lundi 9 janvier 2012

Enfin touché par Intouchables

Gloire aux César qui, pour une fois, servent à quelque chose! J'ai enfin vu Intouchables. Le film qui vient de détrôner La Grande Vadrouille au box office des cartons français.

Me voilà, certes avec un peu de retard, autorisé à donner mon avis de minable sans coeur qui, tel l'Alain Minc indigné, voit de la lutte des classes à chaque coin de rue.

Je ne m'attendais pas au pire. Nakache et Toledano ne sont pas des manchots, et on ne peut pas fédérer 1 français sur 4 avec un navet. Toutefois, j'éprouve une drôle de sensation lors de la première demi-heure pas loin de me rappeler le "oui m'am Scarlett" d'Autant en emporte le vent. Mais bon, grâce au lubrifiant du ricanement[1], une fois avalé le postulat caricatural (mais "basé sur une histoire vraie" alors on ne peut rien dire) du rentier over-fortuné et bon samaritain pour le type de la té-ci (l'assisté avec casier, mais à bon fond[2] qui est progressivement extrait de sa condition), on se pique au jeu d’un buddy movie bien foutu et magistralement interprété. 

Le succès du film n'est pas "un phénomène de société"[3]. 1 / C'est un bon film bien écrit qui rappelle les comédies (de crise) de Frank Capra. 2 / Dans ce pays, une fois que les 7 ou 8 millions sont dépassés, le nombre d'entrées tourne quasi systématiquement à l'exponentiel. On ne va pas voir "Intouchables" pour voir "Intouchables", on va le voir pour ne pas avoir à avouer qu'on ne l'a pas vu. Le film n'est plus un film, c'est un sujet de discussion. Peu d'oeuvres art arrivent à ce niveau: à peine quelques matchs de foot dans l'année et la finale de Masterchief.

Le tour de force est de satisfaire toutes les générations, de réunir l'humour Canal et la gériatrie apeurée de TF1 autour du plus puissant dénominateur esthétique commun: la thune.

Voyons peut-être dans ce succès la seconde lecture possible du film où le lourd handicap de François Cluzet en cache en fait un autre, plus large. Ne serait-ce pas une jolie parabole sur l'angoisse de la mort dans une société de vieux qui n'en finissent pas de vouloir jouer les jeunes avec, au premier rang, la question (de moins en moins tabou rapport qu'on se rapproche de l'échéance) de la dépendance et de l'assistance en fin de vie 

D'un côté des vieux qui ont le pognon (ça valorise les vieux et rassure les jeunes), de l'autre une population au ban de la société, mais sympa (ça valorise les jeunes et rassure les vieux). Inutile de faire un dessin: il faut progressivement convaincre les derniers de servir les premiers, en les persuadant qu'il en va du "sens de leur vie" et que c'est là l'étape obligée d'un "ascenseur social" qui, cette-fois c'est sûr mon brave, va marcher. Ce que montre exactement le film (tout en faisant globalement l'impasse sur le quotidien des soins, comédie oblige).

En attendant, "Intouchables" oeuvre pour réhabiliter la place des handicapés (enfin surtout ceux avec du pognon) dans l'espace social et public. Et c'est déjà bien. Comparée aux pays anglosaxons, je peux vous assurer que la France (de l'urbanisme aux commerces en passant par la place en entreprise) est à la pointe de la nullité dans le domaine.

Maintenant, j'attends avec impatience la suite. Celle où le quinqua friqué de la ville va seconder en cité le jeune tétraplégique. 

[1] qui, depuis dix ans, est la plaie de l'humour français.
[2] qui aime Kool and the Gang et EWF ne peut pas être un mauvais gars.
[3] Un "phénomène de société" : c'est la privatisation progressive du système de santé par exemple ou la crétinisation des masses chaque soir à la télé.

20 commentaires:

Stéphane Laborde a dit…

Bien vu.

Jean-Baptiste Balmeyer a dit…

Il faut dire que le jeu d'Omary Sy transcende tout et arrive à rendre le film "évident". On aurait mis des tâcherons à la place, il y aurait eu gros risque de sombre navet...

Claribelle a dit…

Détrôner, détrôner... encore faut-il comparer ce qui est comparable !

"La grande Vadrouille" a réuni plus de 17 millions de spectateurs quand la France ne comptait que 49 millions d'habitants.
"Bienvenue chez les ch'tis" en a réuni 20 millions avec une France à 62 millions.

Un petit calcul donne le tiercé dans l'ordre: la Grande Vadrouille en 1, Bienvenue chez les Ch'tis en 2, et donc Intouchables en 3.
Ce qui reste tout à fait honorable... (tiens ! il faudrait peut-être que j'aille le voir, ce film !)

seb musset a dit…

@claribelle > Oui mais à l'époque de la grand vadrouille, pas de téléchargements et moins de sollicitations TV. Donc...

Un partageux a dit…

"[le] plus puissant dénominateur esthétique commun: la thune." Tiens, toi, tu es allé faire un tour à la FIAC, foire internationale d'art contemporain. ;o)


"la place des handicapés dans l'espace social et public : la France [...] est à la pointe de la nullité dans le domaine". J'aime beaucoup ta formule. Malheureusement elle est juste. Faudrait, à l'irlandaise, péter les genoux des architectes pour qu'ils se décident à penser non seulement aux handicapés mais aussi aux vieux qui tirent juste un peu la jambe, aux parents avec une poussette, aux petiots à petites jambes, etc.

Hervé a dit…

Billet très pertinent. C'est effectivement toujours la même tambouille cuite et re-cuite pour nous rentrer ce foutu système dans l'crâne, quelles qu'en soient les conséquences.

njeng a dit…

La nouvelle résistance est de ne pas aller le voir... Cette France qui se saoule de bon sentiment, à toute vitesse, rappelle un corps putride qui peine à se relever ! Le fric est ce qui fait courir le quidam. Bienvenu chez les ch'tis aura rabaisser l'humour au ras des parquets.

Lecitoyenengagé a dit…

"Le tour de force est de satisfaire toutes les générations, de réunir l'humour Canal et la gériatrie apeurée de TF1 autour du plus puissant dénominateur esthétique commun: la thune."

Ceci explique bien pourquoi je reste froid vis-à-vis d'un film démagogique sur un riche blanc soutenu par un noir de banlieue tous les deux misogynes etc...L'humour canal très peu pour moi.

Anonyme a dit…

"D'un côté des vieux qui ont le pognon"

Ça console de savoir que les vieux sont pleins de pognon!
J'aimerai bien en faire partie.
On sent quand même une certaine animosité ( voire plus) à cause d'un certain vécu au contact de cette classe d'age de la population.

Pour le reste tout à fait d'accord.

seb musset a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
seb musset a dit…

@anonyme > Faut que je retrouve le chiffre précis. Mais pour la première fois en 2010, le niveau de vie des retraités dépassait de 4% celui des actifs.

http://www.le-buzz-immobilier.com/2010/06/le-niveau-de-vie-des-retraites-depasse-celui-des-actifs-0032554

Mais, d'accord avec vous, la situation cache des disparités profondes et, surtout, est provisoire (encore 10 ans grosso modo), le temps que les générations précarisées arrivent (ou pas) à leur tour la retraite.

zoé lucider a dit…

Bonne analyse mais j'ai été à plusieurs reprises mal à l'aise (le tétraplégique a des arguments auprès des meufs : la thune)
Aller voir le reportage avec les vrais protagonistes, où on voit que le film est assez fidèle à l'histoire réelle, tout en la trahissant. C'était trop qu'il épouse une arabe à la fin ?
http://www.youtube.com/watch?v=7glNekoIXFw.

Mike Hammer Papatam Andropov a dit…

Pas vu.
BON, C'EST UNE DAUBE OU QUOI ?
(oui, je sais, enfin j'imagine selon ton billet, assez nuancé.)
N'empêche, pas envie d'aller le voir.

Anonyme a dit…

"Inutile de faire un dessin: il faut progressivement convaincre les derniers de servir les premiers, en les persuadant qu'il en va du "sens de leur vie" et que c'est là l'étape obligée d'un "ascenseur social" qui, cette-fois c'est sûr mon brave, va marcher."

Je n'ai pas vu le film mais je comprends très bien la logique, car je l'ai déjà vue à l'oeuvre. Je pense aux associations de service civil volontaire, dont la création a fortement été encouragée par la droite à la suite des évènements de nov-déc 2005. Par chez moi j'ai pu observer le développement d'une antenne de celle dont le nom finit par Cité et commence par Unis. Fichue usine à gaz en vérité, et ingénieux système d'exploitation facile d'une main d'oeuvre dont les droits sont à peine définis. Les volontaires ne sont pas des salariés. Les clopinettes qu'ils touchent ne sont pas un salaire. Les volontaires font ça en croyant que ça va les aider à trouver une situation après. Pendant ce temps-là ils se font avoir jusqu'au trognon. Les salariés, ce sont les chefs, ceux qui les stressent par peur de louper un partenariat à la con, super concentrés sur le travail de gestion de marque.

Supertzar a dit…

je l'ai vu, je l'ai trouvé pas mal mais bof bof... oui en fait assez bôf dans la lignée Camping, bienvenue chez les chti... blockbnuster bien franchouillard plein de poncifs et dégoulinant de "bonnes intentions".
Quand on sait que récemment la pension des handicapés (ou les plafonds de droits , je ne sais plus) ont été clairement diminués par le gouvernement...

Bref je le conseille pas ! Allez plutôt voir Polisse, ça c'est un film !

Anonyme a dit…

@Seb
il y a énormément de retraités au minimum ou avec une très petite retraite surtout dans les campagnes, ce qui d'ailleurs amène pas mal de question sur les retraites dorées nécessaires pour que la moyenne soit aussi haute.

pupuce a dit…

ouaip.
sinon moi j'ai une stratégie différente.
je côtoie des vrais gens.
avec une vraie vie, un vrai handicap, tout ça, quand je veux savoir quelque chose.
(et quand j'en ai mon quota de savoir je fuis le monde)
mais bon. chuis couillonne.
^^
(m'enfin si ça peut servir à rassurer le populo, hein, c'est bien pour éviter la révolution. owi ya des nandicapés riches, owi ya des zentils noirs heureux de rendre service, owi ya de l'amitié entre les peuples, continuez de vous nourrir d'espoir sur écran et d'eau fraîche, populasse abrutie, enjoy vos malheurs, allons, transcendez-les, allez aux putes, héhé, c'est ça c'est ça)
(et dans polisse owi ya des zentils flics)
(bin tiens)
(sujet "de société" suivant, please?)

seb musset a dit…

@anonyme > Exact.

@pupuce > ce qui me ramène à la place de l'handicapé dans la société. Loin de nos yeux ...jusqu'à présent. Car, maintenant le handicap va (doit) devenir trendy car de + en + fréquent chez les baby-boomers du 3 et 4e age, un poil plus thuné que la moyenne. Je suis certain qu'Intouchables aurait été un bide il y'a 10 ans.

Supertzar a dit…

@pupuce >
"(et dans polisse owi ya des zentils flics)
(bin tiens)
(sujet "de société" suivant, please?)"
Pour écrire ça, je pense que vous n'avez pas vu ce film...

Anonyme a dit…

très bon film en fauteuil roulant mais 1 cran en dessous de " nationale 7 ", dans lequel le protagoniste sur 4 roues ne désire qu'une seule chose, tirer un coup ! (téléchargeable via emule)