusieurs personnes pour une durée limitée, avec potentialité d'éjection inopinée. Attention, comme pour la location classique il faut que le locataire dispose de revenus réguliers, d'un "garant" de relogement en urgence. (Voir ce reportage de la télé belge)

Tu te dis: Waouw, c'est super c'est génial ! Je signe ! D'ans la première partie, M6 met la chose en image en multipliant les clichés du "bon plan" au travers du portrait d'un locataire Eric, 50 ans, locataire de 700m2 avec parking 80 places pour 195 euros. Au programme: tour de propriétaire (du genre Oh c'est tellement grand que ma cuisine est trop loin), séance de golf  indoor (avec Thomas De Sotto dans le rôle de Stéphane Plazza) dans cette salle de réunion de 200m2 désaffectée depuis le dernier plan social de l'entreprise qu'elle abritait, puis diaporama des "résidences de luxe" au catalogue de la compagnie.

( - Dites-moi Eric, le self de la Cotorep, c'est pas un peu la vie de palace ?
- Si seulement j'avais le droit de coller un poster.)

Après le sujet sur le scandale des listes véreuses pour débusquer du studio miteux, sur que ça fait rêver.
( - Ah tiens, je vois dans le règlement intérieur : Pas d'animaux, pas d'enfants et interdiction de recevoir des gens....
- Oui. Sauf les équipes de télé pour faire la promo du concept.)

Voyons pourtant derrière le "bon plan" une extension supplémentaire, et des plus glaciales, de la rapacité foncière des possédants: Sous traiter gratuitement le gardiennage de leurs milliers de m2 inoccupés par les victimes qu'ils contribuent à générer en ne les mettant pas à disposition. Et mieux encore: faire payer pour ça ! Dans une interview à lavieimmo, Olivier Berdubeau, directeur du développement France de la société Camelot est clair: "Il ne s'agit en aucune façon d'une alternative au mal-logement. [...] La cible du groupe : "des personnes qui ont déjà vécu en colocation de 25 à 35 ans, plutôt célibataires. Mais nous visons des gens capables de se reloger rapidement".

Vous voulez ça ?

Vous aurez ça:

Il fallait y penser. C'est tout simplement la méthode Jeudi noir renversée et appliquée au bénéfice  des proprios tout en donnant l'impression de faire du social. Via cette police de la misère par la misère elle-même, ils s'assurent ainsi que leurs biens ne seront pas dévalorisés et resteront "sur le marché" dans le meilleur état possible, quasi vides et autant qu'ils le souhaitent, en s'économisant des salaires. 

Ces services mêmes s'ils sont légaux, vont totalement à l’encontre des intérêts de celui qui veut "se loger moins cher". En faire la promotion au premier degré en mettant en avant l'exotisme du cas particulier (situation de "luxe" on ne peut plus provisoire) dans une émission d'investigation sur les "bons plans" est plus que limite. C'est faire d'un désordre (de l'habitat vide dans un pays de mal-logés), un truc "chouette", dans "l'air du temps".

Nous parlons ici de locaux pouvant abriter parfois des dizaines ou centaines de personnes, et non pas juste une, s'il y avait une volonté politique de s'emparer du dossier. Ce matin, le 115 alerte que, deux mois avant l'hiver, ses services sont déjà noyés sous les appels

12 commentaires:

cdg a dit…

j ai pas vu l emission mais s il s agit d usine voire de bureau c est en theorie pas possible de s en servir comme logement car:
- plan d occupation des sols (les zones industrielles sont faites pour .. l industrie . c est pas si bete que ca car s il y a un accident (incendie, explosion, fuite de produit ..) on est sur qu il y a pas des gens a evacuer a cote (le contre exemple parfait c est Bophal en inde. une usine fait boum et on a des milliers de morts)
- il n y a pas l equipement ou il est sous dimensionné: douche cuisine
- dans certain cas, il faut decontaminer (tout depend ce qu on fabriquait avant)

seb musset a dit…

@cdg > Apparemment c'est possible. c'est de "la résidence temporaire" le maximum autorisé par la loi : 200 euros de loyer.

Le flou vient à mon avis dans le fait que ne sont officiellement loués que les locaux d'habitation (dans le cas d'Eric 60m2) et qu'il a l'usufruit du reste (et pour cause, il est implicitement en charge du gardiennage).

Si la piste est évidemment intéressante, ce n'est pas à une entreprise privée de gérer cette sous-traitance qui 1 / ne règle en rien le mal-logement et contribue à la pérenniser 2 / est une sorte de travail au noir.

Fred Camino a dit…

Bien vu! J'ai vu l'émission j'ai instanément pensé à toi.

Franck a dit…

Marrant, je n'ai pas vu l'émission, mais en voyant le mec dans sa "grande" location, ça m'a fait penser directement à Shining.
Il péte un cable à quel moment, le mec tout seul dans son vide intérieur ?

Quant à l'appauvrissement généralisé, ça saute de plus en plus aux yeux : après les faux meubles en cartons / tissus, la bouffes à pas chère, maintenant vivre dans des usines fermées..
Quand je regarde comment vivaient mes grand parents (avant les 30 glorieuses) ils auraient préféré ne pas avoir plutôt qu'avoir de la merde en barre.
Note y'avait pas d'iPhone à cette époque arriérée... (d'ailleurs, Seb, les commentaires, tu les écris de quel modèle d'iphone... tu les as tous, de mémoire... hé hé)

Franck

seb musset a dit…

@Franck > Bien vu Shining. Mais dans Shining, il avait le droit à sa famille. Entre ça, la vie en box de chantiers, la colocation de masse... on nous prépare gentiment à des "bons plans" dont le point commun est d'enrichir les proprios ou ne pas dévaloriser leurs biens...

Je n'ai qu'un appareil de marque Apple, mais Il a plus de 6 mois et je le vis très mal.

Franck a dit…

@Seb > maintenant qu'il vit dans un lieu bien glauque, j'lui souhaite bien du courage pour avoir une famille.
Finalement, ma petite location me convient bien : tranquille, proprio sympa, et c'est une habitation normale.

Dans tout les cas, vu comme s'annoncent les choses (regarder les courbes de Friggit est assez kiffant/effrayant en ce moment), les biens vont méchamment se dévaloriser, même en stockant les gens dans des bouses de type "bons plans".

Enfin, finalement, quand j'vois de quoi part ton analyse, le revirement de M6 sur l'immobilier donne une bonne impression d'arrivisme sur tout ce qui traite d'immobilier. Ça serait intéressant de revoir des émissions de 2006 mais à titre sociologique.
Ça me conforte dans l'idée de ne plus regarder la télé, d'ailleurs, mais après chacun fait comme il veut.

6 mois, ton itruc.... mérites tu encore de porter le nom d'humain. Je comprends ton désarroi :)

Maxence a dit…

Seb Musset qui a un appareil de marque Apple, symbole criant du néo-capitalisme et de la culture mainstream...un mythe s'effondre ! ;-)

seb musset a dit…

@Maxence > Compromission totale. Acheté à l'Apple Store en plus.

omer a dit…

@Franck
Quant à l'appauvrissement généralisé, ça saute de plus en plus aux yeux…

En effet.
Et ce qui est triste c’est, dans les forums, les écrits de clampins gagnant péniblement une fois et demi le Smic dans des entreprises plus ou moins chancelantes. Ces braves gens, bien que plus près du plan social que de la promotion, s’imaginent être de la « classe moyenne » et défendent farouchement les « riches » qui pourraient devoir payer un peu plus d’impôts…
Tout à fait comme les serfs de l’ancien régime prenant la fourche pour défendre « not’bon maître »…

Franck a dit…

@omer > et encore, lorsqu'un serf prenait sa fourche, à la limite, il défendait une "personne" qu'il connaissait bien : il y a forcément eu des nobles qui étaient corrects pour leur temps.
Là, c'est pire : défendre un style de vie inaccessible qu'on une frange de la population que les défenseurs ne connaissent même pas, de près ou de loin.
C'est fou ce que l'envie d'appartenir à cette frange provoque chez certaines personnes.

Pour revenir au sujet initial : il y a une étape qui peut arriver car elle a déjà existé : le logement sur le lieu de travail. Une petite motivation à base de "c'est ça ou le chomage", un peu de pub à base de "et en plus, ça vous coute pu rien en transport, et donc, vous pourrez dire aux autres que vous êtes un écolo, puisque plus de CO2" et roule.
Reste que ça ne fonctionne que si la personne a un contrat relativement long, et ça, c'est pas gagné.

seb musset a dit…

@Franck > tu ne crois pas si bien dire. Vu que l'on demande des garanties folles au locataire, avec des CDI et autres, pourquoi les employeurs ne se porteraient ils pas garants directement ? Ca ce serait une preuve de cet "esprit d'entreprise" qui est tout le temps demandé au salarié et jamais à l'employeur.

Anonyme a dit…

Attention pas tapé!mais pour avoir étudier le marché immobilier depuis la première guerre mondiale, et pour connaître beaucoup de petits propriétaires loueurs (pour garder la maison familiale, parce que leurs métiers les font bouger et qu'ils ont investi dans un petit appart pour leur retraite, parce qu'ils ont investi dans un petit studio pour leurs enfants étudiants et qu'ils doivent attendre quelques années afin d'amortir les frais de notaires), donc des propriétaires dont le crédit de cette location père très lourd dans leur budget, je pense que l'un des problèmes majeurs du marché immobilier est la trop grande protection qu'ont les locataires. TOUS les propriétaires que je connais ont eu une période de problèmes avec un locataire qui ne paye pas pendant plusieurs mois avec aucun recours qui les a mis en grand danger financier. Du coup maintenant pour les petits loyers ils préfèrent ne plus louer et pour les autres ils demandent des garanties hallucinantes. Moi-même quand j'ai cherché un appart, nous avions deux cdi, on gagnait 6 fois le loyer et on nous a demandé jusqu'à le contrat de travail de nos garants!! Mais je comprends notre propriétaire : au nom du politiquement correct la société passe des lois garantissant les droits du locataires mais si ce dernier a des problèmes, c'est à vous d'assumer seul parce que vous avez accepter un smicard en CDD (mais la société est satisfaite de ce qu'elle croit faire pour les locataires)