dimanche 9 mai 2010

Guaino et l'homme de fer


Je sonne comme du Chuck Norris mais je cache un bilan à la Fernandel ?

Je suis, je suis... "3 ans d'action" : une brochure distribuée par l'Élysée aux députés le 6 mai dernier qui résume un bilan qui crispe 7 français sur 10.

En cette période d'accélération de l'histoire, où la destinée européenne se joue sous les coups de bâtons des banques et des états, où l'insurrection est redoutée, notre sauveur au profil bas a la célébration discrète de ses trois années de règne.

Ses conseillers de l'ombre se chargent donc de retendre les mailles du trampoline idéologique sur lequel l'électorat traditionnel de droite rebondissait si bien.

Le cas d'Alain Minc étant réglé, intéressons-nous à celui qui écrit tout bas ce que le monarque pense tout haut : Henri Guaino, conseiller "spécial" de l'Élysée gratifie Le Figaro d'une LOL interview qui fait froid dans le dos.

(Le guide du guide vu par Rimbus)

La plume du président y revient sur "le gel des dépenses publiques" (une des moult contorsions sémantiques de l'UMP pour ne pas prononcer le mot "rigueur" dans les jours suivant l'adoption du plan d'austérité grec) et sur le bilan des trois moroses années du monarque (oui j'ose le mot "morose" car, hormis pour quelques fortunés voisins qui ont pu passer leur 180m2 à 220 m2 en rachetant les deux studios d'à côté "parce que les taux d'intérêt n'ont jamais été aussi bas, et qu'à 320.000 euros c'est donné", je n'ai observé dans mon entourage que des gens dont la situation professionnelle ou financière s'est dégradée ces trois dernières années.)

Dans un soucis de lisibilité, le nom du monarque a été remplacé par une récente référence américaine qui parlera aux plus jeunes. Les notes de lectures sont en gras, la caricature d'origine en italique.

Henri Guaino au sujet de "la rigueur"...

"- La «rigueur», c'est l'ajustement économique par la baisse du pouvoir d'achat. Ce n'est pas du tout la politique d'Iron Man 2 et du gouvernement. Une telle purge déflationniste casserait la reprise et creuserait davantage les déficits au lieu de les réduire."

[Tandis que la spirale inflationniste qui s'amorce face à des budgets et des aides gelés, elle, contribuera à la hausse du pouvoir d'achat des plus défavorisés.]

HENRI GUAINO
"- Quelle est la politique du gouvernement depuis trois ans ? Ne pas augmenter les impôts..."

[Encore faudrait-il en payer. Ce n'est pas le cas d'une bonne moitié des français. Devinez laquelle. Indice : Elle ne lit pas "Le Figaro".]

"- investir [où ça ?], réduire les dépenses courantes..."

[mais aussi les recettes fiscales, exemple ce bouclier profitant aux rentiers ayant reçus de bons gros chèques de remboursement d'impôt.],

"- poursuivre les politiques structurelles pour rétablir la compétitivité de notre économie."

[Tiens le loqueteux, on s'intéresse à ton cas : T'as trop de droits sociaux, tu ne travailles pas assez, tu coûtes trop cher à ton entreprise* mais, peu à peu, à coups de latte dans tes acquis, on t'arrange la carrosserie pour que tu sois plus aérodynamique.]

"- Cette politique ne change pas."

[Nous avons à faire à des gens déterminés. Les manuels d'histoire regorgent de ces hommes qui, jusqu'au bout, restèrent fidèles à leurs engagements. Ils sont généralement classés à la rubrique : massacre.]

Interrogé sur le déficit français (NB : passé en trois ans de 3.4% du PIB en 2008 pour atteindre peut-être les 10% en 2010) Henri Guaino répond :

"- Comme dans tous les pays, parce que la crise a provoqué une chute des recettes fiscales et une augmentation des dépenses sociales."

[Chute des recettes ? Et le paquet fiscal à 15 milliards en 2007, la faute à la crise ? Et les 500 niches fiscales à 70 milliards d'euros par an ? Et l'exonération des droits de succession ? Et la réduction de la TVA pour les restaurateurs ?]

" - Il y a bien sûr aussi le plan de relance. Mais il a été ciblé sur l'investissement plutôt que sur la stimulation à fonds perdus de la consommation."

[Donner de l'argent à ceux qui en ont besoin en priorité ? Pas le genre de la maison. Malheureux, les pauvres achètent chinois ! Vaut mieux qu'ils crèvent de faim, sur-endettés avec des revolving à 20% bien de chez nous, non mais sans blague !]

" - ...Depuis trois ans, le gouvernement tient fermement le cap entre ceux qui veulent jeter l'argent par les fenêtres et ceux qui ne voient de salut que dans les politiques sacrificielles."

[Effectivement le gouvernement fait les deux : Les sacrifices concernant une large catégorie de français tandis que, sous les fenêtres, une petite partie récupère l'argent.]

Au sujet de la dangerosité de la situation des finances publiques, Guaino trahi tout de même une inquiétude :

" - Il faut apurer le passif de la crise, mais sans étouffer le retour de la croissance. Le mot d'ordre d'Iron Man 2 c'est : «Garder son sang-froid». Plus le climat est à la fébrilité, plus c'est nécessaire."

[Nous parlons ici du passif financier et non humain. Que du côté de ceux qui n'ont rien ou de moins en moins, il y ait de la colère, du dégout, du rejet, du renoncement cela se comprend. Mais l'expression "garder son sang-froid" utilisée du côté du pouvoir interroge. N'impliquerait-elle pas une notion de peur physique ?]

QUESTION DU FIGARO
"La crise grecque ne pousse t-elle pas à une politique plus restrictive ? "

HENRI GUAINO
"- La crise grecque n'a rien à voir là-dedans."

[Étonnant cette volonté de dissocier les destins grecs et français alors que l'annonce du "gel des dépenses" par le Premier Ministre dans la foulée de l'annonce de "l'aide" à la Grèce vise à rassurer ces mêmes agences de notation ayant accéléré la chute hellène. Les pros de la baston vous le diront : "Après le coup de boule, la baffe passe toute seule". Gageons qu'au prochain désoudage économique d'un état par les spéculateurs (qu'après la capitalisme, la finance et les serial-killers le monarque déclare vouloir moraliser), une nouvelle étape de "rigueur" locale sera franchie tout en euphémisme.]

Henri Guaino à propos de "la rupture" et des 3 ans de présidence :

"...Malgré les difficultés de tous ordres, malgré les crises sans précédent qu'il a dû affronter depuis trois ans, Iron Man 2 n'a pas un instant dévié de cette ligne. Après tant d'années de renoncements, d'inaction, de résignation, pour moi, c'est l'essentiel."

[Oui c'est vrai quoi ! Il nous faut rester uni pour que triomphe les droits de l'homme riche, minorité honteusement stigmatisée dans un monde sous la crasse et croissante emprise numérique de cet homme pauvre qui ne sait pas rentrer dans l'histoire.]

"Heureusement qu'il y a eu le volontarisme d'Iron Man 2 face à toutes les crises traversées depuis trois ans. Sans la France, sans Iron Man 2, la Géorgie aurait été rayée de la carte, il n'y aurait pas eu de G20 [c'était cool, on a fait des belles photos], ni de réponse européenne à la crise financière [mais de dernière minute, après avoir consciencieusement laissée s'enliser la Grèce dans sa dette et, peut-être, en conditionnant l'aide à la vente d'armes et de frégates françaises], ni de plan de sauvetage de la Grèce [Ah oui, on ne vous a pas dit : La Grèce EST sauvée !]. Où en serions-nous s'il n'avait pas décidé avant tout le monde de ne laisser tomber aucune banque ?" [nous ? probablement sur nos jambes et les banques mortes : cette hypothèse n'empêchant pas de dormir les plus fauchés d'entre nous, de plus en nombreux et pressurés par les agios bancaires.] "Que ce serait-il passé s'il n'avait pas mis en œuvre le plan de relance en brisant tous les tabous de l'orthodoxie ?" [Bon il n'a pu mater le volcan islandais mais avait des niqabs à combattre et ne pouvait pas être sur tous les fronts simultanément.]

Interrogé sur "l'absence de résultats concrets pour les français" (sic) :

HENRI GUAINO
"- La crise est passée par là. "

[Dès fois, je me dis : "Comment feraient-ils sans la crise ?" ce qui nous renvoie à la théorie de "la claque et du coup de boule" que certains appellent "stratégie du choc".]

Le passage le plus croustifondant reste celui sur la crédibilité du monarque...

HENRI GUAINO
"Jamais depuis des décennies la France n'a été aussi écoutée, aussi présente, aussi influente sur la scène du monde...

(exemple de présence sur la scène du monde. Ici, la chine - Photo floutée pour des raisons de crédibilité.)

"...Cela ne rend que plus extravagant le procès en illégitimité que font au chef de l'État certains médias et certains milieux qui n'ont jamais accepté son élection. [Alors là, je me demande bien qui ?] À voir tous les jours ce qu'il donne de lui-même dans l'exercice de ses fonctions, je ne peux m'empêcher de me demander s'il faut chercher la cause des attaques incessantes dont il est l'objet dans la bassesse ou bien dans la dérive d'une société qui, en détruisant toute forme d'intimité, désacralise toutes les fonctions et toutes les institutions.

[Et là, comme d'autres, j'ai envie de dire "faudrait peut-être pas oublier qui a commencé..." .]

(exemple de protection de l'intimité. Ici, le rêve américain. Photo floutée pour des raisons de crédibilité.)


"Dans tous les cas, c'est inquiétant." [Enfin un constat avec lequel je suis OK. Nous avons passé le stade de la déconnexion entre l'élite et le peuple pour entrer dans celui de la défiance totale des uns envers les autres. Au regard de cette semaine où les états européens ont montré au grand jour de quel bois humain ils se chauffent, cette situation ouvre sur les plus funestes possibilités ."

Je vous laisse apprécier le reste de l'entretien où le conseiller reconnait que "le pouvoir d'achat ne se décrète pas" [la tuile, on nous aurait menti ?], que "La clef est dans la croissance, dans le partage de la valeur ajoutée, la revalorisation du travail, le recul du chômage…" [ce qui au regard de l'explosion du chômage et des chômeurs non-comptabilisés ou en fin de droit, des délocalisations, des plans sociaux et des prévisions de croissance à 0.1% pour 2010 est des plus savoureux....]

Heureusement, en 2012 c'est le surfeur d'argent qui nous sauvera.


[update 10.05 à 10.05 : l'histoire va tellement vite que, ce Lundi matin, c'est l'Europe qui est sauvée.]


* de plus, si j'en crois la télé, ton môme est le dernier en classe, il traine sur internet et tu lui files des fessées.


11 commentaires:

ZapPow a dit…

J'ai une économie substantielle à suggérer : virer Devedjian. Un ministre de la relance qui n'a rien a relancer. Donnez-lui une baballe, ça lui fera quelque chose à lancer, à défaut.

Anonyme a dit…

petite erreur : les revolvings c'est pas 17% mais plutot 20-21%

seb musset a dit…

@anonyme > Merci. Je me rappelle avec émotion ce temps pas si lointain où les revolving n'étaient qu'à 17%

Pensez BiBi a dit…

Bravo pour cet article.

C'est en détricotant les mots des Puissants, en les prenant au mot (comme on pourrait les prendre à la gorge) qu'on place les bonnes banderilles.

Rappel : Guaino n'est pas le moindre des supports et suppôts du Pouvoir. Il rédige, il dirige. Il concocte les mots qui vont avec les Belles Affaires.

C'est comme ça qu'on pourra un jour de 2012 vivre sans Sarkozy Day.

Bibien à toi.

laetSgo a dit…

J'ai aussi lu cette itw d'une rare lucidité hier...non mais franchement...je suis peut-être naïve mais...il y croit vraiment ? est-il possible de faire preuve de tant d'aveuglement (je trouve pas de traduction appropriée pour "delusion") ? Et sinon, il nous prend à ce point pour des cons ???
merci pr le lien et très bon billet (mais tu sembles vraiment de + en + énervé si je puis me permettre !)

Anonyme a dit…

petite erreur. les pauvres payent des impots comme tout le monde. Ils echappent "seulement" a l impot sur le revenu

C est vrai que certains disent, "je m en moque si les impots augmentent, j en paye pas", mais ils se trompent. TVA, CSG, RDS TIPP , c est des impots (sans oublier les cotisations sociales)

seb musset a dit…

@Bibi > Merci

@anonyme > Exact. D'où l'embrouille Umpesque du "je n'augmenterai pas les impôts" alors que je crois que l'on en est à la création de 21 nouvelles taxes depuis 2007.

@laetSgo > Nous ne sommes pas dans la croyance mais dans le prêche. Il a une boutique à faire tourner le monsieur. La ou les crises ne sont finalement que des accidents à contourner, à exploiter.
Énervé moi ? M'enfin.

Tassin a dit…

@ Seb :

"Les 15 milliards, les 70 milliards..."

Et les 9 % du PIB passés du travail au capital depuis la rupture néolibérale?

A lire :

http://www.fakirpresse.info/articles/336/partage-de-la-valeur-ajoutee-le-hold-up-tranquille.html

Comment expliquer qu'on a jamais été aussi riche (en terme de PIB) et que toujours plus de gens crèvent la dalle? Il doit bien y avoir une raison...

BA a dit…

Voici ce qui a été décidé lundi 10 mai 2010 :

- 1- Première étape : les Etats d'Europe du sud doivent emprunter sur les marchés internationaux des centaines de milliards d'euros.

- 2- Deuxième étape : les banques privées achètent ces obligations des Etats d'Europe du sud. C'est le marché primaire. Pour pouvoir acheter ces obligations, les banques privées empruntent à la Banque Centrale Européenne à un taux très faible : les banques privées empruntent à 1 %.

- 3- Troisième étape : la Banque Centrale Européenne va racheter aux banques privées ces obligations des Etats d'Europe du sud. C'est le marché secondaire.

- 4- Bilan de l'opération :

- Les banques privées vont gagner des milliards d'euros.

- La Banque Centrale Européenne va devenir une gigantesque fosse à merde.

- Dans le bilan de la Banque Centrale Européenne, les obligations pourries des Etats d'Europe du sud seront stockées pendant des années.

- Les CONtribuables paieront la facture.

- CONtribuables, préparez vos chéquiers.

Résultat des banques privées à la Bourse de Paris aujourd'hui :

Sur le front des valeurs, parmi les plus fortes hausses du CAC 40, on trouve:
SOCIETE GENERALE (+ 21.91 % à 39.95 euros )
AXA (+ 20.09 % à 14.195 euros )
BNP PARIBAS (+ 19.03 % à 52.29 euros )
CREDIT AGRICOLE (+ 16.72 % à 10.575 euros )
DEXIA (+ 16.36 % à 3.84 euros )

http://www.boursorama.com/international/detail_actu_intern.phtml?num=766c1120aed119efa5506609de5043fe

Anonyme a dit…

Quel plaisir de lire et relire ces billets. Un compléments de cours certain! Je puise dans ton blog pour alimenter mes dissert' d'éco. J'espère que j'ai le droit? ;)J'apprends. Et à présent j'ai des arguments imparables face à l'adversaire! c'est bien pr les débat en cours! Merciii SeB!
Shimène.

Anonyme a dit…

Je ne savais pas que la claque passait toute seule après le coup de boule. C'est bon à savoir.