lundi 14 juillet 2008

RECADRAGE

Parce que nous nous étions déjà bien accrochés sur le sujet, le soir du 6 mai 2007 elle m’avait envoyé un texto vengeur :

Y triomphait un seul mot : « Dommage ! »

Bien sur, elle n’avait jamais voté mais c’était une inconditionnelle du nouveau président. Il avait du charisme, il avait tout compris. Un peu l’inverse d’elle. Si Caroline avait eu du courage ce soir-là elle aurait foncé à La Concorde mais bon, à 20h22, elle n'en avait déjà plus et y avait le coffret 2 de Grey’s Anatomy et un bol de tarama sur canapé à terminer.

Je ne la vis plus pendant un an.

Je la croisa récemment dans un fooding d’apprentis bourgeois. Caro la déprime se plaignait de trop travailler. Harassée, elle se rechargeait en RTT "bien méritée".
Sa tache salariée consistait à s’assurer de la bonne soumission d’un réseau de télé prospecteurs. On l’avait bombardé cadre : elle était fière mais ne comptait plus ses heures. Lentement mais sûrement, sur ordre d’une direction qui la traitait au bâton, elle virait les plus bas qu’elle dans la hiérarchie en redoutant, en cas de défaillance, d'avoir à rajouter son nom à la liste.


Comme d’habitude, nous nous engueulâmes à propos des 35 heures. Selon elle, la raison de tous les malheurs.

Je ne comptais pas sur Caroline pour défendre les acquis sociaux. Malgré sa paye nivelée au minimum syndical, elle prenait systématiquement le parti de la direction.

- Ce sont des feignants ! Faut supprimer les 35 heures. (Comprendre que cela devait concerner "les autres" ceux qui gagnaient moins qu’elle.)

Je lui répondais en substance qu'au fond cela me touchait peu. Par chance, je n’étais pas de ceux salariés dont les sondages indiquaient les uns après les autres qu’en plus de s’appauvrir, leur moral s’effritait comme jamais.

Lorsque j’appris la semaine passée, le réajustement par les députes UMP du « forfait jour » pour les cadres qui fera exploser le nombre d'heures pour cette catégorie professionnelle (qui en fait souvent déjà 48) et diminuera mathématiquement son pouvoir d’achat, j’eus envie de faire quelque chose que je ne fais jamais : Renvoyer à Caro, dent pour dent, mot pour mot, son texto d’il y a un an.

Et puis non. Une voix intérieure, Sainte Glande peut-être, me souffla : Pardonne leur car ils ne savent pas toujours ce qu’ils font. Pardonne leur car, malgré ce qu’ils croient encore, ils ne seront pas les derniers à payer leurs erreurs.

Pour la version rurale tapez ici.


3 commentaires:

romuel a dit…

Y a de quoi casser l'imaginaire d'une vie plus paisible/stable en tant que cadre plutot qu'en tant qu'ouvrier/salarié

Anonyme a dit…

T'es trop gentil.

Le Monolecte a dit…

Je t'adore, toi!!! :-D

Il est vrai que de mon bled comme de ton centre-du-monde, nous semblons croiser avec une frénétique régularité le même prototype de personnes positivement déprimantes, non par leur bêtise (elles n'ont même pas cette excuse pitoyable!) mais par leur aveuglement acharné (parce qu'il va leur en falloir de l'acharnement pour continuer à ne pas voir!)

Tout cela finira plus au moins comme en Argentine (avec de la chance!) ou au Chili...