lundi 1 décembre 2008

J'ai vu la nouvelle émission télé du gouvernement

Et il fallait que ça tombe le dimanche où Le ministre de la Culture et de la Communication Christine Albanel prônait l'interdiction de la télé-réalité sur le service public !

Pas de télé-réalité, certes, mais de l'avenir-réalité oui. Dimanche après-midi sur France 5 en lieu et place du Ripostes de Serge Moati, fut diffusé un docu-drama d'anticipation au titre à peine orienté "2017, chronique d'une faillite annoncée" produit et interprété par Nicolas Beytout : un made-in Neuilly, ancien du Figaro, des Echos, sur la guest-list de la nuit du Fouquet's, dans les petits papiers de Nicolas Sarkozy et qui vise, ni plus ni moins que la direction de Tf1.

J'ai ma petite idée.

Reprenons la présentation qui en est faite sur le site de France 5 : "Ce film de 52 minutes truffé d'éléments futuristes permet de mieux comprendre les mécanismes qui peuvent conduire un pays à la faillite. Un scénario improbable, mais pas impossible."

Après visionnage, voici ma présentation : "Ce publi-reportage gouvernemental, au travers une anticipation du stress que provoque chez l'élite la poursuite des dépenses de l'État dans des domaines aussi inutiles que la santé, l'éducation ou la culture, et grâce à la présence appuyée de gadgets visuels tout pourris de type "Les Experts chez mon beau-frère" avec profusion d'écrans plats à commandes tactiles, provoquera chez le spectateur âgé (c'est France 5, un dimanche après-midi) fasciné par la technologie et la pertinence du propos, un sentiment de culpabilité. Sensation confortée par l'abondance de témoignages unidirectionnels d'acteurs et d'économistes (au point où il devient difficile de les différencier) et de références aux "autres pays" qui, eux, "ont su se réformer". Le spectateur tirera alors la conséquence qu'il doit faire des efforts et devra travailler, encore et toujours, et ce au moins jusqu'à sa mort".

En d'autres termes, en surfant sur une forme à peine plus chiadée que celle des vidéos conspirationnistes glanées sur Dailymotion, voici 52 minutes de "fabrication de consentement" financée grâce à votre redevance.

Je dois l'avouer j'ai regardé d'un œil cette sous-fiente propagandiste réalisée avec les pieds et produite à l'économie (un œil attentif constatera que dans le bureau du super kador français de l'informatique en 2017, il y a encore des écrans à tubes cathodiques : Le nase !).

Pour ce qui est de l'histoire, tout est dans le titre. Le docu-drama narre le parcours de 4 enquêteurs (journalistes aussi expressifs que leurs gadgets bluetooth) dans un Paris qui, "le jour où La France s'arrête", est le théâtre des plus grandes émeutes qu'elle ait connu depuis Mai 68. Et ce, sans que l'on voit l'ombre d'un figurant casseur d'ultra-gauche. Cest que, tu comprends coco, ça coûte cher les figurants !

Nicolas Beytout, superman-journaleux-économiste est le héros du film. En ce 11 juillet 2017 ensoleillé, le bling bling discret, notre homme de l'ombre passe les 52 minutes de l'histoire high-toc dans sa BMW décapotable à errer peinard dans une capitale (parait-il) à feu et à sang parce que le bon peuple ne peut plus tirer d'argent avec sa carte bleue. En voilà de la bonne cause révolutionnaire sur lequel s'accorderont toujours pauvres et puissants !

Tout en conduisant, Beytout est en plein conference-call avec ses 4 fantastiques (le Geek de service, la working-mum en télé-travail sur l'île de Ré, l'économiste américain pété de thunes et qui a tout compris - normal il est américain - et la gentille beurette asservie au marché regardant avec condescendance les victimes de la crise (NDLR : ces cons de chômeurs) et prévoyant de se taper l'américain d'ici le générique fin). En même temps, Beytout visionne sur le rétroviseur central de sa BM, les discours prophétiques d'Alain Juppé et François Fillon, en 1996 et 2007, sur La France malade de sa dette ! Dans la panique générale et le stress distillé tout au long du film, surnage tout de même une bonne nouvelle pour notre avenir : En 2017, on pourra téléphoner à quatre personnes à la fois et regarder la télé tout en conduisant sa BM à fond la caisse en plein Paris, sans risque de perdre des points à son permis !

Parce que Nicolas Beytout a dès aujourd'hui tout capté au monde de demain et qu'en 2017, il s'est lancé dans la direction d'un blog qui fait aussi web-tv (c'est dingue comme les gens de droite sont toujours à la pointe de l'avant-garde !), il demande à sa bande de caricatures de lui dresser l'historique des événements ayant conduits La France a être en cessation de paiement. En l'absence de faits (logique c'est le futur), sont ressorties pour l'occasion, les éternelles remontrances contre la fonction publique des ministres de droite entrecoupées d'interventions d'économistes traitant les français d'irresponsables (alors qu'une simple collecte comparative de ce que ces "spécialistes" ont dit entre 2007 et 2008 montrerait à quel point ils n'y connaissent rien) et l'on remonte ainsi le fil d'une une histoire par anticipation plutôt floue. Car, si en 2017 on a bien compris, à force de répétitions Beytou-esques, que La France était en faillite et que notre wonderboy des médias établisse clairement que 2008 fut (est, sera, je ne sais plus trop) la première année des "trois piteuses", quid des années allant de 2012 à 2017 ? Qui a dirigé La France durant cette période reste LE mystère du film. Tout ce que l'on peut affirmer c'est qu'au moment où La France est déclarée en faillite, ce 11 juillet 2017, Nicolas Sarkozy n'est plus président depuis deux mois (si l'on s'en tient aux déclarations passées de l'intéressé sur son désir de ne pas effectuer plus de deux mandats).

Moi je n'en tire qu'une leçon : C'est qu'en 2017 Nicolas Sarkozy a poussé La France à la faillite.

Bref, vous l'aurez compris, l'intérêt de cette crotte filmique réside dans sa visée idéologique explicitement répétée : Les Français doivent travailler sinon... et bien sinon y aura plus de France comme le conclut dramatiquement le récit sur la vente bradée du Château de Versailles à un milliardaire américain. La vache, la honte pour La France ! S'ils partent à la retraite, c'est le patrimoine des vieilles pierres et de leurs jolis tableaux qui va foutre le camp : Ca coco ça parle aux seniors ! Vas-y coco c'est dans la boîte, tu fais valider par Bercy et t'envoies la bande à France 5 !

Pour ma part, question patrimoine national, entre La Joconde et Le Front Populaire, mon choix est vite fait. Si cela peut nous assurer un meilleur climat social et un quotidien plus heureux, n'hésitons pas à vendre au plus offrant la radasse au sourire niais. Quant à Versailles, et l'ensemble du parc immobilier de l'Etat, en pleine explosion du mal-logement, on a qu'a en faire du logement social, ça nous éviterait peut-être d'autres crises de subprimes (c'est juste un point de vue d'économiste amateur) !

Après le film, un débat débute. Pour changer, il est présenté par Nicolas Beytout.

Sous un compteur de type téléthon où s'égraine en temps réel le montant astronomique de la dette, s'agglutinent dans un décor bleu (comme presque toutes les émissions de plateaux du Paf depuis 2007), une belle brochette d'inutiles : D'Eric Woerth au président de la BNP en passant par un représentant d'Opinion-Way-of-the-president et la patronne du Medef.

A ce stade-ci, alors que je suis proche de la gerbe en réalisant que je viens d'assister à la diffusion du pilote de l'émission gouvernementale souhaitée par Mr Saussez (honnêtement une telle bouse ne peut provenir que du cerveau vérolé d'un pubeur à la dérive), je n'ai pas le courage de me farcir l'heure et demie de palabres qui suit où, s'y j'en crois toujours le site de France 5, "des décideurs politiques, des acteurs économiques clés et des analystes financiers apporteront leur éclairage sur la situation économique, sociale et financière de la France".

Comprenez que sur ce genre de sujets, nous autres, "pauvre cons" ou "ultra-gauchistes" de citoyens ne sommes conviés qu'à être les spectateurs de leurs belles paroles, de leurs énergiques éditoriaux sans tabous et, c'est nouveau, de leurs jolis films.

Votre pouvoir désormais ? Celui d'arrêter de gober les salamalecs des porte-paroles du néolibéralisme, résidus de leurs logiciels encrassés de décodage d'un monde qui s'écroule et auquel eux-mêmes ne comprennent plus grand chose.

Regardez plutôt c'était demain, c'est pas plus mal et ça vous fera moins de mal.

9 commentaires:

Anonyme a dit…

Beytout étant par ailleurs membre du bilderberg group...
(c'était assez marrant de le préciser...)
clive

LT a dit…

Bonjour,

Ce n'est malheureusement pas nouveau ! Le renoncement de la Gauche à son programme commun avait déjà donné lieu à une émission à visées dites pédagogiques ! C'était en février 1984 sur la deuxieme chaîne, avec Yves Montant, Alain Minc et la bienveillante complicité du journal Libération. C'était alors l'époque des grandes restructurations dans la sidérurgie, qui mis des milliers d'ouvriers sur le carreau alors qu'Ernet-Antoine Sellieres s'en sortait, ma fois, pas trop mal (merci l'argent public !). Une émission sur ce sujet sur le site pirate de là-bas si j'y suis. Assez curieusement, il est très difficile de se procurer un enregistrement de cette émission TV, même en payant, auprès de l'INA ...

Anonyme a dit…

Meme réaction,j'ai rarement eu une envie de gerber en regardant une émission de télé.Mais au bout d'un quart d'heure,j'était aux chiottes...

Aka 75 a dit…

@anonyme de 10:44, ne regardez pas combien ça coute l'hebdo ;)

Monsieur, seb, j'ai fait l'inverse, j'ai regardé le débat et pas la propagande.

Au final, je dois être moins tolérant que vous. Ce débat, c'était le Yalta de la Crapule

http://mange-ta-soupe.over-blog.com/article-25308087.html

Anonyme a dit…

Salut Seb,

Si tu veux comprendre la veritable arnaque de la dette publique, je te conseil la lecture du livre :
"La dette publique, une affaire rentable : A qui profite le système ?"

Apres avoir compris le fonctionnement du systeme, tu comprendra les enjeux de cette societe, et pour quoi et pour qui, il faut travailler plus!

Rennais a dit…

Grosse daubasse, que je n'ai pas eu le courage de regarder jusqu'au bout.

Le zoom biométrique sur les voisins d'en face par la faf (femme au foyer) m'a suffit pour vomir cette société de contrôle normale pour le baytou

Accessoirement, image à chier, scénarisation pareil, "acteurs" sentant mes pieds dans leurs chaussons après 2 jours de navigation en kayak

Une bouse

Stef a dit…

Merci pour ce récit et la restitution du docu-menteur, que je n'ai pas vu, car je suis arrivé trop tard sur l'emission.
En revanche, j'ai regardé le débat qui suivait.
La brochette d'invités était assez impressionnante pour leur côté monocolore, seuls les 2 syndicalistes (voire JPaul Fitoussi+D.Migaud) étaient là pour porter la contradiction, les autres (M.Rocard compris) étaient affligeant de conformité au discours néo-libéral habituel.

Au final, rien de tranchant, rien de nouveau, j'ai même trouvé que cela manquait de verve, d'animosité.
Résultat : un débat, qui fait "sérieux", et permet de faire rentrer au marteau dans la tête du Français moyen que la dépense publique, c'est pas bien, que l'Etat dépensier, c'est comme un ménage qui fait des achats d'impulsion, et que la dette justifie toutes les reculades sociales que nous propose notre petit président.

En bref : de la daube néo-libéral et conservateur payée par la redevance et les fonds publics.
Honte à France 5.

weas a dit…

après les rebelles de la souris les rebelles de la télécommande... ah ah ah
la france va trés mal pas besoin de voir ces télévisio-anesthésiants, seb fais comme moi jette ta télé et invite les gens a faire de même, c'est jolie ton article mais contre productif, pense-y

sfaxattitude a dit…

Ou sont vos arguments? Vous fustigez le conspirationisme pour mieux vous y vautrer!
Et ces commentaires plus ineptes les uns que les autres qui se contentent de demonter l'esthétique du documentaire a défaux de pouvoir solidement en contester le fond.
Dites moi en quoi, pointer les dangers d'un endettement excessif n'est pas pertinent outre le fait que vous trouviez intolérable qu'on pose les questions des moyens de maintenir cette dette dans des montants qui nous soient soutenables. Tout ce qui est excessif est insignifiant. Vous parlez comme quelqu'un dont la passion politique l'emporte sur la rationalité objective. L'opinion n'a jamais constitué un savoir. Il faudra bien plus que vos ergoteries insipides pour nous convaincre que la dette n'est pas un probleme.