lundi 11 mai 2009

Good Morning England, Goodbye Hadopi


Parce qu'il n y a pas que la haine et la politique dans la vie...

Comme 3 ans avant pour La vie des autres et son stupéfiant indice de satisfaction de 99,8%, je me laisse guider par la curiosité et profitant d'une invitation (parce que payer sa place 10 euros à une caisse automatisée, faut pas pousser), je vais voir ce film qui depuis Mercredi dernier, lui aussi, fait l’unanimité.

Son accroche publicitaire est des plus efficaces par temps de grande dépression : Ce film va vous rendre heureux.

Pour ne pas effrayer le spectateur français The boat that Rocked a été rebaptisé Good Morning England.

Richard Curtis, le scénariste de comédies rose-bonbon anglaises qui ne sont pas ma tasse de thé, s’inspire ici d’une histoire authentique dont, comme 20 millions d'anglais, il a été l'auditeur attentif au milieu des années 60. Good morning England retrace l’épopée de Radio Rock inspirée de Radio Caroline, première et plus grande radio pirate anglaise émettant d’un chalutier rouillé en mer du Nord, face au combat acharné des ministres en costumes sombres du 10 Downing street pour la faire taire.

Huis clos maritime à la mise en scène clipesque mais au scénario en béton armé avec des dialogues ciselés, ce film réussit l’exploit de nous sensibiliser au parcours d'une dizaine de personnages au travers d'un vrai brassage d'acteurs, de l'oscarisé Philip Seymour Hoffman au duo de la sitcom It Crowd (Mémorable série de Channel 4 que j'incite le lecteur à télécharger au plus vite puisqu'elle reste inédite en France alors que Le Destin de Lisa non > 1er épisode ici).

Au-delà de sa bonne humeur et de sa fuck you attitude communicatives, distillées au rythme d'une bande son de furieux, Good morning England tombe en plein débat laborieux sur Hadopi telle une pièce à conviction artistique supplémentaire de l'obsolescence de ce combat législatif d'arrière-garde.

1966. Qu'est-ce qui rendait alors Radio Caroline si populaire au point d'être écoutée quotidiennement par un anglais sur deux ? Sa musique gratuite 24 heures sur 24. Nous sommes alors en pleine explosion planétaire de la pop et du rock. Ces genres restent peu représentés par la radio officielle anglaise refusant de s'adapter à l'air du temps.

Le gouvernement ne comprenant pas cette évolution des comportements liée à la miniaturisation des postes, ne ménagera alors pas ses efforts pour rendre illégale une radio qui au départ ne l’était pas.

Dans ce jeu du chat et de la souris, le gouvernement échouera constamment, l’insaisissable équipe de pirates étant plus ingénieuse et plus rapide que la prétentieuse machine législative. Le gouvernement fera de la destruction aveugle de la radio pirate une question de principe. Ça ne vous rappelle rien ?

Une loi visant la défense des marins-pêcheurs menacés par les ondes de la station finira par être promulguée. Sans révéler la fin du film et sa dernière demi-heure agitée, Radio Rock sera littéralement sauvée par sa base : Les auditeurs. L'aventure amorcera la libéralisation des ondes anglaises, le nombre de radios musicales y passera de 1 à 300 en 15 ans. La lame de fond influencera jusqu'au paysage radio français à partir du début des années 80 sans que cela ne nuise en rien à l'industrie du disque, bien au contraire.

A ce sujet, j'ai quelques souvenirs. Dans ces années-là lorsque le gouvernement français se piqua, lui aussi, de faire interdire les radios pirates au nom de la sécurité militaire des ondes, en plus d'énormes manifestations de soutien, il y eut un mouvement massif des artistes français les plus populaires défendant alors les
pirates.

Times they have changed. Nous étions alors à l'orée des années fric. Au terme de celles-ci, la boucle est bouclée, le système a digéré l'alternative, les quelques petites radios qui ont survécu sont des satellites ou à la tête de grands groupes. La concurrence a été rachetée. La majorité des radios ne passent que les mêmes titres formatés générant un maximum de droits d'auteurs pour une poignée de privilégiés, ceux qui vendent déjà beaucoup.

Derrière l'abondance, retour à la station zéro. La liberté et la découverte musicale sont sur internet et c'est désormais cet incontrôlable média off-shore que le pouvoir des croulants veut faire couler.

2009. Good morning England n'est pas un grand film mais un bon film qui ne prend pas son spectateur pour un crétin, c'est déjà énorme. Ode à la désobéissance, à la déconne et à la musique, mieux vaut mourir libre que de vivre soumis et passons plutôt la nuit à danser en faisant un gros doigt aux autorités : Voilà résumés les messages d’un film qui répond par la joie et l'insolence aux impasses sociétales du moment.

En espérant que cela donne des idées.

A voir en version originale exclusivement. Pour ceux évidemment qui ont les moyens de mettre 10 euros dans une place de ciné, les autres le pirateront*.




* Après tout, c'est un film Universal.

5 commentaires:

Anonyme a dit…

Quelques mots de T. Kaczynski au sujet du divertissement de masse :

« Dans le paragraphe 127, nous avons signalé que l’utilisation d’un nouveau produit technologique donne lieu INITIALEMENT à un choix, mais qu’elle ne RESTE pas nécessairement optionnelle car le nouveau produit tend à influencer la société de telle façon qu’il devient difficile voir impossible pour un individu de ne pas l’utiliser. Cette constatation s’applique également à la technologie touchant le comportement humain.[...] Supposons maintenant que l’on découvre un traitement dépourvu d’effets secondaires indésirables, capable de réduire le stress psychologique dont souffrent tant de gens dans notre société. Si un grand nombre d’individus choisi de suivre ce traitement, le niveau de stress dans la société s’en trouvera notablement diminué et le système pourra développer de nouveaux procédés générateurs de stress. Cela conduira plus de gens à suivre le traitement, et ainsi de suite ; les pressions psychologiques pourraient alors atteindre un tel niveau que peu de gens seraient capables de survivre sans traitement. En fait, un tel traitement existe déjà dans notre société. Il s’agit de l’un des principaux outils psychologiques permettant de réduire le stress ou au moins de le fuir momentanément, je veux parler du divertissement de masse. Le recours au divertissement de masse est certes « optionnel » : aucune loi ne nous oblige à regarder la télévision, à écouter la radio ou à lire les magazines. Mais le divertissement de masse permet de réduire ou de fuir le stress et nombreux sont ceux qui en sont devenus dépendants. Tout le monde se plaint des âneries diffusées par la télévision, mais presque tout le monde la regarde. Quelques personnes sont parvenues à se libérer de la télévision mais pratiquement personne ne vit de nos jours sans s’adonner à une forme quelconque de divertissement de masse (il n’y a pas si longtemps les gens ne recherchaient pas d’autres divertissements que ceux produits dans leur petite communauté et ils s’en satisfaisaient). Sans l’industrie du divertissement, le système aurait été incapable de nous imposer un niveau de stress tel que celui que nous subissons."

Romuel a dit…

tiens, en voulant approfondir ton texte, je suis tombé sur ce lien:

http://editions-hache.com/essais/kaczynski/kaczynski1.html

interessant, on dirait la patte d'ecriture de Marx dans son manifeste.

stephane a dit…

Comme disait Coluche "il suffirait que les gens ne l'achete plus pour que sa na ce vende pas" ben pour hadopi, il faudrait que tout le monde rende sa Box, la ...
avec tout le chomage que sa induiré

JF Byers a dit…

Les artistes richissimes se servent de l'électron et de la théorie de l'information pour faire de l'argent sans en avoir étudié les principes physiques et mathématiques (de l'électron et de la théorie de l'information). Ces principes ont été démontrés et étudiés par des scientifiques qui vivaient chichement. Et les artistes se sont servis comme des bourrins de tous les sacrifices de ces scientifiques pour faire du pognon. Ces mêmes artistes veulent couper l'accès à internet. Je suis désolé mais le baud, les digits, les signaux, les ondes, les protocoles n'appartiennent à personne. Ils sont publiques car issus de phénomènes physiques et scientifiques. Si les artistes veulent vraiment protéger leurs oeuvres, qu'ils commercialisent leurs sons avec un dongle c'est-à-dire un composant physique associé à une clé unique accompagnant le son en question et qui ne pourra être écouté qu'en connectant ce dongle au lecteur. Plus simple, qu'ils chantent dans le métro ou bien qu'ils se lèvent tous les matins à 6h00 pour travailler pour 1500 euros par mois. Comme ça, ils ne pourront pas être victimes de téléchargement illégal. Et le gouvernement avec Hadopi pour protéger quelques majors (quelques dizaines de personnes richissimes) alors que le peuple français représente 60 millions de personnes contre hadopi de merde.

Tom- a dit…

Pour les énormes manifs des radios "libres" de 1984, le prétexte, c'était les pompiers et les avions, pas les militaires.

La vraie raison, c'est que les socialistes appréciaient modérément de s'être fait forcer la main sur l'introduction de la pub et voyaient clairement arriver des radios de droite.